CHAPITRE II
Chartemagne * , revenanl de la Perse, obtinrent «l'un prisée
uitfhométan la permiesi l'ouvrir le tombeau de -ami Cypriee
ci d'en extraire les reliqoea : ils les dépotèrent d'abord à Arles ,
d'où elles furent li aiisporh'cs à l.yon , et enlin à l'abbaye dt saint Corneilh de CompiègOC . bâtie par Charles le Chauve. I.a
mémoire de saint Cyprien tlnii être chère aux Français qui possèdent ses précieux restée.
Saint Cyprien laissa un grand nombre d'ouvrages* Son - 1 % I < • est tour à tour grave et orné.
Eugène fut élu évêque de Cartilage dans un temps où cette église était persécutée par les ariens que Hunéric soutenait. Ce prélat se rendit bientôt vénérable à ceux mêmes <|iii n'étaient pas de la communion de l'Eglise. Pour les catholiques, il gagna leurs cœurs à un point que chacun se fût estimé heureux de donner sa vie pour lui. Sa charité se repandit sur tous avec tant d'abondance qu'on était surpris qu'il pût faire tant d'aumônes dans un temps où les barbares , maîtres de tout , laissaient l'Eglise dans l'indigence et la pauvreté. Il trouvait ses ressources dans les cœurs qu'il se conciliait par sa douceur, et dans l'austérité de sa vie, car il se refusait tout pour le donner aux autres. Son jeune était continuel , et souvent il ne le rompait qu'en prenant du pain et de l'eau. Quand on lui représentait qu'il devait du moins se réserver de quoi pourvoir à ses propres besoins , « Puisque le bon pasteur, répondait-il, doit être prêt à donner sa. vie pour son troupeau , lui convient-il de se mettre beaucoup en peine des besoins de son corps ? »
Tant de vertus l'exposèrent à l'envie et à la haine des évoques ariens. Chaque jour ils inventaient de nouvelles calomnies contre lui; et enfin le roi Hunéric vint à lui défendre de s'asseoir sur le siège épiscopal , de prêcher la parole de Dieu au peuple, et de souffrir dans son église ni hommes ni femmes qui fussent
1 Ce grand roi étendit ses soins pieux et charitables au-delà des mers, et il envoyait en Afrique des personnes de sa cour pour distribuer aux chrétiens captifs des sommes considérables.
22 l'aigérie chrétienne
habillés à la vandale. Nous ne savons point ce que le saint évoque répondit aux deux premiers articles ; mais il dit sur le troisième : « Que la maison de Dieu étant ouverte à tout le monde, il ne lui était pas permis d'empêcher ceux qui voulaient y entrer, ni d'en chasser ceux qui y étaient. »
Hunéric , irrité de cette réponse , fit mettre à la porte de l'église des bourreaux qui , dès qu'ils voyaient un homme ou une femme y entrer avec l'habit de leur nation , leur jetaient sur la tète de petits hâtons dentelés, dont ils leur entortillaient les cheveux, et, les tirant avec force , ils arrachaient la chevelure avec la peau. Quelques-uns en perdirent les yeux, d'autres en moururent après avoir longtemps souffert ; plusieurs expirèrent à la porte même de l'église. On menait par la ville des femmes avec leur tète ainsi écorchée , précédées d'un crieur pour les montrer à tout le peuple. Hunéric ôta toutes les pensions aux catholiques qui étaient en sa cour . et les employa aux travaux les plus rudes de la campagne. Ainsi l'on vit des personnes de condition et d'une santé faible, obligées de faire la moisson pendant les plus grandes chaleurs. Ce prince barbare, croyant abattre les catholiques à force d'être cruel , ne se contenta pas de ces premiers coups ; il chassa les laïcs de leurs maisons, les dépouilla de leurs biens et les relégua dans l'île de Sardaigne. Il fit assembler les vierges , et les traita indignement , pour les obliger à déposer contre les ecclésiastiques. Il fit prendre près de cinq mille évêques , prêtres, diacres et autres ecclésiastiques , et les relégua dans les déserts.
