CHAPITRE II .il
Saïunis , dans l'espoir de vaincre la résistance de ces étranges criminels, leur dit qu'il leur donnait un délai de trois jours pour rétracter leur confession et revenir ans Bacrées cérémonies des «lieux. (( Ce délai, répondit Spérat, uousesl inutile, délibérez plutôt vous-même, Abandonnez le culte si honteux ili>
idoles, embrassez la religion du vrai Dieu; que si vous n'en êtes jtas digne, ne différez pas davantage, prononcez la Bentence. » Saturas , les voyant inébranlables, rendit le jugement que le
greffier écrivit en ces ternies : a Spérat, etc., s'étant avoués chrétiens , et ayant refusé l'honneur et le respect à l'empereur,
j'ordonne qu'ils aient la tète tranchée. » On lut la sentence aux condamnés , et bientôt d'une voix unanime ils bénirent Dieu. Conduits au lieu du supplice , ils se mirent à genoux et renouvelèrent leurs actions de grâces. Les bourreaux leur tranchèrent la tète pendant qu'ils priaient '.
Le 7 mars 203 , souffrirent à Carthage les deux illustres saintes veuves Perpétue et Félicité, avec leurs compagnons Révocat, Saturnin et Secondulus, tous les cinq jeunes et simples catéchumènes. Perpétue , d'une famille considérable , avait épousé un homme de qualité ; Félicité et Révoeat étaient esclaves ; Sature, qui les avait instruits, se livra pour leur être réuni. Félicité se trouvait enceinte. Perpétue, âgée d'environ vingt-deux ans , avait un enfant à la mamelle ; son père , encore païen , la conjurait avec larmes de revenir au culte des dieux ; sa mère et ses frères appartenaient à Jésus-Christ. Rien de plus beau n'a été légué à l'admiration des hommes, que le martyre de sainte Perpétue, dont elle nous a laissé elle-même le récit, et qu'a terminé quelque témoin oculaire; jamais plus sublime courage ne lutta contre une plus lâche férocité. La civilisation romaine livrait aux huées de la multitude, aux fouets des bour-
1 II nous a paru nécessaire de raconter avec un grand détail , et en recourant a un écrivain chrétien , le martyre de ces premiers chrétiens d'Afrique •. ce sont eux qui ont ouvert la carrière de sang et de gloire à la foule des confesseurs de la foi. Les martys suivants ont acquis et légué la Croix a la terre d'Afrique.
reaux , à la denl <les bêtes , des enfants, des jeunes femmes , quj chantaient paisiblement les louanges de Dieu au milieu des supplices . et qui , se tenant par la main , se donnaient le baiser de paix avant de mourir. Lorsque les spectateurs virent Perpétue si délicate , et Félicité nouvellement mère , exposées dans un filet aux cornes d'une vache furieuse qui la traînait sur l'arène, leur pitié fut enfin émue, et ils demandèrent à grands cris qu'on mît par le glaive un terme à d'aussi horribles tortures. Les martyrs se rendirent d'eux-mêmes au milieu de l'amphithéâtre et reçurent le dernier coup , immobiles et en silence. Les noms de Perpétue et de Félicité ont été insérés dans le canon de la messe1, tant le combat de ces deux femmes admirables parut glorieux, et leur palme éclatante; et depuis seize siècles , l'adorable sacrifice n'a pas été célébré une fois dans le monde sans que le prêtre et les fidèles aient solennellement prié Dieu de leur donner part et société avec Félicité et Perpétue. Les précieuses dépouilles de ces martyrs étaient , au cinquième siècle , dans la grande église de Carthage. Leur fête, au rapport de saint Augustin , attirait plus de monde poulies honorer que la férocité païenne n'avait jadis réuni de spectateurs et d'insulteurs à leur suplice -.
Numidique se rendit célèbre dans l'Eglise d'Afrique , au milieu du troisième siècle, par la grandeur de sa foi et de sa charité. Il en donna des preuves dans la ville de Carthage, durant la persécution de l'empereur Dèce. il tâcha alors de suppléer à l'absence de saint Cyprien , qui en était évêque , et qui s'en était retiré pour être plus en état de servir son église. Selon le témoignage du saint évêque , Numidique fortifiait les lidèles
1 Ma mère et l'une de mes sœurs s'appelaient Félicité ; la femme qui m'a tenu sur les fonts du baptême avait pour patronne sainte Perpétue : comment les aurais-je oubliées dans cette précieuse liste des saints et des martyrs -d'Afrique qu'il me faut abréger ? comment ne pas m'unir avec plus de ferveur qu'aucun autre aux prières de l'Eglise , quand elle prononce des noms si vénérés et si etiers ?
