‹ L'Algérie en 1844Chapitre 11 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

séduit les populations; ils épousent les filles du peuple vaincu, et se fondent ainsi dans la population en s unissant a elle par les liens si puissants du mariage et de la paternité.

Cependant celte fusion qui en effet avait gagné les plaines s'est arrêtée devant les montagnes et la nationalité kabyles. Aujonrd hui encore les Kabyles consentent rarement à donner leurs filles aux Arabes. *

Les deux invasions Berbères* de 1008 et 1130 n’eurent même pas la puissance d’opérer un rapprochement entre ces peuples de même origine. Le Kabyle résista à cette épreuve, et ces deux races sont encore distinctes.

Une seule cause les réunit à diverses époques : le besoin de résistance à l’étranger. Ainsi ils se réunirent contre les chrétiens dans le seizième siècle \ C’est pour les aider contre ces ennemis du

* la Domination turque, par M. Watsin Esterhazy, I8t0, p. 63. Ouvrage fort remarquable.

1 Les Espagnols sensés de cette époque voyaient avec peine les sacrifices que l'Espagne faisait pour continuer une occupation stérile. Cervantes, qui pendant plusieurs années avait fait la guerre aux barbaresques, et avait été ensuite en captivité chez eux, dit au sujet de la perle que fit l’Espagne en 1375 du fort de la Goulette, près Tunis : « Il parut à plusieurs, et il me parut à moi-méme, que ce fut une faveur et une grâce particulière que le ciel fit à l'Espagne en permettant la destruction de ce laboratoire et de ce repaire de crimes, de res larves, de cette éponge, de ce ver rongeur, d'autant d'argent dépensé sans fruit, sans servir à autre chose qu'à con-

moment qu’ils demandèrent l’appui des frères Aroudj et Krair-ed-Din, fondateurs du gouvernement turc à Alger.

Ce gouvernement établi, les indigènes furent en hostilité constante contre lui et lors de notre expédition de 1830 la haine qu’ils lui portaient favorisa dans quelques localités l’invasion française.

Aujourd'hui peut-on supposer que la guerre faite aux indigènes n’ait pas soulevé leur haine contre nous? Certes, les indigènes sont les alliés de nos ennemis futurs, quels que soient ces ennemis.

L’exemple de l’occupation romaine, si souvent occupation

, 1 . , 4 1 . . romaine.

invoque, aurait du nous instruire, et nous préserver d’une entreprise que Rome pouvait faire sans danger, mais qui est pleine de dangers pour la France.

Rome n’était pas moins forte que ne l’est la France aujourd’hui. Sa politique n’était pas menacée comme la nôtre par une coalition ennemie, car alors elle n’avait pas de rivale dans le monde.

A cette époque la religion de ces deux peuples n’était pas pour eux une cause d’éloignement invincible. Les Africains n'avaient pas, comme les Arabes de nos jours, une religion ardente , et la

server le souvenir que ce fort avait été pris par l'invincible Charles V. » Don Quixote, t. II, p. 2üo, édit, de Madrid, 1780.

1 Voir l’ouvrage cité de M. Esterhazy.

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