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Or, le total des dépenses au compte du ministère de la guerre, arrêté au 31 décembre, s’élevait à 23 millions, celui des dépenses de la marine à 23,300,000 fr., ensemble à 48,300,000 fr. ; le produit net de la conquête (toutes dépenses payées jusqu’au 31 décembre), fut donc de
7.184.327 fr., — non compris la valeur de 800 bouches à feu en fonte, d’une immense quantité de projectiles et de poudre de guerre, ainsi que la valeur des propriétés publiques.
Aux termes de la capitulation (article III), la personne d’Hussein était placée sous la protection de l’armée française : M. de Bourmont commit, en conséquence , à la garde du dey une compagnie d’élite et veilla, avec un soin scrupuleux , h ce que tous les engagements qu’il avait pris fussent rigoureusement tenus. Hussein se montra reconnaissant : durant la visite qu’il fit au général en chef, il s’expliqua avec une en-
tière franchise sur les hommes de la Régence, et donna sur leur caractère et leurs moeurs de précieuses indications. - Peu de jours après, il s’embarqua, avec son harem (U sa suite, sur une frégate française, qui le conduisit a ISaples (10 iuiliet) • son\léparl lut suivi de celui des janissaires qu’on expédia sur Smyrne. Par une faveur toute spéciale, les Turcs mariés furent autorisés à rester dans la Régence.
Une dépêche ministérielle avait présent a M. de Bourmont de se porter, aussitôt après la prise d’Alger, sur les points les plus importants du littoral', et de faire occuper les anciennes positions françaises. Le général Damrém(>nt se nui'lit en conséquence à Boue: les habitants 1 ac cueillirent avec joie et chassèrent eux-mêmes
les Turcs. , i
L’occupation d’Oran ne présenta pas plus de
difficultés; le cheick qui commandait la province était revenu de Staonëli avec une opinion bien arrêtée sur la puissance de nos armes, et il s était empressé d’écrire au général en chef qu il était prêt à reconnaître l’autorité française : a la réception de cette lettre, le fils aîné du comte de Bourmont se rendit à Oran, dont les Arabes lui ouvrirent les portes (24 juillet), pois s’empara du fort de Mers-el-Kébir sans que les Turcs qui l’occupaient opposassent la moindre résis ance.
En mielques jours tout avait change de lace ; les Arabes, revenus de leurs frayeurs, avaient repris leurs habitudes et leur commerce ; les Kabyles fréquentaient nos marchés, et les janissaires n’étaient point encore embarqués que le
bey de Tiltery venait faire «a soumission. M. de BournionL crut de bonne fui que la conquête ne présentait aucune difiiculté sérieuse ; il fut promptement désabusé.
Des rapp:)rts particuliers signalaient la plaine de la Métidjah comme éminemment propie li rétablissement d’une colonie. Le général désirant s’en assurer par lui-même, résolut de pousser jusqu’à blidah, ville populeu.se, située à douze lieues S..-E. d’Alger. Il y était fortement engagé d’ailleurs par le bey de Titlery, lequel aflirrnait <( que la présence du général en chef aurait pour effet immédiat de faire naître la confiance et de hâter la sourai.ssion des tribn.s. » — Cette excursion présentait de véritables dangers; le nouvel aga des Arabes déclara que les propositions du bey de ïittery cachaient un piège, et que la colonne expéditionnaire marchait à sa p>erte. Mais .ses conseils furent inutiles : « J’ai promis d’aller à Blidah, répondit M. de Bourniont ; si je ne tenais pas ma parole, je passerais pour avoir peur.»
J1 partit avec douze cents hommes d’infanterie, cent cavaliers et deux pièces de canon. — - La colonne lit halte à Bouffarick et arriva sur le soir à Blidah, où elle fut reçue par les habitants avec de telles démonstrations de re.spect, qii’ofüciers et soldats abandonnèrent leurs postes pour visiter la place.
Cependant, les craintes manifestées par l’aga allaient être amplement justifiées ; le lendemain, dix mille Arabes firent irruption dans la ville et assaillirent la troupe française qui, promptement
réunie, commença son mouvement de retraite.
La marche dura sept heures : les Kabyles essayèrent à plusieurs reprises de couper la colonne; ils furent constamment repoussés, et M. de Bourmont put, sans trop de perte, regagner Alger après avoir couché à Bir-Toula, où il reçut le bâton et le brevet de maréchal de France, que lui apportait, au nom du roi, un officier d’état-major.
Cette malheureuse expédition eut les suites les plus funestes ; elle amena la rupture des négociations entamées par les cheiks de différentes tribus qui songaient à se rendre, et détruisit le prestige qui environnait nos troupes.
Pour étouffer, dès le principe, ces germes de rébellion, peut-être eût-il suffi d’un coup de main : il fallait revenir à Blidah, non plus avec deux brigades, mais avec deux divisions, occuper la ville et en châtier les habitants qui nous avaient trahis. Mais M. de Bourmont prêta complaisamment l’oreille aux accusations portées par les Maures d’Alger contre les Turcs qui étaient encore dans la ville ; il crut à une conspiration ; et, sans vouloir écouter la défense des accusés, il prononça leur expulsion du territoire : — à l’exception des vieillards et des aveugles, tous les Turcs, indistinctement, durent quitter la Bégence. — A dater de ce moçient, les troupes qui campaient autour de la ville furent constamment harcelées par les Kabyles; M. de Bourmont, fatigué de ces attaques, allait reprendre l’offensive, lorsque la nouvelle de la révolution de Juillet parvint à Alger.
Bien que prévue depuis longtemps, celle nouvelle causa dans l’armée une indicible émotion...
M. de Bourmont espéra pendant un moment qu’il conserverait sa position : il lui semblait impossible que le nouveau gouvernement brisât l’épée du général qui avait conquis Alger, détruit la piraterie et doté la France d’un empire. Son espoir, cependant, fut promptement déçu; et, du jour où il apprit qu’on refusait ses services, il tomba dans un découragement profond. C’est ainsi qu’au lieu de marcher contre le bey de Tittery, qui venait de lui déclarer la guerre, il s’enferma dans ses cantonnements et laissa les Arabes de la plaine bloquer l’armée dans ses lignes.
On attendait avec impatience l’arrivée de son successeur. — Le général Glauzel débarqua le 2 septembre, et prit le commandement des troupes; peu d’heures après, M. de Bourmont partit pour l’Espagne à bord d’un navire autrichien.