‹ L'Algérie en 1844Chapitre 15 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Vers cette époque, les Russes, voyant que l’occupation par points fixes, loin de calmer les Caucasiens, n’avait d’autre résultat que de les soulever et de susciter une lutte continuelle, entreprirent de porter la guerre au centre de leurs tribus. Cette guerre fut faite comme celle que nous faisons en Afrique , aux hommes quand on pouvait les atteindre, et à leur défaut au bétail, aux habitations, aux moissons.

Ce fut la période du système d’expéditions. Pendant longtemps les bulletins pompeux, qui allaient chercher à Saint-Pétersbourg des grades et des décorations, imposèrent à quelques-uns. Les généraux, pour captiver la faveur du czar, proclamaient la soumission des tribus. Cependant aucune soumission n’avait lieu, la guerre seule régnait sur ce malheureux pays , dévorant les oppresseurs et donnant aux nationaux une énergie nouvelle. Les Circassiens de Notguhatch, en réponse à une proclamation du général Ilajewski, lui écrivent en septembre 1838 : « Depuis douze ans vous A'ouS vantez d’ètre le maître et le conquérant de ce pays, et vous mentez ; toujours vous répétez : Ma domination s’étend sur ce pays; je le tiens en respect par les forts que j’y ai élevés. Prenez-v garde! ces faussetés pourront plus tard être connues, et votre honneur en souffrira. Dieu sait que, quelque chose que vous fassiez, nous de deviendrons jamais vos sujets. Avec l’aide du Roi

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des rois, nous pourrons vous résister; tous nous y passerons dans cette guerre à mort jusqu’au dernier. »

Et les Caucasiens tenaient parole. De la mer Noire à la Caspienne, les Cireassiens et les Lesghi combattaient leurs oppresseurs, le plus souvent avec succès ; de nombreux détachements russes avaient péri; Kasi-Mollah et Chamyl, prophètes belliqueux, soulevaient les populations. La guerre sainte était proclamée. Le mahométisme faisait des progrès en haine des Russes et de leur religion *.

En 1 840 , la soumission était plus éloignée que jamais.

M. le comte de Suzannet, qui voyageait dans le Caucase à cette époque , rapporte que les employés du gouvernement, qui en 1835 lui paraissaient sûrs d’arriver à une pacification complète, étaient découragés. Presque tous maudissaient le jour où la Russie avait franchi la ligne du Caucase. « Dans une conversation avec le général Golawine (gouverneur général), je fus étonné , dit-il , de voir qu’il croyait, comme moi, impossible d’arriver à une pacification complète du Daghestan et de la Circassie sans avoir détruit toute la population existante1 2. »

1 Voyage de 31. le comte de Suzannet dam le Caucase en 1840.

2 Ibidem.

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