II
pétez »; à quoi ceux d'Aïn-Tailazid ayant répliqué : « Gouverneur très-mécontent de n'avoir pas de vos nouvelles », Médéa redevint inerte; mais on avait désormais le mot de l'énigme : la paralysie n'était que volontaire. C'était un entêtement du général Duvivier : commandant d'une place bloquée, il ne voulait plus communiquer avec le dehors. « La position de Médéa n'était pas fâcheuse, écrivait un peu plus tard le maréchal Valée à M. Thiers; le manque de communications tenait à l'esprit de système, bien connu dans l'armée, du général Duvivier. Plusieurs Arabes que j'ai laissés près de lui porteraient volontiers des dépêches à Blida; par système, il s'isole et ne fait aucun usage des moyens mis à sa disposition. L'année dernière, lorsqu'il commandait à Blida, je ne pouvais avoir de rapports de lui qu'en envoyant le général d'Houdetot les cher* cher. »
Le maréchal avait, lui aussi, ses entêtements; il s'était mis dans l'idée qu'entre Blida et Médéa, par la région tourmentée des Beni-Sala, des Beni-Meçaoud et des Ouzza, il devait y avoir nécessairement un chemin direct, et ce chemin-là, il avait donné au général Changarnier l'ordre formel de le découvrir. Le 26 août, le 2e léger, le
24e de ligne, les tirailleurs de Vincennes, un escadron de chasseurs d'Afrique, une batterie de montagne, un convoi de cent dix mulets chargés de munitions et de vivres, se formèrent en colonne au-dessous d'Aïn-Tailazid; deux bataillons demeurèrent pour la garde du camp. Le 27, commença le voyage d'exploration ; il dura deux jours sans autre résultat qu'un excès de travail et de fatigue au delà de ce que les plus déterminés grimpeurs de montagne auraient pu imaginer ou prévoir. Les Kabyles eux-mêmes étaient si loin de s'attendre à pareille visite qu'à peine essayèrent-ils d'y faire obstacle; s'ils avaient eu le temps de se réunir, la colonne, surprise dans des gorges où le soldat étouffait de chaleur, se serait trouvée plus d'une fois en mauvaise passe. Le 28 au matin, l'ennemi était déjà plus nombreux; mais on apercevait la crête du Djebel-Dakla, et Médéa n'était pas loin. « L'ardeur du combat, a dit l'un des vieux soldats de Changarnier, la poudre que nous brûlions, celle qui restait sur nos lèvres en déchirant la cartouche, avaient enflammé nos gosiers; nos bidons étaient vides et tous les torrents à sec. Nous atteignîmes enfin les vignes qui entourent Médéa ; notre soif était si grande que les tirailleurs se précipitaient vers les puits et s'y dispu-
taient un bidon d'eau, sans s'inquiéter des Kabyles qui nous suivaient en nous fusillant de crête en crête. »
Arrivé sous les murs de la ville que l'apparition imprévue de la colonne avait débloquée, le général dut attendre un certain temps devant la porte. Son aide de camp, le capitaine de Mac Mahon, qui l'avait précédé d'un quart d'heure, n'avait pas pu obtenir qu'elle fût ouverte. Quand Duvivier parut enfin, grave et solennel : « Soyez le bienvenu, dit-il, mais vous savez, mon cher général, qu'une place assiégée ne doit pas avoir de relations avec l'extérieur. » Il lui fallut bien pourtant recevoir le convoi qu'on lui amenait et permettre à Changarnier de visiter la place dont la bonne tenue ne pouvait que faire honneur à son commandant. Il n'y avait eu qu'une seule attaque vraiment sérieuse, le 3 juillet, trois jours après le dernier ravitaillement. Ce jour-là, sous la direction d'Abd-el-Kader, Barkani , avec deux bataillons de réguliers et de nombreux contingents kabyles, avait surpris ies travailleurs de la garnison occupés à la construction d'une redoute extérieure. La réserve accourue avait rétabli le combat qui ne s'était terminé que le soir par la retraite de l'ennemi très -maltraité. Les
pertes avouées par Duvivier étaient sérieuses : soixante-deux morts, quatre-vingt-six blessés ; selon les informations recueillies par Changarnier, elles auraient été plus graves encore. Quoi qu'il en soit, l'attaque ne s'était pas renouvelée; Barkâni et les Kabyles avaient seulement resserré le blocus. Dans le journal tenu régulièrement par Duvivier, on lisait, à la date du 13 août, cette page d'une forme un peu plus qu'originale : « La ville prend tous les jours une situation plus imposante. Si M. d'Abd-el-Kader veut faire enterrer son monde, son plus court parti est de venir nous attaquer ici. Je doute qu'il en ait le cœur; il se contente de nous bloquer, croyant probablement que nous mourrons bientôt de faim. S'il était homme à conversation, je lui proposerais de venir faire un tour dans nos magasins de vivres et de liquides; mais il ne vient pas plus à conversation qu'il ne vient de près, de sa personne, dans les combats qu'il livre lui-même, se tenant à trois quarts de lieue en arrière des siens. » Excessif en tout, Duvivier était ici beaucoup trop injuste pour son grand adversaire.
