CHAPITRE llî
de disposer du territoire de grande culture 1 : elles ajoutent que nous avons conquis dans l’Algérie un pays où il n’existe en réalité que des biens nationaux disponibles, et que le gouvernement français est à cet égard en possession de tous les droits et de tous les pouvoirs dont celui des Turcs était dépositaire2.
M. le maréchal Bugeaud n’a pas vu de même; il pense que la propriété est constituée en Afrique à peu près comme en France. Et en admettant que celui à qui Dieu a donné la victoire soit le propriétaire du sol, il ajoute que les difficultés d’exercer ce droit ne seront pas moins grandes. Il signale 1 impossibilité d’opérer la spoliation de ces fiers indigènes dont nos théoriciens de France , dit-il , n’ont aucune connaissance 3.
Le gouvernement n’adopte pas non plus ces théories : il prépare une ordonnance qui consacre la propriété indigène.
Cette propriété, comme en France, appartient, soit à des particuliers, soit à des tribus qui jouissent en commun, soit à l'état qui se trouve aujourd hui substitué aux droits de l’ancien Beylik.
Cette question de propriété éclaircie , quelle est aujourd’hui la valeur du sol ?
1 De la propriété rurale et urbaine en Algérie, par M. le docteur Worms, p. 17 et 18.
2 L’Algérie, par le baron Baude. t. H, p. 394.
5 Rapport de M. le maréchal Bugeaud, du 15 janvier 1844.
Nous avons rapporté ailleurs les différentes opinions sur la faculté productive actuelle de l’Algérie M. le maréchal Bugeaud en avait fait un tableau bien peu flatteur dans le mémoire qu il publia en 1838. Depuis il a déclaré qu’il avait été trop absolu dans son opinion, que certaines contrées sont fertiles.
Mais une chose n’a pas changé, depuis qu’il l’avait si bien constatée, et avec la sagacité d’un cultivateur praticien ayant mémoire des séche- * resses qui ont souvent arrêté ses travaux : c’est la mauvaise répartition des pluies pendant l’année. « Pendant les chaleurs, c’est-à-dire depuis le 15 mai jusqu’à la fin d’octobre, les terres fortes, en général, se durcissent, se crevassent à tel point que toute végétation cesse et que les instruments les plus perfectionnés ne pourraient y tracer un sillon; dès lors, les cultures sarclées et successives, les assolements raisonnés qui ne laissent jamais la terre découverte et qui seuls peuvent payer les frais et donner une grande valeur au sol, y sont impossibles, excepté sur les très-petites surfaces que l’on pourrait arroser. Malheureusement, aux époques où nrsigationserait nécessaire, ces rivières ont si peu d’eau qu’à peine elles peuvent arroser quelques arpents; on est donc contraint de se borner, en général, à semer du grain
1 Question d'Alger, p. 127.