CHAPITRE HUITIÈME
DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS EN ALGÉRIE
. — Aliu de gouverner les races indigènes, le gou-
encore
vernement français jugea utile de suivre le système politique inauguré par Alxl-el-Kader. L’émir avait ré parti le pouvoir entre les khalifas , les aghas et les caïds, qui, en temps de guerre, faisaient l’office de généraux, et, en temps de paix, remplissaient toutes les fonctions politiques et législatives; ils étaient également investis du droit de lever les impôts et d’administrer les finances. Un fonctionnaire nommé l’oukil-el-soltan était surintendant des domaines de la couronne et des fermiers qui les cultivaient. Le cadi, choisi parmi les thalebs (sages ou anciens), était chargé de présider aux actes et de tenir les registres de l’état civil, tels que : mariages, divorces, tutelles, successions, ventes, etc., de sorte qu’en cas de dispute ou de litige c’était à lui de prononcer la sentence, de fixer les amendes, dommagesintérêts, et le reste.
Cette forme primitive de gouvernement reposait sur trois grands principes : la religion, la crainte et l’intérêt ; ses avantages consistaient dans sa simplicité et dans sa force, et surtout dans la promptitude avec laquelle elle fonctionnait. Dans l’administration de la justice, les magistrats s’inspiraient des lois très minutieuses renfermées dans le Coran, ainsi que des règles et coutumes ayant force de loi (dans certains cas), de même que chez nous, dans quelques occasions, les juges rendent leurs sentences en s’autorisant de certains précédents.
Mais le gouvernement de l’émir était surtout despotique : son immense prestige et les nécessités de la guerre
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lui avaient permis de réduire les Arabes à une obéissance aveugle. Outre les impôts sanctionnés par le Coran, il exigeait continuellement de ses sujels des contributions supplémentaires, appelées « el maouna », ce qui signifie : secours extraordinaires ». Lorsqu’il s’agit de diviser les
Grande Mosquée à Alger (cour des Ablutions).
tribus en khalifas ou provinces, Abd-el-Kader se montra aussi trop indifférent aux sympathies des populations et à leur attachement à leurs frontières naturelles : c’est ainsi qu’il arracha violemment de leur sol natal les Medjehers et les Bordjias, pour les disperser dans d’autres régions, où l’émir pensait qn’ils seraient moins exposés à se laisser séduire par les promesses de l’ennemi. Ces mesures arbi-
son
traires et l’augmentation des impôts le rendirent à la fin très impopulaire, et contribuèrent puissamment au triomphe définitif des armes françaises.
Trophée d’armes.
Cet état de choses dura jusqu’à la chute d’Abd-el-Kader, en 1847. La soumission du Sahel et du Tell suivit de près; mais ce ne fut qu’en 1857 que la Kabylie et une partie du Sahara furent conquises par les Français. Les noms de Cavaignac, Changarnier, Canrobert, Pélissier, Yussuf et celui de l’illustre Mac-Mahon sont assez connus de ceux qui ont suivi l'histoire de cette lutte acharnée, pour qu’il soit nécessaire d’en parler ici. L’Algérie une fois subjuguée, il fallut songer à la réorganiser. Les Français la partagèrent en trois provinces, sous un gouverneur général; et chaque province fut divisée en départements civils et militaires, qui furent subdivisés à leur tour en un certain nombre de cercles, d’après leur étendue et leur importance; on plaça ces cercles sous le commandement d’officiers d’état-major,
r [D Ü [GOUVERNEMENT [FRANÇAIS EN ALGERIE.
qui devaient correspondre sans intermédiaire avec le ministre de la guerre et le gouverneur général. Jusqu’ici c’était chose facile; mais la grande difficulté, c'était de bien grouper les tribus. L’Arabe ne comprend la vie patriarcale qu’au sein de sa tribu, qui n’est autre chose que le développement naturel de la famille. Le nombre de per-
Souinission des derniers chefs arabes.
sonnes dont la tribu se compose varie considérablement, selon le caractère du chef, le degré de considération dont il jouit, le nombre des membres de sa famille, la quantité de tentes qui se sont mises sous sa protection et lui ont promis obéissance. La tente du chef (bit) est toujours le siège de l’autorité, tandis qu’un cercle de tentes (doura) est confié à un sclieik, espèce de maire. La tribu entière est gouvernée par un caïd ; plusieurs tribus réunies forment un aghalik, et plusieurs aghaliks, un khalifa.