Saint Eugène fut exilé dans les déserts de la Tripolitaine , et mis à la garde d'un nommé Antoine, qui exerça contre lui toutes sortes de cruautés. Le saint évèque , réduit en cet état , ne se crut pas encore assez pénitent ; et pour ajouter quelque peine à la rigueur de sa situation , il couvrait son corps d'un rude ciliée , couchait sur la terre nue, et passait les nuits à prier pour les maux de l'Eglise. Cette austérité le rendit paralytique. Son garde, ingénieux à le tourmenter, lui faisait avaler de force le
CH A PI TRI il 23
vinaigre le plus violent, pane qu'il savait que cette liqueur était
tivs-nmliaiie à 80D mal. Mais l^cu , qui donne la vie OU 11
. mort à qui hu plaît 7 rendit la saut/' à Eugène, parce qu'il le réservait pour d'autres combats.
Bunéric sentit enfin le poids de la colère du Seigneur. Sain! Victor de Vite dit qu'il fut mangé de vers qui sortaient de toutes les parties de son corps , et qu'il mourut ainsi dans l<- désespoir.
L'Eglise , après cette tempête , respira un peu sous son successeur. Saint Eugène eut la liberté de revenir à Cartbage l'an 487 , et il lit tant par ses prières auprès de Dieu , et par ses sollicitations auprès du nouveau roi , que ce prince rappela tous les évèques. Mais ce calme dura peu. Ce roi mourut Tan t9G ; et Trasimond, son successeur, recommença la persécution. Dès la même année, ou tout au plus la suivante, saint Eugène fut enlevé tout d'un coup et conduit au roi. Il disputa en sa présence avec le patriarche des ariens , qu'il confondit et réduisit au silence. Pour prix de sa victoire , le Seigneur lui en prépara une seconde, dont il réserva le prix pour l'autre vie. Il fut condamné à perdre la tète, avec deux autres qui Pavaient accompagné , et qui eurent en effet la tète tranchée. Pour Eugène, il eut seulement la gloire de montrer que Dieu lui avait donné le courage et la constance d'un généreux martyr ; car Trasimond lui envia cet honneur: Le bourreau avait déjà l'épée tirée, prêt à le frapper, lorsqu'on lui demanda encore quelle était sa résolution : « c'est, dit- il , de perdre la vie plutôt que d'abandonner la foi. » Le roi sembla avoir honte de faire mourir un homme respectable par sa science et sa vertu, et faisant arrêter le bras du bourreau , il exila le saint dans le Languedoc. Eugène se retira à Alby , où on le laissa en paix , quoique Alaric, roi des Visigolhs, qui étaient ariens comme les Vandales, fut maître de cette province. Le saint prélat y fut aussi respecté qu'à Carthage, et l'on dit que le grand nombre de catholiques qui voulurent se mettre sous sa conduite l'obligea à bâtir un monastère dans le lieu de son exil. Il y linit sa glorieuse car-
2<i l'ait, ftRii: CHRftTIENNK
rière l'an Wîf. Ce saint appartient donc encore à notre patrie*.
On sait que pendant l'occupation de l'Afrique par les Vandales , occupation qui dura près de cent ans, les chrétiens eu-, rein à souffrir toutes sortes de cruautés. Toutefois la religion , par le mélange des païens barbares avec les chrétiens , faisait plus de conquêtes qu'elle ne perdait de ses enfants. Nul de ceuxci n'était séduit par la tentation de changer sa croyance contre celle de ses voisins nomades et grossiers ; et dans ce contact de la barbarie païenne avec la civilisation chrétienne , il n'y avait pas à craindre que celle-ci reculât; le contraire devait arriver, selon toute vraisemblance , et arriva en effet ; la paix comme la guerre, non moins que le commerce, tout y contribuait. Souvent les chrétiens, enlevés et réduits en captivité dans b s invasions des barbares , convertissaient leurs maîtres, comme autrefois, dans les temps de persécution , les martyrs avaient converti leurs geôliers et leurs bourreaux. Une femme de Sétif ( à vingthuit lieues d'Alger) avait été emmenée captive par les barbares et en avait d'abord été fort maltraitée ; cependant les trois fils de son maître étaient tombés malades , et deux étaient morts successivement ; la mère de ces jeunes gens , voyant son esclave prier Dieu avec une ferveur qui adoucissait les tourments de la solitude , lui demanda de l'invoquer pour qu'il sauvât son dernier enfant. L'esclave obéit, et le jeune homme ayant guéri, toute la famille se convertit au christianisme '.
