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paguenl à cette pompe, tenant leurs cimeterres nus à la main; et s'il fût arrivé fortuitement à ce nouveau renégat de laisser tomber par terre la flèche qu'il tenait , ils se seraient tous jetés sur lui et l'auraient assommé de coups, comme s'il eût fait cette action au mépris de la loi. On a coutume, en de telles rencontres, de faire une quête a\ec des bassins pour le nouveau renié; même la bacfaa, pour donner l'exemple aux autres, lui fait présent d'une veste et d'un caftan : mais aujourd'hui ( 1735) cette libéralité se fait aux dépens de la douane. Peu de jours après, ce renégat s'étant enrôlé pour recevoir la paie comme les autres , s'alla retirer dans une caserne , où , selon la loi , il fut circoncis par un chirurgien préposé à cette opératien religieuse.
» Quand un juif se fait renégat, comme les Turcs croient qu'entre la loi de Moïse et celle de Mahomet , celle de Jésus- Christ occupe le milieu , ils obligent le juif d'embrasser le christianisme avant la loi musulmane , de sorte qu'après avoir mangé de la chair de porc, il prononce hautement ces paroles en sa langue : Jésus est le véritable Messie. Ensuite il lève le doigt vers le ciel et répète encore les mêmes paroles ci-dessus rapportées que prononce le renégat chrétien : Dieu est Dieu , et Mahomet , son prophète , est auprès de lui. Et il va cette différence entre eux , qu'un chrétien qui renie a la même solde ^Vue le Turc , au lieu que le juif qui a renié n'en a que la moitié.»
A côté des renégats . il faut placer le soldat lâche et traître qui abandonne son drapeau pour passer à l'ennemi ; toutefois sa trahison lui profite rarement.
Au camp des Arabes, on prodigue l'insulte et la menace aux déserteurs chrétiens , et on leur refuse le plus souvent la nourriture et les vêtements nécessaires. Comme ils refusent de marcher au combat . ils traînent leurs haillons et leur faim de tribu en tribu , de ville en ville, et finissent par succomber de fatigue et de besoin. — Un transfuge aura beau abjurer le christianisme , raser sa tète , et envelopper son corps dans un kaïk, parler l'arabe , il entendra toujours retentir à ses oreilles ces
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paroles qui expriment admirablement et d'une façon aussi brève qu'énergique 3 les sentiments de ses hôtes à son égard . Chien de chrétien.
Si la défection de quelques chrétiens affligeait trop souvent les ministres de la religion , que les souverains catholiques entretenaient auprès de nos consuls dans les provinces barbaresques de loin en loin et bien secrètement, des arabes ouvraient les yeux à la lumière et renonçaient au culte insensé du prophète. Nous avons découveit , en nous livrant à nos recherches, un petit cahier imprimé en 1507, intitulé : Nouvelle de la venue de la reine d'Alger à Borne , et du baptême d'icelle , de ses six enfants , etc. ( traduit de l'italien). Cette histoire, racontée avec le style naïf du temps, intéressera, je l'espère, le lecteur, et fera voir comment la divine Providence agit sur les cœurs les plus durs.
« Monseigneur ' , dimanche dernier , jour de saint François , prit part au lieu du Tibre, appelé Ripa, un brigantin tout neuf, dans lequel était une très-belle et très-vertueuse dame, que Ton dit être la reine d'Algérie, accompagnée de vingt -deux personnes, c'est à savoir, de huit esclaves chrétiens et six enfants avec leurs nourrices et autres dames ses gouvernantes et un frère de son mari.. Cette dame , poussée .de l'esprit de Dieu , ne se souciant des grandeurs et dignités mondaines, pourvu qu'elle put acquérir le royaume éternel du paradis, se résolut, depuis naguères , de quitter son mari, duquel elle était fort aimée. Ayant donc communiqué son désir à huit chrétiens esclaves employés à son service , et eux ayant remercié Dieu pour avoir donné à leur maîtresse unesi sainte résolution , promirent de lui garder secret et fidélité. Elle depuis requit son mari qu'il lui plût décommander un brigantin pour s'en aller promener et s'égayer sur mer : ce qui lui fut accordé , sans penser à pareille demande. Le roi , par une heureuse circonstance , fut appelé à la cour du sultan à Constantinople , dit adieu à sa femme bien- ■ ! Ou ignore à quel personnage celte relation est adressée.
