PREMIER RÉCIT
« Le 17 juin , sur la rive gauche de l'un des ruisseaux qui vont se jeter dans la mer, nommé d'abord Roudjérah f et plus loin , Bel-Àmria , quelques Kabyles s'avancèrent en tirailleurs, et ne
cessèreot jw leur feu, même lowp'wd* m* bataillons se dirigea de ce cèté pour icqper lw figuiers et autras arbres fruitière , rôjraiir Jtrifcr quelque maisons. Je patte w&.( & J& mttm **t m'avançai avftc plusieurs oifidyarç, ^yauwe £*H§~ lien dugoum et autiajit4e,lwtaÂ^ f pooriwgf^ naître des grottes où l'on savait çuîiw* grande portion de la tribu des ftulah-Rhia & quelque chefs de la conspiration avaient J'iatentioitdeVe»fermer et de se défendre. Arrivés h .un quart de lieue de <ces grottes , noua vîmes ong u art te à soixante Kabyles jui se mirent à £aurir () âaas doute pour se cacher dans l'intérieur M ces cavernes. Quelques-uns d'entre ew sedétacbèreoi vers nous, et firent feu d'une distance énorme; ce qui fut cause néanmoins que les cavaliers du goum nous abandonnèrent peu à peu. An moyeu de nos guides , on fit appeler l'un des Kabyles , et on lui dit que s'ils ne 3e soumettaient pas , ils seraient brûlés par les Français, qui avaieut cinquante-six mules chargées de matière* combustibles. L'Arabe répondit, sans se troubler, ^'jjs étaient résolus à se défendre.
» Le 18, nous partîmes de bonne heure avec
deux bataillons et demi , une pièce d'artillerie de montagne , la cavalerie et le corps du goum, pour assiéger la fameuse grotte ou caverne que nous avions reconnue h veille, située sur les bords du ruisseau Precbih , et nommée Ghar-el-Frechifc (grotte du Frecheh. ) Après avoir postédes chasseurs devant les ouvertures placées du côté le plus accessible du Kantao , les troupes commencèrent à couper du bois et à ramasser de la paille pour «Humer te feu à l'entrée de la grotte du côté de l'ouest, et obliger ainsi les Arabes à se rendre , attendu ^ue tout autre genre d'attaque eèt été irès-*anglant et presque impossible. A dut heures du matin on commença à jeter des fagots du haut de oootre-fort El -Kantara ; mais le feu ne se déclara -qu'à midi , à cause de l'obstacle qu'opposait k la flemme , à ce que l'on croyait , un gra*d ara» d'eau que l'on supposait exister à l'entrée ; mais bien plus vraisemblablement à «cause 4a la mawatae directien que l'on avait donnée <aiu mntiàte* combustibles.
» ftwbnt la soirée , les tirailleurs s'approche- «eut davantage, etsenèrentde près les ouvertures -de la grotte; néaniUDif»* , un des Arabes parvint
à se sauver du côté de l'est , et sept autres gagnèrent les bords du ruisseau , où ils firent provision d'eau dans des outres. Vers une heure , on commença à jeter, à l'ouverture de l'orient, des fagots qui, cette fois, prirent feu devant les deux ouvertures de l'autre côté , et , par une circonstance singulière , le vent poussait aussi les flammes et la fumée dans l'intérieur , sans qu'il en partit presque rien au-dehors, de sorte que les soldats pouvaient pousser les fagots dans les ouvertures de la caverne, comme dans un four.
» On ne saurait décrire la violence du feu. La flamme s'élevait au haut du Kantara, et d'épaisses colonnes de fumée tourbillonnaient devant l'entrée de la caverne. On attisa le feu jusqu'au point du jour. On n'entendait plus aucun bruit; à minuit seulement , quelques détonations avaient retenti dans l'intérieur de la grotte , ce qui avait fait penser qu'on s'y battait.
» À quatre heures et demie, je m'acheminai vers la grotte , avec deux officiers du génie, un officier d'artillerie et un détachement de cinquante à soixante hommes de ces deux corps. A l'entrée se trouvaient des animaux morts, déjàeaputré-
faction, et enveloppés de couvertures de laine qui brûlaient encore. On arrivait à la porte par une tratnée de cendre et de poussière d'un pied de haut, et de là nous pénétrâmes dans une grande cavité de trente pas environ . Rien ne pourrait donner une idée de l'horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus , dans des positions qui indiquaient les convulsions qu'ils avaient dû éprouver avant d'expirer , et le sang leur sortait par la bouche ; mais ce qui causait le plus d'horreur , c'était de voir des enfants à la mamelle gisant au milieu de débris de moutons , de sacs de fèves , etc. On voyait aussi des vases de terre qui avaient contenu de l'eau ; des caisses, des papiers, et un grand nombre d'effets. Malgré tous les efforts des officiers , on ne put empêcher tes soldats de s'emparer de tous ces objets , de chercher les bijoux, et d'emporter les burnous tout sanglants. J'ai acheté un collier pris sur un des cadavres , et je le garderai , ainsi que les deux yatagans que le colonel nous a envoyés comme un souvenir de ces effroyables et lugubres scènes.
