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COMMANDEMENT DU GÉNÉRAL BERTHEZÉNE

(.lanvier — Décenibra 1831 .)

Nous avons expliqué en suite de quelles cir-

constance.^ le bey de Tittery avait été dépossédé de son commandement, et remplacé par Muslapha-Ben-Omar. Les habitants de Médéah avaient accepté avec une sorte de reconnaissance le chef que le général Glauzel leur avait donné, et il semblait qne tout germe de trouble eût disparu : mais cette fois encore on se faisait illusion. Après quelques mois de séjour à Blidah, où on l’avait interné, Oulid-Bou-Mezrag, üls du bey déchu, avait oblenu l’autorisation de rentrer dans sa famille; il était brave et cachait sous une apparente simplicité une grande ambition ; il intéressa les tribus voisines à sa personne et à sa cause, et rallia promptement à lui les Arabes les plus influents. L’autorité de Ben-Omar, sans racines dans le pays, fut ouvertement méconnue, et le général Berthezène, instruit de ce qui se passait, dut marcher au secours du bey dont la personne était sérieusement menacée. Il partit d’Alger le juin, à la tête de quatre mille cinq cents hommes; le 30, il entrait à Médéah, d,’où Bou-Mezrag s’était précipitamment enfui.

Les citadins accueillirent avec joie l’armée française qui les débarrassait d’un personnage incommode ; et, dans le but de prévenir une nouvelle insurrection, ils engagèrent le général à organiser l’administration de la province et à laisser garnison dans la ville. Malheureusement, M. de Berthezène voulait faire, lui aussi, sa campagne de l’Atlas, et publier ses bulletins de l’année d’Afrique. Sans donc écouter davantage les avis et doléances des notables, il se lança à la poursuifec 'de Bou-Mezrag et poussa jusqu’au

plateau d’Aouarali, brûlant les moissons et abattant les arbres; apres quoi, satisfait de luimènie, il revint à Médéah, suivi de près par les Arabes que ces actes de sauvagerie avaient exaspérés.

La ville, joyeuse la veille, était dans la consternation. Les habitants se demandaient avec elîroi dans quel but on ruinait ainsi la province; pourquoi, au lieu de faire une guerre loyale, on saccageait les douairs ; ils redoutaient, surtout, de passer aux yeux de leurs compatriotes pour des hommes sans couragd^et sans foi, et s’attendaient à subii; de terribles représailles. Ben- Omar se lit leur interprète : il supplia le général de laisser dans la ville un ou deux bataillons, afin de protéger ses partisans contre les vengeances de Bou-Mezrag. Mais le général, qui se sentait lui-même fortement compromis et songeait au retour, répondit à ces supplications par un refus catégorique : il avait, disait-il, besoin de tous ses hommes pour opérer sa retraite et tenir tête à l’ennemi. Le cheick n’insista point : il déclara seulement qu’il lui était impossible de rester à Médéah après le départ de nos troupes et dèmanda, pour ses amis et pour lui, l’autorisation de suivre l’armée française. M. de Berthezène y consentit ; c’était reconnaître implicitement son impuissance.

L’armée se mit en marche pour Alger (2 juillet); les Arabes se jetèrent aussitôt sur les flancs de la colonne, toujours tiraillant. Après une marche forcée, on gagna le col du Thénia; le lendemain, à la pointe du jour, on descendit le versant sep-

tenlrional de l’Atlas. — Par une incurie véritablement impardonnable, le générai en chef avait négligé de faire cccuper les hauteurs qui dominent la route; les Arabes s’en emparèrent, et, par un feu plongeant, décimèrent nos troupes. Une circonstance malheureuse vint bientôt aggraver la situation. L’arrière-garde était formée par un bataillon du 20'' de ligne : attaqué avec un redoublement d’énergie par les Kabyles, ce bataillon commence à mollir; son chef est gravement blessé ; on l’emporte, sans que personne songe à le remplacet dans son commandement, et cette nouvelle faute décida du sort de la journée, La troupe, en effet, assaillie de toutes parts et privée de son commandant, lâche pied et regagne en désordre le gros de la colonne.