Quand le général Changarnier eut tout vu dans Médéa, les fortifications, l'hôpital, les magasins, les casernes, même le télégraphe qui était en par-
fait état, il se remit en chemin, le 29 août, aux premières lueurs du jour. Au moment où Duvivier recevait ses adieux : « Vos troupes se trompent, dit tout à coup celui-ci; elles vont passer sous l'aqueduc. — Elles ne se trompent pas; nous retournons par le col de Mouzaïa. — Pourquoi pas par la route que vous avez prise en venant ?
— Je la connais assez, et le gouverneur approuvera ma résolution quand il aura lu mon rapport. Persuadé que si nos colonnes fréquentent ce pays, Tune d'elles aura quelque jour à s'en repentir, je ne veux pas que ce soit celle que je commande.
— Votre résolution est bien subite ! — Ma résolution est prise depuis avant-hier, à neuf heures du matin. Les chefs de corps et mes deux aides de camp, Mac Mahon et Pourcet, ne l'ont apprise qu'hier soir, après la fermeture des portes de Médéa, dont les habitants ont les oreilles très-ouvertes. »
Gomme Duvivier, Barkani s'était imaginé que la colonne allait refaire la dangereuse exploration qu'elle avait hasardée l'avant-veille, et il avait embusqué le gros de ses forces au-dessous d'Aïn- Tailazid, dans le coupe-gorge. Vers dix heures seulement, Changarnier vit descendre rapidement du Djebel-Dakla les premières compagnies des ré-
guliers rappelés à la hâte. À cette heure, Pavantgarde, la cavalerie, l'artillerie et les bagages avaient assez devance sur le chemin du Ténia pour ne laisser au général aucune inquiétude. Arrêté derrière un pli de terrain auprès des mines de cuivre, avec les tirailleurs de Vincennes et le 2e léger, il attendit l'approche de l'ennemi; quand il le vit à moins de deux cents pas, il fit rapidement replier les tirailleurs. Encouragés psr cette fuite apparente, les réguliers se lancèrent à la poursuite; mais, au premier tournant, ce furent les baïonnettes du 2e léger qu'ils rencontrèrent. Le choc fut terrible, la mêlée courte; l'ennemi en déroute, laissant la pente jonchée d'une centaine de cadavres, courut chercher asile dans le bois des Oliviers. Le lendemain, les troupes expéditionnaires regagnèrent, les unes Blida, les autres Aïn-Tailazid. Depuis l'établissement de ce dernier poste, le camp supérieur n'était plus occupé.
