‹ L'Algerie ancienne et nouvelleChapitre 8 sur 19 · COMMANDEMENT DES GÉNÉRAUX AVIZARD ET VOIROL · texte numérisé non relu

COMMANDEMENT DES GÉNÉRAUX AVIZARD ET VOIROL

Le général Avizard, présumant que son intérim serait de courte durée , se borna à suivre ponctuellement les instructions de M. de Rovigo et à contresigner les arrêtés administratifs que lui présentait l’intendant civil. Le seul acte qui lui soit propre est la création du bureau arabe; encore le général Trézel en avait-il conçu l’id^.

Le chef de ce bureau était appelé à rendre de véritables services, en ce sens qu’il allait dwiner à nos relations avec les tribus une plus grande extension. On détermina ses attributions: il devait connaître de tontes les affaires arabes, informer le gouverneur de ce qui se passait au dehors, et transmettre les ordres par des officiers spéciaux et des interprètes. Cet emploi exigeait des connaissances et des aptitudes particulières: il fut confié à M. de Lamoricière, alors capitaine de zouaves.

M. de Lamoricière prit le contre-pied de ce qui avait été fait précédemment ; au lieu de rudoyer les indigènes, il fut juste envers eux. Dans ses rapports journali^s avec les chefs de tribus, il montra une telle bonne foi que, peu à peu, les gens de la plaine revinrent à Alger approvisionner nos marchés ; — les colons travaillèrent avec plus de sécurité; et, grâce à la facilité des communications, nos marchés forent abondamment pourvus. Mais si les tribus du Sahel ne donnaient aucun sujet de plainte, les Bougiotes

et les montagnards kabyles inspiraient toujours de vives inquiétudes. Plusieurs fois déjà, des navires français en rade devant Jk)ugie avaient été assaillis par les pirates de la côte. Même chose arriva, en 1832, à un brick de la marine anglaise. Le gouvernement britannique s’en plaignit avec hauteur et déclara «que, si la France ne savait pas faire respecter les pavillons amis sur les côtes dont elle revendiquait la possessions, il prendrait, lui, des mesures directes. » — On vit dans ces paroles une menace, et on songea sérieusement à châtier les corsaires.

On avait cru d’abord qu’il suffirait d’un bataillon pour enlever Bougie; mais le ministre de la guerre, pensant que ces forces seraient insuffisantes, forma secrètement un corps expéditionnaire en dehors de l’armée d’Afrique. Les troupes se réunirent à Toulon et le gènérad Trézel vint d’Alger en prendre le commandement.

L’escadre appareilla le 22 septembre : le 29, au matin, elle entrait dans la rade de Bougie. Le défaut du vent et la nécessité de ne s’avancer qu’en sondant pour choisir les points d’embossage donnèrent le temps aux indigènes qui occiqxiient les forts, et aux Kabyles des environs, de se préparer à la défense. Les cinq forts qui protégeaient la ville tirèrent presque simultanément sur la flotte; mais le feu de nos navires, par sa vigueur et sa précision, eut bientôt éteint presque entièrement celui de l’ennemi; et, sur les dix heures, les troupes débarquèrent : le même soir, tous les forts éiaâent pris (29 sep-

tembre). Mais ce succès ne termina point la lutte : les Kabyles, descendus de leurs montagnes, se jetèrent dans la ville, et, pendant trois jours, la défendirent pied à pied; il fallut faire le siège de chaque maison, prendre d'assaut chaque jardin. De part et d’autre on combattit avec une stupide férocité, on tua de sang-froid, on mutila les cadavres. Enfin, les Bougioles et les Kabyles abandonnèrent la place et se retirèrent sur les montagnes qui la commandent de plus près.

Le départ du général Boyer suivit de près celui du duc de Rovigo. Le général Desraichels, nommé commandant supérieur de la province d’Oran^ débarqua à Mers-el Kébir le 23 avril 1833. Il passait pour homme de tête et d’action ; on lui laissa presque toute latitude. Il en usa largement.

Son premier mot fut une menace ; « On étouffe, ici h) s’écria-t-il, en répondant à son prédécesseur qui lui servait de cicérone, et lui montrait la ville dont les portes étaient nuit et jour fermées. — C’était laisser comprendre qu’il avait hâte d’élargir le cercle de nos possessions. — Et en effet, au lieu de se tenir sur la défensive, il attaqua résolùment les Arabes et fit à l’émir une guerre acharnée. Les résultats furent, cependant, en raison inverse des sacrifices. Le général Desmichels, qui se flattait d’être un habile diplomate, ne bataillait que pour forcer son adversaire à négocier la paix : aussi , après avoir, dans plusieurs rencontres, battu les réguliers, il conclut avec Abd-el-Kader, et sous sa

propre responsabilité, un traité qui devait avoir pour conséquences d'augmenter l’autorité de l’émir et d’amoindrir la nôtre.

