‹ L'Algérie en 1844Chapitre 8 sur 108 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Occupation

Quoi qu’il en soit, le système d’occupation maritime n’ayant pas prévalu, et l’Européen ayant mis le pied en maître sur le sol arabe, nous étions fatalement entraînés à occuper tout le pays.

On ne se rendait pas compte de cette fatale conresireinte. séqUence> 0u, pour mieux dire, on ne voulait pas l’avouer ; de là vint l’idée d’occupation restreinte : idée fausse dont les événements firent constamment justice. Les succès et les revers nous portaient également en avant.

Nous étions donc amenés forcément à l’occu-

Occupation ^

générale, patim générale.

„ . , Les spéculateurs en toutes choses qui exploitent

Sp«cululourt. * 1 1

l’Afrique 1 ont emporté. Le champ est vaste aujourd’hui; quoique infertile, ils le cultiveront : ils savent que c’est la France qui les payera.

Ils ont eu pour appui les faiseurs du jour, qui trop souvent touchent aux affaires du pays.

Nous voudrions que ces habiles expérimentateurs voulussent bien mettre en jeu leur personne ou leur fortune^ mais ils sont beaucoup plus prudents. C’est la personne et la fortune des autres qu’ils désignent hautainement à ces expériences, se réservant pour eux les places et les honneurs.

Humanitaire! H* ont eu pour appui les gens honnêtes qui se providentiel!, croyent initiés aux secrets de la Providence, et ces gens orgueilleux qui décident du sort à venir de l’humanité, ceux dont Broussais disait: «Ce qu’ils

ne peuvent apprendre dans les classiques encore très-peu nombreux de leur école, ils sont sûrs de le trouver dans leur conscience , en se recueillant, fermant les yeux, s’éloignant du bruit, et s’écoutant penser. C’est quand ils sont parvenus à ce haut degré de perfection que leur visage se compose, que leur front s’élève, que leur expression devient superbe, et qu’ils ont l’intime conviction que leur intelligence est infiniment supérieure à celle des personnes qui leur disent avec un air de surprise : Je ne vous comprends pas'. » Ils ont eu pour appui les fatalistes, qui se confient à V instinct des peuples. En 1838 ils nous avaient dit que dans la vie des nations comme dans celle des hommes tout n’est pas calcul ; on cède à de grands et louables instincts... C'est ce noble instinct qui , malgré les dépenses trop souvent inutiles, des fautes commises, des désastres éprouvés, attache vivement la France à la possession d’Alger 1 2. En 1 843 ils nous répètent que ce fut par un instinct d’avenir que le gouvernement de juillet accepta l’héritage de l’Afrique, que ce fut le même instinct qui nous y attacha après la conquête : un instinct général a de tout temps poussé les hommes à se transporter hors de leur pays 3.

1 De V Irritation et de la Folie, préface.

2 Rapport de M. Dufaure, du 29 mars 1838.

3 Rapport de M. Vatout, du 13 mai 1843.

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