CHAPITRE VI Difiusion de la civilisation romaine en Algérie
Ld domination romaine est acceptée par beaucoup d'Africains. — Les mœurs, les institutions, la langue des Romains se répandirent en Algérie.
Les villes puniques du littoral étaient soumises depuis longtemps aux rois indigènes : elles obéirent de même à leurs nouveaux maîtres. Les cités berbères, les habitants des plaines acceptèrent sans révolte la conquête latine. Aucun obstacle ne paraissait empêcher un accord durable et sincère : les anciens n'ont point connu les haines de races ; les païens ont ignoré Tintolérance religieuse. Rome sut respecter les constitutions municipales, les lois, les usages, les croyances. Elle assura ou s'efforça d'assurer la paix. Elle
ouvrit à ragricuUure africaine des débouchés. Les gouverneurs, les agents financiers, les gens de guerre furent surveillés par le pouvoir central, qui, en général, réprima les abus. Les assemblées provinciales, réunies pour le culte des empereurs, purent se plaindre des exactions ; les justiciables eurent le droit de faire appel au prince.
Le gouvernement impérial favorise la diffusion des mœurs romaines. — Sans chercher par des prescriptions violentes et hâtives à transformer les Africains malgré eux, Rome prit des mesures qui favorisèrent leur assimilation.
Elle n'admit pas d'autre langue officielle que la sienne. (( L'État romain, qui sait commander, )) dit saint Augustin, a imposé aux peuples )) domptés non seulement son joug, mais encore )) sa langue. » Ce fut en latin que l'on dut écrire au prince et à ses fonctionnaires, ce fut en latin que ceux-ci rendirent la justice.
Les empereurs divinisés et l'empereur vivant furent adorés dans les villes indigènes et dans
les tribus, aussi bien que dans les communes de citoyens, et il est à croire que ce culte, gage de loyalisme, ne s'établit point partout d'une manière spontanée. Une fois par an, des délégués venaient de tous côtés pour le célébrer dans les capitales des provinces.
Les colonies de vétérans que l'État fonda en Afrique furent des foyers de civilisation latine, d'où les mœurs du peuple conquérant rayonnèrent. D'autre part, le droit de cité romaine fut accordé aux soldats qui servirent dans les troupes auxiliaires, ainsi qu'à de nombreux particuliers.
Peu à peu, les villes africaines furent érigées en municipes latins ou romains : ce qui transforma leurs babitants en demi-citoyens ou en citoyens jouissant de toutes les prérogatives attachées à ce titre. Quelques-unes obtinrent le rang plus élevé de colonie et même l'exemption de l'impôt foncier. Des tribus reçurent une constitution municipale. Enfin, vers le début du troisième siècle, Garacalla conféra le droit de
cité à tous les hommes libres vivant sur des territoires organisés en communes.
Beaucoup de magistrats municipaux furent admis dans Tordre des chevaliers ; ils purent commander des troupes et exercer dans l'Empire d'importantes fonctions administratives et finan^ cières. Leurs fils ou leurs descendants entrèrent souvent dans la classe sénatoriale, qui formait une aristocratie héréditaire et à laquelle étaient réservés les vieilles magistratures de l'État, les hauts commandements, le gouvernement de la plupart des provinces.
Rome n'interdit aucun espoir à l'ambition de ses sujets : elle établit seulement des échelons qu'ils durent lentement franchir. D'ordinaire, la commune indigène ou punique ne fut érigée en colonie qu'au bout d'un grand nombre d'années et après avoir traversé les degrés intermédiaires ; l'élévation d'une famille fut l'œuvre d'une suite de générations.
Un (jrand nombre d'induj(*nes deviennent
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Romcuui^. — Ce fut du reste par leur volonté, plus encore que par celle de Rome, que beaucoup d'Africains devinrent Romains. Ils subirent l'attrait de la civilisation supérieure que les colonies établies au milieu d'eux leur mettaient sous les yeux. Ils recherchèrent les satisfactions d'amourpropre et les avantages réels que donnait le titre de citoyen ; quand ils l'avaient obtenu, ils s'en paraient avec orgueil ; ils avaient soin de le mentionner sur leurs tombes : civitatem romanam consecutus.
