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UNE LEÇON D’HISTOIRE
el-Koul. Tous ces fonctionnaires obéissaient dans Alger au Kazenhadji, ministre de l’intérieur et trésorier du dey ; dans les villes provinciales, ils étaient soumis au bey ou à ses Khalifas (lieutenants).
Le gouvernement turc se concentrait à Alger même, dans un conseil suprême ou Divan , composé de soixante chefs des compagnies de la milice, et des principaux dignitaires de l’État. Dans les temps ordinaires, ce conseil procédait à l’élection du dey, ou prononçait sa déchéance. Aux jours de révolte, le pouvoir était conquis par le plus brave ; chaque mutation de souverain était annoncée au sultan de Constantinople, qui la sanctionnait par un décret d’investiture, accompagné du titre de Pacha et de l’envoi d’un Kaftan ou veste d’honneur, avec d’autres riches présents.
Le dey gouvernait despotiquement, et rendait la justice en matière criminelle. Ses ministres immédiats étaient le Kazenhadji, chargé des affaires intérieures de la régence et du trésor ; YAgha, ministre de la guerre ; le Kodjia-el-Kril, chef du domaine de l’État; Y Oukil-el-Hardji, ministre de la marine et des relations extérieures ; enfin, le Cheïkh-el-lslam ou Mufti-el-Hanéfi, chef de la religion et de la justice. La législation en matière civile était appliquée dans chaque province par deux Kadis, l’un dit El- Hanéfi, pour les Turcs, l’autre El-Maléki, pour les Maures et Arabes. Chaque outhan avait en outre son kadi particulier pour la justice civile. Les affaires criminelles étaient jugées par l’agha ou par les kaïds qu’il déléguait ; mais l’agha seul pouvait infliger la peine de mort.
Les Hanéfis et les Malèkis forment deux sectes musulmanes qui diffèrent sur quelques pratiques du culte, et
sur quelques interprétations de la jurisprudence tracée par le Koran. Du reste, elles vivent en bonne intelligence, et ne se damnent point mutuellement, comme certaines sectes d’autres religions. Les Turcs appartiennent tous à la première, qui a pour chef un docteur nommé Haneefah, natif de Corfou, et mort à Bagdad, au deuxième siècle de l’hégire. C’était un sage éclairé et celui, de tous les commentateurs du Koran, qui a su faire la part la plus large à la raison humaine, et aux lois de l’équité naturelle. Tous les musulmans d’Afrique, Maures, Arabes et Nègres se rallient à la seconde secte, dont la doctrine, œuvre de Malek, florissait à Médine, a dominé dans toute l’Espagne musulmane, et règne encore sur tout le Moghreb. A l’inverse de celle d’Haneefah, elle écrase la raison de l’homme sous l’autorité sans examen de la tradition. Les malékites reconnaissent aujourd’hui pour chef spirituel l’empereur ou chériff de Maroc ; le sultan de Constantinople est celui des hanéfites.
C’est au moyen de ces simples rouages administratifs que le pouvoir turc s’est maintenu en Algérie depuis sa conquête, au commèncement du seizième siècle, jusqu’à nos jours. Son action militaire s’exercait par la milice, ou Odjak. Ce mot turc signifie littéralement le foyer, le lieu où l’on suspend la marmite. Au figuré, il est devenu le terme vulgaire par lequel se dénommait le gouvernement turc ; on le prenait aussi pour désigner la milice elle-même. Celle-ci se divisait en compagnies ou Orlas-, chaque orta, composée d’un nombre illimité de janissaires (en arabe Joldach, Y enchéri, Inkichari ), se partageait en Sofra (chambrées, ou plus littéralement tables ); le sofra comportait, avec dix-huit simples soldats, un Orla-Bachi
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(chef de chambrée), et un Oukil-cl-Hardji, payeur de la solde. Cette petite armée, dont l’e’ffectif ne dépassait pas, en 1830 sept à huit mille hommes, était placée sous les ordres de l’agha; les grades appartenaient à l’ancienneté, ou récompensaient les actions d’éclat. Chaque chef ou soldat recevait une ration de pain par jour, et une solde minime dont le taux variait selon les années de service, sans dépasser toutefois 30 centimes par jour. Mais il était permis aux janissaires de se marier, et d’exercer dans la ville une industrie quelconque , à la charge de prendre les armes dès qu’ils en recevaient l’ordre. Un grand nombre d’entre eux faisaient leur fortune, soit en exerçant des fonctions publiques, soit par leurs alliances avec les riches familles mauresques ou arabes. Les enfants issus de ces mariages se nommaient Kovlouglis ( Koul-Oghlis , fils de soldats) et formaient une classe à part; ils pouvaient servir dans la milice, mais seulement dans les grades inférieurs, et la loi les excluait, comme les indigènes maures ou arabes, de toute participation et de tout droit au pouvoir. A l’âge de cinquante ans, l’obligation de porter les armes cessait pour les janissaires et les koulouglis. — A cette force militaire se joignaient, comme auxiliaires, des cavaliers fournis par les tribus arabes qui vivaient autour d’Alger ; et sur plusieurs points des provinces ou beyliks , se trouvaient cantonnés dans des forts, de petites garnisons composées ordinairement d’aventuriers, renégats de tous pays, dont la régence tirait d’utiles services pour maintenir sa domination.— L’agha, chef de la milice, investi d’une autorité presque égale à celle du dey, exerçait sur tous les indigènes une sorte de juridiction prévôtale et terrible.
Il avait formé, sous le nom de Spahis, un corps de cavalerie dans lequel tout Arabe possédant un cheval et un fusil pouvait être admis, en payant à l’agha un présent de 40 Sullanis (200 francs). Cet enrôlement était fort recherché, parce qu’il affranchissait de tout impôt; les spahis constituaient une sorte de milice héréditaire. Cinquante d’entre eux étaient casernés à Alger, et formaient la garde de l’agha. Les autres, attirés par l’appât du butin, ne manquaient jamais à l’appel, quand il s’agissait d’aller en course. Au retour, ils rentraient chez eux jusqu’à nouvel ordre.
Le gouvernement turc trouva sa ruine dans ses excès ; la licence turbulente de la milice en altéra les formes ; puis, du jour où elle put renverser avec impunité un pacha de la Porte, et lui substituer un de ses membres, toutes les ambitions rivales éclatèrent. La perfidie ou la force ouverte détrônèrent tour à tour les souverains qu’elle se donna, et dont elle fit un hochet qu’une révolte ou un complot brisait à son premier caprice. Les deys, sans cesse menacés, réduisirent peu à peu à l’emploi d’instruments les membres du conseil qui avaient jusque-là balancé leur pouvoir. Le despotisme, arrivé à son faite, croula enfin dans l’anarchie, et la Kasbah d’Alger était, depuis douze ans, une prison plutôt qu’un palais , quand Hussein-Pacha, son dernier habitant, fut affranchi de son règne périlleux par l’expédition française de 1830.
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