‹ L'Algérie en 1844Chapitre 13 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

beaucoup à celle des habitants de l’Algérie, surtout à celle des Kabyles. Les tribus hostiles entre elles Munissent contre l’étranger; alors la haine commune fait taire les rivalités et les intérêts, et fait reconnaître pour chef celui qui peut mieux la servir. Chamyl joue aujourd’hui dans le Daghestan le rôle qu Abd-el-Kader joue en A frique.

On nous recommande la persévérance dans notre entreprise d'Afrique. Voyons le résultat de la persévérance des Russes dans leur entreprise du Caucase.

La première expédition des Russes dans le Caucase est celle que Pierre le Grand fit en 1 722, a la tète de 100,000 hommes, et à la suite de laquelle il se fit céder par la Perse le Daghestan et autres provinces riveraines de la mer Caspienne. Depuis lors la Russie ne cessa pas d’intervenir, soit dans les tribus indépendantes, soit en Géorgie, tantôt par la force des armes, tantôt sous le manteau du protectorat, jusqu’au moment ou les traités' avec la Perse et la Porte lui eurent cédé le territoire aujourd’hui réuni à l’empire.

Cette situation diplomatique de la Russie vis-îtvis des peuples indépendants du Caucase est contestée par des intérêts européens*. Elle est contestée par ces peuples eux-mêmes, qui ne com-

• Traité de Bagdad. Déclaration de l'empereur de 1801. Traités de Gulistan, Turkmantschaï, Andrinople.

‘1 Port Folio, t. V, p. 03.

OCCUPATION

prennent pas que ceux qui n’avaient jamais pu exercer aucune autorité sur eux aient pu disposer de leur liberté et de leur nationalité

Au-dessus de ces traités se trouve la puissance d’un peuple qui veut conserver son indépendance. La Russie en appelle à la force; le peuple du Caucase en appelle aussi à la force, et cette force est doublée par les sentiments généreux qui font vivre les nations. Les traités n’ont pas pu changer la nature des choses; nous allons voir que dans cette lutte de l’indépendance contre le despotisme les Russes ont toujours échoué devant les habitants du Caucase.

Ici se retrouve l’application de ce que nous avons dit plus haut, de l’influence de la nature du sol sur la destinée- des peuples. La Géorgie et les autres provinces du sud, pays plus ouverts et plus accessibles, sont assez calmes; leurs populations n’ayant pas les mêmes moyens de résistance que la population des montagnes, ont souvent changé de maîtres. Leur secrète pensée est toujours l’indépendance; mais plus facilement attaquables par les Russes, elles furent plus facilement comprimées.

Quant au Caucase proprement dit, il est complètement insoumis.

Klaproth divisé ainsi la population : à l’orient ,

Ibidem, 1. I, n ■ 4.

Page 1