Ils quittaient la tunique courte et le manteau de laine pour la toge. Souvent, ils n'attendaient pas la concession du droit de cité pour prendre un nom latin. Les Mattanbaal et les Baric traduisaient ces noms phéniciens et se faisaient appeler Donatus et Félix ; d'autres allaient plus loin et se décoraient du prénom, du nom et du surnom qui étaient les marques distinctives des citoyens : le pouvoir impérial dut même leur interdire cette usurpation.
Dilfmion de la langue latine, — Sans faire oublier le berbère et le punique, l'usage du latin devint de plus en plus fréquent. Beaucoup de gens, il est vrai, le prononçaient mal, ils employaient des expressions incorrectes, empruntées parfois aux idiomes anciens ; certaines inscriptions funéraires, gravées dans les campagnes, fourmillent de fautes de syntaxe et d'orthographe. Elles prouvent du moins l'empressement des indigènes à adopter le parler des vainqueurs et leur désir de paraître romains.
Plus tard, le développement du christianisme contribua à la diffusion du latin, la seule langue que l'Eglise d'Afrique ait admise dans sa liturgie.
Fondation d'écoles. — Des écoles s'ouvrirent dans les villes : celles de Girta et de Madaure parvinrent à la célébrité. Ce furent les communes qui les fondèrent ; l'État se contenta de ratifier les nominations des maîtres et de leur accorder des exemptions d'impôt.
On y étudiait les classiques latins et môme les
vieux auteurs, Plaute, Caton, Lucilius, qu'un Girtéen, Fronton, avait remis à la mode sur les bords du Tibre. On y apprenait surtout les vers de Virgile, qui resta populaire à l'époque chrétienne : dans sa jeunesse, saint Augustin s'attendrissait sur les malheurs de Didon, et, vers la fin du quatrième siècle, un clerc de Tipasa cousait tant bien que mal quelques bribes de l'Enéide pour composer la dédicace d'une église. La grammaire et la métrique étaient en honneur. On enseignait le grec. Si l'évèque d'Hippone regrettait de le conconnaître imparfaitement, un grammairien de Thamugadi unissait, au dire de ses concitoyens, (( l'éloquence attique à l'éclat latin » ; une épitaphe de Sétif vantait un jeune homme, « par- )) faitement instruit dans les arts libéraux » supérieurs et dans les études littéraires des )) deux langues, doué en outre d'une excellente )) éloquence ».
De ces écoles sortaient des rhéteurs, des médecins, des légistes; Juvénal appelait l'Afrique la nourrice des avocats.
Littérateurs latins nés en Numidie et en Haurétanie. — Pendant plusieurs siècles, ce pays eut, sinon une littérature propre, à physionomie nettement distincte, du moins un grand nombre de littérateurs, originaires les uns de la province proconsulaire, les autres de la Numidie et même de la Maurétanie Césarienne. Leurs œuvres, on doit l'avouer, furent en général médiocres. Nouveau venus dans les lettres latines, ils ne voulurent pas être qualifiés d'intrus. Ils firent parade de leur érudition et de leur adresse à manier la langue. Renchérissant sur les défauts des rhéteurs contemporains, ils furent pédants et précieux. Ils négligèrent le fond pour la forme ; ils se fatiguèrent à de vains jeux d'esprit, acrostiches, calembours, assonances ; ils aimèrent les antithèses, les phrases symétriques, les traits, les termes rares ; ils accumulèrent les mots pour exprimer quelques idées banales. L'enflure africaine rivalisa avec l'emphase asiatique.
