‹ L'Algérie contemporaine illustréeChapitre 17 sur 45 · MILIANAH, TENIET-EL-H AD ET BLIDAH · texte numérisé non relu

MILIANAH, TENIET-EL-H AD ET BLIDAH

ceux de Cintra, de Menton, du môle de Gaëte et de la Sicile; j’avoue qu’ils ne sauraient un instant soutenir la comparaison avec ceux de Blidah. On y trouve des millions d’oranges et de citrons, de grosseurs et de saveurs variées. Nous entrâmes chez le propriétaire d’un de ces jardins, afin de nous régaler d'oranges. Ce brave homme nous apprit que son bosquet n’était planté que depuis dix ou douze ans, et qu’il suffisait de mettre un rejeton dans le sol pour qu’il poussât. Les oranges non assorties valaient quinze francs le mille, et celles du premier choix, vingtcinq francs le mille. Il nous donna une énorme provision de mandarines pour notre voyage, sans vouloir accepter d’autre rétribution que nos remerciements. La récolte avait été si abondante, que les fruits se gâtaient sous les arbres, faute d’être ramassés.

Les allées étaient bordées d’énormes violettes de Parme, dont nous fîmes des bouquets gigantesques, qui embaumaient l’air environnant.

Combien j’aurais souhaité pouvoir transporter dans ce lieu enchanteur les enfants de quelqu’une de nos écoles de Londres, et jouir du plaisir de les voir s’ébattre à l’ombre de ces bosquets et se régaler de leurs fruits parfumés !

Nous nous rendîmes ensuite au haras arabe, qui appartient au gouvernement français. J’y remarquai deux ou trois étalons arabes pur sang et d’assez jolies juments, bien qu’elles eussent le défaut ordinaire d’avoir le paturon trop long. J’appris aussi que les chevaux avaient presque tous été sacrifiés aux besoins delà guerre. On nous montra

dans les enclos de jolies gazelles qui paissaient : elles avaient été prises par des officiers dans l’intérieur du pays.

Dans le cours de la soirée, j’allai rendre visite aux sœurs de la Doctrine chrétienne. Jusqu’ici le gouvernement révolutionnaire ne les avait point molestées. Elles sont aimées de tout le monde, et dirigent un pensionnat de demoiselles ainsi que les écoles communales, où l’on compte plus de cinq cents enfants pauvres. Ces religieuses sont au nombre de dix-neuf. La mère Saint-Paul, leur supérieure, a une de ces bonnes physionomies intelligentes que l’on a du plaisir à contempler.

Nous partîmes pour Alger le lendemain matin.

Blidah est bien certainement la plus délicieuse petite ville qu’on puisse imaginer: située au pied de l’Atlas, elle offre tous les agréments d'un beau pays de montagnes et de charmantes excursions, qu’on peut faire soit à pied, soit à cheval; ses abords sont revêtus d’une végétation luxuriante, qu’entretiennent des ruisseaux limpides ; le climat est tout ce qu’on peut désirer; les loyers y sont pour rien, ainsi que la nourriture; toutefois il y a un revers à la médaille : les tremblements de terre y sont très fréquents; l’un d’eux détruisit, il y a quelques années, tous les principaux édi lices de la grande place. Malgré cela, les habitants construisent toujours des maisons à plusieurs étages, avec la même insouciance que ceux de Torre del Greco, qui persistent à vivre à la base du mont Vésuve dont les ruisseaux de lave ont si souvent englouti leurs demeures.

Le tunnel de l'Atlas. — Environs de Blidah.

Il était huit heures du soir lorsque le nouveau chemin de fer nous déposa à Alger, où nous avions retenu un bel appartement à Y hôtel iV Orient. J’ai rarement vu quelque chose d’aussi magnifique que l’aspect produit par cette ville la nuit. A partir de la Maison-Carrée, c’est-à-dire pendant environ deux lieues, la voie ferrée longe la côte ; et quand, par un clair de lune superbe, on aperçoit Alger avec ses innombrables maisons blanches rangées en amphithéâtre et ses réverbères étagés sur la colline, qui se réfléchissent dans la mer comme autant d’étoiles sur un ciel sombre, on a devant les yeux un spectacle vraiment féerique.

Province d'Oran

Monument de Géry ville.

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