I.tu
l’ai (lit, eu entrant à Tunis — rliaqne regard a sa portée particulière, ses secrets, ses prédilections et ses moyens d’apercevoir ce qui se voile à d’autres vues.
Pour contempler le golfe d’Alger dans tout l’appareil de ses magnincenccs, et comprendre ce splendide panorama dans tous ses efleLs , il faut surtout se placer sur la roule maritime directe de Marseille à la métropole algérienne, üe cette route on a en face l’admirable tableau qui ne peut être vu qu’obliquemcnl par les yeux arrivant de la côte d’est ou de la côte occidentale. — Faisons donc remonter, par la pensée, notre navire jusqu’au sillage des courriers de France, et supposons que nous ne connaissons encore rien de l’Algérie, que nous allons pour la première fois mettre le pied sur ses rivages.
(l’est du centre de ce gidfe étincelant, dont la cap Matifou et la ville d’Alger forment les deux boulevards, c’est du la rade qu’il faut embrasser l’antique reine des Mauritanies césarienne et sitilienne, Vlcosium romain, l'cf DJezair des musulmans, la métropole actuelle des possessions françaises en Afrique. — Uien d’étrange comme cet amphithéâtre de maisons et de lignes horizontales d’un blanc de neige , sous un ciel indigo , oITrant , sons la figure du delta , l’aspect d’une immense carrière d’albôtre composée de cubes de diverses dimensions, s’étageant sur le flanc et montant Jusqu’au faite de la colline. — A droite et à gauche de la cité sont des mamelons pittoresques brodés de blanches villas , semés de délicieux jardins d’une riche parure. Point de populations massées sur ces riants coteaux, mais dus myriades de kiosques, de maisons de plaisance mauresques et françaises, d’élégants marabouts se drc.ssant à l’air libre sur le bord du vallon ou le pli de la montagne, se cachant dans l’anfractuosité, enveloppés de myrtes, de lauriers, d’aloès, d’agaves.
Tous les arbres du Midi crui.s.sent vigoureux sur ces hauteurs: le jujubier, le limonier, le cédrat, l’oranger, l'alaterne, le palmier, le chêne vert, le pin maritime, le ricin, le caroubier, la bellumbra, le grenadier, l’olivier, etc. Iticn de heurté, rien de raide, rien de dur dans ces pentes arrondies, dans ces sites
Iiarinunieu\ -, beaucoup de couleur, mais peu d’imprévu el de contrastes. Toutes ces formes sont aussi faiblement senties que dans le- rideau de collines déroulé sur la rive droite de la Saône, à Lyon, entre l'ourviéres et Sainte-Koy , et rien ne ressemble à l’cntourase du Chemin des Etroits, dans tous ses motifs de coteaux et d’ombrapes, comme le bord de la mer au-devant d'Alger. — Un autre paysage français offre quelque analogie avec celui-ci , cVst le paysage de Trévoux fAin). — Les mamelons les plus voisins de la ville sont commandés par le fort l’Empereur, dont la mémorable prise par les armes françaises décida du sort de la capitale des Deys ; ceux du flanc occidental , contre-forts de la Boudjareali, serrent la cité de près et en forment le rempart naturel.
Mais un autre spectacle attend le voyageur débarqué, sur cette Boudjareali qui domine d’une si majestueuse manière les collines du bassin d’Alger. C’est à la crête de cette montagne que devront se, rendre les curieux, soit à cheval, soit à dos de mulet. De là-haut ils auront sous les yeux la magniflcence du golfe et de la rade, qui ne le cèdent en beauté qu’à ceux de Rio-Janeiro, de Constantinople et de Naples. Iæs paysages animés de Saint-Eugène, les environs plus incultes de Sidi-Ferruch, premier jalon de la conquête française, la rivière d'Alger avec l’Aglia, Moustapha-Inférieur et Muustapha-Pacha, Hussein-Dey, Kouba, le Jardin d’essai sur les bords de la mer, les blanches maisons de la Rassauta, la Maison-Carrée, bastion des indigènes sous la domination des Deys, le cap Matifou , les cimes austères du Djurjura, presque toujours couvertes de neige, la ville d’Alger, tout cela au nord, à l’ouest, au levant, au sud-est. Puis au midi ils verront se développer la plaine de la Mitidjah, qui s’étend, en longueur, de la colonie agricole de Marengo à la Maison- Carrée, arrosée en partie par l’Haraeh, la Chiffa, limitée par les collines du littoral d’Alger, dont le spectateur occupe le faite le plus élevé , que l’on nomme dans leur ensemble le Sahel, et par la chaîne énergique de l’Atlas, dont les premiers contre-forts commencent à rayonner de civilisation et de gloire. — Le Djurjura.
