‹ L'Algérie chrétienneChapitre 9 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

garnie d< stalactites aux formée les plus variéi ce sol e I encorobré d'une prodigieuse quantité de blocs énormes détachés de la voûte. 0

Mais ce qui contribue Burtoul à l'intérêt qu'inspire cette vaste caverne, ce sont tics inscriptions latines qui en garnissent l'entrée et qui appartiennent au* premiers temps du christianisme. La plupart sont illisibles; cependant l'une d'elles indique le nom <le Donatus : sur plusieurs autres on trouve des noms de martyrs inconnus. Les premiers chrétiens d'Afrique se réfugièrent sans doute dans celte caverne pendant les époques de persécutions, et ce souvenir établit volontairement un parallèle entre ce souterrain et celui de Ouled-Riall.

Parmi les ruines qui sont sur une montagne voisine, on trouve une porte ovale avec cette inscription en demi-cercle : Domine , protège nomen gloriosum. Des deux côtés de l'ouverture , on voit des croix dont chaque extrémité est ornée d'un croisillon.

Sur la plaine de Tlemcen se trouvent des sources d'eau qui se joignent et forment une cascade. Il y a près de là un ruisseau, nommé Annasarani , qui fait tourner un moulin : on l'appelait le Ruisseau du Chrétien.... Sur ses rives avaient été bâtis des oratoires et autres maisons religieuses avec de grands jardins '.

•Espérons que ceux qui s'occupent de l'étude des antiquités chrétiennes en Algérie , parviendront, à force de courage et de persévérance , à retrouver de nouvelles richesses , à les coordonner, à nous eu donner l'explication avec des dessins élégants et fidèles, et que nous aurons ainsi, grâce à leur zèle religieux et artistique , une archéologie chrétienne de la province soumise par nos armes et rendue au culte des anciens habitants !

1 A mesure que la paix intérieure consolidera notre conquête , nous pourrons rechercher les vestiges de ces pieuses constructions, et des chrétiens rétabliront peut-être sur ces ruines, des établissements consacrés à la prière, au travail et à la prédication de l'Evangile.

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Mœurs, habitudes religieuses des Arabes; leur haine profonde pour les chrétiens , etc.

Pour bien comprendre la mission du prêtre chrétien en Algérie , pour apprécier les obstacles que la religion doit rencontrer avant d'y jeter de profondes racines, et pour juger en même temps la conduite du gouvernement dans cette œuvre difficile, il est nécessaire d'avoir une donnée certaine sur le caractère, les habitudes et les mœurs des habitants que nos armes ont conquis, mais non encore soumis, et parmi lesquels nous voulons surtout implanter nos principes religieux et naturaliser les bienfaits de la civilisation européenne. D'abord la religion de l'Arabe musulman , qui ne consiste guère qu'en cérémonies et pratiques extérieures, récitation rapide et insignifiante de prières l, ablutions, etc., est poussée jusqu'au fanatisme , et à un fanatisme cruel ; ils croient aussi à un destin aveugle, et reçoivent la mort sans murmure, semblable à l'animal frappé d'un coup mortel , mais non pas comme le chrétien éclairé , qui sait qu'après le trépas les bons trouvent leur récompense éternelle dans le sein de Dieu , tandis que les méchants

1 II y a des mots qui se répètent jusqu'à six mille fois dans le môme jour. On ne peut troubler un mahométan pendant sa prière : un officier français prisonnier avait à se plaindre d'un vol ; il ne put se faire rendre justice parce qu'Abd-el-Kader était en prière.

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seront punis par «1rs maui Bans fin. Puis, cette haine invétérée contre les sectateurs de la religion véritable se produit bous toutes les Formes et dans chaque circonstance de la vie ; et pour ne pas remonter à des temps éloignés , où nous retrouverions

les chrétiens en proie à des insultes, des avanies et des toitures de toute espèce ; pour qu'on ne croie pas que ces indignités viennent des gens du peuple et des dernières classes de la société, lorsqu'un officier de marine poussé par la tempête sur le rivage ennemi fut récemment fait prisonnier, il n'y eut sorte de cruautés qui ne lût exercée à son égard et à l'égard de ses camarades, tant qu'ils n'étaient pas sous les yeux et la protection immédiate d'Abd-el-Kader; et quand ce jeune français, plein d'honneur et de bravoure, couvert de blessures, de boue , et souillé par les crachats des petits enfants , sollicitait un peu de café pour se réconforter : « Du café à un chien de chrétien î lui répondait-on brutalement; fils de chien, chien de chrétien , faites la prière. »

Abd-el-Kader lui-même, que Ton devrait supposer plus tolérant , plus éclairé , refusait par mépris de parler chrétien (français), avec un chrétien, avec ce jeune enseigne de vaisseau.

Quand des Français sont échangés et quittent le camp des Arabes , on entend ces hommes farouches s'écrier : Ah ! les chiens de chrétiens s'en vont! Dans les rues étroites, les esclaves chrétiens étaient obligés, en portant de l'eau ou des fardeaux , d'user des plus grandes précautions et de crier sans cesse : Faites place ! car s'ils touchaient quelqu'un , ils ne manqueraient pas de recevoir de grands coups de bâton. Les gardes chargés de la surveillance des bagnes où sont renfermés les esclaves, tirent souvent des coups de fusil sur les prisonniers qui font un peu de bruit. Ils sont au guet comme nos factionnaires, et s'avertissent par ces mots : Prends garde aux chrétiens.