Le gouvernement français résolut de respecter l’ordre de choses qui existait alors, et se réserva seulement une voix dans l’élection des caïds, qu’ils rendirent dès lors responsables de la soumission de leurs tribus respectives. Le jour de leur investiture, ils reçoivent des Français chacun un burnous, ainsi que le sceau officiel ; en échange, ils sont tenus d’offrir un cheval pour la cavalerie, en gage de vasselage, au lieu de la somme d’argent autrefois exigée par l’émir. À côté du caïd, il y a d’autres fonctionnaires assez importants : le khalifa, chef indigène, soldé par la France; l’agha, qui exerce des fonctionsmilitaires, sous les ordres immédiats de l’officier d’état-major qui gouverne le cercle, et le cadi (juge), choisi parmi les thalebs (sages), qui remplit l’office de tuteur ecclésiastique des orphelins et des mineurs de chaque tribu. Tous ces fonctionnaires sont placés sous la surveillance des bureaux arabes, qui sont établis sur tous les points du pays ayant quelque importance stratégique. Le chef du bureau arabe est le seul intermédiaire entreles indigènes et le gouvernement français: il doit non seulement posséder parfaitement les dialectes arabe et kabyle du district où il est placé; il faut encore qu’il ait une connaissance approfondie des mœurs, des coutumes, des usages religieux, en un mot, des traits caractéristiques de chaque tribu. Son office, qui est d’une haute importance, consiste à surveiller les caïds et autres fonctionnaires arabes, à gagner leur confiance, si c’est possible; sinon, il doit avertir sur-le-champ le gouvernement français des intentions hostiles ou des complots dont il pourraitavoir connaissance. C’est lui qui sert d’arbitre et décide dans toutes les querelles qui surviennent
I)U GOUVERNEMENT FRANÇAIS EN ALGÉRIE
entre les indigènes et les Français. Il doit aussi se faire
Un caïd moulant une rue à Alger.
une loi de parcourir continuellement le pays, se constituer le protecteur des opprimés, le redresseur des torts
et des injustices. C’est encore lui qui est chargé de la répartition des impôts, il doit aussi tenir dans ses bureaux un registre exact de tous les propriétaires ou fermiers établis dans la contrée, indiquer le produit de chaque terre, si on y élève du bétail, si on y récolte des céréales ou autres denrées, et cela de telle sorte qu’on puisse, en consultant ces registres, obtenirdes statistiques très précises. utre ces emplois responsables, le chef de bureau est encore chargé de solder les spahis, makhzen, askars et autres troupes irrégulières de cavalerie, dont il peut toujours disposer pour le service actif, lorsque l’occasion l’exige. Tous les petits bureaux arabes sont centralisés dans les chefs-lieux des provinces, c’est-à-dire à Constanti ne, Oran et Alger, et ils sont tous obligés d’envoyer leurs rapports au grand bureau central, attaché à l’étatmajor du gouverneur général de l’Algérie.