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;i'mitV , à ses enfants, avec promesse de revenir bientôt. Quelques jours la reine fit lé semblant d'aller Be promener pour passer l'ennui et fascherie que lui causait l'absence de son mari : mais son frère l'accompagnai I dans cette course. Alors les esclaves chrétiens l'encouragèrent à poursuivre son entreprise, lui promettant que Dieu viendrait à son secours. Elle crut à leurs paroles, s'habilla richement , se couvrit de ses pierreries et prit une forte somme d'argent. Le brigantin cingla bientôt en haute mer. Dès qu'on vit le navire prendre le large, l'alarme fut donnée et le bâtiment poursuivi , mais en vain. Son beaufrère , s'en apercevant , commença de se douter du fait de la reine , et transporté de colère, menaça les esclaves de la mort s'ils ne retournaient vers Alger ; mais ils lui désobéirent, et l'auraient précipité dans les flots sans les supplications de la reine. Elle lui fit comprendre le but de son voyage , combien elle l'aimait, puisqu'elle voulait lui faire conquester un royaunn plus grand que celui de son frère et plus durable. Il ne se rendit point à ces paroles ; sa colère augmenta au point qu'il fallut le lier et le mettre de son beau long au brigantin. Ses femmes de service furent plus dociles. On arriva par un beau temps à Maiorque, où l'évêque reçut les passagers en grande joie et fête, et les baptisa tous , excepté le beau-frère qui demeura obstiné dans sa religion. Le navire ensuite cingla vers Rome pour y recevoir la bénédiction du saint Père , aux pieds duquel elle fut conduite par la vénérable archiconfrérie du Gonfalon de Notre- Dame. La reine a tout aussitôt donné la liberté et de l'argent à ses esclaves des deux sexes. »
QuaDd viendra-t-il un temps où la loi évangélique , devenue celle du peuple conquis et des nations qui les avoisinent , adoucira leurs mœurs, et nous fera oublier cette longue série de cruautés trop longtemps exercées contre les chrétiens , nos parents, nos amis et nos frères !
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Réception des reliques de saint Second, ancien évoque d'Afrique. —La première communion des matelots. — La religion élément civilisateur. — La charité dominatrice des cœurs. — Mgr Pavy succède à Mgr Dupueh. — Situation du diocèse d'Alger.
Terminons par quelques faits honorables et consolants pour l'Eglise d'Afrique , dont nous devons le récit à la plume élégante et facile d'un de nos meilleurs écrivains '.
« Une ville du royaume de Naples , Troïa , gardait les restes vénérés d'un des saints confesseurs et évoques d'Afrique. Un bras de saint Second fut donné à l'Eglise d'Alger, comme un bras de saint Augustin avait été donné à Hippone renaissante. Ces bras , sortis de leurs vieux sépulcres pour reparaître en Afrique, sont comme de sublimes travailleurs qui aideront à reconstruire l'édifice de la foi chrétienne en ces contrées.
» J'étais dans la cathédrale d'Alger, lorsque les reliques , enfermées dans une châsse , sont venues solennellement prendre possession de l'autel qui leur était destiné. Un évêque du cinquième siècle, revenant en Afrique dans le dix-neuvième siècle, et reçue par un évêque français dans une mosquée convertie en église, c'est toute une merveilleuse histoire. Ces rapprochements, ces contrastes , qui laissent voir l'accomplissement d'événements immenses , ont une façon d'éloquence dont
' M. Poujoulat.
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rime est fortement saisie. Mgr l'héqte d'Alger a tromé que!ques chaudes paroles en harmonie avec la pensée des MrtltanHl ; et le spectacle lui-même était au-dessus du dtooun le plus expressif.