Lorsqu'un esclave est malade , on le tue d'un coup de fusil , ou bien on le jette dehors du bagne, et les lions, les tigres et autres bêtes féroces , pour conserver leur proie , se battent long-

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temps entn eux; el ce spectacle. Tort intéressant pour les Arabes, les mel dao£ une grande gaieté : « Vois-tu j disent-àte, ce chrétien ? Dieu ne le connaît pas, puisqu'il le laisse dévorer1^ Et .enfin la loi do Mahomet ne permet d'assassiner les chrétiens que la nuit.... car c'est , scion eux, nn'mojen de salut '.

1 Ce raisonnement pour les Arabes parait décisif.

* C'est une opinion presque généralement renie parmi les Arabes, que c'est une œuvre bien méritoire devant Dieu de lui sacrifier un chrétien , et d'autres ci oient qu'ils ne peuvent mériter le bonheur de la gloire céleste s'ils ne tuent pas un chrétien avant de mouiir. Ceux qui soutiennent cette opinion sont partagés sur la manière de l'entendre : les uns croient qu'il faut tuer un chrétien par le sort des armes; et les autres, qu'il suffit de le tuer, quoiqu'il ne soit pas en état de se défendre. On raconte, à ce sujet, qu'un jour Hali Pelegini . renégat italien, général des galères d'Alger, étant au port avec .un bâtiment espagnol qui avait bien combattu , et d'où l'on tira beaucoup de morts et de blessés, il s'attroupa une quantité d'Algériens qui jetaient des ciis de joie et qui observaient curieusement toutes choses. Un vieux maure, fort superstitieux, se jeta aux pieds de ce général, et lui dit d'un ton fort suppliant : « Seigneur, vous êtes bien heureux d'avoir tué tant de chrétiens et d'avoir occasion d'en tuer tous les jours, et vous seiez bien glorieux dans le royaume de Dieu et fort agréable au Prophète. Pour moi , j'ai toujours vécu en observant religieusement la loi autant que je l'ai pu , et il ne rr.e manque plus , avant de mourir, que d'avoir le bonheur de sacrifier un chrétien au Dieu tout-puissant; puisque vous en avez tant , vous pouvez me rendre heureux en m'eu abandonnant on seul , tel que vous voudrez m'accorder , pour le tuer. » Haii , qui n'était guère mahométan que par l'habit, lui dit, « Je t'accorde ta demande, » en lui montrant un Espagnol jeune et robuste ; il ajouta : « Va-t-en dans le bois voisin, où je t'enverrai le chrétien pour le tuer, si tu veux te satisfaire. » Le vieux mauie lui lit de grands remerchnents, et alla se cacher dans le bois. Hali appela l'esclave, et l'ayant fait armer d'un fusil, d'un sabre et d'un bâton, lui commanda d'aller dans le bois, où il trouverait un maure k qui il dirait que le général sou maître l'envoyait pour ce qu'il savait; et que si le maure voulait lui faire quelque tort , il fallait lui donner des coups de bâton et faire semblant de le tuer. L'esclave obéit et se rendit à l'endroit désigné; mais le maure , le voyant venir armé, prit la fuite et revint près de Hali lui dire que le chrétien étant armé, il ne pouvait exécuter son projet. Alors Hali lui dit : « Vieux coquin , c'est en tuant comme moi des chrétiens qui se défendent que l'on fait des actions agréables à Dieu et à son prophète, et con pas en tuant des gens qui ne peuvent se défendre. » Il renvoya ainsi le maure tout confus du mépris qu'on avait fait de lui après l'espéiance dont il s'était flatté.

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Kiii'm . lorsque les mahométans frappent de jeunes esclaves â coups de baguettes longues et pliantes , jusqu'à ne faire de leui corps qu'une large plaie toute ruisselante, ils s'écrient: Ali! qu'il est doux le sang des chrétiens !

Le 20 mars 1816, des corailleurs français et espagnols, surpris dans une église de Bone par les Algériens } furent massacrés sans pitié pendant l'office divin,

On le voit, c'est toujours par principe tic religion que cette animosité indomptable s'exerce contre les chrétiens ; et tant que le Coran sera la loi des Arabes, il faut désespérer du changement de mœurs parmi cette nation ignorante et cruelle. Cette antipathie, si profondément innée dans le cœur des Arabes, s'explique encore mieux par les associations religieuses sur lesquelles un officier fiançais nous a donne récemment des renseignements si curieux.

a On ne peut calculer la force des résistances contre lesquelles nous avons à lutter en Afrique, et la vitalité que conserve encore le principe religieux au sein de ce peuple que nous voulons dompter : à voir les éclairs qu'il jette encore sous le fer des Chrétiens et des Français, on dirait que l'islamisme avait depuis des siècles secrètement couvé sa flamme sur ce rivage , qui touche presque au rivage de l'Europe....

» .Un intérêt particulier s'attache donc à tous les renseignements qui peuvent être recueillis sur la constitution religieuse des musulmans de l'Algérie et sur les ordres religieux qui existent dans le nord de l'Afrique ; ils mettent sur la voie de la plupart des insurrections que l'on voit éclater contre notre souveraineté.

