CHAPITRE V
Événements militaires des Français dans le Maroc. — Poudrière d'AJger. — Les impénétrables grottes du Dahra.
Avant de raconter les glorieux événements dont le Maroc a été le théâtre , je dois donner à me» jeunes lecteurs une courte description de ce pays , au nord-ouest de l'Afrique , le plus occidental des quatre Etats de la Barbarie» Ce dernier mot est formé de celui de Berber. L'empire de Maroc est traversé du sud à l'ouest par le grand Atlas , dont les sommets les plus élevés sont couverts de
neiges continuelles, et dont (es rameaux s'étendent vers le nord. Sa fertilité est remarquable dans tous les lieux arrosés, et sur lesquels le climat n'a pas une action trop forte , par exemple entre l'Atlas et la mer. On ne redoute dans ce pays que le vent chaud du désert, qui règne pendant trois semaines avant la saison pluvieuse. Les Marocains comme tous les autres Mahométans sont peu communicatifs et ue se voient que dans les lieux publics : leur maintien est grave et silencieux ; leur orgueil national leur fait mépriser les autres peuples, surtout les chrétiens, dont ils ne prononcent jamais le nom sans y joindre quelque injure. Dans les villes, la réeluaiêndefr femmeaast des plus rigides ; celles des Arabes errants et des Berbers sont assujetties aux travaux les plus Airs.
* Lorsque les Espagnols et les Portugais eurent délivré leur pays des Maures, ils portèrent la* guerre en Afrique ; ils y firent des conquêtes, mais ils ne furent jamais tranquilles dans leurs possessions. Don Sébastien, roi de Portugal, y périt avec toute son armée, en 1579, à la bataille d'Àlcazar. Les Espagnol ont conservé dans te royaume de
Maroc les places deCeijto, Pénm de Vêlez, Àlhucernas et Melilla.
En? 1845 une sédition a éclaté au Maroc ; plus de trente mille hommes ont perdu la vie dans une bataille.
Maroc r capitale du royaume , fut fondée en 1052 par Abuo-aWFiu , premier roi des Almoravkfes : elle fui. ffomptement bâtie et jouit long* temps delà plus grande prospérité. EHe doit sa décadence 1 et sa dépopulation aux nombreuse» rétdatioB*dmitell» fat le théâtre, à la peste de liCT&qnirajage&l'empire, lui enleva trois à quatre nâben d'habitante, et à elle-même toute sa po-« paltâe* ? sa rime fut enfin consommée par le carnage, qply fit Muley-Elyesid , lorsqu'il la prit d'assaut
C'est à ISame qu'où a trouvé la manière de fabriquer le maroquin». 0n donne ce nom au peaux de beuc au de chèvre, qui, après avoir été travaillée» et paaséa^en sumœh ou en galle, sont n»d» e«à couleur : on travaille de même la peau de mouton. En ffôSt, Gfanger, chirurgien de ta marine royale , fit connaître en France les» p»e-
mières notions sur la fabrication du maroquin dans le levant.
L'Afrique était appelée Lybie par les Grecs.
Elle est représentée sur les médailles par une femme coiffée avec la dépouille d'un serpent dont la trompe avance sur le front : on voit auprès d'elle , soit un scorpion ou un serpent , soit un lion ou un cheval , ou des montagnes. Son nom d'une étymologie incertaine, est romain d'origine [Africa). L'Afrique actuelle ne présente aucun peuple digne d'attention; les arts, les sciences et la civilisation même y sont presque étrangers. On n'y connaît ni grands événements, ni grands hommes ; bien plus, les Européens n'ont que dès notions incomplètes sur son vaste territoire. Les anciens connaissaient mieux que les modernes les partiesseptentrionalesdel'Afrique.L'Egypteavait été le berceau de leurs lumières ; Carthage avait rempli le monde de son nom, et les Romains, au temps de leur plus grand luxe, mettaient du prix à posséder des maisons de campagne , aux lieux mêmes que nous appelons aujourd'hui les côtes de Barbarie.