Hien ne parait plus beau et plus parfait en théorie que ce système, au moyen duquel les tribus sont l’objet d’une surveillance rigoureuse, tandis que leurs besoins et leurs désirs particuliers sont transmis avec la plus grande exactitude à ceux qui les gouvernent. Malheureusement, les employés ne se montrent pas toujours dignes des fonctions
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délicates qu’ils exercent et de la confiance qu’on a en leur honorabilité. Dans maintes circonstances, ces personnes investies de pouvoirs sans limite se sont rendues coupables d’injustices criantes et de fraudes considérables. Aussi, pendant mon séjour en Algérie, les indigènes sentaient-ils vivement les inconvénients de ce système, et ne se faisaient-ils pas faute d’exprimer hautement leur mécontentement, et cela à un tel point que les hommes placés à la tête des affaires en vinrent à discuter sérieusement si on ne ferait pas acte de bonne politique en l’abandonnant tout à fait. Mais ils se trouvaient en présence de ce problème difficile : par quoi faudrait-il alors remplacer l’organisation actuelle? 11 est absolument indispensable qu’il y ait des intermédiaires entre les deux races : or ni les préfets, chargés de l’administration civile; ni les généraux, occupés du soin de l’armée, ne pouraient remplir des fonctions aussi délicates et aussi ardues, sans l’aide de collaborateurs.
Vautour dépeçant un chameau.
Quant aux finances du pays, c’est encore une question épineuse, que l’on ne pourra résoudre d’une manière satisfaisante que le jour où l’on trouvera des capitalistes qui voudront bien apporter leurs fonds dans la colonie, pour développer ses immenses ressources.
l’algérie contemporaine. 20
Î/ALGÉIUE C0NTE1I 1*0 H A L\E.
Les impôts arabes consistent principalement en ce qu’on appelle « aachouar », ou dîmes des récoltes (évaluées soit par la quantité semée, soit par l’apparence du grain sur pied) ; il y a aussi le « zikkat », espèce d’impôt foncier qui pèse également sur le bétail, au taux de 5 pour 100. Comme il était impossible de percevoir ces contributions dans les districts montagneux ou sur la frontière, le gouvernement français fit un compromis en établissant un tribut appelé « liezma ». La responsabilité de chaque tribu est parfaitement reconnue en matière d’impôt: ainsi, lorsqu’un délit flagrant a été commis, l’incendie d’un bois ou d’une ferme, par exemple (c’est presque toujours de cette façon que les Arabes manifestent leur hostilité), tous les camps ou douars de ce district sont condamnés à une forte amende, qu’on appelle « khétia ».
Toutes les ressources du pays ayant été dûment considérées, il faut avouer que leur produit est misérablement disproportionné à la dépense, qui comprend d’immenses établissements civils et militaires, les constructions de villages, d’églises, d’écoles, de routes, de ponts, enlin, de toutes les choses indispensables dans une nouvelle colonie.
Le parti radical en Algérie se donne le ton de se plaindre sans cesse et bien haut des dépenses occasionnées par le régime militaire de la colonie, et de lui attribuer le défaut de culture des terres et tous les autres maux que les colons français déplorent avec tant cl’amertume. Quant à moi, je ne crois pas qu’il soit possible de maintenir la paix dans le pays sans l’aide delà force armée: car la nation arabe ne respecte aucunement la puissance civile. Le
Arabes tributaires venant acquitter leurs impôts en alfa.
comte Ernest de Stackelberg, dont j’ai déjà cité l’excellent mémoire à propos des Kabyles, écrit à ce sujet :
« Après avoir approfondi la question, je suis arrivé à la conclusion que les Français ne pourront se maintenir en Algérie qu’à l’aide d’une armée d’occupation considérable. Je dirai même que le chiffre actuel de cent mille hommes n’est pas trop élevé, mais que, pour les besoins de la cause, il représente l’état normal de l’élément militaire en Algérie; et qu’on ne saurait sans danger réduire cette armée, à cause des raisons suivantes :
« Les Français occupent quarante-six villes ou stations
Vieux marabout converti en ambulance militaire.
militaires, sans compter les villages où des garnisons pourraient devenir nécessaires en cas d’insurrection. On ne saurait impunément supprimer quelques-uns de ces avantpostes militaires, parce qu’aux yeux des Arabes le seul
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fait de faire évacuer une station militaire par les troupes serait regardé comme une défaite ou une action inspirée par la peur.