2 L. Veuillot , les Français en Algérie.
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jiar set exhortations , et réglait, par la sagesse d< tet cooseili . l'impatience des tombés, c'est-à-dire de ceim qui, ayant succombé .im\ violences i\r* tourments, demandaient ;'i être réconciliés, sans attendre que le temps prescrit par les canons pour leur pénitence lût expiré.
Numidique, travaillant sans relâche à procurer «les confesseurs et des martyrs à Jésus-Christ, envoya devant lui au ciel une foule de prédestinés <|u'il avait encouragés par ses exhortations et son exemple à Bouffrir les pierres et le feu. Après avoir vu brûler sa propre femme à ses cotés, il demeura lui-même sur la place, à demi-brulé, sous un monceau de .pierres dont on l'avait accablé. Mais Dieu lui conserva la vie, afin qu'il continuât d'être utile au clergé et au peuple de Cartilage. Sa fille , venant chercher son corps pour lui rendre les derniers devoirs, le trouva respirant encore et prêt à rendre le dernier soupir. Elle le débarrassa des corps morts parmi lesquels il se trouvait , et le fit si bien panser qu'il recouvra la santé.
Saint Cyprien, de qui nous apprenons ce que l'on vient de rapporter, le fit depuis prêtre de Carthage, sur la fin de l'an 240 , et il en écrivit à toute son Eglise comme d'une grâce particulière que Dieu lui faisait. Il avait le dessein de l'élever à l'épiscopat ; mais on ne sait pas s'il l'exécuta. Le reste de la vie de saint Numidique nous est entièrement inconnu.
Entre les martyrs qui ont souffert dans la persécution de l'empereur Licinius, il n'en est point de plus illustres dans l'antiquité, que ceux que l'on appelle les quarante martyrs et qui confessèrent Jésus-Christ à Sébaste vers l'an 325. Ils étaient à la fleur de l'âge, bien faits , braves et fort cousidérés pour leurs services. Quand ils eurent appris les ordres que l'empereur avait donnés pour obliger les gens de guerre à sacrifier, ils se séparèrent des autres, et déclarèrent qu'ils ne voulaient point prendre part à l'idolâtrie. On les prit, et ils furent présentés au juge , qui leur fit savoir les ordres de l'empereur et les somma d'y obéir. Ils répondirent toushardiment, qu'ils étaient
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chrétiens, et préparés à toul souffrir plutôt que d'Abandonner leur sainte religion. Le juge , ayanl tenté vainement de les gagner par ses promesses, et puis de les intimider par ses menaces , les lit déchirer par les fouets et les ongles de fei ; et après !<•> avoir chargés ^ (haines, il les lit remettre en prison. Ils y demeurèrent longtemps, et n'en sortirent que pour être conduits à uu supplice d'un genre nouveau. L'Arménie est un pays froid; c'était l'hiver, et un vent de hise qui soufflait y causait une forte gelée. Le juge ordonna qu'ils fussent exposés tout nus, pendant une nuit , sur un étang glacé qui était au milieu de la ville: et pour les tenter plus violemment par la facilité du remède , il fit préparer un bain chaud tout proche de là , avec ordre d'y transporter sur-le-champ ceux qui, succombant à la rigueur du froid , promettraient de sacrifier pour sauver leur vie.
Les martyrs se dépouillèrent gaiement de tous leurs habits. Ils s'encourageaient l'un l'autre en disant qu'une seule nuit leur vaudrait une éternité. «Puisqu'il faut mourir une fois, ajoutaient-ils , mourons pour vivre éternellement ; donnons volontiers pour Dieu une vie que tant de soldats exposent tous les jours pour le service d'un prince mortel ; il serait honteux que nous ne pussions souffrir pour la défense de la vérité ce que les scélérats sont obligés de souffrir pour la punition de leurs crimes. » Ils faisaient tous la même prière et disaient : « Nous sommes entrés quarante dans la lice, faites, Seigneur, que nous soyons couronnés quarante , qu'il n'en manque pas un de ce nombre mystérieux ! » Dieu exauça leur prière , mais d'une autre manière qu'ils ne pensaient ; et il montra dans cette occasion la vérité de ce que dit saint Paul , que tout dépend non de celui qui veut ni de celui qui court , mais de Dieu qui fait miséricorde et qui la fait à qui il lui plaît. Les martyrs eurent la douleur de voir un de leur compagnie perdre courage et sortir de dessus l'étang pour aller se jeter dans le bain chaud. Mais il fut remplacé sur-le-champ. Il y avait là un garde qui se
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chauffait en attendant la tin de cr (umli.it , |nrt ,'i reeevoii dan le bain ceux d'eatri les martyrs oui se tiendraient rendre, il ut un spectacle surprenant : dei ragea qui deseendaienl du ciel ci qui distribuaient dea récompenses à eea géoéreui aokhrla .
excepté à un seul . el c'était ci' tâche qui se laissa vaincre à la douleur j mais en perdant par son crime la vie de l'âme, il ne put mémo conserver celle du corps ,-car dès qu'il eut touché l'eau chaude il mourut.