L'n homme se trouva néanmoins, qui, dans ce moment critique, sauva l’homieur de la France : le commandant Duvivier, chef d’un bataillon composé de zouaves et de volontaires parisiens, s’établit perpendiculairement à la roule, et arrêta l’ennemi : de part et d’autre la lutte fui acharnée ; peu à peu cependant les Arabes faiblirent, et le bataillon se relira par groupes, (( toujours combattant, toujours faisant face à l’ennemi, lorsqu’il était serré de trop près. » — L’armée'put enfin se rallier à Mouzaïa. Deux jours après, elle rentrait à Alger.

L’insuccès de cette expédition rendit aux Arabes la conliance qu’ils avaient perdue : un moment ils avaient espéré que l’armée française se bornerait à détruire la capitale de l’Odjeac, et comme ils haïssaient les Turcs, ils avaient as-

sistë sans trop de déplaisir à la défaite de la milice ; mais en voyant nos troupes fortifier la Casbah, réparer la marine et s’avancer dans la Régence, ils comprirent qu’ils allaient être euxmêmes sérieusement menacés et s’excitèrent mutuellement à repousser les chrétiens. Un marabout nommé Sidi-Saadi, ami particulier d’Hussein-Dey qu’il était allé consulter à Livourne, se fit le chef d’une vaste conspiration. Bou-Mezrag et le dieick Ben-Zamcmn ^ que nous avoBts vu figurer à la bataille de Stîouëli, lui fournirent de nombreux contingents, et* envahirent le territoire d’Alger.

L'insurrection menaçait de deveniriormidable, mais le défaut d’ensemble parmi les insurgés sauva la colonie. Ben-Zamoun, qui le premier avait engagé les hostilités (17 juillet), fut contraint de repasser l’Aratch. Bou-Mezrag et Sidi- Saadi ne furent pas plus heureux : après cinq jours de combats partiels, leurs bandes poursuivies et dispersées par les chasseurs d’Afrique s’enfuirent vers les provinces où nous les retrouverons bientôt.

Depuis le départ du général Damrémont, les Bôneis se gouvernaient eux-mêmes sous la protection d’une centaine de Turcs commandés par un koulougli nojnmé Ahmed. Cet te protection ne leur suffisant plus, ils demandèrent des secours en hommes et en munitions. Le général Berlhezène leur envoya cent vingt-cinq zouaves aux ordres du capitaine Bigot et sous la direction du commandant Houder. ,

A son arrivée à Bône, la troupe fut parfaite-

ment accueillie ; si parfaitement même, que les chefs s’endormirent dans une trompeuse sécurité. Bientôt, en effet, la garnison turque, soudoyée par Ibrahim, ancien bey de la province, s’enferma dans la casbah et menaça les habitants de bombarder la ville si les zouaves ne Tévacuaient aussitôt. A celte injonction, MM. Bigot et Houder se mirent à la tête de leur compagnie et marchèrent sur la citadelle, d’où ils furent repoussés par une vive fusillade. Deux jours après (29 septembre), quelques individus, se disant délégués par leurs compatriotes, vinrent sommer le commandant de sortir de la place. M. Houder se résigna et fit demander des embarcations à la Créole et à V Adonis, alors en rade. Dès: que cette nouvelle fut connue, les Arabes du dehors pénétrèrent dans la ville et se ruèrent sur les. zouaves. Le capitaine Bigot et le commandant Houder essayèrent de lutter contre la foule , mais comme ils approchaient du rivage, ils furent pris et massacrés.

Comme général, M. de Berthezène était incontestablement au-dessous de sa mission ; comme administrateur, il déploya une certaine activité dont il faut lui tenir compte.

Ce qui le préoccupait surtout, c’était la crainte d’une insurrection : la funeste campagne de Médéah avait attiédi son ardeur belliqueuse ; il ne songeait plus à conquérir. Pleinement convaincu qu’il ne soumettrait jamais les Arabes, il chercha le moyen de vivre paisiblement à côté d’eux ; il crut l’avoir trouvé en nommant agha de la plaine Sidi-M’Barak , chef de l’illustre fa-

mille des marabouts de Coléah. Celui-ci s’engagea , moyennant un traitement annuel de 70,000 fr. , à contenir les Arabes au delà de la banlieue d’Alger, — et il tint parole. '

Ce dernier arrêté, aveu tacite de notre impuissance en Afrique, avait indisposé les Chambres ; l’expédition de Bône acheva de déconsidérer le commandant en chef ; on lui avait reproché sa faiblesse, on lui reprocha son incurie...

