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autres religieux exerçant leur courageux et saint ministère dans les Etats barbaresqaes , le dernier rayon de la véritable lumière
s'y serait éteint tout a fait , et cette partie de l'Afrique sciait retombée dans d'éternelles ténèbres.
Après l'extinction de la religion en Afrique, où tant de temples furent autrefois élevés au vrai Dieu, où un si grand nombre d'évêques, de religieux } de martyrs et de saints de toutes les classes édifiaient et consolaient l'Eglise, nul spectacle ne contestait si douloureusement un cœur chrétien que de penser à ces malheureux captifs, nos frères, nos concitoyens, portant de lourdes chaînes, condamnés aux plus rudes travaux, privés nonseulement de tous les secours de la religion , mais encore entourés de séduction , exposés à trahir la foi et à devenir des persécuteurs de leurs anciens coreligionnaires. Aussi, rien ne touche et n'intéresse comme le zèle , le dévouement des religieux qui, depuis bien des siècles, ont consacré leur vie à la rédemption des captifs : œuvre difficile , œuvre sainte , qui les conduisait quelquefois eux-mêmes, comme nous l'avons dit. à l'esclavage et à la mort.
Aussi nous semble-t-il que l'histoire abrégée de ces ordres religieux , de leurs saints fondateurs et de leurs courageux efforts , la protection que leur accordaient les souverains et principalement les rois de France, et le retour des malheureux captifs dans leurs foyers , après une longue et cruelle captivité , devait figurer dans l'Algérie chrétienne , puisque la religion seule pouvait inspirer aux ministres du Seigneur la charité, la patience, le zèle nécessaires pour remplir un devoir si pénible.
Exposons d'abord en quelques mots le sentiment des Pères de l'Eglise sur le mérite de cette œuvre de la rédemption : saint Cyprien , ce célèbre évêque de Carthage , plaçait à la tète des actions les plus chrétiennes la nécessité de contribuer à la rançon des chrétiens. Nous voudrions pouvoir citer sa lettre aux évêques de Numidie à ce sujet : il l'accompagna de deux mille
cinq cents écus d'or, produit des aumônes reçues des clercs et du. peuple pour la délivrance des prisonniers.
En 1713, on a imprimé à Rouen un petit volume intitulé • Tradition de l'Eglise dans le soulagement ou le rachat des esclaves. Il se trouve à la suite de l'Histoire du règne de Moule\- Ismaël, le roi de Maroc , etc. , par un des commissaires pour la rédemption des captifs dans les Etats de Maroc. I/auteur qui est inconnu fait voir, d'après les textes sacrés, combien c'est une œuvre méritoire de travailler à la rédemption des pauvres captifs, Jésus-Christ ayant pris lui-même le nom de Rédempteur. Dès les premiers siècles de l'Eglise, des indulgences étaient accordées à ceux qui assistaient les captifs1. Saint Ambroise, saint Césaire et d'autres évêques ont recommandé cette sainte action ; et c'a été un effet admirable de la Providence d'avoir institué un ordre qui s'occupe sans cesse de délivrer ceux de nos frères qui languissent dans l'esclavage.
La prière ardente, humble et constante, est un moyen puissant d'obtenir de Dieu la liberté des captifs. On cite le trait d'une femme dont le mari voyait de temps en temps tomber ses chaînes miraculeusement. De retour dans ses foyers, il sut, calculant les époques de sa délivrance passagère , qu'elles coïncidaient avec les jours où sa pieuse femme avait prié avec plus de ferveur. On parle aussi d'un prêtre qui, pendant qu'il offrait le saint sacrifice pour son frère , obtenait que ses fers tombassent quelquefois des mains du malheureux captif.
Rien n'est attachant comme l 'Histoire de l'Ordre royal et militaire de Notre-Dame de la Mercy '. Saint Pierre de Nolasque, qui en fut le fondateur, entra d'abord dans la Congrégation de la Miséricorde , fondée par des gentilshommes aragonais , pour la rédemption des captifs ; il ouvrit sa carrière eu rachetant quatre détenus à Valence , qui alors appartenait aux Maures; il retourna plusieurs fois dans cette ville, et la der-
i Elles n'existaient même à cette époque que pour cette bonne œuvre. * Amiens, 1685, in-K