» Les six ordres de l'Algérie ont pour buse commune le mahométisme pur. De toutes ces associations dont les membres sont unis par des liens invisibles et d'autant plus puissants , celle qui présente le plus de dangers pour nous, et par conséquent plus d'intérêt , est celle de Mouleï-Taïeb. Le chef est toujours de la famille impériale de Maroc , et nous révèle comment l'em-

pereur Abderrhamao peut disposer, en Algérie même, d'une foule de volontés qui lui sont sincèrement dévoués; et il faut également observer que ce lien religieux unit les deux pays , même quand les intérêts politiques les séparent. Ainsi les Mouleï-Taïeb seront en complot permanent contre la France. » La lutte soutenue par la France en Afrique est donc nonseulement une lutte de races , mais encore et surtout une lutte de religion... 11 y a là une grande pensée qui anime toutes les résistances, la pensée religieuse...

» 11 est facile aussi de proposer de faire de tous les musulmans des catholiques. A ce compte , en effet , la question serait promptement résolue ; mais, de même que pour Abd-el-Kader « le tout est de savoir le prendre, » pour les musulmans le tout est de les convertir; et cela est plus aisé en théorie qu'en pratique. Il ne faut pas oublier que nous avons affaire à une autre race que celle des indigènes de Taïti, et aussi à un autre paganisme qu'à celui de l'Océanie... Nous sommes aux prises avec l'islamisme primitif, avec le vrai Coran, celui qui a enseigné l'unité de Dieu et l'immortalité de l'âme, qui a prêché l'abstinence, les privations, qui a été presque chrétien ; il se dresse devant nous de toute part ; il nous combattra jusqu'à ce que nous l'ayons exterminé ou absorbé'. »

A présent , un mot sur le sentiment religieux en généra qui règne chez le peuple conquis. Tout acte religieux a droit au respect des Arabes, quel que soit le culte de celui qui s'y livre.

Le pèlerinage à la maison-sainte , à la Mecque, situé dans l'Arabie Heureuse, pèlerinage qui ne s'accomplit plus avec autant de dévotion et d'unanimité qu'autrefois, constitue chez les mahométans un des actes les plus importants, et ceux qui l'accomplissent prennent pour le reste de leur vie un surnom (ffadji) qui rappelle ce voyage pieux. Le gouverneur français non-seu-

1 Des Ordres religieux chez les musulmans de l'Algérie, par M. E. de Neveu, capitaine d'état-major.

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lemeul ne B'esl pas opposé à cette coutume religieuse , mais il a fourni des bateau] aux pèlerins, afin d'amener la population africaine à dos sentiments de tolérance envers les chrétiens qui les protégeaient.

» Je me suis trouvé , dit le capitaine d'état-major Pelissier dans ses Annales algériennes, sous leurs tentes, avec des juifs voyageurs comme moi, et qui faisaient devant eux leurs prières hérissées de petites cérémonies ridicules et puériles, sans exciter chez leurs hôtes la plus petite marque de désapprobation ou de dédain. Ils paraissaient étonnés d'une chose , c'était de voir que je n'eusse pas aussi de prières à faire comme eux et les juifs ; et j'avoue qu'humilié de la pensée que cela pouvait leur donner une mauvaise opinion de moi , et entraîné par l'exemple de ces hommes à fortes convictions 3 il m'est arrivé plus d'une lois de leur donner par quelques signes extérieurs la preuve que l'avais aussi des croyances et un culte... Car malheur aux peuples et aux individus qui ne croient à rien. »

La aé\otion des chrétiens à la sainte Vierge les touche et les émeut pour la plupart.

A Constantine, une religieuse ayant présenté sa croix à une femme arabe, elle la pressa vivement sur ses lèvres, et voyant l'effigie delà sainte Vierge, elle s'écria, Ah! Lèlè Mariera. ! et elle la baisa avec attendrissement. L'abbé Suchet , devant lequel celte scène se passait, donna une petite statuette de la sainte Vierge au mari , et une médaille aussi de la sainte Vierge à sou épouse et à sa fille. Ils les suspendirent aussitôt à leur cou. Le vicaire-général d'Alger leur dit alors : « Puisque vous aimez tant Lélé Mariem , il faut lui faire tous les jours soir et matin et à midi , cette petite prière : Sainte Marie , Mère de Dieu, prwz pour nous, pauvres pécheurs. » Aussitôt ils voulurent que je leur répétasse plusieurs fois cette prière: et la femme alla chercher un stylet eu roseau, dont les Arabes se servent pour écrire, et elle écrivit sur un cahier cette prière en arabe et en français.

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Puis ils corrompent et altèrent encore des faits rejeté» par une saino critique, mais qui appartiennent à notre agiographiè.

Ainsi une tradition qu'on ne s'attendait pas certainement à trouvera Hickouse, dont I.éon l'Africain a fait un portrait si enchanteur , est celle qui place dans cette ville le tombeau des sept Dormants. On connaît la tradition fabuleuse touchant ces saints martyrs d*Ephèse, qui , persécutés sous l'empereur Décius, s'endormirent dans une caverne où on les avait enfermés, et ne s'éveillèrent que sous le règne de Théodose le Jeune'. Les habitants de Hichouse soutiennent que cet événement s'est passé dans leur ville , que les sept frères étaient de bons musulmans, et ils se glorifient de posséder encore leurs tombeaux.

Il faut aussi leur savoir gré d'une certaine tolérance dont ils donnent quelquefois l'exemple.