» Personne n'a pu savoir ce qui s'est passé dans la grotte, et si les Arabes , étouffés par la fumée,
se sont résignés à la mort avec ce stoïcisme dont ils se font gloire , ou bien ei ce sont leurs cbefr et leurs fanatiques marabouts qui se sont opposés à leur sortie. Quoiqu'il en 6oit , ce drame est affreux, et jamais à Sagonte ou à Numaoce plus 4r courage barbare ne fut déployé.
d Le nombre des cadavres s'élevait de huit cent* à. mille, lie colonel ne voulut pas croire à nette rapport, et il envoya d'autres soldats pour compter les morts. On en sortit de la gratte si* conte environ , sans compter tous ceux qui étaient entassés les uns sur les autres , et les enfants à ,1a mamelle , presque tous cachés dans tes vêtements de leurs mères, he colonel témoignait toute L'iroreur qu'il éprouvait d'un si terrible jésuite t ; jldé~ plorait les cruelles nécessités d'uAe f gpoiTe qui ne peut être comparée à aucune autoç.
j> Le prestige superstitieux qui s'attachait au* grottes est détruit pour toujours. Las Tu*es oV voient jamais osé les aborder ; d'anciennes prophéties proclamaient .ces cavernes impénétrables. Il n'y a eu d 'autres prisonniers que ta femme^tle fils d'un Jkalifat # et quelques. Arabes, dont l'état exigeait des soin*.
» Eefi3 atr dbir, nous avons porte notre camp 2 une demi-fietie plus loin , chassés par l'infection, «t irons avons abandonné la place aux corbeaux et aux vautours , qui volaient depuis plusieurs jours autour de là grotte , et que de notre nouveau campement nous voyions emporter des <fêbrïs humains. »
second nÉcir.
<r Deux heures après notre départ du camp , bous arrivâmes devant cette grotte ; on fit descendre une compagnie <fe grenadiers par le chemin creux qui y conduit ; mais à peine eurent-ife fait quelques pas, qu'une décharge les obligea dé rétrograder. La position était inabordable ; on ne pouvait entrer qu'homme à homme, et notre ctfrps aurait été entièrement détruit si Fon eût fait cette tentative. Fiers de leurs retranchements devant lesquels lès Turcs ont toujours échoué, n'ayant jamais été soumis âf fa domination française, les Arabes refusèrent de se rendre. Alors îe colonel donna Fordre de couper du bois, dfe foire des fagots, qu'avec beaucoup d« peine on
parvint à faire descendre vis-à-vis de l'entrée des trois 'grottes. Ces fagots mêlés de paille, étaient retirés par les Arabes , malgré l'embuscade et les coups de fusil tirés par les hommes embusqués. Enfin , plusieurs ayant été tués , et l'entrée étant encombrée , ils durent renoncer à cette opération. On fit tomber des gerbes de feu , on alluma l'immense amas de bois. La journée du 18 fut employée à alimenter cette fournaise.
» Alors, on entendit dans l'intérieur un tumulte effroyable formé de cris, de gémissements et de coups de fusil. On sut plus tard qu'on délibérait sur le parti à prendre, et que les uns demandaient à se soumettre , tandis que les autres refusaient. On ignorait encore que les plus violents l'avaient emporté ; on suspendit le feu des fascines et l'on recommença les pourparlers. ,
» Le 1 9, à 9 heures du matin, un Arabe sortit à travers les flammes ; il venait offrir sa soumission. On Tenvoya prévenir ses malheureux compatriotes qu'ils devaient suivre le même exemple.
» Les Arabes offraient de payer soixante-quinze mille francs , mais à condition que l'armée se retirerait, que nous ne pénétrerions pas dans Tinté-
rieur des trois grottes, et qu'ils conserveraient leurs armes. Les conditions ayant été refusées , ils rentrèrent dans les grottes ; leur fusillade recommença sur nous et sur ceux qui tentaient de s'échapper, et de notre côté Tordre fut donné de continuer les corvées de bois : trois heures furent laissées aux reclus pour réfléchir encore.
» Enfin Je 19, après midi, le feu se ralluma et fut alimenté toute la nuit. Quelle plume saurait rendre ce tableau ! Voir, au milieu de la nuit , à la faveur de la lune , un corps de troupes occupé à entretenir un feu infernal ; entendre les sourds gémissements des hommes, des enfants et des animaux , le craquement des rochers calcinés s'écroulant, et les continuelles détonations des armes ! Dans cette nuit , il y eut une terrible lutte d'hommes et d'animaux !
» Le matin , quand on chercha à dégager l'entrée des cavernes , un horrible spectacle frappa les yeux des assaillants.
» J'ai visité les trois grottes; voici ce que j'ai vu :
» À l'entrée , gisaient des bœufs, des ânes, des moutons ; leur instinct les avait conduits à l'ou-
verture des grottes pour respirer Pair qui manquait à l'intérieur. Parmi ces animaux, et entassés sous eux , se trouvaient des femmes et des enfants. J'ai vu un homme mort , le genou en terre , la main sur la corne d'un bœuf. Devant lui était une femme tenant un enfant dans ses bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l'enfant et te bœuf, au moment où l'Arabe cherchait à préserver sa famille de fa fureur de cet animal.
» Les grottes sont immenses ; on a compté hier sept cent soixante cadavres ; une soixantaine d'individus seulement sont sortis aux trois quarts morts ; quarante n'o'nt pu survivre , dix sont I l'ambulance dangereusement malades ; les dix autres ont été renvoyés dans leurs tribus; iïs n'ont plus qu'à pleurer sur des ruines. »
La guerre est k ta veîtte de disparaître de VAV» gérie, dont la conquête ne peut plus nous être disputée. II n'y a plus aujourd'hui à redouter de sérieuses attaques , et nous touchons à l'époque heureuse, où il n'y a qu'è songer aux moyens de tirer le meilleur parti de la plus importante de nos
possessions. Déjà plusieurs plans d'organisation ont été présentés. II ne reste qu'à choisir, pour que la réalisation s'opère largement et le plus promptement possible.