Le plus célèbre de ces écrivains fut Apulée de Madaure. Il honora, comme il s'en vantait, les
neuf Muses avec une égale ferveur. Dévot mystique du culte d'Isis, philosophe platonicien, avocat, romancier, poète, médecin, naturaliste, et même magicien, a il but, nous dit-il, à toutes les coupes )) . Conférencier illustre, il parcourut triomphalement les villes d'Afrique, qui se disputèrent son éloquence. Il captiva les foules par sa beauté et par l'élégance de son maintien, autant que par son savoir universel et par sa faconde brillante et colorée. On lui éleva des statues, et il devint Fauteur favori de ses compatriotes ; les chrétiens même le lurent et Fimitèrent. Son roman, L'Ane d'or, a mérité de rester classique ; Apulée a su y rajeunir de vieux contes grecs par sa verve spirituelle, son talent à peindre les physionomies, les gestes et les ridicules des hommes, son style vigoureux, à arêtes vives, riche en mots et en images.
On trouve assez fréquemment, dans les ruines romaines de l'Algérie, des inscriptions métriques, épitaphes ou dédicaces de monuments. Malgré leur médiocrité, elles attestent le goût que, même
dans le peuple, on eut alors pour la poésie, ou plutôt pour les vers ; les unes sont faites d'emprunts à des anthologies, les autres ont été composées sur place par des gens qui avaient plus de prétentions littéraires que de connaissances prosodiques.
L'art hellénistique en Afrique sous la domination romaine. — L'aspect de beaucoup de villes se modifia. Gomme les cités de l'Italie et des pays grecs, elles eurent des temples d'ordre corinthien ou composite, des basiliques judiciaires, des arcs de triomphe, des places régulières, bordées de portiques, de vastes établissements de bains, des théâtres où l'on joua des pièces latines, des amphithéâtres où des gladiateurs combattirent à la mode romaine. Les sommes que les magistrats devaient verser à leur entrée en charge, les libéralités qu'ils ajoutaient, plus ou moins volontairement, à ces taxes légales, furent en grande partie consacrées à élever ces édifices.
On les construisit dans le style hellénistique
qui régnait alors. Ce style fut adopté aussi par les architectes qui bâtirent des maisons opulentes et des mausolées ; il faut ajouter cependant que les anciens types de sépultures ne disparurent point: comme toujours, les usages funéraires subsistèrent plus longtemps que les coutumes des vivants.
Les places se peuplèrent de statues, représentant, d'après des modèles grecs, des divinités, des empereurs, des gouverneurs, des magistrats municipaux. Quand on voulait honorer particulièrement quelque bienfaiteur, on multipliait ses images : à Galama, on dressa d'un coup cinq statues à une femme qui avait fait construire un théâtre; chacune des sections électorales d'Hippone en éleva une à un prêtre qui avait ofïert à ses concitoyens, pendant trois jours de suite, de magnifiques combats de gladiateurs. Il est vrai que souvent on laissait au personnage ainsi glorifié le soin de régler la dépense.
Sur les mosaïques dont on aimait à orner les thermes et les habitations, on faisait d'ordinaire représenter des dieux et des légendes de la my tho-
logie classique, ou bien des scènes pittoresques, imitées de l'art alexandrin. Les sarcophages en marbre étaient décorés de la même manière.
Ces œuvres sans originalité ont été pour la plupart exécutées hâtivement par des praticiens médiocres; elles ont peu de valeur artistique, mais elles montrent jusqu'à quel point la civilisation gréco-romaine s'imposa à une partie de la population de l'Afrique.
Les anciens dieux se romanisent ; les cultes romains se répandent. — Les vieilles divinités ne cessèrent pas d'être adorées. Mais quand elles conservèrent leur ancien nom, elles reçurent l'épithète latine d'Augustus. En général, elles furent assimilées à des divinités helléniques ou romaines et figurées sous des formes créées par l'art grec.
Baal Hammon devint Saturnus Augustus : on lui donna, comme à Kronos-Saturne, les traits d'un vieillard, assis sur un trône, portant dans la main droite une faucille et soutenant de l'autre
main sa tète couverte d'un voile. On lui associa parfois Ops, la vieille déesse italique, épouse du Saturne latin. On alla jusqu'à l'identifier avec Jupiter Optimus Maximus. Les sanctuaires à ciel ouvert où on l'adorait jadis, selon la coutume des Sémites, furent remplacés en bien des lieux par des temples d'architecture classique. On cessa de lui immoler des victimes humaines. Les prêtres de cette religion populaire firent graver en latin les dédicaces des stèles érigées en souvenir de leurs sacrifices.