Quant à laTpartiejnférieure du continent , il est fort douteux que les anciens en aient eu connaissance , et c'est cette partie que les modernes ont explorée avec le plus de succès. L'Afrique, dans l'intérieur, est absolument inconnue ou trèsimparfaitement visitée. Ce que l'on sait de plus certain , c'est qu elle est entrecoupée de déserts immenses et qu'elle renferme les bêtes les plus féroces. Des voyages ont été entrepris , mais les explorateurs ont été presque tous victimes de leur dévouement. Le major Laing a péri à la sortie de Tombouctou ; Mongo-Park, quelle que soit la version qu'on adopte, s'est noyé dans le Viger , ou a été massacré par les ordres du sultan de Boussa ; Clapperton , traité comme espion , a rendu le dernier soupir après une longue agonie , entre les bras de Richard, son fidèle domestique ; M. Caillé, jeune Français, plus heureux , a rapporté des do- v cuments précieux , et plus récemment, M. Douville , bien qu'il n'ait lait que mettre en ordre des aventures qui ne lui sont pas personnelles , a jeté une grande lumière sur le sauvage Congo.
L'Afrique ne tient à l'Asie que par l'isthme de Suez. Elle renferme au nord-est l'Egypte, la
— *66 — Nubie et l'Abyseities au rosrd fe désert de Berça et la côte de Barbarie ; au nitien , vers l'ouest, la Guinée; au sud le Congo et b Cafrerie qui s'étendent jusqu'au cap de Bonne-Espérance.
Je ue saie si mes jeunes lecteurs approuveront ces digressions ; cependant je les ai crues nécessaires pour leur donner une faible idée de ce grand continent , 'qui ferme à lui seul le tiers de l'ancien monde ; de cet immense désert de Sahaxa qui s'étend à travers l'Afrique, à l'exception de la fertile vallée du Nil , montrant partout sa surface desséchée , que les voyageurs traversent .pendant plusieurs jours sans trouver une seule -goutte d'eau 9 sans voir ia moindre trace de végétation. Pour ne pas s'égarer au milieu de ces eoUims de sable , changeant presque lootinacUcroept 4e place „ il ne faut pas qu'ils ^perdent de vue la toute de leuwsguides. Les vents soni<iwrgésd u»e<pou&ftèw sablonneuse gui s'introduit dans ia bouche et dans les narines; ces tourbillons de sable 4Mt ^quelquefois .tellement furieux qu'on * longte^pt prétendu que des caravanes et même des -armées entières avaient été ensevelies rivantes dans le désert,; «lis il est mainteaMt eoitain -que fea
ossements nombreux que l'on j rencontre sost ceux des voyageurs qui ont succombe à la faim , à la soif , à la fatigue, et dont les corps ont été bientôt recouverts par les sables.
Je reviens à mon sujet.
La frontière du Maroc était depuis longtemps Je foyer des intrigues des nombreux ennemis de la France.
Àhd-el-Kader, ce héros fanatique des déserts, chassé de Mascara où il avait régné, s'était réfugié dans le Maroc. Là , son influence religieuse s'étendait non-seulement sur la population, mais encore sur le chef même <le l'empire ; le sultan de Maroc n'était plu s qu'un instrument entre les mains de l'émir, qui avait su lui inspirer des craintes sérieuses et fortifiées par un événement tout récent.
L'Espagne s'était vue forcée de demander une réparation pour le meurtre de l'un de ses consuls dans l'empire du Maroc, et la Suède et le Danemark ayant exprimé la volonté de s'affranchir du tribut qu'ils payaient à cet Etat iarbaresque , la manifestation de ces Etats chrétiens, appuyée par la médiation officieuse de l'Angleterre et de la
France, donnèrent une nouvelle impulsion au fanatisme des Musulmans.
