‹ L'Algérie en 1844Chapitre 5 sur 108 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Opinion

publique.

Trompe par particuliers.

Trompée par le gouvernernemeut.

mente, chaque jour l’Afrique étend sur le pays sa funeste influence.

A tous les raisonnements , à l’expérience des siècles, on fait une seule réponse : l’opinion publique le veut.

L’opinion publique n’a-t-elle pas souvent été l’expression d’une erreur? et lorsqu’on voit les moyens employés pour la tromper, lorsque d’une part la cupidité et l’ambition des individus entraînent le pays dans une voie funeste, et que de l’autre le gouvernement, qui sait la vérité, accrédite et propage l'erreur, c’est un devoir d’éclairer le pays.

M. Thiers disait en 1 837 : « La vérité n’était pas facile à faire entendre; eh bien, aujourd’hui, je me suis imposé le devoir de dire toute la vérité... En montant à cette tribune, j’ai eu l’intention de bien avertir la chambre de la gravité de cette entreprise, de bien l’avertir de l’ignorance dans laquelle elle avait vécu d’une partie de la vérité1 2.» M. Bresson, intendant civil d’Alger, ajoutait : « Jamais les cabinets n’ont osé avouer à la chambre tous les sacrifices qui étaient à faire, et cela parce qu’ils ne l ont pas trouvé bien encourageant1. »

Le gouvernement trouve dans l’affaire d’A-

1 Discours à la chambre des députés. Moniteur du 22 avril 1837.

2 Discours à la même chambre. Même Moniteur.

fïiquc les moyens de colorer des faveurs, de satisfaire nombre d'ambitions militaires, et d’ouvrir de larges espérances à un grand nombre d’ambitions civiles qui spéculent d’avance sur le gouvernement civil qu’elles ont en perspective.

Les calculs du gouvernement et la chaleureuse persistance de l’intérêt privé ont ainsi concouru à abuser le pays et à entretenir des espérances trompeuses.

On a promis une conquête facile qui demandait peu de temps et peu de troupes.

On a promis à la population française les avantages d’un pays nouveau, qui devait être pour les malheureux une heureuse patrie.

On a promis au commerce de nouveaux débouchés et à la marine une navigation nouvelle. D’Alger nous devions dominer le commerce des Indes.

On faisait brillera nos yeux l’image dorée d’une colonie prospère.

Nous appelions à la civilisation des peuples barbares et au christianisme une nation d’infidèles.

Confiante en ces promesses, l’opinion publique avait raison de vouloir ce qui devait apporter à la France honneur, gloire, puissance et richesse.

Si on avait laissé percer la vérité, l’opinion publique aurait repoussé une chimère si fatale au pays.

Pour nous, qui avons vu l’erreur se produire, qui connaissons les passions et les intérêts de ceux

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