» Quand la renaissante Eglise iPAfrique aura a\an< -é n mission et que les hesoins religieux seront partout satisfaits, quand chaque chose sera entrée dans une voie honne et sûre , et que l'Algérie chrétienne aura atteint le degré de gloire auquel il sera permis de la voir monter, alors une belle fête pourra être donnée au monde. On convoquerait des divers points de l'Afrique , de l'Italie et des Gaules , les évêques de l'ancienne Eglise africaine; on interrogerait tous les temples, tous les débris, pour leur demander ce qu'ils gardent des ossements dee Cyprien , des Aurèle, des Alype, des Sévère et des Fulgence. De toutes parts ces morts tirés des sanctuaires où les vénère la piété, des coins de terre où ils reposent ignorés et sans gloire , s'achemineraient, au milieu des pompes chrétiennes, vers Alger ou vers Hippone, devenus le rendez-vous du saint épiscopat d'autrefois ; ils arriveraient pour être les témoins heureux d'une nouvelle moisson chrétienne dans un pays jadis fécondé par leur sueur ou même par leur sang. Placés dans un monument qui serait comme le panthéon du catholicisme africain, ils représenteraient un passé plein de génie, de courage et de vertu , et leur muet langage aurait toute la grandeur de l'histoire. De même que les fils s'excitent à l'amour des belles choses par le souvenir de leurs ancêtres , par la vue des images de leurs aïeux , ainsi les évêques et les prêtres de l'Afrique nouvelle sentiraient se rallumer le feu de leur zèle, en présence des restes sacrés de leurs glorieux ancêtres dans la foi
» Il est dans la vie un jour religieux dont le moins croyant ne perd point le souvenir, jour qui garde la blancheur du lis et la pureté des rayons de l'aube, tout rempli des sourires du ciel, des émotions du cœur et de la foi , du doux bruit des cantiques et du parfum des fleurs , jour heureux où les enfants conversent
avec les anges, où sur chacun de ces fonts bénis semble briller une étoile : c'est le jour de la première communion ! Lorsque la tète s'incline sous le poids des douleurs nées d'espérances brisées , parfois la pensée va se reposer sur le jour déjà lointain où tout paraissait si beau , comme on chercherait à se consoler d'un affreux désert par le souvenir d'un ravissant paysage. Si les tourments ou les ravages du doute ont passé sur votre vie , vous reportez un mélancolique regard sur les paisibles sérénités du jour où la croyance forte et naïve nous faisait toucher les invisibles réalités des mystères chrétiens. On est alors comme le navire parti du port avec la poupe ornée de fleurs, avec des chants joyeux , les voiles arrondies par un vent propice, et qui, à peine arrivé à la moitié du voyage , se voit battu, rompu, mis en pièces par l'ouragan et les flots ! Heureux ceux dont la marche en ce monde ne dément point cette fête séraphique du premier printemps de Pâme , et qui n'ont jamais participé qu'au bien, à la vérité, à la beauté morale, à l'ordre divin ! Cette première alliance complète d'une jeune créature avec son Dieu se célèbre le plus souvent dans l'église où nous reçûmes le titre glorieux de chrétiens, autour des champs , des prés, des collines où notre enfance s'écoula ; et c'est ainsi que la première communion se confond avec les suaves images de la terre natale. Mais c'est tout un nouveau monde , tout une source d'impressions profondes et nouvelles , quand des enfants de la France , des adolescents jetés à travers les rudes labeurs de la navigation , se trouvent amenés à faire la première communion sur la rive africaine, dans l'ancienne métropole du pillage, de la servitude et du meurtre. Ce que la première communion a de plus touchant se mêle ici aux plus saisissantes idées de la conquête.
» Représentez-vous donc une cinquantaine de matelots de nos bâtiments de guerre , dans leur tenue la mieux soignée , rangés, sur plusieurs bancs, au milieu de la cathédrale d'Alger, pénétrés de respect, recueillis, les bras croisés, ou tenant ouvert à la