L'Eglise d'Afrique , vivante jusque dans le tombeau , n'a point cessé d'exister; toujours des chrétiens ont souffert et combattu sur cette terre, toujours il s'en est trouvé qui ont préféré les mauvais traitements et la mort à l'apostasie, et qui ont laissé sur ce rivage funeste leurs ossements sacrés , titres acquis, imprescriptibles , et qui se retrouvent aujourd'hui. Là aussi , pour secourir les esclaves et pour les retirer , ont combattu ces croisés d'une espèce nouvelle , les humbles et saints religieux de la Merci , qui méprisant les avanies sans
1 Saint Augustin , ou l'Afrique au cinquième siècle.
r in r i t r r II M
nombre , ad Dinistraieil les ncrinnenti , offraient !<■ latntsserilier de la messe . à l'ombre «lu Croissant. A l'appui de «l'itc assertion , recueillons à présent . dans
leur ordre chronologique, tes souvenirs religieux qui se rattachent à quelques-unes des villes et des localités de l'Afrique , et \o\oiis a?ec reconnaissance comment la loi \i\,iit toujours il, m- cpielque coin de cette (outrée.
Plaçons à la première ligne ce qui se rapporte à la métropole de notre colonie. Le dernier des évêques d'Alger connus s'appelait Victorien Tan -484, il s'était rendu à CarUttge pour Mister, arec la plupart de. ses frères dans Pépiscopat , à rassemblée indiquée par le roi Hunéric; mais bientôt il fut envoyé en exil à cause de son inviolable attachement à la foi catholique, et il v trouva la mort.
Du temps d'Fbn-Khaldoun , au quatorzième siècle . les chrétiens étaient fort nomhreux à Tlemcen : cet historien assure qu'il y avait plusieurs églises dans lesquelles ils pratiquaient lihremenl l'exercice de leur religion.
Dans les environs de Tlemcen et d'Oian, on trouve des tribus qui se souviennent encore du temps où les chrétiens occupaient une partie de leur pays , et qui regrettent l'aisance que leur commerce avec ces étrangers avait répandue dans leurs tentes.
Dans un ouvrage publié en 1624 on lit ces mots : « Dans l'église et couvent de Sainte-Catherine ( au bastion cédé à sa France, avec la Calle,etc.), il y a deux religieux de Saint- François, pour exercer l'office divin et administrer les saints sacrements , auxquels pour récompense de leurs travaux , on donne la nourriture et les habits, et suivant la volonté du capitaine, on délivre tous les ans quelques charges de blé au couvent de Marseille. Deux garçons qui les servent n'ont que la nourriture et les habits. » Nous verrons à l'article des religieux de la Merci que ces rédempteurs ont eu constamment , depuis saint Louis, des chapelles et des oratoires dans plusieurs
•ji. l'algéeib chrétienne
villes d'Afrique , qu'ils y pratiquaient l'exercice do fa religion au péril de leur vie, et tâchaient de prémunir les pauvres captifs contre la tentation de renoncer à la foi de leurs pères.
Dès que les Espagnols se lurent rendus maîtres d'Oran, sous le commandement du cardinal SJmenès, ils commencèrent à y bâtir plusieurs belles églises et autres édifices publics , à la manière des Romains; une d'elles, élevée au lieu où était autrefois une synagogue, était sous l'invocation du Saint Christ de la Patience.
Pendant que Charles V faisait le siège d'Alger, et qu'une tempête violente menaçait de détruire ses vaisseaux (catastrophe qui malheureusement vint l'affliger peu de temps après) , l'empereur au milieu de la nuit, rempli d'une sainte pensée, animé d'une foi ardente , fit appeler un pilote et lui dit : « Combien de temps la flotte peut-elle encore résister? — Deux heures, reprit le marin. — Quelle heure est-il? — Onze heures et demie. — Ah ! tant mieux, reprit le prince d'un air satisfait, c'est à minuit que les bons religieux se lèvent, en Espagne, pour faire la prière ; ils auront le temps de me recommander à Dieu '. »
Il y avait à Alger, dit Laugier de Tassy2 , en 1725 , liberté de religion pour tous les étrangers, tant libres qu'esclaves; l'Espagne y entretenait un hôpital avec chapelle desservie par les Pères de la Merci : on célébrait le culte dans la maison de France et dans la maisen des missions de France. Les chrétiens avaient un cimetière ; mais depuis la révolution de juillet, il n'y avait plus de culte officiel catholique pour l'administration ou pour l'armée, et comme les établissements antérieurs avaient
1 Non-seulement en Espagne , mais dans toute la catholicité , la nuit et le jour , on priait pour les vengeurs de notre sainte religion. Le Ciel , qui avait ses desseins, ne devait pas encore écouter les vœux de ses enfants; avant qu'ils fussent délivrés et de leurs cruels ennemis, plusieurs siècles d'expiation devaient s'écouler encore.