Le souverain du Maroc, considéré jusqu'alors comme le chef et le représentant des vrais croyants, dans la crainte d'être supplanté par l'émir , se vit forcé de céder à son tour à cette réaction des passions religieuses , et se montra disposé à entreprendre la guerre sainte.
Danslemoisde mai 1844, une escarmouche eut lieu sur la frontière de la province d'Or an , entre les troupes françaises aux ordres du lieutenantgénéral Lamoricière et 1,500 cavaliers marocains réunis à 500 Arabes conduits par Abd-el- Kader.
L'issue de cette levée de boucliers si imprévue, fut pour les ennemis la perte de deux cents cavaliers sabrés ou prisonniers , la déroute la plus complète du reste de leurs troupes : de notre côté , on compta seulement vingt-cinq blessés.
C'est ainsi que la guerre fut engagée par le sultan du Maroc.
Dans sa conférence avec El -G en a oui, lieutenant de l'empereur Abd-er-Raman , le général Bedeau demandait, au nom de la France, qu'Abd-el-Kader
fut chassé du territoire du Maroc, ou forcé d'v vivre en simple particulier , en congédiant îes cavaliers et les. fantassins qu'il mène encore avec lui, etdese retirer dans la province du Maroc de Tauire côté de l'Atlas, dans la ville que lui désignerait l'empereur ; que les contingents des tribus fussent dissous et renvoyés chez eux; enfin que les forces régulières de l'empereur sur la frontière fussent employées à y rétablir la tranquillité et â en éloigner Abd-el-Kader. E!-Genaoui ne pouvant contester la justice et la modération de ces demandes, se rejeta sur la question des limites , prétendant reporter les troupes françaises sur la rive droite de la Tafna. Il lui fut répondu que c'était la première fois depuis la conquête d'Alger, qu'une semblable prétention était élevée de ïa part du Maroc , et que d'ailleuts cette question d r es frontières pouvait se traiter diplomatiquement à l'amiable , comme on avait fait avec ïa régence de Tunis.
Pendantces pourparlers, une grande fermentation régnait chezles Marocains, tes âgetffed'Abdel-Kader avaient répandu le brait qtré lè^TVançaîs exigeaient Ta cession <ïe tout te territoire Emitro-
phe, qu'ils demandaient la tête de Ternir , pour prix de laquelle ils offraient même à l'empereur , la charge d'un chameau de quadruples d'or. L'avarice bien connue d'Abd-er-Rhaman , et la férocité des mœurs musulmanes donnaient beaucoup d'apparence à cette invention monstrueuse.
La conférence durait depuis une demi-heure , lorsqu'on s'aperçut que les Marocains s'ébranlaient pour cerner les troupes françaises. El-Genaoui ne fut pas complice de la trahison , puisqu'il s'efforça de retenir son monde; mais la garde même de l'empereur évaluée au nombre de deux mille cinq cents cavaliers , et qui formait la principale force de ce rassemblement, se montra la j>lus ardente à violer le droit des gens, droit que xes barbares eux-mêmes connaissent fort bien. Peu s'en fallut que leur perfidie ne nous coûtât cher. La petite portion de nos troupes qui se trouvait sur le terrain de la conférence battait en retraite, débordée par un cercle de quatre cent cinquante cavaliers de la garde et des tribus, lorsque le maréchal Bugeaud accourut avec des renforts. A quelque distance, et sur le flanc droit du camp de Maghania , coule le ruisseau Oued-Mouilha ,
par le vallon duquel descendait sans être vue l'aile gauche de l'armée ennemie , qui devait couper la retraite dp camp k nos soldats surpris et enveloppés par une trahison aussi imprévue. Ce fut dans ce vallon que le maréchal Bûgeaud fit charger les Marocains , et ce fut là qu'ils perdirent le plus de monde. Ils furent pris en flagrant délit , comme Ton dit en termes de guerre d'un corps tournant ' qui se trouve lui-même attaqué et coupé dans sa marche furtive.
