DE L ARMÉE D’AFRIQUE
Effectif croissant. — Déceptions — Recrutement nécessaire. — Mortalité.
Effectif Dans le principe, le maréchal .Clauzel ne décroissant. x 1
mandait que 10,000 hommes pour fonder une riche et puissante colonie x.
En i836, M. Thiers, président du conseil, et les maréchaux Clauzel et Maison avaient conçu un plan de domination générale et absolue pour l’exécution duquel ils ne demandaient que 3o,ooo hommes de troupes régulières et 5, 000 indigènes irréguliers 1 2.
En 1837, M. le maréchal Bugeaud disait à la chambre qu’avec 45, 000 hommes et une campagne bien faite on pouvait arriver en six mois à la pacification, et qu’alors on pourrait réduire l’armée à 20,000 hommes qui ne coûteraient rien à la France, étant payés sur les impôts du pays 3.
En i838, M. Dufaure trouvait considérable l’effectif de 48,000 hommes : il l’accordait néan-
1 Observations du maréchal Clauzel , 1831, p. 9 et 10.
2 Instructions communiquées à la commission des crédits extraordinaires de 1837.
3 Moniteur 1 1837, p. 140.
t)E L’ARMÉE d’ AFRIQUE. 9
moins , et espérait que la paix permettrait de le réduire *.
Nous sommes à quinze ans [des promesses de Déception*. M. Clauzel , à dix ans des appréciations de M. Thiers, à neuf ans des calculs de M. Bugeaud, à huit ans des espérances de M. Dufaure. La commission du budget « déplore une situation qui nous condamne à avoir une armée de plus de 1 00,000 hommes sur cette terre d’Afrique 2. » Les Arabes sont loin d’être soumis, la colonisation n’est pas commencée, M. Bugeaud proclame en toute occasion qu’il faudra pour occuper l’Afrique une armée aussi forte que celle qui a été nécessaire pour la conquérir. Le général de Lamoricière répète avec le maréchal Bugeaud que nous serons obligés pour bien longtemps, sinon pour toujours, à maintenir dans la colonie une armée à peu près égale à celle qu’on a dû employer jusqu’ici dans la lutte 3.
Nous sommes donc condamnés, au dire des plus experts, à entretenir indéfiniment en Afrique une armée de 100,000 hommes.
Pour entretenir 100,000 hommes en Afrique, Recrutement
Ür . 1 , nécessaire.
raut chaque année :
i° Le temps de service étant de sept ans, remplacer les jeunes gens qui rentrent dans
‘ Rapport du 29 mai, p. 24.
2 Rapport de M. Bignon du 15 avril 1846, p. 237.
3 Moniteur algérien du 4 juin 1845.
ÏO CHAPITRE ÎÏ.
leurs foyers, c’est-à-dire, le septième de l’effectif. . * . i4,a85
Mortalité. 2° Remplacer ceux qui périssent des maladies d’Afrique. Certaines années présentent une énorme mortalité. Ainsi, en 1 8/jo, sur un effectif de 63,ooo hommes, nous avons perdu dans les hôpitaux d’Afrique 9,567 hommes : et en comptant ceux qui ont péri dans les hôpitaux de France et dans leurs familles, les pertes ont dû s’élèvera plus de 11,000.
Toute l’armée était entrée aux hôpitaux une fois et un tiers r. Le chiffre le plus modéré que l’on puisse porter pour un
effectif de 100,000 hommes est de . 6,000
Recrutement annuel . 20,285
Nous ne parlerons pas des morts pour faits de guerre : leur nombre est peu considérable. Nous avons perdu sur le champ de bataille pendant les dix premières années :
i4o hommes par an1 2;