CHAPITRE XI
nous. Il a fallu que trois événements politiques vinssent compromettre la France pour constater l’alïaiblissement que lui cause l'Afrique. d’E^nasnt « Lors des affaires d Espagne et des événements
bon,,, du Luxembourg, nos armees se trouvaient affaiblies par notre occupation d’Afrique. Les ministres et les rapports des commissions en faisaient le triste aveu à la tribune. Nous avons déjà rappelé ces pénibles circonstances '.
juillet^ 840 troisième fait se rapporte aux événements
de 1 840.
M. Thiers, qui était alors président du conseil, avait dit à la tribune en 1837: « Si la guerre vient vous surprendre dans l’état d’indécision où vous r êtes, dans l’état de demi-mesure , je dis qu’il faudra évacuer honteusement l’Afrique. » Il ajoutait qu’il fallait proliter de la paix pour nous y établir solidement. M. Thiers ne pouvait ignorer l’énormité de l’entreprise et ne pouvait compter sur une paix qu’il aurait fallu assurer pour cent ans. Aussi lorsque, trois ans après, la guerre devenait imminente et venait le saisir au ministère, M. Thiers dut bien regretter nos 70,000 hommes compromis par delà les mers.
Le ministère eut la pensée qu’il pourrait prélever 40,000 sur les 70,000 qui étaient en Afrique. Mais cela était impossible.
1 L'Algérie en 1838, p toi.
PUISSANCE ï>r PAYS.
Sur les 70,000 hommes , on en aurait à peine trouvé 40,000 bien portants, et si on avait retiré les 40,000 valides, on aurait abandonné à la vengeance des Arabes les malades ou convalescents et une population européenne de 20,000 âmes. 11 aurait donc fallu retirer tout le monde , c’est-àdire 90,000 âmes, et pour cela avoir trois mois de paix et la disposition do notre marine. Ce qu’on aurait fait, le voici , et voici ce qui serait arrivé : — On aurait retiré 15 ou 20,000 seulement^ les autres seraient restés sans vivres et sans munitions entre l'acharnement des Arabes et les flottes ennemies.
Nous savons tous quelle était la perplexité des ministres du 1er mars, et nous concevons qu’ils aient hésité à lancer la France dans une guerre générale, dont le premier drame eût été la perte de 70,000 hommes de nos meilleures troupes.
Ce n’était pas seulement l'armée de terre qui manquait à la France; sa marine était paralysée par notre position en Afrique. Deux ministres du 1er mars s’en sont expliqué à la tribune : M. Pelet de la Lozère disait à la chambre des pairs , pour justifier le rappel à Toulon de notre flotte qui était à Alexandrie, « qu’onavait une armée à Alger pour laquelle la flotte pouvait être nécessaire s’il était besoin de l’en faire revenir1. » M. Jaubert ajou-
1 Discours du 18 novembre 1840.