CHAPITRE II
Revenons du désert aux portes d’Alger.
Djerdjera. Jusqu’à présent nousavions respecté la Kabylie,
Boug»e- ^ j çst (je ja provjnce d’Alger jusqu'à
Bougie. Elle est assise sur les montagnes du Djerdjera, et composée de populations originaires du pays qui jamais ne furent soumises à aucun des conquérants qui passèrent sur l’Afrique. L’expérience que nous avons faite à Bougie de la persistance et de l’énergie de ces populations devait nous garantir de la faute d’entamer le centre d’un pays dont l’occupation côtière nous avait été si douloureuse.
On se rappelle que le général qui s’empara de Bougie en 1833 disait à ses soldats que leur mission était plus agricole que guerrière, qu’ils auraient plus souvent à manier la pioche et la bêche que le fusil1. Ces malheureuses victimes de l’ambition de quelques hommes se servent en effet de la pioche et de la pelle; mais c’est pour fouiller cet immense cimetière qui chaque jour engloutit nos soldats. Dès 1836 le général d’Erlon, ancien gouverneur d’Alger, demandait l’évacuation de Bougie, qui en trois ans avait dévoré 3,000 hommes et 7 million^2. Huit ans écoulés depuis ont agrandi notre occupation de Bougie
1 Annales algériennes, t. II, p. 93.
2 Opinion du comte d'Erlon sur ce qu'il convient de faire d Alger, 1830. p. 8.
seulement du terrain que notre cimetière a conquis. Bougie n’est qu’un ossuaire français.
Cette expérience avait dû faire fléchir l’ambition des conquérants du jour : leurs projets avaient été ajournés.
Le Moniteur algérien du 1er mars 1844 témoignait que l’on ne pensait pas à porter la guerre chez les Kabyles , et disait que si ces fiers montagnards ne nous sont pas soumis , du moins ils ne nous sont pas hostiles; ils fréquentent nos marchés et n’aspirent qu’à conserver leur indépendance, qu’ils croient garantie par les forteresses naturelles que forment leurs âpres montagnes. Le Moniteur du 30 démentait les projets d’expédition dans les termes suivants : « Pour éclairer le public de bonne foi, nous devons dire que les projets d’exécution dans les montagnes de Bougie n’ont jamais existé. »
Voilà la vérité officielle publique.
Voici maintenant la vérité officielle particulière.
Par sa lettre à la commission de crédits extraordinaires, du 3 mars 1844, le maréchalt Soult, au nombre des raisons qui militent en faveur de la demande de 15,000 hommes pour l’Afrique, indique « la nécessité de faire des démonstrations parmi les populations kabvles qui entourent le Djerdjera, et qui, plus guerrières que le reste des tribus arabes, sont plus difficiles à dompter et seront plus longtemps remuantes. »