‹ L'Algérie chrétienneChapitre 6 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dieu couronna taol due vertus par m glorieux martyre. I .• comte Marin le lit prendre comme complice de 1 1 rémUc d'Héraclien; et quoique ce crime fût faux , UarceUia fut mis avec son frère dans nue affreuse prison où il n'\ avait p.is même <!<■ jour. Etant dans ce lieu, son frère lui dit un jour : « Si ce BODl nies péchés qui m'ont attiré celte disgrâce , par où avez-voumérité d*v tomber, vous dont la vie a toujours été chrétienne? « Marcellin lui dit: «Quand ce que vous éites serait véritable , et quand néanmoins je devrais perdre la vie, n'en dois-je pas rendre grâces à Dieu, qui me punit en cette vie pour m'épargner en l'autre? » L'innocence des deux frères était si constante que le comte Marin reçut ordre de les élargir. Mais ce comte, pour satisfaire sa haine particulière, les avait déjà fait exécuter. L'Eglise l'honore comme martyr, parce que la cause de sa mort était le zèle qu'il avait fait paraître contre les hérétiques nommés donatistes. Saint Marcellin souffrit le martyre à Cartilage, l'an 113.

Calame, à quelques lieues de Bone , aujourd'hui Guelma, célèbre par le faste de Lucullus, prêteur en Afrique , et par le souvenir de Salluste, l'un des meilleurs historiens romains, est bien autrement remarquable par le zèle , la science , la sainteté de son évèque Possidius, disciple intime et l'ami de saint Augustin. Ce fui lui qui acheva de détruire le paganisme dans cette ville et y fonda un ordre religieux qui suivait la règle de saint Augustin '. Il eut beaucoup à souffrir de la part des païens , mais surtout des donatistes2, et plus tard des Vandales, qui le forcèrent à quitter son siège. Il se réfugia alors à Hippone, où i! assista à la mort de son ami saint Augustin , dont il a écrit la vie. Il a fait aussi une description pathétique des horribles ravages des Vandales dans les villes d'Afrique, et de la déplorable

1 La vie détaillée de ce grand évèque se trouve reportée à l'histoire religieuse d'Hippone.

2 Hérétiques qui troublèrent et ensanglantèrent l'Eglise pendant longtemps et qui furent combattus victorieusement par saint Augustin.

situation des chrétiens dans eea temps malheureux. Calame était un des sièges les plus illustres de la Numidie ; son évèque est appelé primai de Numidie, dans un concile tenu à Hippone en 393 , et présidé par Aurèle, évèque de Carthage.

M. Suchet, étant dans cette ville, adressa la prière suivante à l'ami de saint Augustin :

Du haut du ciel regarde , ô grand Possidius , Des ruines partout.... Ton église n'est plus.,.. Viens essuyer les pleurs que tu me vois répandre: De tes fervents chrétiens viens ranimer la cendre.

En 48 i. un roi impie (Hunéric) voulut imposer un évèque arien aux habitants de Tipasa, qui déjà avaient souffert pour la foi une cruelle persécution. Au premier bruit de l'arrivée du faux pasteur, ceux-ci rassemblèrent le plus grand nombre de barques possible, et passèrent en Espagne, préférant l'exil à l'apostasie. Tous cependant n'avaient pas quitté ces rivages. A cette nouvelle, le tyran redouble de. fureur et de rage ; il emoie un commissaire revêtu de pouvoirs sans bornes; il donne des ordres extraordinaires; une armée entière envahit cette belle cité; toutes les autorités de la province, la province elle-même sont convoquées ; tous les catholiques fidèles, dignes et généreux frères des exilés . sont tramés dans le Forum. Sommés une dernière fois de reconnaître l'évêque arien , tous refusent. Bientôt tous , sans exception , eurent la main droite coupée et la langue arrachée. Mais, ù prodige ! ils parlent encore , ils confessent encore , avec plus de ferveur que jamais , la foi catholique. Dispersés plus tard par tout l'Orient, ils y furent jusqu'à leur mort l'objet de l'admiration , de la vénération des peuples et des princes. Sans parler d'une foule d'auteurs profanes et sacrés qui nous ont transmis la mémoire de ces scènes héroïques, l'empereur Justinien en a consigné l'impérissable souvenir dans son recueil célèbre de Lois romaines, et il existe un ouvrage fort remarquable intitulé , la Divinité du christianisme prouvée, démontrée par le miracle de Tipasa.

