‹ L'Algerie ancienne et nouvelleChapitre 6 sur 19 · COMMANDEMENT DU GÉNÉRAL CLAUZEL · texte numérisé non relu

COMMANDEMENT DU GÉNÉRAL CLAUZEL

(Août 4830. — Janvier 1831.)

Le général Clauzel avait servi la République et l’Empire; il avait été proscrit par la Restauration; on le savait brave, et on le disait administrateur habile : c’en était assez pour captiver l’opinion, aussi l’armée d’Afrique l’acçueillit-elle avec plaisir.

Durant son exil, le général avait visité les posressicns anglaises, habité l’Amérique et fait

une étude spéciale des questions qui se rattachent à l’adminislration des colonies il voulut utivliser ces connaissances spéciales, prendre le territoire conquis pour un champ d’expériences, y développer le plus possible ragriculture et l’industrie, « ces deux mamelles d’un pays, » et fonder, en face de Marseille, un établissement durable. Ce fut sous l’empire de cette préoccupation qu’il fit appel aux capitalistes et qu’il créa aux environs d’Alger une ferme-modèle, « pour y essayer en grand la culture, soit des produits coloniaux, soit celle des produits que la France ne fournit pas à l’industrie en raison de ses besoins. » Malheureusement, ce premier essai fut infructueux, et la malveillance s’en empara pour noircir la réputation du gouverneur, personnellement intéressé dans l’entreprise.

Nous avons dit qu’après la retraite de Blidah, Bou-Mezrag , Bey de ïittery , avait déclaré la guerre au maréchal Bourmont et commencé les hostilités. Le général Glauzel destitua le chef arabe <t qui avait rompu sans motif l’acte de soumission volontaire consenti par lui envers l’autorité française, » et confia le commandement de la province à Mustapha-ben-Omar. Mais, dans l’état .de révolte où vivaient les tribus, le titre conféré par le général en chef était complètement illusoire, et il fallait soutenir par les armes l’élection du nouveau bey. Le gouverneur se mit à la tête des troupes et s’avança vers le Beylick de Tittery.

L’armée se mit en mouvement (47 novembre), et, après avoir dispersé les contingents arabes

qui lui disputaient le passage, elle occupa Blidab. — On y laissa deux bataillons d’infanterie (31'* et 35®), sous les ordres du colonel Riilhière, puis les troupes se remirent en marche.

Pour gagner Médéah, capitale du Reylick, il faut traverser le col de Tliénia, — passage étroit, bordé, à droite, par un précipice profond, à gauche, par des hauteurs escarpées, et auquel on ne parvient que par un sentier raide et difficile.

C’est là que Bou-Mezrag avait réuni toutes ses forces.

La position ne pouvait être attaquée que de front et par la gauche, tant le ravin de droite offrait de difficultés. — L’attaque commence : les Arabes occupent chaque pli du terrain et défendent pied à pied leurs positions. Bientôt, nos troupes, qui gravissent la montagne à leur suite, s’arrêtent fatiguées. Mais les tambours battent la charge, les soldats reprennent leur élan, et la positron est enlevée. La journée avait été glorieuse; l’honneur en revint, en partie, au 14® et an 37® de ligne.

L’armée continua sa route; elle n’était plus ([u’à quelques lieues de Médéah quand un Arabe se présenta au général en chef et lui remit une lettre signée par tous les notables, qui imploraient la générosité du vainqueur. — Le but de l’expédition était atteint : les troupes françaises prirent le soir même possession de la ville ; Ben- Omar fut installé comme bey de la province, et Bou-Mezrag, voyant que sa cause était perdue, se rendit à discrétion.