Le 23 juin , M. le prince de Join ville , commandant une division navale dans la Méditerranée , partit de Toulon pour se rendre à Oran , sur le vaisseau le Suffren à bord duquel flottait son pavillon. L'ensemble de cette division se composait des vaisseaux le Suffren , le Jemmapes et le Triton y de la frégate de soixante la Belle-Poule , delà frégate à vapeur VA&modée , de la corvette à vapeur le Pluton , et des bâtiments à vapeur le Phare et le Rubis. L'effectif des troupes s'élevait à un total de douze mille hommes.
Le prince de Joinville , qui avait mouillé dès le 23 juillet dans la rade de Tanger , fit descendre à terre deux officiers attachés à son état-major ,
MM. Touchard et Vermer qui ramenèrent à bord 11. DorédeNyon, contai-général ; M. Fleurât, interprète; M. Maubourin , élève-consnl , et M. Beiseifer , chancelier du consulat. On ne s'opposa pas à leur embarquement, parce qu'ils semblaient aller seulement rendre visite an prince français. Il s'agissait- ensuite de faire sortir de la ville les femmes , fes enfants des employés du consul , qui tous avaient leur famille à Tanger, à l'exception de M. Beischer. On prétexta un baptême, et les trois dames purent arriver à bord sans obstacle. Mais une émeute ayant tout à conp éclaté dans h vtHe , on menaça de mort nos nationaux , et le gouverneur s'opposa à leur départ.
tes consnfe des diverses nations justement in* «lignés d'une violence contraire A tons les traités , gr redirent auprès <fe kaïd, mais ils ne purent rien obtenir. Le prince msirnit delà fermentation qui régnait parmi la population maure contre les chré^ tien», repen tit à se retirer à Cadir, accordant an gouverneur m défai èe trois jeans. Il fbf convenu que M. Mwtirwtaw se nen*aif atmsitôt par mer a uprèt'da pacha de Lamche, dignitaire supérieur m ksSi de T»gei\ pour e» obtenir l'ordre de laisser
partir les Français. Cet ordre obtenu et*appocté très-rapidement par le consul de Naples, nos nationaux purent s'embarquer librement* L'iAftgru* avait été laissé à Tanger. pour protéger leur embarquement. Le prince expédia un autre bâtiment à vapeur vers les porte de l'Océan pour al~ 1er recueillir de même les consuls à Rabat , à Saffi» à Dar-Beida , à Mazagran et h Mogador. Le oo**~ sul général de Na pi es a Tanger a* ait pris sous «a garde l'hôtel du consulat de France.
Un corps de six nulle kabyles da iUf et 4e FHasbat était campé aux portes de Taoger po»r défendre la ville en cas d'attaque, JL» feafeitants les red o ut aient autan t qu' ua wftaai du dehors.
M. le prince de Joinville et M. de Ny-on a* mgardant point comme acceptables tes * évasives queSid-BouseJara JWaiUu nom de l'i pereur du Maroc , on attaqua les (Wttfieatteas de Tanger. Le vaisseau le Suffcenouurùle feu; tantes les hattews delà ville y répondirent par décharge générale à mitraille.; w#m\e fett.deri cadre française était si bien nourri et si jtfSta, {t'en peu de temps il £t taire celui des Mmm&*JJmtit
on rit presque tontes les batteries en raines , surtout celles du port et du fort de la Alcazaba.
Un troisième vaisseau français, jusque-là en réserve , avait été remorqué et disposé par un vapeur en bonne position pour rendre inutile la batterie dite du Renégat , dont le feu incommodait passablement par la proue les premiers bâtiments de la ligne. Ce vaisseau s'acquitta de sa mission avec une précision et un succès admirable.
Les escadres des autres nations restèrent simples spectatrices du combat dans la baie même. A la chute du jour , les bâtiments français mirent à la voile pour Cadix , afin de réparer les avaries souffertes dans le bombardement.
