‹ L'Algérie chrétienneChapitre 3 sur 22 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

paroles de conciliation Il faul faire respecta S la fois l'Evangile e( le Dom français....

» itcs populations agricoles françaises4 ont absolument besoin des vertus chrétiennes et du sèle religieux, afin de n'être découragées . ni par le travail , ai par la guerre , ni par l'isolement , afin de frapper les Arabes de ce respect et de cette admiration (}ue Dieu leur a Lusses comme une voie ouverte à leur retour, pour tout ce qui est sincèrement religieux , afin que 'les relations brisées par la ruse et la mauvaise foi se renouent par la probité.

» Les conquêtes que l'Europe ne voudrait pas faire pour la foi, elle les fera pour le commerce; les missionnaires sont à la suite des marchands comme ils allaient à la suite des croisés. Nous croyons nous livrer au négoce , et nous achevons les croisades. Nos marchands incrédules terminent l'œuvre des fervents chrétiens du moyen-âge; toute terre où ils s'établissent en force suffisante pour être chez eux , est une terre où l'on dit la messe, où l'on baptise les enfants, où les saints, quel qu'en soit le nombre, font retentir les louanges du vrai Dieu. Il y a là, n'importe à quel titre , une civilisation au voisinage de laquelle l'islamisme ne peut tenir ; il lui faut , comme aux bêtes des forêts , un rempart de solitude , son croissant est un astre de nuit. Déjà l'on peut considérer son rôle comme fini , non-seulement dans l'Algérie , où règne aujourd'hui la Croix avec la France , mais dans toute cette partie de l'Afrique que baignent les flots de la Méditerranée. Le sang des compagnons de saint Louis , répandu sur les plages de Tunis , est un vieux titre que nous ferons valoir un jour. Pour ce qui concerne l'Algérie, l'œuvre sainte est commencée; l'Algérie est possession chrétienne. Voilà ce que Dieu a fait; grâces lui soient rendues d'avoir bien veulu se servir de nos mains ! . . .

» Prions pour cette grande œuvre , en bonne voie aujourd'hui , mais non encore terminée ; prions pour que la France , ayant accru son territoire, accroisse aussi le royaume de

16 L ' A L 0 É n I E CHRÉTIENNE

Dieu; prions comme chrétiens, prions comme français '. »

» Puisse venir bientôt le temps où nos drapeaux qu'environne i.mt de gloire . seront ptttottt accompagnés de cette voix , de ce |ioii\oit qui console et raffermit ces obscures victimes de la splendeur militaire ! Un grand acte de justice sera accompli devant Dieu, devant le monde lui-même, lorsque, bénis par le prêtre, ceux qui meurent sans récompense, sans gloire , sans nom , et qui vont disparaître sans laisser même un tombeau sur la terre étrangère qui les aura dévorés , pourront cependant se consoler de mourir !

» J'ose le dire, tant que la population européenne de l'Algérie ne sera pas morale, c'est-à-dire chrétienne , elle sera un danger pour notre établissement ; tant que les Arabes ne seront pas chrétiens, ils ne seront pas français; et tant qu'ils ne seront pas français, nul gouverneur, nulle armée ne pourra garantir une paix durable.

» Dans l'intérêt même de la politique et de la puissance française en Afrique, il était nécessaire que les ministres du Dieu de paix apparussent sur cette plage africaine , qui fut depuis si longtemps le théâtre de tant de scènes de violence et de barbarie Ufl des grands griefs que les Algériens conservaient contre

les Français, un des reproches qu'ils nous adressaient le plus souvent , c'est qu'ils ne nous voyaient pratiquer aucun acte religieux. Aux yeux de ce peuple si vivement attaché à son culte mensonger, des hommes qui ne manifestent aucun sentiment religieux ne méritent pas de confiance et ne peuvent être animés de bonnes intentions. Suivant leur bon sens naïf, une entreprise quelconque où la religion n'a pas présidé ne peut avoir de résultats durables. En ne nous voyant ouvrir aucune église , fonder aucun établissement religieux , les Arabes ne peuvent pas croire que nous eussions la volonté ni le pouvoir de créer un établissement permanent sur ce rivage ; ils considèrent notre occupation comme l'agression passagère d'un peuple aban-

