‹ L'Algérie en 1844Chapitre 12 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tolérance des Romains, avait élevé aux dieux inconnus un autel sur lequel pouvaient sacrifier les Africains.

Rome cependant mit deux cent quarante ans à réduire l’Afrique à l’état de province sujette et tributaire', employant à cette œuvre ses plus habiles généraux.

Mais « il y a une chimère que Rome n’a jamais possédée, je veux dire cette Afrique tranquille et calme que nous rêvons impatiemment. La révolte de Tacfarinas, sous Tibère, a cela de curieux qu’elle éclata au moment où la puissance romaine semblait le plus affermie.

» Tacfarinas, quoique vaincu, reparut bientôt, évitant le combat, fuyant quand il était attaqué, attaquant quand les Romains rentraient dans leurs camps fortifiés. Il y avait déjà à Rome, dit Tacite, trois statues couronnées de lauriers en mémoire de nos victoires en Afrique , et cependant Tacfarinas ravageait encore les provinces*. »

C’est ainsi que M. Saint-Marc Girardin, dont les sympathies pour l’Afrique sont bien vives, apprécie les difficultés qu’éprouvèrent les Romains et les vicissitudes de leur occupation.

M. le général Duvivier, consultant l’histoire,

1 Recherches historiques par une commission de l'Académie, p. I.

3 Revue des Deux Mondes, 1841, l. XXVI, p. 408.

et interrogeant pendant son séjour en Afrique les ruines que les Romains y ont laissées, pense aussi que l’occupation romaine ne fut jamais accompagnée de sécurité; qu’à toutes les époques elle fut précaire, qu’il n’y eut jamais de fusion entre les Romains et la population indigène *.

Aujourd’hui les divers peuples du littoral de la Méditerranée ayant de l’analogie avec l’Algérie présentent la même résistance au dominateur étranger. Cette résistance existe même lorsque ce dominateur est coreligionnaire.

L’empereur de Maroc est de race arabe; il est éuu bubale chef de la religion. Son autorité, faible par- cqucs tout , est méconnue dans cette partie de l’empire qui s’étend dans les montagnes de l’Atlas.

Les Turcs, maîtres du pouvoir à Tunis et à Tripoli, qu’ils reconnaissent ou ne reconnaissent pas l’autorité du Grand-Seigneur, n’obtiennent pas l’assentiment des Arabes et sont toujours obligés de leur faire la guerre pour en obtenir le tribut.

En Syrie, les Turcs n’ont jamais régné sur la sjrie. montagne que par leur action politique; le séjour même de la montagne dans le Liban leur était interdit. C était en profitant de la diversité des religions et des intérêts que les Turcs, opposant

1 Recherches sur la portion de l’Algérie au sud de Guelma, 1841, p. CO, 61.

CIIAPITBE II.

Les Russes dans

le Caucase.

les unes aux autres les populations diverses de la Syrie, ont pu maintenir dans les campagnes une autorité plus nominale que réelle; ils n habitent que les villes.— La venue des Égyptiens fut agréée par les populations en haine des Turcs. Mais ces nouveaux dominateurs devinrent bientôt l’objet de cette haine, et à l’approche des Européens en 1840, ils virent tous les indigènes se soulever contre eux .

La seule entreprise à laquelle la nôtre puisse être comparée est celle tentée par les Russes dans le Caucase.

Les Russes ont autant d’intérêt à occuper le Caucase que nous en avons peu à occuper l’Afrique.

Du Caucase ils peuvent étendre leur influence sur l’Asie-Mineure, et par là augmenter encore celle qu'ils ont à Constantinople.

Le Caucase confine à la Perse et à la mer Caspienne; il assure aux Russes, déjà maîtres de cette mer, une influence incontestable sur la Perse et l’Asie centrale, où leur politique est en rivalité avec la politique anglaise. Ils ne peuvent négliger un pays qui, comme la Géorgie, pourrait être pour une armée russe une bonne base d’opération militaire.

Et avant tout, même en négligeant ces considérations de politique étrangère, le Caucase est pour l’empire russe une frontière inexpugnable;

OCCUPATION. 19

sous ce rapport c’est une question de territoire et de force intérieure.

La Russie est maîtresse de la mer ‘Noire; une courte traversée conduit ses vaisseaux de Sébastopol à Anapa. En cas de guerre européenne, elle peut ramener des troupes ainsi qu’elle a fait en -1812. Nous ne sommes pas maîtres de la Méditerranée, et en cas de guerre maritime nous ne pourrions pas ramener nos soldats; nous en avons fait une triste épreuve en Égypte après la capitulation d'El Arich.

La Russie perdit-elle l'empire sur la mer Noire, communiquerait avec ses possessions caucasiennes par terre en traversant le Don.

Enfin le Caucase est pour la Russie une province de l’empire comme l'Alsace est une province pour la France.

La religion des peuples du Caucase n’est pas pour les Russes un obstacle invincible, ainsi que l’est. pour nous le fanatisme des Arabes; les tribus des hautes montagnes du Caucase n’ont pas de religion proprement dite, leur superstition est un mélange de christianisme et de mahométisme. Plusieurs des provinces au sud du Caucase sont habitées par des chrétiens du rite grec et arménien '.

La constitution sociale de ces peuples ressemble

1 Tableau du Caucase, par Klaprolb, p. 94 et 108.

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