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Vers la lin du cinquième siècle, la ville de Cartilage fut témoin d(! lit constance «h* Libérât, il était médecin , habile dans son art, appliqué à s'en servir pour l'utilité des autres, et plus occupé encore à guérir ses propres passions et eelles de set frères, connut' étant des maladies infiniment plus dangereuses que celles qui ne peuvent tuer que le -corps. Il fut arrête avec sa Femme . parce qu'ils étaient catholiques et ennemis des ariens , et on les mit tous deux en prison , mais séparément . de peur qu'ils ne s'animassent mutuellement à la constance. Les ariens crurent que la femme céderait plutôt , parce qu'ils ignoraient qu'il n'y a point de distinction de sexe auprès de Dieu , et que les plus faibies deviennent les plus torts par sa grâce; ils allèrent donc la trouver et lui dirent pour la surprendre: « Cessez d'être opiniâtre , votre mari a obéi au commandement du roi et a embrassé notre religion. » Elle répondit: « Que je le voie, et après cela je ferai ce que Dieu m'inspirera. » On la tira donc de prison , et on la mena au lieu où était son mari. Dès qu'elle l'eut aperçu devant le tribunal du juge, enchaîné avec une grande multitude, l'amour ardent qu'elle avait pour la vérité lui faisait craindre ce qu'on lui avait dit de son mari ; elle s'avança vers lui , et sans autre examen lui dit : « Malheureux époux , pourquoi te rendre indigne de la grâce de Dieu ? pourquoi veuxtu périr éternellement pour des biens passagers ? à quoi te serviront l'or et l'argent ? te délivreront-ils du feu de l'enfer ? n Son mari, étonné, mais se doutant de ce qui était arrivé , lui répondit : « Qu'avez-vous , ma femme ? que vous a-t-on dit de moi? Je suis toujours catholique par la grâce de Jésus-Christ, et j'espère ne jamais perdre sa foi ? » Ainsi la fourberie des hérétiques fut découverte, et ils n'en retirèrent que de la confusion. Le roi commanda qu'on envoyât en exil Libérât et sa femme avec leurs enfants qui étaient encore dans le bas âge.

Les ariens, pour rendre cet exil plus dur, s'avisèrent de séparer les enfants , dans le dessein de profiter de leur âge poulies engager dans l'arianisme. Cette séparation fit de la peine à

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Libérât, et, par une tendresse naturelle , il était prêi de verser des larmes, lorsque sa femme lui dit: «Quoi! perdrez-voui

votre àme pour ios enfants? Ne pensez pas plus à eux que s'ils n'étaient pas nés. iésus-Ghrist en prendra soin lui-même. Ne les entendez-vous pas déjà crier : Nous sommes chrétiens ! » La loi de cette femme ranima le courage de son mari. On dit qu'ils souffrirent l'un et l'autre le martyre dans la suite avec leurs enfants.

Hunéric, roi des Vandales en Afrique, ayant résolu la ruine totale de la foi catholique dans toute l'étendu de ses états , envoya , pour une seule fois , en exil dans les déserts quaranteneuf mille cent soixante-seize, tant évêques que prêtres, diacres et simples fidèles, malgré les incommodités et les maladies d'un grand nombre et le grand âge des autres. Du nombre de ces derniers était l'évêque Félix, à qui la paralysie avait fait perdre le sentiment et la parole. Quelques-uns des principaux représentèrent au roi la situation de cet évêque , le prièrent de le laisser mourir à Carthage, puisqu'il lui restait si peu de temps à vivre , et que d'ailleurs il n'était presque pas possible de l'emmener. Ce prince cruel répondit en fureur : « S'il ne peut aller à cheval, qu'on l'attache avec des cordes à des bœufs qui le traîneront dans le lieu où je veux qu'il aille. » Ainsi l'on fut contraint de le mettre de travers sur un mulet, comme l'on aurait fait d'un tronc d'arbre.