2 Cet écrivain est père du savant et pieux orientaliste membre de l'Acad. des inscrint. etc.
CHAP1TBB 11 27
disparu , il n'y ;i\.iit plut qu'un culte privé dans une maison particulière.
« Je vis, dit Bruce , qui voyageait vers la fin du dix-huitième siècle en Afrique , sur l'Auras , montagne remarquable par sa culture et sa fécondité, située dans le royaume d'Alger , des hommes qui avaient le teint plus clair que les habitants «lu midi de la Grande-Bretagne : ils avaient aussi les cheveux rouges et les yeus bleus. J'en fus bien reçu, ils me laissèrent libre de faire tout ce qui me plaisait. Us sont Kabyles, et portent entre les deux yeux une croix grecque qu'ils se t'ont avec de l'antimoine. Ils m'avouèrent avec grand plaisir que leurs ancêtres étaient chrétiens, et ils semblaient bien plus satisfaits de cette origine que d'aucun rapport avec les Maures, à qui ils font une guerre continuelle.
Au sud de Nepta et de Tozer, Ebn-Khaldoun ' place une peuplade de Frandias , reste des anciens Romains, et qui étaient chrétiens , de même qu'une tribu à vingt lieues d'Alger. En 1450, les chrétiens étaient en assez grand nombre dans toutes ces contrées. Il existait encore, il y a cinquante ans, selon M. de Quatremère, une population chrétienne à quelque distance, au sud d'Alger. Xous n'avons donc fait, en rentrant dans la possession de cette partie de l'Afrique, que nous réunir à nos anciens coreligionnaires ; puissent leur nombre s'accroître chaque jour par nos bons exemples et par les enseignements des ministres de l'Evangile !
Il a été élevé un beau monument à la gloire de l'Eglise d'Afrique; c'est l'ouvrage du P. Morcelli , jésuite, intitulé Africo christio.no. -. Ce beau travail est dédié au souverain pontife Pie VII. L'auteur exprime le regret que tant d'armées qui ont combattu et péri pour l'ambition des hommes n'aient pas été employées à soumettre les barbares habitants de l'Afrique, et désire vivement que les puissances se réunissent un jour pour
1 Hist. des Berbers , manuscrite.
* 3 vol. petit in-f°, Brescia, 1816.
18 L'A LG É RI B CHB ( l IBNK V.
faire refleurir l'antique religion des Cjprien, des Augustin . dei Possidius
!l appelle de (oute son àme un nouveau Hélisaire qui détruise le pouvoir brutal des Sarrasins. La Croix replantée sur le sol africain sciait , dit-il , le plus beau titre de gloire pour le chef de l'Eglise!
Les six vers latins qui précèdent la préface, finissent par ces deux vers, qui viennent encore exprimer cette bonne pensée de l'auteur :
Exoiiare aliquis , fœdam qui pellere gentem Indu ausus , tulum ferro iter expédiât.
€et écrivain scrupuleux et infatigable a compulsé tous les historiens les plus recommandablcs , les géographes, les poètes, les inscriptions antiques : il n'a rien négligé pour qu'aucune erreur ne put se glisser dans son livre , et que rien d'honorable pour la religion dans cette contrée du monde ne fût oublié. Après avoir donné la description des provinces d'Afrique, et la liste des évêchés, dont le nombre s'élevait à plus de six cents, le savant jésuite fait mention de saint François d'Assise, qui, au treizième iècle , essaya de ramener les Africains dans le sein de l'Eglise.
Des religieux de son ordre firent d'incroyables efforts pour détruire les superstitions mahométanes , et ne recuillirent que la gloire de cette sainte entreprise; l'un d'eux fut martyrisé à Maroc. Il parcourt ensuite la série des évèchés, donne un extrait, de la vie des pontifes, des martyrs et des saints qui ont honoré ces églises.
Le second volume commence par quatre vers qui font connaître les divers ouvrages de Moreelli. Vient ensuite un coupd'œil général sur les annales de l'Eglise d'Afrique, et à l'année 670 on trouve cette triste mention : Afronem exitus hœtuosos lamentatione prosequendns ; indè homini docinnentum hvmana omnia caduco esse : la religion chrétienne axait cessé d'exister en Afrique.