L'année d'après , Duvivier se mit en tête de chercher à son tour et de découvrir enfin cette communication de Blida à Médéa, ce chemin direct rêvé naguère par le maréchal Valée , qui n'était plus alors gouverneur général. Il n'y réussit pas mieux que Changarnier; il y perdit même plus de temps et de monde, ce qui lui attira les sarcasmes
du général Bugeaud et le décida, pour s'y soustraire, à demander peu de temps après son rappel en France. Un jour que devant un cercle de généraux et de colonels, Bedeau faisait au gouverneur le récit de cette fâcheuse opération à laquelle il avait pris part, quelqu'un rappela l'expédition de Changarnier et son retour par le col de Mouzaïa. « Moi, dit à ce propos le général Baragueyd'Hilliers, qui n'était pas aimé des troupes, moi, à votre place, je serais revenu par le même chemin, quand j'aurais été sûr d'y rester avec tout mon monde. » A quoi Changarnier répondit doucement : « Vous ne paraissez pas comprendre qu'en ayant assez vu pour faire un rapport concluant, ma mission était remplie. J'ai ramené mes troupes, je leur ai procuré un beau succès, je suis revenu sain et sauf, et l'armée en a été bien aise. Vous, vous y seriez resté, et elle n'en aurait pas été fâchée peut-être. » Là-dessus, le général Bugeaud fut saisi d'un fou rire qui gagna tout le monde, sauf Baraguey-d'Hilliers.
Le ministre de la guerre n'était pas aussi satisfait du maréchal Valée que le maréchal Tétait de lui-même : « La situation générale ne s'est pas améliorée depuis le commencement de la campagne, disait le ministre; nous occupons, il est vrai, Médéa et Miliana, mais dans des conditions jusqu'ici peu favorables. Les partis arabes n'en demeurent pas moins à peu près maîtres de la plaine, et les communications entre nos postes sont difficiles et rares. Il est urgent de remédier, par des opérations heureuses et décisives, à un tel état de choses dont il y aurait bientôt à s'alarmer. » 11 est certain que nulle part dans la Métidja, pas même dans le Sahel, les communications n'étaient sûres. Un jour, la diligence d'Alger à Douera était attaquée, un voyageur tué, le1 sous-intendant Massot pris et emmené chez lesv Hadjoutes; le lendemain, c'étaient trois carabiniers du 17° léger qui étaient enlevés tout près de Boufarik. Cependant, à l'est de la plaine, un heu-
reux coup de main du général Ghangarnier venait
de donner à l'ennemi une sévère leçon.
Le 18 septembre, comme il se trouvait à Alger pour l'inspection des troupes, il avait appris que Ben-Salem, avec des forces considérables, tenait assiégés dans le réduit de Kara-Moustafa cinquante hommes du 58% et que le commandant du Fondouk ne se croyait pas en état de leur porter secours. « Allez vite chasser ces gens-là, lui dit le maréchal, avant que nous ayons la honte d'une capitulation. » Aussitôt, sous couleur d'inspection, les zouaves du commandant Leflô à Birkhadem, les tirailleurs à Koubba, les chasseurs d'Afrique à Hussein-Dey , la compagnie du génie, la batterie de montagne et la section d'ambulance à Moustafa-Pacha , reçurent l'ordre de se rendre immédiatement à la Maison-Carrée. Les hommes, en petite tenue, ne devaient prendre avec eux que les cartouches et trois rations de vivres. Le soir, entre huit et neuf heures, le général se mit en route avec sa colonne légère. Après un bataillon de cinq cent cinquante zouaves venaient trois escadrons du 1er chasseurs d'Afrique, un bataillon de deux cent quatre-vingt-dix tirailleurs, quarante sapeurs du génie, quatre obusiers, une section d'ambulance, enfin quatre cent quatre-vingts
hommes du 17e léger, de la garnison de la Maison- Carrée, au total : dix-huit cents hommes. On marcha toute la nuit; avant l'aube, on fit halle au pied des collines de Kara-Moustafa. L'ancien camp, occupé par un poste kabyle, fut enlevé tout de suite, puis ce fut l'infanterie de Ben-Salem, qui, surprise au bivouac, ne fit pas longue résistance. Restait la cavalerie; au lever du soleil, on la vit, sur l'autre rive du Boudouaou, en ligne de bataille : au centre, un escadron rouge; sur les ailes, douze cents cavaliers du Sebaou et de Tisser. Couverts à droite par les tirailleurs, à gauche par les zouaves, les chasseurs d'Afrique franchirent la rivière, poussèrent droit aux rouges, les rompirent, et, l'infanterie aidant, mirent toute la ligne en déroute. Les Arabes laissèrent sur le terrain cent vingt-neuf morts, deux cents fusils, des pistolets, des yatagans; on leur prit dix-sept hommes, quarante-quatre chevaux, trente -cinq mulets; dans la tente de Ben-Salem, on trouva ses tapis, ses éperons, son cachet. Parmi les morts, on reconnut un vaillant chef, le kaïd des Isser, tué d'un coup de sabre par le lieutenant-colonel Tartas. Du côté des vainqueurs, la perte en tués ou blessés ne fut que d'une vingtaine d'hommes. Le soir même, tandis que les troupes se repo-
saient au bivouac avant de reprendre, le lendemain, le chemin de leurs cantonnements, le général Changarnier entrait chez le maréchal, tout surpris de le revoir sitôt, victorieux en vingt-quatre heures.