Depuis sa dernière opération, exécutée du 10 au 16 juillet, le maréchal Bugeaud , qui n'avait pas eu d'engagement avec les Marocains , s'était porté à deux journées de marche d'Ouschda , non pas sur la route de Fez , mais dans la direction de l'ouest , pour forcer le goum d'Ab-el-Kader à s'éloigner de nos limites , et tâcher d'y ramener les tribus algériennes qu'il menait avec lui.
Mais l'intensité des chaleurs et la rareté de l'eau forcèrent le maréchal à revenir au camp de Lalla-
Maghama. Cette position, convenablement retranchée , fut munie de constructions provisoires qui en faisaient* une place de dépôt , devenue le point d'appui et d'approvisionnement de toutes les troupes campées sur la frontière du Maroc, an nombre de sept mille hommes d'infanterie et mille quatre cents de cavalerie.
Le maréchal se porta en vue du camp marocain, tant pour mieux le reconnaître que pour hâter l'effet des négociations entamées. Mais les forces ennemies ne cessant de s'accroître , personne ne douta plus que la guerre sainte ne fût officielle* ment préchée dans toutes les provinces. En effet , à la date du 9 août , les pourparlers avec le camp marocain n'ayant produit aucun résultat , les conférences furent rompues, et le maréchal, voulant prévenir la réunion de toutes les forces ennemies» fit avancer les siennes. Le 1 4 , il rencontra l'armée marocaine à deux lieues en avant de son camp. Cette dernière prit l'offensive avec vingt-quatre mille chevaux , au moment où nos têtes de colonnes passaient l'Isly , et nos troupes furent entourées de toutes parts. Jamais le courage des Français ne se manifesta d'une manière plus écla-
tante. Malgré l'immense supéribrité numérique de l'ennemi , la victoire la plus complète vint augmenter notre gloire nationale.
Nous a von» pris successivement tous les camps qui couvraient un espace de plus d'une lieue.
Onze pièces de canon, seize drapeaux, deux mille tentes, dont celle du fils de l'empereur, son parasol, signe du commandement, tout son bagage personnel, une grande quantitéde munitions deguerre et un butin immense sont restés en notre pouvoir. Les Marocains ont dû regarder comme un événement incroyable, qu'une poignée de chrétiens, presque sans ca vaJerie , ait pu les disperser et s'emparer de leur camp.
. A peine la nouvelle de la bataille d 'Isty volant de clocher en clocher , était-elle parvenue au gouvernement français, qu'une dépèche télégraphique lui apportait l'avis d'une seconde victoire remportée par La flotte. Le i&aoàt, Mogadoriutattaquée par les forces navales sous iesordresdu prince de J*tn*ville ; après avoir écrasé la *ïHe et «es batteries , nos troupes prirent possession de l'Ile et du port. Qu'on ne croie pas que le traité conclu B^ec te Maroc et les avantages remportai par les troupes
française* sur les tribus jusqu'ici itostile*, tissent dorénavant l'Algérie des a$faqpfl»d'jUiA~ el-Kadec Il a juré de sojitenir,Ia4pieri?e iantqu'i pourra «Douter un cheval* Il a foi en.Dwi ,,il espèo* ai la proieatioaiu pojèète,, et il<ue doutées d* triomphe de la cause qu'il j*tiga*dp couuueMCwe et dont il est devenu le Jhéios.
La miae tocs la loi prononcée conta» r<éiaîr, «& nom de l'empereur du Maroc , û'a dujwjiué qî son autorité , ni le prestige de sa putsanoe.-Seal contre ses ennemis, Abd-el-Kader ne peut aiyourd'htit espérer de les vaincre , mais il connaît le secret de les harceler eu attendant des jours meilleurs.
Quandla Fiance voudra mettre un terme à eçtle gUerre sanglante, il faudra qu'elle avise à d'autre* moyens pour déjouer la tactique que l'émir a suivie jusqu'à ce jour avec tant de persévérance et de succès.