Tous ces confesseurs de la divinité de Jésus-Christ furent assemblés dans les villes de Sicque et de Lare , pour être mis sous la garde des Maures qui devaient les conduire dans les déserts. Deux comtes vandales, qui étaient chargés de l'exécution des ordres du roi, crurent qu'il leur serait aisé de ramener à la religion du prince cette troupe accablée d'infirmités et de fatigues ; ainsi ils leur proposèrent d'obéir à ce que la cour demandait d'eux. Mais ils fuient bien étonnés de trouver, parmi un si grand nombre , une confession unanime de la foi catholique ; ils prirent donc le parti de les faire enfermer dans de

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restes prisons, où d'abord on les traita avec quelque ménagement.

Quand les exécuteur! de la persécution virent qu'ils ne gagnaient rien par là, ils eurent recours aui mauvais traitements. Les serviteurs de Jésus-Cb ris! forçât resserrés dans de méchantes petites chambres, avec défense expresse aux gardes de les lais» r visiter ; et ceux qui, par argent ou par pitié, se laissaient gagner, étaient chargés de coups de bâton dès qu'on le savait. Les saints confesseurs se trouvèrent réduits, par la petitesse dfs lieux , à demeurer entassés les uns sur les autres , coin nie les fagots d'un bûcher, ou plutôt comme les grains d'un froment très-pur. Comme on ne leur permettait pas de soi tir pour satisfaire aux besoins de la nature, il se forma une corruption dont la puanteur surpassait tous les genres de supplice. L'infection en lit mourir plusieurs: ce qui obligea enfin les Maures à faire sortir les autres pour achever leur voyage. Le bienheureux Cvprien , évêque, était celui qui avait le plus de talent pour consoler tant d'illustres persécutés. 11 n'était pas du nombre des exilés, mais son zèle l'attacha à cette généreuse troupe dont il enviait la gloire. Quelque temps après , il eut le bonheur d'avoir part à leurs souffrances et d'être banni pour la foi de Jésus- Christ.

Les chemins par où passaient les confesseurs étaient couverts d'une multitude de catholiques qui accouraient des villes et des provinces voisines, la plupart le cierge en main , pour honorer leur triomphe. Ils faisaient baiser à leur enfants la trace des pas de ces saints martyrs , et demandaient , par leurs cris et leurs plaintes , qu'on leur rendît quelques-uns de leurs évêques et de leurs prêtres pour les conduire et leur administrer les sacrements. Mais on n'eut égard ni à leurs prières ni à leurs larmes. On pressait rudement les confesseurs de doubler le pas, afin de pouvoir arriver dans les déserts. Les vieillards et les enfants ne pouvant plus se soutenir, on les piquait avec la pointe des javelots ; puis on leur jetait des pierres pour les faire avancer. Mais on s'aperçut que tous ces moyens ne servaient qu'à les

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affaiblir davantage ; ainsi oo ordonna aux Maures de leslier par

les pieds, et de les traîner, comme les cadavres des bêtes mortes, à travers les cailloux et les épines. La plupart en eurent la tète et les côtes brisées , et rendirent l'esprit entre les mains de ces barbares. Ceux qui survécurent furent conduits enfin au lieu de leur exil , c'était un endroit sec et aride, rempli de serpents et de scorpions. Les serviteurs de Dieu y étaient d'abord nourris d'orge , comme les bètes ; mais on leur ôta ce secours bientôt après. Saint Victor de Vite , qui nous a laissé par écrit l'histoire de cette persécution , était un de ceux qui suivirent les saints confesseurs pour les consoler et leur rendre tous les secours qui dépendaient de lui.

Le Ier septembre, l'Église célèbre la mémoire de douze frères africains qui, ayant été élevés par Boniface leur père , et Thècle leur mère, dans la religion chrétienne , convertirent beaucoup d'idolâtres dans Adrumentum1, ville de leur naissance ; ils furent pris et tourmentés au même lieu, et ensuite emmenés en Italie, où ils consommèrent glorieusement leur vie par le martyre. Leurs corps ont été transportés à Bénévent, au royaume de Naples.

On ne sait pas d'une manière certaine dans quel siècle ils ont vécu.