« Il y a ici, écrivait le capitaine de Montagnac, un général qui est tous les généraux d'Afrique : c'est Changarnier. Y a-t-il une expédition à organiser? Vite on ramasse des fractions de tous les corps et Ton prend mon Changarnier. Y a-t-il une razzia à faire? Changarnier. S'agit-il d'établir un télégraphe dans les nuages ? Encore Changarnier, toujours Changarnier! Changarnier est donc le factotum, l'homme universel, indispensable, de toutes les affaires africaines. Du reste, il répond à la confiance qu'on a en lui : il se bat bien. Sa réputation va toujours grandissant, et bientôt la terre ne sera plus assez vaste pour le contenir. Voici les opérations de ravitaillement qui vont commencer; Changarnier commande Pexpédition. Il a dû traverser le col, aujourd'hui 3 octobre, car on a entendu une canonnade assez nourrie toute la journée. Ils auront encore un fameux pavé à arracher pour franchir cette barrière infernale où tant de Français ont péri et qui nous coûtera encore bien du monde. Quel système, grand Dieu! que
celui qu'on a adopté pour occuper ce pays! Ces horribles villes, véritables prisons, dans lesquelles on a jeté trois mille individus, sont autant de gouffres où disparaissent ces malheureux abandonnés. Déjà l'on sait qu'à Médéa le général Duvivier a été obligé de faire de la gélatine avec ses bœufs, qui, tous les jours, mouraient de faim. L'officier supérieur qui commande à Miliana aurat-il su tirer parti des carcasses des malheureux animaux desséchés par les privations de tout genre? Nous avons appris, dans le courant d'août, par un espion, qu'au commencement du mois deux cent quatre-vingt-neuf hommes avaient péri, que beaucoup d'hommes de la légion étrangère avaient déserté, que la garnison, réduite à un très-faible effectif, avait été obligée de construire un réduit dans l'intérieur de la ville, pour s'y réfugier en cas d'attaque. Nous ne savons plus ce qui s'est passé depuis cette époque, et je crains bien qu'on ne trouve nos malheureux soldats morts ou mourants. » Lugubre prophétie! vérité lugubre !
Le capitaine de Montagnac ne se trompait que sur un point : le canon qu'il entendait de Birkhadem était bien celui de Changarnier; mais ce n'était pas au col de Mouzaïa qu'on se battait, c'était
au col du Gontas. Changarnier allait au secours de Miliana, non de Médéa ; il y allait, le 3 octobre ; c'était bien tard. Le dernier ravitaillement datait du 23 juin, et les magasins n'avaient reçu de vivres que pour un trimestre. Dès le 1*r septembre, le maréchal avait fait avertir le commandant par un espion qu'il se préparait à lui envoyer prochainement un convoi; cependant, les jours et les semaines passaient, et le convoi ne se faisait pas. Pourquoi ce retard? Changarnier, qui s'en inquiétait et qui était en situation d'en parler au maréchal, l'expliquait, sans le justifier, par la difficulté de mobiliser une colonne d'une certaine force, tant il y avait de petits postes à garder et tant la fièvre d'automne y propageait ses ravages! Enfin, dans la nuit du 27 au 28 septembre, un homme vêtu en Arabe se présenta au palais du gouvernement ; c'était un échappé de Miliana, ancien soldat de la légion étrangère, ancien ouvrier des arsenaux de l'émir. Les nouvelles qu'il apportait in extremis étaient de telle sorte qu'il n'y avait plus un jour à perdre. Appelé avant l'aube, le général Changarnier reçut les instructions du maréchal. Le soir même, il était à Blida, donnant ses ordres pour le rassemblement des troupes et l'organisation d'un convoi destiné, selon le bruit public, au
ravitaillement de Médéa. Personne, même dans l' état-major du général, n'avait reçu ni pénétré son secret. Ce ne fut qu'au bivouac, près de Haoueh-Mouzaïa, dans la soirée du 1er octobre, que le troupes apprirent où on les menait.