« En outre, indépendamment de l’esprit indomptable des Kabyles, les Marocains, sur une frontière, et les Tunisiens, sur l’autre, fomentent constamment des insurrections en Algérie, au moyen des confraternités religieuses dont j’ai parlé précédemment. »
Le comte de Stackelberg continue :
« Bien que l’empereur du Maroc soit en très bonne intelligence avec les Français, son peuple ne partage point ses sentiments : les Marocains sont des fanatiques animés d’une haine implacable contre tous les chrétiens, et contre les Français en particulier.
« L’empire du Maroc est lui-même dans un état voisin de l’anarchie : l’autorité du souverain n’est plus guère respectée que dans les villes et sur le littoral. Au midi de Fez, les Berbères se sont rendus complètement indépendants, et le traité d’alliance conclu entre l’empereur et les Français lui a enlevé une bonne partie de l’estime et de la considération de ses sujets.
« Il s’agit donc de savoir si cette colonie vaut la peine qu’on la conserve, puisqu’elle exige une si vaste organisation militaire, qui entraîne annuellement un énorme déficit dans le budget. La réponse ne peut êLre qu’affirmative sur les richesses minérales et la fertilité incontestable du sol, et ceci nous ramène encore à la question de la colonisation. »
Le comte de Stackclberg continue :
« Personne, je pense, ne contestera la vérité de cet axiome, que, pour fonder une colonie, il faut des colons; or c’est précisément ce qui manque à l’Algérie.
« Pour cultiver ce terrain d’une fertilité merveilleuse et le transformer en un paradis de richesses agricoles, on n’a guère envoyé jusqu’ici que des eabaretiers, des restaurateurs, des fabricants ruinés ou des chevaliers d’industrie. Le gouvernement s’est donné un mal inouï à créer des villages, à y installer des familles; et, d’un autre côté, il a commis des bévues colossales. Il s’attendait à recueillir des fruits avant même d'en avoir jeté les semences! Il greva d’impôts tons les articles de consommation au lieu de
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favoriser le libre échange, et organisa tout un système de douanes tellement vexatoire, que le commerce français fut complètement paralysé dans les ports du littoral. 11 alla jusqu’à imposer aux nouveaux citoyens les exercices pénibles de la garde nationale, service bien superflu dans un
Village neuf.
pays occupé par des troupes régulières... Enfin, jusqu a ce jour, les sommes énormes dépensées pour l’organisation de la jeune colonie l’ont été presque entièrement en pure perte. L’armée a construit des routes et des villages, dont les maisons sont gaies et propres; mais voila tout. Les colons, qu’on a fait venir à grands frais, ont trouvé 1 agriculture un travail pénible, opiniâtre, peu a leur goût,
exigeant une année ou deux de labeur persévérant avant de produire quelque chose en retour — et ils y ont renoncé. Ils préférèrent se faire aubergistes, rôtisseurs, marchands de vin et de liqueurs spiritueuses, et souslouèrent leurs concessions de terres à ces mêmes Arabes qui avaient été chassés pour leur faire place. Ce fait peut paraître incroyable; mais on m’a assuré que la seule récolte produite par ces colons se composait du foin qu’ils vendaient pour rapprovisionnement des chevaux de la cavalerie, — récolte qui ne leur donnait pas d’autre peine que celle d’être fauchée. »
Ce tableau sévère est presque aussi véridique aujourd’hui que lorsqu’il fut tracé (1847). On a cependant introduit un progrès, en diminuant les redevances du port et les impôts ; mais, pour consolider une colonie naissante, trois choses sont indispensables : la sécurité, le
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capital et les bras, et c’est précisément ce qui fait plus ou moins défaut en Algérie. Pour rendre justice aux Français, il faut reconnaître qu’ils n’ont pas leurs pareils pour la construction des routes et des villes. Les premières sont le triomphe de l’art de l’ingénieur; les dernières sont propres, gaies et bien distribuées. Toutefois les habitations laissent quelque chose à désirer au point de vue de la solidité, et quelques-unes s’effondrent déjà. Je pense qu’on peut attribuer ce défaut à la rage de spéculation sur les bâtisses, qui avait gagné tout le monde, il y a quelques années, vu le prix élevé des loyers. On m’a parlé d’un homme qui avait fait construire une maison avec de l’argent emprunté à 50 pour 100, et il comptait que la location de cette habitation, pour une année seulement, le ferait rentrer dans son capital et ses intérêts, Comme on peut facilement se l’imaginer, l’offre de ces maisons excéda bientôt la demande; la guerre avec la Prusse éclata, le prix des loyers baissa rapidement, et l'on n’eut à enregistrer que des faillites coup sur coup.