Après (leux jours de repos, le général Clauzel repartit pour Alger, confiant la garde de la place à deux bataillons français et au bataillon de zouaves, sous les ordres du colonel Marion. La route était libre : la colonne passa le dédié sans briller une amorce, et regagna Blidah. — La veille même, M. Rulhière y avait été vigoureusement assailli par une nuée d’Arabes : la lutte avait duré dix heures. Le général en chef trouva la ville détruite en partie; le sang ruisselait sur la place, et des monceaux de cadavres jonchaient les rues... Un tel spectacle avait s m éloquence : le gouverneur comprit que l’ireure n’était point encore venue d’occuper définitivement Blidah, et la garnison revint à Alger avec le corps d’armée.

Ce premier succès détermina le général en chef a faire une vigoureuse démonstration contre les Arabes de l’Ouest. Depuis que, sur l’ordre de M. de Bourmont, nos troupes avaient évacué Mers-el-Kébir, l’anarchie la plus complète régnait dans la province : le vieil Hassan était assiégé dans sa capitale par ses propres sujets, et l’empereur du Maroc, après avoir tenté de s’emparer de Tlemcen, soulevait les tribus et menaçait Oran. Le général Damrémont vint, avec sa brigade, reprendre possession de Mers-el-Kébir, et sa seule présence ramena l’ordre dans la cité. Du moment où ils surent que le drapeau de la France flottait au sommet de la forteresse, Arabes et Marocains se tinrent également tranquilles et évitèrent soigneusement de donner au général un nouveau sujet de plaintes. .

Cependant le gouverneur mûrissait un projet dont l’exécution devait lui permettre de concentrer tous ses efforts sur la province d’Alger, tout en établissant notre suzeraineté sur les autres parties de la Régence :

L’armée d’Afrique se trouvait en présence de populations qui ne reconnaissaient point et ne poiivaientreconnaîtreàlal^rance un droit qu’elles n’avaient point voulu reconnaître aux Turcs. Le général Clauzel avait donc à choisir entre deux partis : il lui fallait ou aliéner les droits de la France en traitant avec les indigènes, ou obtenir par la guerre une soumission qui allait être énergiquement refusée. Dans le premier cas, on donnait aux Arabes le temps de se reconnaître et de s’organiser; dans le second, il fallait attaquer simultanément toutes les provinces et soutenir la guerre jusqu’à complète soumission du pays. Or, à l’époque dont nous parlons, la France était menacée par les signataires du traité de la Sainte- Alliance ; au lieu donc de disséminer ses forces, elle devait les concentrer toutes, et il était supposable qu’elle rappellerait en partie son armée d’Afrique, et réduirait son occupation à l’enceinte d’Alger.

En présence de cette alternative, le général Clauzel prit le parti le plus sage ; il résolut de confier l’administration du pays h telle autorité musulmane qui voudrait s’en charger, à la condition de le faire pour le compte et sous la protection de la France.

Un moment il fut question de s’adresser au pacha d’Egypte ; mais ce prince avait trop d’am-

bition pour qu’on pût sans danger introduire ses agents dans la Régence. — Le bey de Tunis, moins puissant et moins audacieux, offrait plus de garanties; ce fut à lui qu’on s’adressa. M. de Lesseps, notre consul général à Tunis, fut cliargé d’entamer les négociations, et, bientôt après parurent deux arrêtés aux termes desquels le général Clau'zel prononçait la déchéance des beys de Constantine et d’Oran etcédait à deux princes tunisiens le gouvernement des provinces, moyennant une redevance annuelle fixée à deux millions de francs.

Ces mesures, dictées en partie par une impérieuse nécessité, léinoignaient de la haute intelligence du comte Glauzel : elles lui permettaient d’opérer directement sur le centre de la Régence avec tous ses moyens d’action, et réservaient l’avenir.

Cependant, M. Sébasliani, alors ministre des affaires étrangères, incrimina les actes que le général Clauzel avait signés, non qu’il les trouvât contraires aux intérêts de la France, mais parce qu’ils avaient été conclus sans sa participation. Dans ce conflit, que la vanité seule avait fait naître, le roi prit parti pour son ministre : jM. Clauzel fut désavoué, et on lui donna pour successeur le général Borthezène.

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