Il y avait, avec les zouaves, trois petits bataillons détachés du 17e léger, du 248 et du 48e de ligne, quatre cents chasseurs d'Afrique, deux compagnies de sapeurs, une batterie de montagne. Les mulets du convoi portaient cent cinquante mille rations, farine, riz, sel, sucre, café. La colonne traversa la plaine hadjoute et pénétra, le 2, dans les montagnes des Beni-Menad. Il y eut des engagements assez vifs au passage de l'Ouedbou-Rkika, à Karoubet-el-Ouzri, au défilé de Chab-el-Keta, et le lendemain, au col du Gontas. Le 4, la cavalerie arabe parut vouloir défendre le seuil du vallon de TOued-Boutane qui fut aisément forcé. Pendant que les zouaves, l'artillerie, le génie s'établissaient à l'entrée de la gorge et les autres bataillons sur les hauteurs de droite et de gauche, le convoi, précédé d'une petite avant- garde, montait vers la ville. Quand le général y entra, ce qu'il vit tout d'abord dépassa sa plus douloureuse attente. L'état des troupes était navrant. Il y avait encore une certaine quan-
tité de vivres dans les magasins, mais ces vivres étaient avariés, et si le nombre des rationnaires n'avait pas été depuis longtemps réduit par la mort, la faim aurait assurément fait des survivants ses victimes. La nostalgie, l'ennui, la dysenterie, la fièvre, la maladie morale et les maladies physiques, tout concourait à les abattre. « La moitié de la garnison, a dit le général Changarnier, était dans le cimetière, un quart dans les hôpitaux; le reste se traînait sans force et sans courage, incapable de défendre les remparts que l'ennemi, mal informé, n'avait heureusement pas attaqués. » Cette malheureuse garnison fut relevée tout entière, à l'exception d'un seul homme, le capitaine du génie Tripier, qui demanda comme une faveur de rester dans ce poste abhorré. Le commandant Brunet, du 48", remplaça le lieutenant-colonel dlllens ; le général Changarnier lui composa un effectif de douze cents hommes. Réduite d'autant, car les survivants de Miliana ne pouvaient pas compter, la colonne du! être conduite, pendant la retraite, avec une sûreté de coup d'œil, une habileté tactique et une décision qui firent à son chef, au jugement des hommes du métier, plus d'honneur que le succès d'une offensive heureuse. Observée, suivie, côtoyée par la
cavalerie arabe, attendue par les montagnards aux passages difficiles, sans se laisser entamer ni retarder même, elle rentra, le 7 octobre, à Blida, avec une perte de quarante-deux tués et de deux, cent soixante blessés. Le capitaine de Mac Mahon, aide de camp de Changarnier, fut cité particulièrement pour sa bravoure et son intelligence de la guerre.
Victimes d'une fatalité impitoyable, les tristes débris qu'on croyait avoir sauvés des horreurs de Miliana avaient été suivis par la mort; ils lui appartenaient : elle les reprit presque jusqu'au dernier tour à tour. Des douze cent trente-six hommes laissés au mois de juin dans la ville maudite, soixante-dix survivaient seuls au 31 décembre. Étonnée de ce grand désastre, émue par la poésie frémissante de Joseph Autran, l'opinion publique fut sévère pour le maréchal Valée. Le maréchal, homme de conscience et de probité, n'essaya de dissimuler, pas plus à autrui qu'à soimême, la gravité de la catastrophe dont ses lenteurs étaient la cause, et comme il y allait de son honneur d'en prévenir un second exemple, il voulut, sans plus de retard, diriger en personne le ravitaillement des garnisons bloquées.
Le 27 octobre, un corps de sept mille combat-