La population européenne comprend environ 100 000 Italiens, Maltais, Espagnols et Mahonnais. Ces derniers sont les sujets les plus utiles de tous : ils sont laborieux, et s’adonnent ; urtout aux travaux du jardinage; ils font aussi de fort bons cochers. On rencontre peu de familles allemandes en Algérie : peut-être le climat ne leur est-il pas favorable; mais le fait est que les Allemands y réussissent moins bien qu’en Amérique, en Australie et dans d’autres colonies. C’est un très grand malheur pour l’Algérie qu’elle ait été envahie par des essaims d’aventuriers, de
réfugiés politiques, d’hommes déclassés, en un mot, et partant sans principes aucuns. Espérons qu’une ère nouvelle luira bientôt sur ce pays, grâce à l’émigration de tant de bons et honnêtes Alsaciens- Lorrains, et qu’ainsi la Providence fera servir le grand crime politique qui lésa chassés de leur patrie à la régénération de cette belle colonie.
En résumé, l’Algérie estun des plus beaux paysdu monde ; elle possède un littoral de deux cents lieues, d’excellents ports, un sol fertile, un climat délicieux et des richesses minérales incalculables : malheureusement, le défaut de sécurité, le manque décapitai et de bras, n’ontpas permis de les exploiter d’une manière avantageuse, jusqu’à présent du moins.
La F rance ne peut pas faire de l’Algérie une colonie purement militaire: ce serait contraire à sa forme de gouvernement et au caractère de la nation ; d’autre part, elle n’a pas encore pu en faire une colonie civile, parce
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qu’on ne peut pas y transporter tout d’un coup une race laborieuse et agricole, telle qu’il la faudrait pour défricher cet immense champ inculte. Le véritable agriculteur, le
Alger. — Rue de la Girafe.
paysan français, qui possède une petite propriété et un petit capital, ne songera jamais à quitter le département où il est né, où il vit content et heureux, pour aller s’épuiser de travail sous les rayons brûlants du soleil d’Afrique, et se voir en butte aux attaques constantes des
Arabes; même si l’espoir d’un gain élevé l’engageait à faire un coup d’essai et à tenter l’aventure, à coup sur il n’v resterait pas. Jamais je ne suis entrée en conversation avec un colon français en Algérie, sans qu’il ait fait allusion à l’époque où il aurait gagné assez d’argent pour retourner dans sa « belle France ». Bien différents en cela de nos émigrés anglais, ils ne considèrent jamais la colonie comme leur patrie, et par conséquent se montrent assez indifférents à sa prospérité future et à son avenir.
Espérons toutefois que les malheurs de la France serviront à amener une ère de progrès dans la condition de ce beau pays, jadis le grenier de Borne et de l’Europe. Ap rès tout, chaque colonie naissante rencontre des obstacles à son début, et il faut quelquefois une génération d’hommes tarés dans un pays nouvellement colonisé, pour y faire souche d’honnêtes gens.