ÉPILOGUE
restèrent sur le’ terrain ; tout le reste fut pris ! Le prince, aussi calme qu’intrépide, était au centre du mouvement, à la tête d’un seul escadron, dont il détachait des groupes successifs pour porter du renfort sur les points qu’il voyait résister. Sa générosité modéra l’entraînement des soldats, et sauva bien des victimes. Elle devait être immortalisée par notre peintre national. Horace Vernet a su choisir, dans cette belle journée, l’instant sublime où le duc d’Aumale suspend les coups de la victoire, et prend sous sa royale protection les femmes de la semalah qui implorent sa clémence pour les vaincus désarmés. Magnifique leçon d’humanité, dont le Prince Royal avait donné les premiers exemples, et qui rappelle ceux de l’antique chevalerie française !
Quand les populations prisonnières comptèrent nos escadrons, elles ne pouvaient croire à leur défaite. Vers quatre heures du soir, l’infanterie arriva, fatiguée, mais en bon ordre. Le lendemain, la colonne fit séjour pour rassembler les troupeaux et mettre le feu à tout le butin qu’il était impossible d’emporter. Le 18, elle se remit en route ; sa marche fut lente et difficile ; les étapes n’étaient marquées que par des sources que séparaient des journées de marche sous un ciel ardent ! Et il fallait, avec treize cents hommes, escorter trois mille prisonniers, un énorme convoi, le trésor de l’émir, ses tentes, ses drapeaux, ses canons, et se ménager encore une réserve en cas d’attaque !
Le lendemain, le général de Lamoricière, qui manoeuvrait sur les bords du Chéliff, apprit par quelques fuyards le désastre de la semalah et l’approche d’Abd-el-Kader avec les débris de ses partisans 11 se porta au devant de
lui avec sa cavalerie ; mais les vaincus, découragés, n’essayèrent pas même de se défendre, et se rendirent à discrétion. Quelques serviteurs dévoués firent feu sur ces lâches, et entraînèrent dans leur fuite l’émir désespéré, qui ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval.
Depuis cette époque, la puissance des Arabes est détruite ; et les derniers efforts de leur résistance ne se manifestent plus que par les petits épisodes d’une guerre de surprise, qui n’amènent que de loin en loin quelque engagement sérieux. Mais le génie d’Abd-el-Kader survit encore à sa fortune. Fier de sa généalogie , qu’il fait remonter jusqu’à l’origine de l’Islam, il réclame incessamment, comme un droit de parenté, la protection publique ou secrète de l'empereur de Maroc, qui prétend lui-même descendre d’Ali, gendre du prophète Mohammed. Le souverain de cette vaste contrée, qui touche aux frontières occidentales de l’Algérie, a voulu plus d’une fois revendiquer l’exercice d’anciennes prétentions sur une partie du territoire que nous avons conquis. Chef religieux des Musulmans d’Afrique, il rêve la réunion de tous les Arabes sous son autorité; et Abd-el-Kader exploite habilement cette ambition au profit de ses propres destinées. Le moment n’est peut-être pas éloigné où les armées françaises traverseront les ruines fumantes de Tanger et de Mogador (24) pour aller abattre, dans les remparts de Fez, (25), le dernier adversaire de la civilisation européenne.
Il sera beau de voir un jour la France, maîtresse des derniers refuges de la barbarie sur la Méditerranée , donner ce glorieux patrimoine à ceux de ses enfants qu’ont déshérités les hasards de la naissance et de la for-