Par une coïucidence fort rare , la fête commémorative de la naissance de Mahomet ( Mouloud-el-hehi) était célébrée en 1845 , en Algérie , le jour même où l'Eglise chrétienne marquait par de lugubres cérémonies le retour anniversaire de la mort de Jésus-Christ. Il est résulté de cette coïncidence de grands contrastes, dont l'effet a généralement frappé l'attention, et a surtout mis en lumière les sentiments de tolérance et de mutuel respect qui déjà circulent comme une sève fécondante dans les artères de cette société nouvelle que la France fonde sur l'autre rive de la Méditerranée.

0 Pendant que les chrétiens allaient dans l'église nue et dépouillée d'ornements, baiser l'effigie des plaies du Rédempteur ; pendant qu'en signe de deuil , les navires européens mettaient leurs pavillons en berne et inclinaient leurs vergues en pantenne , les musulmans, parés de leurs plus beaux habits de fête s'embrassaient dans la rue en se félicitant; leurs enfants sau-

1 C'est peut-être une allégorie, dont le seus caché était que la religion, persécutée sous Décius et ses successeurs, respira entin sous le règne de Théodose; ou plutôt , c'est que les reliques de ces saints furent retrouvées eu 479 . plus de deux siècles après leur martyre.

Cil v r i i ii I i \ li.'i

'aient , roulaient de maison eu maison ; prodigues Comme des

niants, ils éparpillaient paiement en mille largesses feura petites économies . se donnant surtout le plaisir de se promener en voiture. Gens tristes, préoccupés <le plaisirs, de piété ou d'al'ïain -. musulmans et chrétiens se croisaient, et ne se maudissaient pas les uns les autres.

» Faut-il remonter bien loin dans l'histoire des deu\ races , des deux religions, pour rencontrer l'époque où un pareil rapprochement eût été impossible , où la douleur des uns , les réjouissances des autres seraient devenues le signal des violences les plus brutales. »

Quelques-unes de leurs l'êtes religieuses, cependant, sont sanglantes et accompagnées d'excès en tout genre ; mais, sauf la mort de quelques animaux , que se permettent les mahométans, nous n'imitons que trop leurs folies dans nos réunions de villages les jours de divertissements, et dans les villes pendant les fêtes de carnaval , époque à laquelle les chrétiens deviennent fov.s , au dire des Arabes.

« Il est malheureux que des ruines qui rappellent des souvenirs si religieux, soient encore le théâtre de cérémonies sanglantes et ridicules. On lit dans Y Algérie , 22 août 18 ï5, les détails suivants sur la fête de Lella-Bona.

» On sait que les Arabes appellent les ruines d'Hippone du nom de Lella-Bona (Madame Bona). Madame Bona est une sainte dont la mémoire est en grand honneur ; elle est enterrée dans les citernes dont on retrouve à Hippone la ruine colossale. Le 3 août , c'était la fête de Lella-Bona-Bent-el-Hamsa ; c'était l'anniversaire du jour où la sainte fut inhumée. Ce jour-là la mémoire de cette sainte demande du sang; aussi lui immole-ton des coqs , toujours des coqs rouges, parce que Lella-Bona est fille de la ronge , Bent-el-Hamsa.

» Cette fête est célébrée par les nègres , qui passent la nuit en divertissements dans les vastes souterrains dont tous les voyageurs ont admiré les ruines. Le soir, les bougies s'allument

Ovi L'A LG ERIK CHRÉTIENNE

le kouscoussou est préparé par les négesses; le tambourin et le fifre ne cessent de faire entendre leur bruit assourdissant : alors nègres et négresses dansent chacun de leur coté, chacun à leur manière. D'abord , les mouvements ont de la lenteur et une sorle de nonchalance; puis, peu à peu , la mesure se précipite, les cadences deviennent plus vives; danseurs et danseuses, haletant de fatigue, ruisselant de sueur, finissent par tomber de lassitude en poussant de grands cris.

» Tout cela, vu à la lueur de quelques bougies, par une nuit sombre , dans de vastes souterrains auxquels tous les visages noirs donnent une certaine ressemblance avec l'enfer; çà et là des feux allumés, des femmes, des enfants accroupis le long des murs, d'autres qui courent échevelés à travers les danses ; au-dessus de toutes ces tètes en mouvement , une voûte énorme en partie détruite, à travers laquelle on aperçoit les étoiles du firmament et les hautes cimes des arbres qui ont poussé dans les crevasses formées par le temps : toute cette fantasmagorie forme un spectacle fort curieux.

Voilà le peuple parmi lequel nous avons à vivre : on voit d'après cette esquisse rapide des mœurs arabes , qu'il y a bien peu de points de contact entre les vainqueurs et les vaincus , et l'on pressent quels obstacles nous restent encore à vaincre. C'est à la patience , à la charité chrétienne, c'est aux bons exemples, c'est à la sagesse de l'administration, à terminer une œuvre difficile , mais bien précieuse aux yeux de la religion.

C1IAP1VRB V

Erection de l'évùché d'Alger. — Bulle de Grégoire XVI. — Mandement de Mgr Pévèque. — Installation, cérémonies, etc. — Catéchisme de saint Augustin.

