CHAPITRE II
La commission , pour fixer son opinion entre les deux opinions contraires du ministre et du gouverneur, demandedenouvellesexplications; le ministre répond que l’expédition a été déterminée par la nécessité de ranger dans le nombre des tribus qui payent l’impôt toutes celles qui le payaient au gouvernement turc, et que le moyen de domination à appliquer après l’expédition sera le gouvernement exercé par des chefs indigènes nommés par nous, agissant sous notre autorité, surveillés et appuyés au besoin par nos troupes, et chargés de recueillir l'impôt à notre profit.
M. le maréchal Sonll reproduit à la commis-' sion ces diverses considérations, et ajoute que M. le maréchal Bugeaud doit se présenter à ces populations d’une manière pacifique; il espère que ce sera une campagne organisatrice du pays et non une expédition de guerre 1 , et cependant il pense qu’il sera nécessaire de faire une route de Setifà Bougie2.
Pendant ce temps les préparatifs s’étaient faits, et le Moniteur algérien du 14 avril, oubliant cé qu’il a dit le 1er et le 30 mars, publie la proclamation aux Kabyles où l’on voit cette phrase étrange :
« Soumettez-vous à la France, et il ne vous serti
1 Séance de la commission du 9 avril 1844. 1 Séance du 7 niai.
OCCUPATION
l'ait aucun mal. Dans le cas contraire, j’entrerai dans vos montagnes, je brûlerai vos villages et vos maisons, je couperai les arbres fruitiers. »
L'expédition est partie d’Alger le 19 avril, et se trouve aujourd’hui aux prises avec les populations qui devaient compter sur nos protestations des 1 cr et 30 mars.
Quelle est donc la vérité de notre situai ion en Afrique ?
Les Arabes sont-ils soumis?
Nous pesons sur l’Afrique, ainsi que nous l’avons dit, avec une force de 90,000 hommes. Notre armée augmente tous les jours en nombre, et est tenue à niveau constant au moyen de détachements qui viennent remplacer les vides faits par la mort dans les hôpitaux. Quelle serait la nation européenne qui ne serait pas comprimée si on employait contre elle, et proportionnellement à ses moyens de résistance, la force que nous employons contre les Arabes? Mais cette nation pour être comprimée serait-elle soumise? et le jour où la force de compression diminuerait, la nationalité ne ferait-elle pas explosion ?
Il n y a pas de soumission de la part des Arabes, il y a seulement compression par la force française supérieure à la résistance arabe.
Il Y a haine au fond des cœurs; haine justifiée par les malheurs que nous avons accumulés sur cette terre désolée.
Los Arabes que nous avous combattus sont-ils soumis?
Ils sont comprimes-
Leur extermination.