Le garde qui avait eu la vision que nous avons dite , ayant mi ce malheureux déserteur courir au bain, ùta ses habits et se mit à sa place avec les martyrs, criant comme eux qu'il était chrétien. Il consola ainsi ces généreux soldats de Jésus-Christ de la perte de l'un d'entre eux , et remporta la couronne dont l'autre n'avait pas été trouvé digne : exemple étonnant, qui doit humilier et faire tremhlor les plus forts , en les faisant sourenir que la persévérance est une grâce que Dieu donne à qui lui plaît , parce qu'il ne la doit à personne.
Le jour étant venu , comme ils respiraient encore , on les mit sur des chariots, et on les jeta dans le feu, qui rendit leurs douleurs plus cruelles , en les faisant passer d'une extrémité à l'autre. Il y en eut un que les bourreaux laissèrent , parce qu'il leur semblait plus vigoureux que les* autres et qu'ils espéraienl le faire changer. Mais sa mère, qui se trouva présente, s'élevant par la foi au-dessus des sentiments de la nature, le prit entre ses bras et le mit dans le chariot avec les autres , en disant : a Allez, mon fils, achevez cet heureux voyage avec vos camarades , afin qu'on ne vous trouve point manquant dans une si glorieuse compagnie , et que vous ne soyez point présenté à Dieu le dernier. » Après qu'ils eurent été brûlés, on jeta dans la rivière ce qui n'avait pas été consumé par le feu ; et toutefois les fidèles conservèrent beaucoup de leurs reliques. Elles fuient portées en diverses provinces , où depuis on bâtit des églises en leur honneur, et on célébra leur mémoire avec grande solennité.
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L'an 303, l'empereur Dioctétien avait , par un édil , sommé h s chrétiens d'Afrique de livrer leurs livres sacrés aux magistnii> civils. La plupart des évêques et des prêtres préférèrent
mourir dans les angoisses des supplices plutôt que d'abandonner ces précieux monuments. L'histoire o conservé les noms de ces courageux athlètes. Le premier qui donna ce noble exemple fut saint Félix, é\éque de Tubysacène. Envoyé à Home par le proconsul d'Afrique pour y être jugé , il fut de là transporté à Noie , où il fut condamné à avoir la tête tranchée, le 12 janvier 303. Jaloux de suivre les traces du saint martyr, « une foule de confesseurs se précipitèrent sur le champ du combat, selon l'expression du martyrologe , et partout où ils trouvèrent un ennemi , ils dressèrent la tente du Seigneur. » Non-seulement les évêques et les prêtres bravèrent les supplices plutôt que d'obéir aux ordres de l'empereur, mais les femmes et les enfants voulurent aussi donner leur vie pour cette sainte cause. Quarante-sept personnes de tout âge > de toute condition, de tout sexe , furent prises à la fois dans une maison où elles étaient réunies pour prier, et conduites devant les magistrats pour y être sommées de remettre leurs livres sacrés. Pas un d'eux ne faiblit dans cette héroïque épreuve ; pendant plusieurs jours ils furent martyrisés sous les yeux les uns des autres ; les bourreaux s'ingéniaient à inventer des supplices, passant alternativement de l'un des martyrs à l'autre , ne les faisant pas mourir tout de suite, mais se plaisant à prolonger leurs angoisses et leur agonie. Datius , l'un d'eux, attaché verticalement à un chevalet, comme les autres, avait été martyrisé le premier; tandis que les bourreaux le déchiraient avec des fouets et des tenaille* ardentes, il ne poussait pas même un gémissement , et ne faisait que répéter ces mots : « 0 Christ ! je ne serai pas confondu , OChrisle,non confundar. 0 Christ, viens à mon secours, fortifie mon âme , sauve-la, je t'en conjure. »
Vers l'an 404 de Jésus-Christ , on arrêta en Afrique quarantesix ou quarante-sept chrétiens, que l'on présenta au proconsul