Les cultes de la Fortune, de la Paix, de la Victoire, de la Concorde et de quelques autres divinités allégoriques furent apportés de Rome en Afrique. Dans un certain nombre de villes, qui ne furent pas toutes des colonies, on éleva un Capitule, dédié comme celui de Rome, à Jupiter très bon et très grand, à Junon reine et à Minerve.
Nous avons parlé plus haut du culte des empereurs. Institué par ordre, il ne cessa pas d'être un hommage officiel rendu par les communes, mais il devint aussi une véritable religion, qui eut ses
dévots sincères. Il fut l'expression la plus haute de la gratitude des provinciaux pour les bienfaits de l'Empire. La personne du prince importait peu : jamais les Africains ne célébrèrent ce culte avec plus de ferveur que sous le féroce Caracalla. On voit donc que si Rome n'établit pas en Algérie une foule de colons italiens, elle transforma en Romains un grand nombre d'indigènes de cette contrée. Elle ne fit pas seulement la conquête de leur sol, mais aussi celle de leurs âmes. Elle fut leur éducatrice plus par l'ascendant qu'elle exerça sur eux que par la contrainte.
Services rendus par les Africains à l'Empire romain. — En retour, ils contribuèrent à sa sécurité et à sa grandeur.
Sous le Haut-Empire, l'Afrique fournissait la moitié, peut-être même les deux tiers des blés nécessaires à la capitale du monde. Après la fondation de Gonstantinople, à laquelle on réserva les blés d'Egypte, Rome ne fut plus nourrie que par les provinces africaines, et le poète Glaudien
put lui faire dire : « Le Maure éprouve une joie » iasultante à m'ofîrir, comme à une esclave, )) mes aliments de chaque jour ; il met orgueilleu- )) sèment dans sa balance ma vie et ma faim )).
Il y avait dans les armées d'Europe des corps auxiliaires de Numides, de Maures et de Gélules. Sous Trajan, le chef maurétanien Lusius Quietus combattit avec gloire les Daces, les Parthes et les Juifs; l'empereur songea même, dit-on, à le désigner pour lui succéder.
Un personnage de Cirta fut le premier Africain qui parvint au consulat, sous Titus. Un siècle plus tard, les Girtéens étaient nombreux au Sénat ; plusieurs s'élevèrent aux premières charges de l'État. Macrin, qui devint empereur en 216, était né à Gœsarea de Maurétanie. Vers la fin du quatrième siècle, un préfet de Rome, originaire de d'Afrique, écrivait avec orgueil : « A mon avis, )) notre race est privilégiée et comme prédestinée, )) tant elle est féconde en gens de mérite, et tous )) ces enfants qu'elle a produits et formés, elle les ^) voit arriver aux plus hautes situations. »
De jeunes ambitieux qui voulaient se faire un nom dans les lettres traversaient la mer et allaient chercher fortune à Rome. Apulée s'y rendit, mais il n'y réussit pas et ce fut en son pays qu'il devint prophète; on sait que saint Augustin, avant sa conversion, enseigna l'éloquence dans la capitale du monde, puis à Milan. Sous les Antonins, Fronton de Girta fut le plus fameux des rhéteurs latins. Une inscription l'appelle « orateur, consul )) et maître de deux empereurs )) ; l'un de ces empereurs se nommait Marc-Aurèle.
Part des Africains dans la formation du christianisme latin. — Mais si l'Afrique romaine tint une grande place en Occident, ce fut surtout par la part qu'elle prit au développement du christianisme. Les progrès rapides qu'y fit l'Évangile furent peut-être favorisés par l'infl uence profonde que Carthage avait exercée sur une partie de la population. Des esprits imbus d'idées sémitiques étaient sans doute plus aptes à accueillir une religion née en pays sémite, à comprendre les pensées exprimées
dans les livres saints, surtout dans TAncien Testament. La croyance en un seul Dieu s'était répandue chez les lettrés par Faction des philosophes, cliez le peuple par celle des religions locales qui, tout en adorant un grand nombre de divinités, les regardaient presque comme des manifestations d'un principe unique : pour bien des hommes, Baal Hammon-Saturne était le Dieu suprême, auquel ils subordonnaient tous les autres. Ce monothéisme, plus ou moins conscient, prépara le terrain à la foi chrétienne.