Il y a entre les chrétiens et les musulmans une barrière morale infranchissable ; ceux-ci peuvent être vaincus, mais de longtemps ils ne seront conquis.
Si Abd-el-Kader estime les Français , en revanche il a peu de sympathie pour les Anglais* Cependant c'est à eux qu'il achète aes iBUuitioos.
Ainsi, lorsque pressé par les tribus placées sous sa domination qui lui reprochaient d'avoir accordé la paix aux chrétiens , il déchira le traité de la Tafpa et recommença la guerre sainte , il venait de recevoir par le Maroc des armes achetées pour son compte à Gibraltar.
Au milieu de la lutte acharnée qui se prolonge dans l'Algérie , le 8 mars 1845 , à dix heures uo quart du soir , une forte explosion frappa d'épouvante les habitants d'Alger ; elle venait du côté de la marine. Une seconde explosion lui succéda, puis on entendit d'autres détonations semblables à celles de plusieurs vaisseaux qui lâchent leurs bordées. L'alarme devint plus grande ; de tous côtés on accourut sur la place. Le phare était éteint ; chacun criit que la tour qui le supporte avait sauté ; cette conjecture malheureusement n'était pas éloignée delà vérité. Les premiers qui arrivèrent à la marine eurent , en dépassant le bâtiment de l'amirauté, un spectacle de ruine et de dé* solation difficile à décrire. Une partie du rempart casemate entre la vieille tour espagnole , connue sous le nom de Penon , et le port , les maisons adossées à ce rempart , n'étaient plus qu'un mon*
cem de décombres d'où s'échappaient des malheureux plus on moins mutilés , couverts de sang et de poussière. Le pavillon habité par le commandant Palar, sous-directeur de l'artillerie, avait été emporté, ainsi que des logements habités par des compagnies d'ouvriers artilleurs et de pontonniers. Lelogement du commissaire delà marine était abattu , et il n'en restait plus qu'un pan de mur ; la maison du directeur du port avait eu le même sort , à l'exception d'une pièce restée à peu près intacte. Les explosions, causes de ces désastres, avaient eu Heu dans deux magasins séparés l'un de l'autre par le fossé qui règne au pied de la vieille tour espagnole, sur laquelle se trouve le phare. Le feu , allumé dans l'un , par une cause restée inconnue, se sera communiqué à l'autre. Cet affreux événement qui a fait tant de victimes , est d'autant plus inexplicable que depuis quatorze jours on n'était pas entré dans les magasins qui ont sauté , et qu'ils avaient de doubles portes. Ils contenaient de la poudre en petite quantité, des grenades fabriquées du temps des Turcs, des bottes à balles, des biscayens et des obus , projectiles qui appartenaient en grande partie à la marine. Le peu de
«wtière eipkwwve mtewe dam <œ* inftgMHo»** ffisd pw^mnpte dettatribto «letoit r$x p i o aè p , iiîéflœ en ftiftMit te part de la r&fcte»& portés par Y&Attom solidité dw faOtwionte; ami <<at*H présoroable que g j j tg hp ie déjrôt de pewlre, Artér rieur .à Aa œ«f néte , attesté ignoré jtj^u'jei „ <•* y* donner pla$4'ÎBtaii<té&£&» épw^witeW^ ^toeût jw l'être davantage, j>w*|u$4e parc d*rhU*ée renfermait «br* six fM-etenges chargée* ,4e .traol* barite et de «nouante laiftg&de cartouche ipl'on était sur le poiat débarquer pour*n deipwte fte l'Est , et <fue ces iBu&itwws, placée fort pflM.& l'explosion , n'antis^peadwat pas été enfiaftwée*. Dans las logements Jiafeité&par fô$ trdi&compagnies dont j 'ai pnrié. plus haut 9 quafiante^Upis m* vriers d'artillerie aout morts ainsi que tamisa» pontonniers, dix artilleur*» et àem m*fim «tetfo 2 e compa 1 gnie. On compte, aamitae,, JœwtèM**' ses ; le sergenWiuajprarinurier Itenot # sa fe*pi»G f* mi ejafant oi>t,péri. Le witf?ôl&urdWme$,£if$B* a également suoçjonihé, après avoir mhi l'aipputer tion delajarohfc. Cinq autres sou^offictfcs^** inor,ts écjaeés^jus les ruines ; wn seul qui avait^fi