Eu France, le courant de l’opinion est irrésistible le général demanda sou rappel et l’obtint.

COMMAliDEMENT DU DUC DE R0VI60.

(Décembre -1831. — Mars 1833.)

Le peu de succès que nous avions jusqu’alors obtenu irritait également le pays et les Chambres. — M. Casimir Périer, chef du cabinet, attribuant le mauvais état de nos affaires au vice de l’organisation qui régissait la colonie, soumit au roi et lui ht accepter (1“‘' décembre 1831) une ordonnance qui séparait complètement l’autorité civile de l’autorité militaire. Aux termes de cette ordonnance, il fut créé un intendant civil ayant sous sa direction tous les services civils financiers et judiciaires, et placé sous les ordres immédiats du président du conseil.

L’application de ce nouveau système exigeait des hommes nouveaux : le gouvernement donna pour successeur au général de Bertliezène le

duc de Rovigo, et nomma M. Pichon intendant

Le nouveau commandant arrivait avec des idées préconçues , et se croyait appelé à régénérer l’Afrique. Son premier soin fut d’assurer les conquêtes déjà faites : il ne laissa donc à Alger qu’une faible partie des troupes, et dissémina le reste sur les points principaux du Sahel et de la banlieue. Ces différents postes, formés d’un bataillon, circonscrivaient un espace d’environ six lieues carrées : des routes stratégiques les reliaient entre eux et les mettaient en communication avec Alger.

Sidi-Saadi et Ben-Zamoun prêchèrent de nouveau la guerre. L’insurrection s’étendit peu à peu de la plaine à la montagne; Milianah, Coléah, Blidah en devinrent les centres. Notre agha, Sidi-M’Barak, dont les relations avec le commandant en chef étaient devenues de Jour en jour moins amicales, essaya d’arrêter le mouvement ; mais il fut entraîné lui-même et rejoignit les insurgés, qui s’étaient avancés jusqu’à Bouffarick. — Le général Faudoas accoiirut aussitôt à la tête des chasseurs d’Afrique et des zouaves, rencontra les Arabes près de Sidi-Haïd, et les battit {± décembre 1832). En même temps, le général Brossard marchait sur Coléah, où il devait s’emparer de Sidi-M’Barak; mais le vieux marabout ne l’attendit point : quand nos troupes arrivèrent, il avait gagné la montagne.

La coalition dissoute, l’heure des châtiments sonna : le duc de Rovigo ne pardonnait pas. Les gens de Blidah et de Coléah furent frappés d’une

contribution de guerre fixée, pour chaque ville, à deux cent mille douros d’Espagne (onze cent mille francs), contribution absurde, eu égard à la pauvreté des habitants, et qui resta sans effet. Blidah fut mis au pillage.

M. Pichon, cependant, voyait avec chagrin le commandant supérieur s’abandonner sans mesure à de foltes colères, et crut devoir protester contre un système qui n’était ni de notre époque ni dans nos mœurs ; au fond, il disait vrai ; mais M. de Rovigo était, plus que personne, jaloux de ses prérogatives : il répondit à ces observations par des sarcasmes, et dispensa l’inlendant de lui donner des avis. — Ainsi placée sur le terrain des personnalités, la question s’envenima rapidement ; les deux chefs de l’administration se firent une guerre ouverte, et leurs relations, bien que purement officielles, prirent un tel caractère d’acrimonie, que le commandant demanda avec insistance le rappel de l’intendante M. Pichon fut sacrifié : mais il emporta dans sa retraite l’estime de tous les gens de bien.

M. Genty de Bussy, intendant militaire de Iroisiènie çlasse et maître des requêtes au conseil d’État, remplaça M. Pichon (12 mai 1832) ; mais, afin d’éviter entre fonctionnaires toute rivalité, une nouvelle ordonnance plaça l’intendant civil sous les ordres du commandant en chef.

Cependant, la colonisation devint l’objet de soins particuliers : à peine étions-nous établis dans la Régence , que des Allemands et des Suisses, tourmentés par l’esprit d’émigration, étaient venus à Alger, comptant y recevoir ou

des terrains ou du travail. Ils n'y trîmvèrent que la misère : l’administration fut obligée de les prendre à sa charge, et elle les logea tant bien que mal sous des tentes et dans des masures.