Le rétablissement de lu religion duns un pays livré depuis longtemps à l'erreur est consolant pour le chrétien qui se plaît à béni-- la divine Providence faisant briller de nouveau le flambeau de la foi au milieu d'une nation plongée dans de vieilles et profondes ténèbres. Pour celui-là même qui n'a pas le bonheur de croire , c'est encore un spectacle plein d'intérêt et bien digne de ses méditations. Il ne peut en effet nier que la civilisation ne marche à côté de lu religion sur le terrain qu'elle vient de conquérir , que l'homme jusque-là livré aux instincts de la brute ec à toute l'intensité de ses passions commence à connaître un frein dès qu'il prête une oreile attentive aux leçons évangéliques et qu'il y conforme peu à peu ses actions; il est dès lors plus fidèle à sa parole; le livre que le prêtre met entre les mains de l'Arabe fataliste, lui donne la patience et la résignation, et lui fait espérer un avenir meilleur après les peines inséparables d'une vie passagère. Puis encore, les enfants de ces malheureux mahométans , ramenés à la foi, tout en recevant l'instruction chrétienne et les grâces surnaturelles attachées aux sacrements de l'Eglise, acquièrent des connaissances utiles même à leur bonheur matériel. Le vicaire qui les catéchise,

ces humbles frères qui s'occupent gratuitement de leur éducation première et les charment par la douceur de leurs entretiens familiers et la récitation des cantiques, les bonnes sœurs de la Charité qui les soignent dans leurs maladies avec une tendresse maternelle ou qui façonnent leurs jeunes tilles à des habitudes laborieuses, la puissance de la prière et de l'aumône qu'on leur apprend avant tout , c'est le cortège nécessaire, c'est ie complément du nouveau culte , apporté par la charité au milieu d'eux avec le code d'union et de paix, que les passions mauvaises dénaturent quelquefois, mais qui n'en reste pas moins l'œuvre et le bienfait de Dieu . semence divine qui germe à la longue dans la terre la plus stérile.

Obligé , pendant deux années , de chercher un refuge dans une chapelle improvisée à la hâte , le culte catholique circonscrit , gêné dans son exercice, ne répondait plus aux vœux d'une population que chaque jour voyait s'accroître devant ce besoin de tous les temps ; la sollicitude de l'administration ne pouvait rester oisive. A la suite d'une négociation conduite avec autant de mesure que de convenance, et sous l'inspiration d'une nécessité réciproquement appréciée, /le culte catholique à Alger a trouvé, dès la Gn de 1832, un lieu digne de lui1. Oran, d*abord, Bône , ensuite, ont imité cet exemple.

Ainsi, sur les points où nous sommes, le christianisme a maintenant relevé ses autels. Les premiers eu appelleront d'autres, et la Croix une fois plantée , les ans et le séjour lui donneront de nouveaux soldats.

C'est dans les troisième et quatrième siècle que le christianisme parvint à s'établir dans le littoral de l'Afrique : à cette époque, sous la salutaire influence d'une tribune devenue l'écho

1 Pour attirer les Arabes dans celte église , on en a décoré le frontispice des quatre passages suivants dans leur langue : Dieu , qu'il soil béni et exalté a dit : Que lé temple soit fondé sur la piété. — Les temples appartiennent à Dieu; n'y invoquons pas d'autres divinités que Dieu. — La prière est pour les iidèles une obligation déterminée à certaines heures. — Acquittez-vous des prières, ainsi que de la pi è.e du mitin , et îmntrez-vous obéissant à Dieu.

III A I* I I HK \ f',7

des vérités lei plus sublimes confie des plus pures leçons de l,i morale, fleurirent Cartbage, Hippone et d'autres villes qne ■Tislanisme vint replonger plus tard dene les ténèbres de l'ignorance.

Après un si long exil, était réservé à la France de le faire

reparaître sur des rivages dont il avait déjà rendu les populations plus heureuses : Bes doctrines de salut pénétreront eneore

dans les cœurs;. Les églises catholiques de la Régence sont à la l'ois 1rs premières qui , depuis quatorze siècles, aient été consacrées en Afrique } et les seules qui existent aujourd'hui dans cette partie du monde. Ainsi l'Egypte et les Etats barharesques auront vu briller tour à tour les armes et auront servi de théâtre aux victoires de la France, qui , par son zèle charitable autant que par sa valeur , est appelée de Dieu à ramener les populations à l'unité (atholique.

» Chez ces peuples des montagnes, qui n'ont d'autre religion que la force, d'autre Dieu que leur épée, si de nouveaux apôtres chrétiens veulent tenter une conversion, qu'ils partent, la lice est ouverte , nos vœux suivront leur pieuse audace : l'Afrique profitera de leur triomphe, et les couronnes de martyrs qui les attirent , pourront devenir aussi dans ces contrées sationnaires le marchepied de la civilisation.

» On assure que le gouvernement français , d'accord avec le Saint-Siège, a l'intention d'envoyer dans la Régente des laza- , ristes orientalistes : ce serait là sans doute une excellente idée ; étrangers à l'ambition et au inonde , ces saints hommes ne veulent le bien que pour le bien, et en pareil cas, pour le faire, peu leur importe le théâtre , c'est dans leur conscience seule qu'ils en trouvent la récompense1 . »

Deux actes de l'administration du duc de Rovigo , gouverneur général de l'Algérie , doivent être cités avec éloge . l'établissement de l'hôpital du dey , et celui de l'église catholique. Cette dernière mesure choqua beaucoup moins les musulmans qu'on

2 Geuty de Bussy , Régence d Alger.

n'aurait pu le croire , car notre indifférence religieuse était ce qui les blessait le plus ; ils furent bien-aises de voir que nous consentions enfin à prier Dieu.