L'Eglise de Carthage , comme la plus importante , occupe
i iï a r i i fi r ii
2fl
Me grande place dans ce second volume : (auteur j Bail llntoiiv de ce qui B'esl passé d'intéressant sens chacun des éréqasi de cette ville , relate les hérésies combattues par l'Eglise el les conciles. <> second volume est terminé par le martyrole l'Eglise d'Afrique , c'est-à-dire par sou plus beaa titre de gloire; ce catalogue de saints confesseurs est divisé par mois. Les annales de l'Eglise africaine occupent encore le troisième volume, et viennent tinir à l'année 670, <pii vit périr la fti dans cette contrée autrefois si chrétienne; « calamité, dit l'auteur, qu'il faut attribuer aux Africains eux-mêmes. » Trois cartes, où les noms des \illes et villages des provinces de l'Afrique sont indiqués en latin, complètent ce bel ouvrage, dû à un ecclésiastique bienfaiteur de sou pays, et qui termina sa laborieuse carrière par ces recherches dont l'utilité se fait encore mieux sentir pour nous en ce moment.
On voit quel intérêt puissant se rattache a cette œuvre ; aujourd'hui que la religion a replanté son vieil étendard au milieu de l'Afrique , il est à désirer que l'on abrège ces trois volâmes, et qu'une traduction française en soit publiée.
Et comme les vertus des saints africains sont le plus bel éloge qu'on puisse faire de cette contrée, nous allons citer quelquesuns de ceux qui scellèrent leur croyance de leur sang ; car dans ces temps de persécutions incessantes, la foi conduisait presque toujours au martyre; et nous verrons des femmes courageuses et héroïques qui nous feront rougir de notre faiblesse et de notre lâcheté.
L'an -200 de l'ère chrétienne, le 16 juillet , sept hommes et cinq femmes, nés à Scillite, ville de la province consulaire d'Afrique, furent emmenés au tribunal du proconsul Saturus : on leur reprochait de n'avoir pas voulu sacrifier aux dieux de Rome. Spérat, l'un d'eux , fit entendre des paroles qui, depuis près de deux siècles, avaient déjà bien souvent retenti dans l'empire , mais que les tribunaux de Cartilage entendaient peutêtre pour la première fois : « Nous n'avons commis aucun
30 L'àLGÊHIB flIRK HENNE
crime, nous n'avons insulté personne; au contraire, nous en a\cns remercié le Seigneur; sachez que nous n'adorons que le vrai Dieu, qui est le maître et l'arbitre de toutes choses; nous conformant à sa loi , nous prions pour ceux qui nous persécutent injustement » I.e proconsul les pressa de jurer par le génie de l'empereur. « Je ne connais point, répondit Spérat, le génie de l'empereur de ce monde; mais je sers par la loi l'empereur et la charité du Dieu du ciel, que nul homme n'a vu ni ne peut voir. » Saturus, injuriant Spérat , se tourna vers les autres chrétiens et les pressa d'obéir. « 0 proconsul, dit Ciltin, ce que notre compagnon Spérat a confessé nous le confessons, et vous n'entendrez point de nous d'autres paroles; nous n'avons à craindre personne que notre Dieu et Seigneur qui est au ciel. » Saturus les renvoya en prison , ordonnant qu'on leur mît les ceps aux pieds, torture cruelle qui était alors en usage. Le lendemain , il se les fit présenter pâles et meurtris; s'adressant aux femmes : « Honorez votre souverain, et sacrifiez aux dieux, leur dit-il. » Donate , aussi courageuse que ceux qui venaient de subir leur interrogatoire, répondit . « Nous rendons l'honneur à César ; mais la crainte ou le culte , nous le réservons au Christ. — Ce que méditera toujours mon cœur, dit Vestine une autre femme , ce que prononceront toujours mes lèvres , c'est que je suis chrétienne. — Je suis aussi chrétienne , ajouta Seconde , je veux l'être, nous le serons, et nous n'adorerons point vos dieux. » Le proconsul commanda de les séparer, et fit approcher les hommes, puis adressant' la parole à Spérat, ci Persévères-tu, lui dit-il, es-tu toujours chrétien. — Je persévère, répondit Spérat, et j'ai la confiance d'avoir cette persévérance chrétienne , non par mes propres forces , mais par la grâce de Dieu. Si donc vous voulez savoir la pensée de mon cœur, je suis chrétien , écoutez bien , je suis chrétien! » Tous ceux qu'on avait arrêtés en même temps que lui, s'écrièrent, à son exemple, qu'ils étaient chrétiens.
Cette lutte généreuse dura encore quelque temps; après quoi