Dès le début du troisième siècle, la prédication évangélique avait pénétré chez les Gétules et chez les Maures. On mentionne desévèques deNumidie dans des conciles tenus à Garthage vers 220, en 255 et en 256 ; il en vint aussi quelques-uns de Maurétanie à cette dernière date. Un synode de quatre-vingt-dix évêques se réunit en 250 à Lambèse, pour juger un hérétique. Sous Valérien, de nombreux clercs numides furent condamnés au travail des mines et d'autres mis à mort. La persécution de Dioctétien sévit cruellement dans
la région de Cirta ; elle fit aussi des victimes en Maurétanie.
A partir de Constantin, la religion chrétienne, désormais soutenue par le pouvoir impérial, se répandit à travers toute l'Algérie. Des évêchés y furent fondés par centaines, non seulement dans les villes, mais aussi sur les grandes propriétés. Partout on y rencontre des ruines de basiliques et de chapelles, dont la disposition intérieure et les chapiteaux annoncent quelquefois l'architecture et la sculpture romanes, et dont Tornementation à relief plat, imitée de la technique du bois, est fort curieuse.
L'Église d'Afrique compta de nombreux écrivains, qui, à la différence des rhéteurs'païens, se proposèrent d'instruire et de convaincre. Ce furent des Africains, apologistes fameux ou traducteurs inconnus de l'Écriture sainte, qui imposèrent le latin comme langue officielle aux chrétiens d'Occident.
Saint AïKjustin, — Saint Augustin, né à
Thagaste, évêque d'Hippone, constitua d'une manière presque définitive le dogme catholique. Esprit romain, il donna des contours nets, des formules rigoureuses aux conceptions vagues et poétiques des orientaux : il contribua même ainsi, sans le prévoir, à la séparation définitive des mondes latin et grec. Ce théologien, qui respecta profondément l'autorité de l'Église et qui sut l'affermir, fut en même temps un grand ^) mystique. « Il faut, écrivait-il, que notre âme, )) purifiée des sordides affections du siècle, déli- » vrée de toute entrave, s'envole jusque dans le )) sein du Seigneur, sur les deux grandes ailes de » l'amour de Dieu et de l'amour des hommes ». Il ne pensa pas à rougir de ses larmes, et, par son émotion, il remua les cœurs : a Unde ardet, inde lucet )>, a dit de lui Saint-Cyran. Il unit la raison classique à une foi brûlante comme le ciel africain : il fut le plus illustre représentant d'un pays qui, par sa place dans la Méditerranée, appartient à la fois à l'Occident et à l'Orient. Depuis le cinquième siècle, toutes les doctrines,
toutes les formes du christianisme ont eu leur origine en saint Augustin. Il a été le maître de saint Anselme, de saint Thomas d'Aquin, de Luther, de Calvin et des jansénistes , l'initiateur de saint Bernard, de sainte Thérèse et de saint François de Sales. Il a appris aux moines à estimer le travail et l'étude. Il a donné aux grands papes du moyen-âge l'ambition de fonder l'État de Dieu sur la terre. Les inquisiteurs même ont pu se réclamer de lui.
Écrivain puissant , mais souvent subtil et affecté, il a créé la langue de la théologie et celle de la dévotion. Sa Cité de Dieu, vaste esquisse du développement de l'humanité, a été paraphrasée par Dante et a servi de modèle à Bossuet ; Jean- Jacques-Rousseau s'est inspiré de ses Confessions, histoire sincère et vivante d'une âme, qui sut observer et analyser, avec une précision étonnante, ses sentiments et ses passions contradictoires, ses rêveries, ses élans d'amour, ses ardeurs de vérité, ses découragements, ses erreurs et ses repentirs.