1 L. Veuillot , Les Français en Algérie.

f.llAI'IUlE I I •

(lomit'' du Ciel , sur lequel les fidèlea sectateurs de Mahomet devront toujours reprendre tôt ou tard l'avantage. Aujourd'hui qu'ils verront les ministres du vrai Dieu bénir m»> armes, ils ne nous regarderont plus comme un peuple sans croyance et sans foi ; eu voyant ce signe sacré de notre salut élevé au-dessus de nos étendards victorieux, en voyant nos monuments religieux se fonder au milieu de nos cités, ils acquerront la conviction que nous voulons taire en Afrique une secondre patrie; ils sauront bien cnlin que nous n'élevons pas des autels sur cette plag< avec la pensée de les abandonner un jour.... La conquête du pays par les armes semble maintenant assurée ; il est temps d'essayer de conquérir les esprits par l'exemple des vertus que les Arabes ne soupçonnent pas chez nous. Dès leurs premiers pas sur cette terre, nos prêtres ont inspiré un profond respect et une entière confiance qui leur présagent pour l'avenir une récompense digne de leurs dévouements et de leuis sacrifices '. » A présent que tout le monde fasse son devoir selon ses moyens et sa position. Que Je clergé de la ville métropolitaine , les prêtres, les religieux, les sœurs de St-Vincent de Paul, échelonnés sur le sol de la colonie, y répandent et fassent aimer la religion; que la population catholique, encore faible, ne rougisse pas de professer son culte au milieu d'une foule qui appartient à toutes les croyances, que les Espagnols , les Italiens, les Allemands, attachés au culte de leurs pères, forment un noyau avec Jes Français attachés au christianisme ; que les soldats et leurs chefs n'aient pas de honte de croire et de pratiquer devant les disciples de Mahomet; que le gouvernement enfin féconde l'élan de tous ceux qui pensent que le plus grand avantage que la France puisse retirer de sa conquête est la propagation de la foi dans cette partie de l'Afrique soumise à notre domination ; et l'Algérie sera française et chrétienne !

1 Histoire d'Alger, par Stéphen d'Esty.

V Htl'I T R K 1 I

Souvenirs religieux, de l'Afrique. — Premiers établissements de la religion dans ce pays. — Martyrs et autres saints de cette contrée. — Conciles.

Avant de peindre l'état du christianisme en Algérie à l'époque où nous sommes arrivés, il nous semble nécessaire de remonter à ces beaux temps où la religion était si florissante en Afrique , et de retromer ainsi , au milieu des ruines que le temps et les hommes ont faites, une foule de souvenirs pieux et consolants. On verra par ce tableau religieux ce que l'Afrique a perdu , ce que Dieu veut peut-être qu'elle recouvre un jour.

Il serait difficile de désigner d'une manière certaine les noms de ceux qui les premiers apportèrent dans l'Afrique la bonne nouvelle de l'Evangile de Jésus-Christ. Peu d'années s'étaient écoulées depuis la mort du Sauveur des hommes , que déjà saint Pierre vint arborer le drapeau du christianisme à Rome , au centre de l'idolâtrie et des superstitions, et de là l'Evangile projeta ses divines clartés dans une province peu éloignée de la grande ville, et ainsi l'Afrique numidienne et mauritanienne en fut illuminée dès le premier siècle de l'Eglise. Moins de cent ans après la mort des apôtres, l'Afrique donne à la chrétienté un pape d'une éclatante vertu. Saint Victor Ier, qui succéda en l'an 185 à saint Eleuthère sur la chaire de Rome, était également né en Afrique. Plus riche que d'autres contrées de prêtres savants et dignes de leur caractère , elle envoie des

C II A P ITB Y. ! 1 1 1 »

évêque dans les Gaules, <'t pendant que l'univers était çpmme en ruines, elle n'unissait un nombre asses considérable

d'hommes éminents pour les charger de porter le salut au\ peuples les plus éloignés.