Plus tard, M. de Bussy, mu par un sentiment d’humanité et bien aise d’attacher son nom à une œuvre durable, engagea le duc de Bovigo à créer dans la banlieue quelques centres agricoles où se grouperaient les émigrés. L’idée parut heureuse, et on construisit pour les Allemands et les Suisses les villages de Delhy-Brahim et de Kouba (1832). Chaque famille reçut un lot de terres , sous condition qu’elle le mettrait en culture ; mais, soit paresse ou ignorance, soit qu’il en fût empêché par les maladies, aucun colon ne remplit ses engagements. — Ce premier essai causa tant de soucis au ministère, qu’il se déciila à entraver l’émigration : un avis officiel prévint le public « qu’aucun individu ne serait reçu à Alger comme colon, s’il n’y arrivait avec les moyens de pourvoir à sa subsistance pendant un an. »

Autour du quartier général, tout était tranquille : mais il n’en était point ainsi dans les provinces.

La mort du commandant Houder et la retraite des zouaves avaient laissé la ville de Bone au pouvoir d’ibrahim. Le bey de Constantine somma les habitants de lui livrer la place, et, sur leur refus, la lit assiéger par Ben-Aïssa, qui s’en empara.

Cependant, la Casbah restait encore au pouvoir d’ibrahim, qui continuait à guerroyer pour

son propre et privé compte ; et comme elle dominait la plaine, il importait de s’en rendre maître: l’entreprise était périlleuse; pour la mener à bonne fin, il fallait des hommes d’une bravoure à toute épreuve : Yousouf et le capitaine d’Armandy prennent avec eux trente marins de la Béarnaise, s’introduisent dans la citadelle, gagnent à leur cause la garnison turque, qui abandonne son chef et arborent au sommet des tours le drapeau de la France.

Ben-Aïssa, dont la position n’était plus tenable, se retira précipitamment : dans sa fureur aveugle, il ne voulut laisser aux vainqueurs que des monceaux de ruines; il contraignit les habitants à le suivre, et incendia la ville. — Un mois après, le général Monk-d’üzer vint, avec trois mille hommes d’infanterie, en prendre possession (26 juin).

Dans l’ouest, les choses allaient de mal en pis. le général Boyer y suivait à la lettre les prescriptions du duc de Rovigo et gouvernait à la turque. Les Arabes patientèrent d’abord ; pois, excités par le marabout Mahy-ed-Din, ils renouvelèrent leurs attaques. Une première fois, ils arrivèrent jusqu’aux portes d’Oran (mai 1832), et ne se retirèrent qu’après une résistance opiniâtre; plus tard, ils se présentèrent au nombre de six mille environ, et tentèrent d’escalader les remparts ; enün, le 10 novembre, ils livrèrent une véritable bataille.

L’heure approchait où la lutte allait prendre un caractère plus spécial : voici venir Abd-el- Kader :

« Dans les combats du commencement de- 1832, le jeune Abd-el-Kadec s’était distingué par son sangfroid et son audace ; il avait eu son clieval tué sous lui près du fort Saint-Philippe, et sa réputation n’avait cessé de grandir.

» Son père, Mahy-ed-Din, tenait le premier rang

g arnvi les chefs de trihus. Les chefs des Hachems, des eni-Amer et des Gharabas, poussés à bout par la misère publique, se réunirent dans la plaine d’Eghrès avec l’intention de prendre un parti définitif ; ils offrirent le pouvoir à Mahy-ed-Din, pour lui-même ou pour son fils Ahd-el-Kader, disant qu’ils le rendraient responsable devant Dieu des maux qui pourraient résulter de son refus.

» Se sentant maître de la situation,. Mahy-ed-Din l’exploita très habilement par une suite de refus et de délais calculés. Les instances sa renouvelèrent avec d’autant plus d’énergie ; enfin, un marabout célèbre, âgé de cent dix ans, Sidi-el-Aratch, appuya ses sollicitations sur le récit d’un songe qu’il avait eu, où le jeune Abd-el-Kader lui était apparu sur un trône et rendant la justice...