!• fiétt&afedtafrit, aussitôt que la première **jfila»iaii*e# «tendre, de se i&B§perdaos une +mkt9wm, été préservé. PacraHes cadavres re~ *muvés , w en* ««marqué im dont la peau était
#^aot(|uete§oldatsalors>e*ttd*&dans leurs &gBjp0al* f auceerobaient presque tans à ce cruel jiésa&tra , 4m * cèaes neo moins affreuses se pas*jwkttt^tt* «environs* Le -commandant d'artillerie, Paiar ,.&ait écrasé «an* 'las débris de sa maison , qui fut entièrement rasée par la violence dç Pexplo^iûMu A l6ié du papillon habité par cet ofBéier, attgrettftblesaa* tout les rapport», se trouvait la maison de M. Segretier, directeur du port : il avait alors uae vingtaine de personnes dans son safon. Madame Segretier, ayant entendu son fils pleurer, quitta un iastart sas hôtes pour passer dans la pièce oè était cal enfant : comme elle se rendait de la dans la aattaà manger, afin de faire servir le tbé, l'eiplosion «ut lien, et eette malheureuse d#u*e fat «naetalie sous les ruines de sa maison f dont une seule pièce a été épargnée , celle qu'elle venait 4e quitter , celle où était réunie toute la compagnie. Madame Sylvestre , femme du secré~
taire de M. l'amiral, fut la seule personne blessée, et encore légèrement. Lorsque les spectateurs de cette horrible scène revinrent à eux , ik entendirent les cris étouffés de madame Segretier ; les dernières paroles de cette malheureuse mère furent : Sauvez mon enfant ! A côté d'elle gisaient enterrées sous les décombres sa domestique et une autre femme de service , qui toutes deux ont été retirées vivantes. Quant à madame Segretier, elle avait cessé de vivre lorsqu'il fut possible d'arriver jusqu'à elle.
Il y eut encore beaucoup d'autres victimes ; les actes de dévouement ne manquèrent pas non plus.
Jamais spectacle ne fut plus étonnant que celui présenté par les mines : on voyait des voûtes de quatre mètres d'épaisseur entièrement écroulées, tandis que de petits murs étaient restés debout, et que de frêles et longues cheminées dominaient, intactes, cet amas de pierres de taille. La tour du phare avait eu son escalier enlevé et sa porte sculptée rasée , mais l'écusson qui la dominait n'avait reçu aucune atteinte. La batterie ronde au milieu de laquelle la tour s'élève n'avait pas souffert, et
cependant la chambre d'artifice la touchait ; les énormes voûtes qui ont été détruites , étaient sur les cAtéfc; enfin le fanal s'éteignit , sans que les vitres qui l'entourent, fussent brisées. La chambre où l'explosion a eu lieu ne contenait que deux barils de 50 kil. de poudre de mine et quelques obus. On croit généralement que sous ces voûtes il existait des silos remplis de poudre amassée par les Turcs. Le total des victimes s'est élevé à cent vingt personnes environ.
Après cette horrible catastrophe, je dois mettre sous les yeux de mes jeunes lecteurs un drame funèbre, l'épisode du Dahra. Cette scène d'horreur ayant été diversement racontée , j'emprunte deux relations : la première est d'un officier espagnol , la seconde , d'un officier français ; c'est le moyen de juger pièces en main.