Carthage surtout avait accueilli avec empressement la prédication de l'Evangile; ce même peuple qui se pressait en foule autour de la tribune des rhéteurs et écoutait avec des transports d'enthousiasme leurs pâles et futiles discours, lorsqu'il eut entendu l'éloquence mâle et sérieuse de ces orateurs nouveaux qui lui annonçaient la venue du Christ et les sublimes vérités de l'Evangile, ce peuple, disons-nous, les suivit dans les tombeaux et les cavernes, et jusque sous le fer des bourreaux. Le culte nouveau grandit rapidement dans l'opulente Carthage, il s'étendit sous la persécution ; dès le deuxième siècle presque toute la ville était conquise au Christ. « Que ferez-vous, disait Tertullien aux persécuteurs, que ferez-vous de tant de milliers d'hommes, de femmes de tout âge, de tout rang, qui présentent leurs bras à vos chaînes? de combien de feux, de combien de glaives n'aurez -vous pas besoin? décimerez -vous Carthage ? »

On ferait une longue liste des saints évèques qui ont gouverné cette église. Nous ne pouvons faire connaître que les principaux.

Saint Cyprien , que l'on croit né à Carthage, avait , dans ses premières années, vécu en homme du monde; des liaisons intimes avec le prêtre Cœcilius commencèrent sa conversion. Cyprien venait à peine de recevoir le baptême, qu'il fit voeu de continence et vendit tous ses biens pour les distribuer aux pauvres; débarrassé de tout autre soin, on le vit uniquement se livrer à l'étude des livres saints et des ouvrages des Pères de l'Eglise. En 248 ou 249 , il fut appelé à la dignité d'évêque de Carthage , malgré ses résistances. Son premier soin fut d'établir l'ordre dans son église et de travailler à l'instruction de son peuple. Pendant la persécution de Dèce , son zèle redoubla. Pensant qu'il pouvait être plus utile à la religion eu

ill L'ALGÉRIE <: Il RETIENNE

>'t'|nii.'iKuit île la \ille dont les habitants avaient voulu le livrer ;iu\ lion* dans les jeux sanglants du théâtre, il consola les fidèles par des lettres, soutenant le courage des membres du elergé , envoyant des aumônes aux pauvres, administrant , réglant tout comme s'il eut été présent. Remonté sur son siège .'.pies la persécution , il assembla un concile pour résoudre différentes difficultés surgies pendant son absence, et il eut la consolation de voir la concorde et l'harmonie rétablie dans son église. C'est à cette occasion que saint Augustin disait : Viàt jKu: m cordîêus eotum. La paix a triomphé dans leurs cœurs. Cependant l'Eglise fut de nouveau persécutée. Sous l'empereur Valérieu , le 30 août 2o7 environ , saint Cvprien fut mandé devant le proconsul , et interrogé sur sa croyance , il confessa généreusement sa foi , fut envoyé eu exil à douze lieues de Carthage et y demeura onze mois. Avant été rappelé par Galère-Maxime , il eut ordre de résider dans les jardins qui lui appartenaient, près de Carthage. Peu de temps après, sachant ([ue ce magistrat , qui demeurait à Utique, avait ordonné de l'y faire couduire, il désira souffrir le martyre à la vue de sou église et en présence de sou peuple , et se déroba aux poursuites. Ses vœux furent exaucés : le proconsul , de retour à Carthage, le fit arrêter et couduire à Sexti, ville dans le voisinage. L'ordre de sacrifier lui fut intimé. Le saint évèque refusa énergiquement. Alors la sentence de mort lui fut ainsi prononcée : « Nous ordonnons que Thascius Cyprianus ait la tète tranchée. » Le saint répondit par ces seules paroles : « Dieu soit loué1. » Conduit au lieu de son supplice, il se dépouilla lui-même de ses vêtements, fit donner vingt-cinq sicles d'or à celui qui devait le décapiter, et consomma ensuite courageusement son sacrifice. Le soir, après que les fidèles eurent recueilli religieusement son sang, il fut enterré honorablement près du chemin de Mappalia, où dans la suite une église fut élevée. Vers l'an 806, des ambassadeurs de

1 Parmi les successeurs de saint Cvprien, se tiouve un évèque qui portait nom de Qv.od mit Dem, Ce que veut Dieu.

Page 1