» Vaincu par tant de preuves de la volonté céleste, Mahy-ed-Din fit appeler son fils et lui demanda comment il entendait l’exercice du pouvoir et de la justice. Abd-el-Kader lui répondit :

« Si j’étais sultan, je gouvernerais les Arabes avec J» une main de fer : et si la loi m’ordonnait de faire )v une saignée derrière le cou de mon propre frère, )v je l’exécuterais des deux mains. »

» A ces mots, Mahy-ed-Din annonça solennellement sa fin prochaine, prit son fils par la main, et, sortant avec lui de la tente qu’entourait une foule inquièfle, il s’écria : « Voilà le fils de Zohra, voilà le sultan qui vous est annoncé par les prophètes ! »

M Aussitôt s’élevèrent des acclamations unanimes. La ûlusique des anciens beys fut amenée de Mascara

J our donner plus d’éclat à la fête de l’avénement, et ’innombrables cavaliers la célébrèrent par leurs fantasias.

» L’éclat d’un si beau jour n’éblouit point le jeune Abd-el-Kader.

» Trois tribus l’avaient proclamé, une seule peutêtre avec un dévouement inaltérable, parce qu’il en était sorti : « Les autres, disait Maby-ed-Din, sont » mes habits; les Ilacbems sont ma cbemise. »

» Or, quelle (euvre n’était-ce pas de rallier successivement toutes les populations algériennes, en faisant taire et leurs rivalités, et les prétentions de leurs chefs, et tant de haines, et tant d’amoiirs-propres, mobiles essentiellement contraires à la création d’une vaste unité nationale ! Cependant il y en avait un autre, mais un seul, capable de contrebalancer tous ceux-ci : c’était la guerre sainte.

» A peine entré dans Mascara, Ahd-el-Kader se rend droit à la mosquée. Là, dans un sermon fort habile, il réclame la paix et la soumission de tous les musulmans, au nom de la guerre sainte qu’il s’engage à conduire avec la plus grande énergie. Puis, il entre dans la chambre du conseil, écrit à toutes les tribus pour leur apprendre son élévation au pouvoir et le saint emploi qu’il veut en faire; il leur nomme des chefs choisis parmi les membres de leurs grandes familles dont il redoute le moins les dispositions personnelles, et envoie des présents magnifiques au sultan du Maroc. Afin de s’en ménager l’appui, le jeune chef

S renait seulement, dans les prières publiques, le titre e Khalifa. Cette politique lui réussit : Abd-er-Rhaman ne tarda point à ratifier l’élection du peuple, et comme chef de la religion, prescrivit d’obéir au chef de la lutte religieuse contre les infidèles »

La scène que nous venons de raconter se passait dans la plaine d’Eghris, le 22 novembre 1832:

un mois après, les Arabes de toutes les provinces en connaissaient les détails et chargeaient leurs* fusils...

Mais M. de Rovigo n’était point homme à se laisser surprendre : toujours sur le qui-vive et l’oreille tendue vers les bruits du dehors, il voulut tout connaître et tout faire par lui-même. ' — Or, à ce rude labeur, ses facultés et ses forces s’usèrent ; il était triste et morose : il devint rancuneux et méchant, vit partout des ennemis, et redoubla de sévérité. — C’est alors qu’il eut recours, si nous en croyons le commandant Pélissier, « à un de ces actes de perfidie, dont on ne trouve d’exemples que dans l’histoire dégradée du Bas-Empire... » On lui avait signalé deux kaïds, Meçaoud et El-Arbi, comme des ennemis acharnés de la France , il les manda près de lui, leur promettant l’oubli du passé. Eux, confiants en la parole d’un officier français, se rendirent à Alger. Ils y furent aussitôt arrêtés, traduits devant une Cour martiale, puis condamnés et exécutés (février 1833).

Cet assassinat juridique détruisit toute confiance parmi les Arabes et fit prendre en horreur la domination française.

M. de Rovigo se proposait de suivre à outrance sa politique d'intimidation, lorsqu’une maladie, qui peu de mois après devait le conduire au tombeau, le contraignit à résigner ses fonctions; il partit pour la France, laissant le commandement en chef au général Avizard, le plus ancien des maréchaux de camp en service en Algérie.

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