« Le lendemain delà victoire de Staoueli ' , h' l'J juin 1835, lut le premier dimanche que l'armée salua sur la terre d'Afrique. Au pied de la hauteur que couronne le marabout , deux tonneaux supportant quelques planches servaient à improviser un modeste autel , le grand palmier de la fontaine était comme une colonne de ce temple illimité; et un ciel pur en était le dôme. Là fut solennisé pour la première fois depuis tant d'années , le saint jour du Seigneur ; le catholicisme prit de nouveau possession d'une contrée où il avait été si longtemps florissant ; un aumônier célébra la messe, et les guerriers encore tout poudreux de la gloire de la veille, sous les rayons brûlants d'Afrique , humilièrent leur front devant le Dieu dispensateur des batailles. Le sacrifice divin semblait sanctionner le retour de la liberté et de la civilisation , fdles de l'Evangile , sur ce rivage, où peu de jours auparavant le despotisme et la barbarie, en face du Coran, planaient sur un désert.

Mais pour établir d'une manière durable et régulière l'empire de la religion dans la nouvelle colonie , pour frapper en même temps les regards des populations par l'éclat des ornements ecclésiastiques, l'érection d'un évêché devenait d'un besoin indispensable et d'une utilité majeure, et le gouvernement s'en occupa dès que cette mesure devint possible.

Le roi ayant sollicité, en 1838, l'érection d'un évêché pour les possessions françaises du nord de l'Afrique , cette demande fut accueillie avec empressement par le souverain pontife. Le siège épiscopal fut fixé dans la ville d'Alger , principal point de la colonie , et devint suffragant de la métropole d'Aix, avec laquelle, au moyen de bateaux à vapeur, les communications sont rapides. La cathédrale fut mise sous l'invocation

» C'est sur ce champ de bataille que les Trappistes exercent aujourd'hui leur industrie agronomique et donnent l'exemple de toutes les vertus.

i m v p n 1 ¥■ y fio

de Bnint Philippe. Le pape . dans sa bulle donnée a Home le quatrième jour avant les ides d'août (9 août) , entre dans de grands détails ^ur l'Afrique; il exprime combien il est

consolé au milieu des soins multipliés de son pontificat , et combien est adoucie la douleur dont son âme bsI navrée à l'aspect déplorable de l'étal présent de la religion ; puis il retrace dans les termes suivants l'ancienne gloire de l'Eglise d'Afrique : « Lorsque nous nous rappelons les églises de Carthage et d'Ilippone, l'une illustrée par le sang du martyr Cyprien, l'autre qui a acquis tant de gloire par la sainteté et le savoir d'Augustin ; lorsque nous reportons nos souvenirs sur les autres et nombreuses églises d'Afrique, honorées par le zèle et la doctrine de leurs évèques , célèbres par la fréquente réunion des conciles, glorifiées enfin par la piété et l'inébranlable fermeté des fidèles qui aimèrent mieux braver la mort que d'abjurer la vraie foi de •Jésus-Christ , cette pensée nous réjouit et soutient notre espoir que toute l'Afrique , avec l'aide de Dieu , sera un jour rétablie dans son ancienne gloire et splendeur. Telle doit être notre attente , si nous mesurons nos espérances à d'aussi brillants débuts. »

Dès le 28 octobre de la même année, M. A. A. Dupuch , grand vicaire de Bordeaux , ayant été nommé au sie'ge d'Alger, s'empressa de publier un mandement dans lequel il faisait connaître ses sentiments, ses vœux et sa charité pour le peuple chrétien qu'il allait gouverner. Il disait aux soldats :

« Ecoutez, vous, d'abord, généreux et vaillants guerriers, dignes fils , dignes soldats de la France, dignes chefs de pareils soldats ! à vos armes victorieuses et invincibles nous venons joindre les pacifiques armes, les armes plus invincibles encore de la charité; à vos palmes, qui seront immortelles parmi les hommes, nous venons unir les impérissahles triomphes de la chanté qui doit demeurer toujours. — Votre vaillante épée nous a préparé les voies ; mais , sans nous, vous l'avez saintement proclamé vous-mêmes, vos glorieux trophées, vos con-

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quêtes, n'eussent jamais été qu'incomplets et mal assurés. » Il rappelait, à ce sujet, l'admirable expression d'un ministre : « Il nous faut prendre une dernière et solennelle possession de cette terre au nom de Dieu et de la France. » Et il complétait < etie peusée en disant : « qu'il voulait replanter . sur cette ancienne terre d'Afrique, jadis si riche, si heureuse, si glorieuse, la Croix qui a civilisé le monde, éclairé les nations , brisé les liens des captifs, et répandu tant de lumières et de bénédictions partout où elle a brillé. »

Mgr l'évèque d'Alger , qui a pour armes le pélican ', et qui veut aimer ses ouailles comme saint Augustin , et les aùner beaucoup et toujours, parce que où il y a de l'amour il n'y a plus de fatigue, traçait ce beau portrait de la contrée qui allait être confiée à ses soins.

