‹ L'Algérie en 1844Chapitre 85 sur 108 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

PUISSANCE DU PAYS

Domination et puissance. — Pologne. — Le Caboul. — Irlande. —

Camp de Boulogne. — Alger affaiblit la France. — Affaires d’Espagne. — Du Luxembourg. — 15 juillet 1840. — Opinion de lord Palmerston. — Du général Duvivier. — De M. Jaubert.

La tribune et la presse ont trop souvent répété qu’Alger augmentait ia puissance politique de la France. 11 était cependant dillicile de concevoir comment une entreprise qui devait absorber une armée de 80,000 hommes et dévorer 1 00 millions par an, sans aucune compensation possible, pouvait augmenter notre force.

La domination qu’un peuple veut établir sur Domiuation

> y i • et puissance.

un autre peuple n accroît pas toujours la puissance du peuple conquérant.

La Russie n’est-elle pas entravée par la posses- . Pologne, sion de la Pologne? M. Thiers disait à ce sujet :

« Vous savez quelle est l’immense raison qui re¬

tient dans la paix le cabinet qui a le moins à craindre de la guerre, le cabinet russe : c’est l’état de la Pologne; c’est qu’il est occupé d’une œuvre grave et difficile, c’est de s’assimiler la Pologne'. »

1 Discours de M. Thiers, du 22 janvier 1844. Moniteur, p. 129.

CUÀPITRK XI.

Le caboui. L’Angleterre avait-elle fait preuve de sagesse

en intervenant dans le Caboul? Elle y était entrée en 1839 avec un parti pour l’y soutenir, avec une armée dont les officiers et les soldats avaient l’habitude de climats plus difficiles. En 1842, cette armée disparaît, étouffée par la nationalité afghane. L’Angleterre avait dépensé 500 millions , et trouva sage de ne pas continuer. Ses ennemis devaient désirer qu’elle persistât.

Irlande. Est-elle plus heureuse avec l’Irlande? O’Connel rappelle à ce malheureux pays que l’Angleterre ne lui a jamais fait de concessions qu’à l’heure du danger, que l’Angleterre n’est en mesure avec aucune puissance, et qu’elle ne pourrait faire la guerre à la France ou aux États-Unis, si l’Irlande restait en proie au mécontentement qui régne depuis si longtemps1. Dans ses discours, O’Connel soulève la haine des Irlandais contre les Saxons, lord Brougham répond de la chambre des lords que le Celle a bien peu de sagesse s’il pense s’attirer ainsi l’argent du Saxon2. *

L’armée occupée à maintenir l’Irlande donnet-elle beaucoup d’appui à la politique de l’Angleterre ? Et quel serait le Français qui, en cas de guerre avec cette puissance, ne lui souhaiterait deux Irlandes au lieu d’une ?

1 Discours d’Oconncl, prononcé à Dublin, le 20 mars 1841. * Discours du 8 août 1843.

PUISSANCE I>ü PAYS.

A l’époque du camp de Boulogne, lorsque nous c*mp .ic

1 „ . . ■■ Boulogne.

menacions 1 Angleterre d une invasion, elle sentit vivement l’éloignement des trou|>es occupées en Irlande et dans ses colonies. Pitt s'écriait alors :

« Si nous avions nos garnisons du littoral nous serions forts. » Sir Henry Parnell, naguère encore ministre, écrivait : « Dajis la dernière guerre nos moyens de défense étaient grandement restreints par l’obligation où nous nous trouvions d’entretenir dans les colonies une force navale imposante »

Et cependant la position insulaire de l’Angleterre ne lui fait pas, en temps de guerre, la position critique que nous fait notre position continentale ; les armées qu’elle entretient au dehors pour ses possessions coloniales sont moins considérables que les nôtres. L’Inde n occupe que 31 ,000 hommes de troupes européennes , payées sur les revenus de l’Inde; et l’Angleterre pour toutes ses autres possessions n’entretient tpi®

25,000 hommes*. Tandis que pour nos chétives possessions , nous employons actuellement en troupes françaises 85,248 hommes , dont 76,744 à Alger et 8,504 dans nos anciennes colonies.

Ces exemples si frappants étaient perdus pour Mger^ouit

1 Réforme financière d’Angleterre, p. 216.

* Slatistics of the Colonies of the britisk Empire, by Robert Montgomery Martin. London, 1839.

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