Tandis qu’on négociait à Oran, on disputait à Alger.

Le général Voirol était, de l’aveu de tous, un excellent militaire, mais son esprit s’égarait aisément dans les mille détails de l’administration. Il se sentait mal à l’aise au milieu des fonctionnaires civils qu’il devait diriger; et, faute de confiance en lui-même, il se mit sous la dépendance absolue de M. Genty de Bussy. — L’intendant civil usa et abusa de la faiblesse du général : il eut le verbe haut, et se crut, de bonne foi peut-être, un homme indispensable.

Le gouverneur s’aperçut enfin qu’on le reléguait au second plan, et le laissa comprendre; de ce jour il y eut scission complète entre les deux pouvoirs.

En France, on se préoccupait de cet état de choses; la presse demandait avec insistance une organisation régulière des services publics , et, dans les deux Chambres, l’opposition sommait le gouvernement de mettre un terme à cette déplorable anarchie. Le ministère même reconnut qu’il y avait urgence.

Le roi décida donc (7 juillet 1833) « qu’une commission spéciale se rendrait en Afrique pour recueillir tous les faits propres à éclairer le gouvernement, soit sur l’état actuel du pays, soit sur les mesures que réclamait son avenir.

La commission arriva le septembre 1833 à Alger, poussa ses excursions jusqu’à Blidah,

et se fit transporter par mer à Orao, à Arzew et à Bône. Chacun de ses membres s’occupa spécialement d’une des branches du service : quand la lumière fut faite, les commissaires revinrent à Paris. Le résultat de leurs recherches et de leurs observations ayant été remis au président du conseil , une seconde commission fut instituée par ordonnance royale, « à Veffet de dé’cider si la France devrait ou non abandonner ses possessions d^ Afrique.

La question fut longuement débattue. Parmi les commissaires, il s’en trouva qui Incriminèrent énergiquement la conduite de certains fonctionnaires en renom, et mirent à nu cette plaie saignante qu’on appelait la conüuète,.... Ils avaient voulu voir; et comme les missi dominici d’un autre âge, ils avaient interrogé les haletants, recueilli leurs plaintes, pesé leurs griefs et porté la lumière là où régnait l’obscurité. Tous savaient maintenant d’où venait le mal : tous répétèrent donc sans y rien ajouter, mais sans en retrancher un seul mot, ce qu’ils avaient entendu.

En parlant à ses collègues de la Chambre, M. de la Pinsonnière disait que les moyens employés jusqu’alors pour protéger les émigrants avaient été « mesquins et rétrécis; » et que, par l’incurie des administrateurs, le colon mourait souvent de maladie ou de misère avant d’avoir un abri, ou avant l’arrivée des secours. » Mais ce tableau, si rembruni qu’il fût, était encore incomplet; or, l’honorable orateur s’était imposé la tâche de déchirer le voile qui mas-

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quait la réalité ; il prit à partie les agents responsables, discuta leurs actes, énuméra ua à un tous les vices du système adopté, et flétrit, avec l’indignation d’une âme honnête, les exécutions sanglantes qui avaient épouvanté les indigènes. Ses accusations furent nettes, précises, vigoureusement accentuées.

M. de la Pinsonnière n’était point seul à déplorer cet état de choses : sa parole trouva de sympathiques échos dans la presse et dans le pays. On ne pouvait comprendre, en effet, les irrésolutions du ministère dans une question qui intéressait des milliers d’individus, et où l’honneur national était eu jeu. Le manque d’initiative et d'énergie qu’on reprochait au gouvernement devait être, pensait-on, la conséquence d’un parti pris. Pour expliquer l’un et l’aulre, on parla d’engagements secrets contractés par Louis-Philippe envers l’Angleterre, et on crut que l’intention formelle du roi était d’abandonner la colonie. Cette idée d’abandon trouva de zélés défenseurs.

M. Dupin se prononça franchement contre l’occupation, et déclara qu’il fallait « hâter le moment de libérer la France d'un fardeau qu'elle ne pourrait et qu'elle ne voudrait pas porter longtemps. » Mais il fut vivement combattu par plusieurs orateurs, notamment par MM. de Pontevès, Laurence et Mauguin.

La Chambre, d’abord indécise, comprit enfin que la mesure proposée était souverainement impopulaire, et les partisans de l’abandon en furent poiu* leurs frais d’éloquence. Le ministère

déclara solennellement , avec la commission d’enquête : « Que V honneur et Vinlérêl de la France lui commandaient de consercer ses possessions sur la côte septentrionale de l’A frique.n

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