« 0 Eglise d'Afrique , si célèbre parmi toutes les Eglises, et par la lumière éclatante de tes docteurs, et par l'invincible courage de tes martyrs, et par l'héroïque constance de tes confesseurs illustres, et par la pureté de tes vierges sacrées, et par les solitaires de tes déserts , et par la multitude et les décisions importantes de tes conciles, où s'asseyaient autour des Cyprien, des Augustin, tant de saints évèques dont tu étais si fière ! ô Eglise d'Afrique , Eglise des Augustin, des Cyprien, des Tertullien , des Eugène, des Fulgence, des Perpétue, des Félicité, cesse , cesse enfin tes gémissements et les larmes. Terre des Vincent de Paul et des saint Louis , l'heure de ta délivrance a

1 Le signe qui décore la première page de notre lettre, qui en va orner et uuir les dernières lignes , c'est le notre, toutes nos lettres , tous nos actes , tous nos rapports avec vous en seront marqués, partout il nous accompagnera : tel il aura brillé à l'autel saint au jour solennel de notre consécration épiscopale, attaché aux flambeaux ardents du sacrifice , tel il brillera toujours devant nous : heureux s'il n'a pas perdu son éclat au jour de nos funérailles paternelles, si compris enfin de vous dans toute sa plénitude d'amour et de force , vous le gravez un jour vous-mimes en l'arrosant de vos larmes sur notre tombe que nous choisissons déjà parmi les vôtres , parmi celle de vos parents , de vos amis les plus chers. »

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sonné. Assez longtemps tu lus enivrée des pleurs **t «lu sang <i. captifs; a886i longtemps, o guerrière Alger, ton nom refendit .ni loin l'horreur ef l'effroi.... Tu m tombée, ta es tombée, Alger! ou plutôt, lève-toi, lève-toi: n'as-tu pas entendn la voix du successeur de Pierre, qui, audit-neuvième siècle comme au cinquième , au quatrième, an premier, t'annonçait avec une ineffable allégresse, que ton évoque allait venir, et avec lai le règne de la charité. ffiœe acilicet causa est cur merito rtpleatter gandin cor nostrum et lingua nostra exsultatione ' .

» Ou plutôt mille fois, levez-vous tout entière , sainte Kglise d'Afrique : regardez autour de vous , tous ceux-ci sont encore à vous ; voici que la chaîne de vos pontifes se renoue ; le sang de vos martyrs germe, plus fécond que jamais ; le siège d'Augustin se relève ; avec lui , se relèvera le siège empourpré du sang de Cypricn ! Salut donc, salut, jour sacré, jour de bénédiction et de gloire, jour un des plus beaux qui aient lui depuis longtemps pour l'Afrique, pour la France, pour l'Eglise de Jésus-Christ ! jour préparé par tant de courage, de revers et de victoire! brille, brille enfin de toutes les splendeurs les plus vives, les plus ardentes de la charité! »

Enfin arriva le jour où le prélat africain allait prendre possession de son siège: il bénit cette population qui se dressait autour de lui , foule nombreuse composé de Français , d'Italiens, d'Espagnols , de Maltais et d'Arabes. Les détails de cette religieuse cérémonie qui toujours émeut le spectateur pressé , dans nos villes chrétiennes, autour de son nouvel évêque, avaient un intérêt nouveau en raison du pays où elle se passait. Le nouveau prélat arrivait sous d'heureux auspices : sa charité ardente , son savoir, -«on zèle , la bienveillance que lui avait témoignée le souverain pontife , dont il avait reçu des reliques précieuses et un calice d'or2 , donnèrent les plus douces espé-

1 Allocutione habita in consistorio secreto , 13 sept, anno 1838. ~ Plus tard S. S. fit passer dans notre co'onie africaine une somme de mille écus romains , environ cinq mille francs , pour les besoins de l'Eglise naissante.

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cancee ; puis . son caractère aimable et plein de douceur lui attirait tous les cœurs ; son esprit conciliant était très-propre à créer tout ce qui manquait dans la colonie, et ses actions en par-faite harmonie avec ses întructions publiques ne pouvaient que gagner l'esprit du peuple.

« Ce qui a manqué pendant longtemps à l'Algérie française , dit un écrivain dont le témoignage ne peut être suspecté, c'est la pensée religieuse.... Nous craignions d'exciter le fanatisme des Arabes si nous nous élions montrés trop bons chrétiens '... Etait chrétien qui voulait, mais le gouvernement ne l'était pas, et celle sécularisation complète du pouvoir semblait plus politique encore en Algérie qu'en France... Tout sauvages qu'ils nous paraissent, les Arabes n'ont pas tardé à pénétrer ce secret de notre tolérance , et ils l'ont estimée ce qu'elle nous coûtait ; et tandis que nous élions tentés de les traiter de barbares parce qu'ils n'avaient pas nos arts et nos sciences , ils étaient tentés , de leur côté , de nous prendre pour barbares parce que nous paraissions à peine avoir une religion... Nous avions craint d'èire détestés comme chrétiens, et nous l'étions encore plus comme impies... De tous nos établissements en Algérie, le plus' fort et le plus efficace c'est l'évéché , c'est celui qui a le mieux montré aux Arabes que nous voulons fonder en Afrique un empire durable.

» Un prince polonais avait établi une grande ferme dont les terres étaient cultivées par des Arabes et des habiles. Au commencement le prince avait cru devoir y placer un détachement de cavalerie pour protéger rétablissement contre les tentatives de révolte des ouvriers qu'il employait ; il a bientôt demandé qu'on lui retirât ces hôtes inutiles : il est resté avec quelques ouvriers allemands au milieu des indigènes ; et jamais cheik ne

1 L'indifférence des Français en matière de religion a produit sur les Arabes an étrange résultat. Ils en sont venus à désirer qu'il y ait chez nous un principe religieux, et on leur entend dire souvent . Il n'est pas fâcheux que les Français soient chrétiens, mais qu'ils ne soient pas même chrétiens.