Aiiulin, comme coupables d'avoir célébré les mystères contre la défense des empereurs. Un des principaux « '* t < ■ i t le prêtre Saturnin. « Kst-ce ?ous, lui dit Anulin, qui avez assemblé tous ces gens-la contre la défense .des empereurs?» Saturnin îépondit : « Nous avons fait ce que l'Esprit de Dieu noua .1 inspiré, nous n'avons pas craint de célébrer les mystères du Seigneur. — Pourquoi? dit Anulin. — C'est, répliqua Saturnin, parce qu'il ne nous est pas permis d'j manquer. » Aussitôt qu'il eut fait cette réponse , le proconsul le fit attacher sur le chevalet. On lui demanda s'il était l'auteur de l'assemblée , il répondit : « Oui , j'y ai été présent. — Pourquoi , dit le proconsul , avez-vous désobéi aux ordonnances? » Saturnin répondit : « On ne peut omettre la célébration des saints mystères, la foi l'ordonne. — Vous ne deviez pourtant pas , dit le proconsul , mépriser les défenses des empereurs. » Puis il commanda aux bourreaux de le tourmenter. Ils se jetèrent sur le corps de ce vieillard . et le déchirèrent de telle sorte , qu'au milieu des ruisseaux de sang qui coulaient , on voyait les os à découvert. Le martyr, qui craignait d'expirer sur le chevalet avant d'être condamné à mort , disait à Jésus-Christ : « Exaucezmoi, Seigneur; je vous rends grâces de ce que je soutfre , mais accordez-moi encore d'être décapité pour votre nom ; Christ , ayez pitié de moi : Fils de Dieu , secourez-moi. » Anulin lui demanda encore pourquoi il avait contrevenu aux ordonnances : «La loi de Dieu me l'a appris, répondit le martyr, la loi me l'ordonne. » Ce qu'il entendait seulement par rapport aux ordonnances auxquelles on ne peut obéir sans violer la loi de Dieu. En tout autre cas, les chrétiens regardaient comme un de leurs premiers devoirs d'obéir aux princes. A ce mot de loi, le proconsul dit « C'est assez , » et il le fit mettre en prison , le destinant au supplice qu'il souhaitait.
On y amena encore, de divers endroits de la province, des évèques,des prêtres et d'autres ecclésiastiques, dont tout le crime était d'avoir tenu des assemblées pour la célébration des
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BaioU mystères , eJ 4e n'avoir pas voulu livra ans païens Isa salâtes Ecritures. Ils souffraient beaucoup dans cette prison , non-seulement par la douleur de leurs plaies , par l'incommodité du grand nombre et par la pesanteur des chaînes n'ont ils étaient chargés , mais encore par la faim , la soif et le froid dont ils étaient tourmentés. Il y avait des gens à la porte des prisons qui chassaient à coups de fouets les parents des martyrs et tous ceux qui venaient leur apporter quelque rafraîchissement. Rien n'ébi aillait le courage de ces saints, que l'Esprit de Dieu soutenait par des consolations ineffables. Ils n'attendaient tous que l'arrêt qui devait les condamner à la mort ; mais Anulin et le conseil de la province étant détournés par d'autres affaires, ils moururent l'un après l'autre, dans la prison, de faim et de misère ; martyre d'autant plus glorieux devant Dieu , qu'il était en même temps et plus cruel par la longueur du supplice , et moins éclatant aux yeux des hommes.
Saint Augustin a fait, l'éloge de saint Marcellin daus une de ses lettres. « Il a vécu, dit-il , dans une grande piété, dans une conduite sainte et dans des sentiments véritablement chrétiens. Combien trouvait-on de probité dans ses mœurs, de fidélité dans son amitié, de zèle pour soutenir la vérité, de solidité dans sa piété ! 11 était chaste dans le mariage , intègre dans l'administration de la justice , patient avec ses ennemis , humble avec les saints, commode avec ses amis, charitable envers tous, prêt à faire plaisir, réservé à demander aux autres qu'on lui fit quelque grâce. Combien les bonnes œuvres lui donnaient-elles de joie, et combien ressentait-il de douleur des mauvaises ! Combien était-il compatissant et secourable, prêt à pardonner à ses ennemis et même à les aimer ! Il était plein de confiance en Dieu et appliqué à la prière. Jamais il ne parlait des vérités du salut, dont il était bien instruit , qu'avec beaucoup de respect et de. modestie. Il aurait renoncé à tous les emplois du siècle, s'il n'eût été engagé dans le mariage ; mais au milieu de ses liens il était fortement attaché à Jésus- Christ. »