I . K CH KSI IN DU HONHKUK
Ire ami, n’avait fait que contourner les nerfs du pied ; aucun organe important n’était lésé; et grâce à l’humanité du cheikh , qui le faisait voyager en croupe derrière ses cavaliers choisis à tour de rôle, le pauvre captif était plus occupé de ses chagrins de cœur que d’une souffrance physique à laquelle il s’accoutumait presque machinalement. Satisfait de le voir hors d’état de. fuir, le cheikh se contentait de le surveiller de bivouac en bivouac. Sa douceur et sa calme résignation lui conciliaient aussi les égards des autres Arabes, qui partageaient avec lui leurs galettes de pain d’orge, l’eau de la source et le lait de leurs chamelles. A la liberté près, dont il était privé, Jean-Ferdinand vivait avec sécurité au milieu de ses ennemis, qu’il s’étonnait de ne point trouver aussi farouches que bien des Français les lui avaient dépeints.
Le dernier jour de son voyage, la tribu arriva dans une large et profonde vallée, entourée de hautes montagnes boisées, et au milieu de laquelle s’étendait un vaste camp, dont les nombreuses tentes, noires ou brunes, tissues de laine ou de poil de chameau, avaient la forme de petits navires renversés. A l’approche des nouveaux venus, quelques cavaliers se détachèrent du camp pour les reconnaître. On conduisit le cheikh et Jean- Ferdinand devant la tente d’un personnage, qu’à la richesse de son costume notre ami supposa devoir être d’un haut ïang dans l’armée de l’émir. Ce personnage semblait rentrer de la chasse ; les cavaliers de son escorte rapportaient plusieurs sangliers, jetés au travers des arçons de la selle. Rien n’est plus majestueux que la parure guerrière d’un grand chef arabe : celui-ci en
résume toute la splendeur. C’est d’abord le Haïk de soie blanche rayée, espèce de châle - chemise d’une seule pièce, qui retombe jusqu’aux pieds, et, noué par-devant, recouvre la tête comme une espèce de bonnet qu’entoure un cordon de poil de chèvre, roulé en forme de turban. La partie de ce bonnet qui fait le tour du cou sert en même temps pour voiler la bouche pendant la fraîcheur du soir. Une ceinture de velours brodé d’or serre le vêtement autour de la taille, et laisse voir les crosses, incrustées d’argent, de deux pistolets. Une giberne, non moins richement brodée d’or, renferme les cartouches, et à côté d’elle pend le cornet à poudre et une bourse à plomb. Ces armes, jointes à la barbe noire et à la figure martiale et halée du cavalier, ne permettent pas de douter que sous ce costume, d’une coquetterie presque féminine , se cache un guerrier redoutable. Une veste ouverte, de drap cramoisi, ornée de soie verte et de ganses d’or, laisse apercevoir ses manches fendues, à boutons ronds d’argent, à travers les plis d’un bernous de fine laine blanche qui couvre à flots presque tout le costume. Ce manteau capuchonné s’ouvre pardevant sur la poitrine, comme une chape de prêtre, et dans le combat les pans peuvent être rejetés sur les épaules, ce qui donne aux bras une entière liberté. Pardessus ce bernous blanc, il y en a un second de laine noire, plus épaisse et d’un tissu presque imperméable. Celui-ci est attaché par des agrafes de soie , montées en or et garnies de glands à houppes flottantes. Des culottes bleues, très-larges et serrées aux genoux ; de longs bas rouges et des bottines de cuir teint de la même couleur, auxquelles sont adaptées des broches en fer, de six à huit