On voit que ces héros de la foi souffrirent les tourments et la mort pour diverses causes, mais avec le même zèle et la même constance. Les uns refusent d'abandonner les livres saints, dépôt sacré confié à leurs mains ; d'autres ne reconnaissent de Dieu que celui qui a créé le ciel et la terre , et dont le Fils est descendu parmi nous pour nous racheter par son sang ; ceux-ci , fidèles à l'enseignement de leurs pères et attachés à l'Eglise de Rome, combattent toutes les hérésies, et meurent plutôt que de rompre l'union catholique. Et la liste de ces athlètes chrétiens est si considérable que le P. Morcelli dit : Tardas martyrum Africanoram numeras fait , vt Ilaliœ prope laareas

1 Ville dans les états de Tunis, où aborda César quand il porla la guerre en Afrique.

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exœquet. a Le nombre des martyrs d'Afrique tut si grand j qu'il égale presque les palmes de L'Italie ' . Nous avons admiré la foule glorieuse «les martyrs qui ont péri

pour la toi sur tous les points de l'Afrique chrétienne •' il tant voir à présent comment la pureté <lu dogme y fut défendue \i( torieusement, et comment les règles de la discipline ecclésias-

tirue y furent proclamées à haute voix. Lu seule série des conciles d'Afrique montre quel rang elle tenait dans l'Eglise à cette époque ; c'est un titre de gloire pour elle. Le premier concile , où tous les évêques d'Afrique et de Numidie se trouvaient , fut assemblé à Hoc, par Agripin , évèque de Cartilage ; il fut décidé qu'il ne fallait plus admettre sans baptême ceux qui l'avaient reçu hors de l'Eglise.

En 231 , un concile eut lieu à l'occasion des lombes dans la persécution, et du schisme de Félicissime et de Novatien.

En 349 , concile sous Gratus, évêque de Cartilage : on y lit treize eanons sur la discipline ecclésiastique.

En 393, concile général tenu à Hippone : Aurèle de Cartilage S présida. On vit, en cette occasion, quelle estime saint Augustin s'était déjà acquise, puisque , alors simple prêtre , il lit un discours devant cette assemblée sur la foi et le symbole , à la sollicitation des évêques , et il combattit victorieusement les maniebéens.

En 397, troisième concile de Carthage : on tâcha de remédier à certains abus dénoncés par les évêques.

En 401 , concile où l'on régla de quelle manière on devait se conduire envers les donatistes , où la plus grande douceur fut recommandée à leur égard.

En 403 , concile de Carthage : saint Alype, saint Augustin et saint Possidius s'y trouvaient. On demanda à l'empereur une loi contre les donatistes qui avaient refusé avec hauteur de comparaître devant les pères du concile.

' M. l'abbé Suchet travaille en ce moment au Martyrologe spécial des saints de l'Algérie.

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El 168, concile à Cartbage : les gouverneurs des provinces sont invités ;'i travailler à l'union dans toute l'Afrique : elle ne régnait encore que dans la ville de Cartilage.

En 407 , autre concile : l'assemblée règle de quelle manière les évoques pourront aller à la cour de l'empereur, et demande au prince cinq avocats pour poursuivre, en qualité de défenseurs, toutes les allaites de l'Eglise.

En -411 , eut lieu à Garthage la célèbre conférence e litre les catboliques et les douatistes ; les évoques Aurêle, saint Augustin, Alype , Vincent et Fortunat de Cyrille ou Constantine , s'y trouvaient.

En 418 , concile où se trouvent plus de deux cents évèques ; neuf articles de doctrine sont dressés par saint Augustin , l'âme de cette assemblée , contre les pélagiens : ces neuf articles sont venus jusqu'à nous.

En 449, concile de Cartbage : les députés de diverses provinces d'Afrique, au nombre de deux cent dix-sept évèques , s'y trouvent rassemblés ; saint Augustin et saint Alype en étaient membres : le symbole de Nicée y fut lu , et devint le sujet de plusieurs discussions.

En 426, concile tenu à l'occasion d'Appiarius, prêtre de Sicque, qui, étant retombé dans des crimes énormes . avait été privé de la communion de l'Eglise.

En 535, concile général, composé de deux cent dix-sept évèques; il fut convoqué à Cartbage par saint Réparât, dont le tombeau a été retrouvé dans toute son intégrité, à El-Essam. On y demandait à l'empereur la restitution des droits et des biens de l'Eglise d'Afrique, usurpés par les Vandales, ce qui fut accordé par une loi de la même année.

Un grand nombre de conciles eurent lieu à Cartbage , et furent présidés par saint Cyprien. Dans d'autres assemblées tenues dans la même ville, on s'étayait toujours des écrits de ce savant évèque. L'Église a toujours témoigué une grande vénération pour saint Cyprien : elle honore particulièrement sa mémoire

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