CHAPITRE II
Et aussitôt nous décréions une expédition de deux mille ou trois mille hommes chargés de cette conquête pacifique et coloniale.
El Aghouat est divisé en deux familles qui sont depuis un temps immémorial dans un état d’hostilité sans cesse renaissant. Les collisions sanglantes auxquelles celte situation donne lieu ont engagé les deux partis à élever dans la ville même un mur de séparation, dont la porte se ferme en temps de guerre et s’ouvre en temps de paix. Nous venons de prendre parti pour les Helaf, qui habitent le quartier de l’est, contre les Ouled-Serghin, qui habitent le quartier de l’ouest1.
A el Aghouat comme à Tuggurt, il y a probablement quelque gouvernement en perspective.
Si nous progressons ainsi d’oasis en oasis, je ne sais où nous nous arrêterons : le Moniteur algérien nous dit que nous ne devons pas laisser échapper la moindre occasion d’étendre notre domination aussi loin et aussi longtemps que nous trou- ' verons de nouvelles peuplades à soumettre , et que le désert est couvert de villes et de tribus nomades jusqu à 200 et 250 lieues de la côte.
1 Celle notice esl tirée du journal l’Algérie, publié à Paris; journal très-bien fait. Nous sommes loin de partager ses opinions et ses espérances ; mais cet organe de la presse traite bien et sciemment les affaires d'Afrique : il est à lire et à méditer par tous ceux qui s'occupent de cette question.
OCCUPATION
Le journal officiel voit, déjà arrivera Alger des caravanes apportant les produits de Tombouctou
Ce n’est pas seulement en Afrique que l’on Tombouctou, ressent les effets d’un semblable mirage. Dans la commission M. le maréchal Soult nous ayant conduits jusqu’à Tuggurt et el Aghouat, nous a montré de loin la mystérieuse Tombouctou et l'avenir commercial qu’elle renferme. La commission n'a pas accepté les espérances de M. le maréchal. Nous parlerons de ce prétendu commerce au chapitre VIII.
Au premier pas que nous faisons dans le désert, nous voyons que les intérêts s’agitent pour exploiter notre force et notre puissance. Nul doute que nous n’ayons pour amis ceux qui voudront s’appuyer sur notre force; nul doute que si nous pouvions rendre la puissance à l’empereur de Maroc, il ne s’adressât aussi à nous pour lui venir en aide contre ses ennemis et contre ses sujets.
Mais la France peut-elle ainsi gaspiller ses finances et ses armées ?
C’était avec grande raison que lord Chesterfield disait à son fils, en l’envoyant étudier la politique dans les cours de l’Europe : « Allez, mon fils, el vous verrez par qui les affaires sont conduites ! »
1 Mvniteur algérien du 20 avril 1844.