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lui plus respecté à la tête do Ba tribu. L'opinion que lt's nouveaux compatriotes ont conçue de ses sentiments religieux est une des principales bases de l'ascendant qu'il exerce sur eux. Une (1rs premières constructions qu'il a fait élever est une chapelle , et c'est au son d'une cloche et au pied d'une croix qi e les Arabes se réunissent pour les travaux de la communauté.

» J'attends beaucoup de l'Eglise d'Alger, d'abord à cause de son êvéque, mais surtout en voyant la carrière ouverte devant elle. Cette Eglise en Orient est la seule qui soit libre, et qui ait près d'elle un gouvernement qui professe son culte ; c'est le culte du maître. C'est ce que la cour de Rome a compris avec sa sagesse ordinaire , lorsque, sur la demande du gouvernement français, elle s'est hâtée d'ériger l'évèclié d'Alger ; s'alliant avec bonheur aux vues du gouvernement, elle le remerciait de relever en Afrique les autels consacrés par le sang des martyrs ; elle s'applaudissait d'ouvrir avec lui une nouvelle carrière au catholicisme, et proclamait à la face du monde chrétien combien le clergé français était digne par ses vertus, de la mission que lui donnaient les victoires de nos soldats.

» Placée près du péril, exposée au martyre, ayant sans cesse des infortunes à consoler, des misères à soulager , des prisonniers français à délivrer, des prisonniers arabes à soigner , toujours en action, toujours en vue , l'Eglise d'Alger, retrouve les beaux jours de l'Eglise chrétienne ' . »

Lorsque la religion catholique a été inaugurée en Afrique , lorsque la Croix y a été replantée de nouveau , lorsqu'il a fallu promulguer le code catholique au milieu des enfants de Mahomet, c'a été une pieuse pensée de publier le recueil des premiers enseignements de la foi et les règles de conduite pour le chrétien, sous le patronage du grand évèque d'Hippone. Sa parole , ressuscitée , après tant de siècles, sur ce sol autrefois évangélisé par lui, produira peut-être les mêmes fruits que lorsqu'il rassemblait autour de sa chair la foule attentive. Mgr Dupuch aura 1 Saint-Marc Girardin.

7i l'algërie chrétienne

laissé, par la publication de son catéchisme, un monument , et son nom y demeurera; quel que soit le jugement qu'on portera de cet évêque. Avant de condamner ce préfet, il faut bien apprécier les circonstances difficiles où il a été placé ; si son zèle l'a quelquefois porté trop loin, il restera constant que ce fut un saint prêtre, un pontife savant et charitable.

« Ceux qui lisent ce livre, s'ils le comprennent, en rendent grâces à Dieu ; s'ils ne le comprennent pas, qu'ils prient afin que Dieu les instruise intérieurement , lui dont le visage est plein de science et d'intelligence1 .

» Que pouvions-nous désirer , que pouvions- nous faire, dit H. l'abbé Dagret dans son épitre à P évêque d'Alger, -heureux de chercher en vous, comme vous cherchez dans saint Augustin, la îègle et l'esprit de nos devoirs? Et lorsque nous vous donnâtes le charge de formuler pour vos fidèles la foi que vous leur veniez apporter, comment n'aurions-nous pas eu la pensée de puiser aux sources d'Augustin? Nous venions d'ailleurs de recevoir les œuvres magnifiques de notre saint docteur , lorsqu'une de vos paroles bénies vint nous frapper. Dans les effusions de notre cœur , en présence de votre peuple , vous vous êtes écrié : Augustin !... ce saint docteur dont nous ne savons que nous rappeler les leçons et les œuvres, et plût à Dieu que nous pussions le reproduire au milieu de vous! A ce désir, notre pensée se trouva fortifiée, et nous nous mîmes à l'œuvre. »

Mgr l'évêque d'Alger, en félicitant M. Dagret sur le zèle qu'il avait apporté à la rédaction du catéchisme de saint Augustin , lui disait ' : « Combien ils sont délicieux les fruits de cet arbre qui nous appartient , suivant votre heureuse expression , tels surtout que vous les offrez dans votre corbeille mystérieuse ! qu'il est suave, qu'il sera salutaire aux âmes, le miel que vous avez composé , abeille diligente et nourrie des sucs les plus

1 Saint Augustin. De dono pevseverantiœ.

2 Lettre de Ch. Dupuch à son cher et bien-aimé coopérateur. (Alger , 19 juillet 1841.)

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pure... Nous prierons, par saint Augustin, Celui qui esl l'unique vie de nos âmes, d<- bénir de plus en plus vos efforts , afin que selon lea desseins de Dieu sur notre Eglise, !<• Catéchisme tT Alger, t&pliqui par saint Augustin, produise parmi ceui vers lesquels nous avons été envoyés ensemble, les' fruits continuels de grâce, de science et de sanctification. »

Dans une introduction, M. Dagret fait l'histoire de l'Eglise d'Afrique, et son ouvrage n'est que l'expression simple de la doctrine chrétienne ; il renferme des instructions sur l'étude de la religion , sur la connaissance de Dieu , sur l'homme, sur l'histoire de la religion, les prédications de Jésus - Christ , ses miracles et sa passion , sur les mystères. Ensuite l'histoire de l'Eglise, les fins de l'homme, la loi de Dieu en général, ses commandements et ceux de l'Eglise, le péché, les vertus chrétiennes, remplissent plusieurs chapitres, et les sacrements terminent l'ouvrage.

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