qui saillit au suil-c.st, l'ail presque, ilatis l’AIhus, la liqure produite par Pilai dans la elialue des Cévennes, sur le littoral du Ithône, ce qui achève de rendre frapiiante l’analoyie entre la rivière orientale d’Alger et le tableau lyonnais que j’ai elTlcuré plus haut. Au pied du Djurjura s’abritaient naguère encore des tribu.s insoumises, belliqueuses cl barbares, qui troubleraient parfois nos relations et inquiéteraient peut-être nos colonies agricoles isolées, si le gouverneur général et les oHiciers généraux sous .ses ordres n’eussent rappelé naguère à ces tribus qu’on ne peut résister aux armes françaises.
Après rivresse d’un premier regard lancé sur le ciel , le golfe , la ville, les paysages d’Alger, le sentiment le plus vif éprouvé par le visiteur de la terre africaine , c’est la prostration profonde de .ses forces morales et physiques. — Le moindre mouvement l’accable; ses Jambes se refusent à le porter; il ne pense littéralement plus. — Alors il puise liaiis cet abattement, dans cette lassitude de l’esprit et du corps, l'intelligence de la vie, de la maison, des imeurs mauresques. Alors aussi, sous l’empire d’une somnolertce qu'aucun be.soin d’émotions ne semble imuvoir maîtriser, il a tous les secrets de l'insouciance orientale, il comprend ces hommes à la peau métallique, dont une guenille de laine, d’un blanc sale, déguise à peine la parfaite nudité, accroupis tout le jour sur leurs nattes, vivant de rien, ne pensant à rien, pas même à la fumée du tabac, qu’ils cha.ssenl nouebalamment de leurs lèvres. On finit par s’identifier avec ce désonivrement, celte paresse endémiques, qui résultent du climat, et à ne trouver le bien-être que dans le repos, l’inaction, l’atrophie de la pensée. — Quand on en est là, ]dus rien n’étonne en fait de mollesse, et les prodiges d’immobilité de la Perse, de l'Inde et de la Chine méridionale, ne parais.sent plus étranges que pour les laborieux enfants du Nord, qui n’ont jamais franchi le grand lac méditerranéen.
Tout d<aiis rexislcncc, les got'ils, rarcbitcctoniquc des M.aures, s’explique mervcilleusemeut par les conditions climatériques sous l’influence desquelles ils sont placés, et (“st le fruit de lois hygiéniques instinctivement pratiquées.
Cfi qu’il importe Hurlout de prévenir dniis les pajs chauds , CR sont les congestions sanguines au cerveau. La tète des .Vrabes est constamment la partie la plus couverte de leur corps, et celle qu’ils garantissent avec le plus de. soin contre les atteintes du soleil. — Is! burnous blanc, la rue étroite et tortueuse, presque hermétiquement voûtée en l’air par les haies de perches soutenant les saillies grossières en pnrto-à-fau\ des maisons , impénétrable à l’ardente chaleur d’Afrhiiic, la demeure n’oITrant d'ouvertures essentielles que sur le petite cour intérieure, inscrite dans des arcades , la chambre-galerie , percée de petits ventilateurs, avec sa jolie embrasure, espèce de petit sanctuaire domestique , où l’on se recueille pour l’intimité ; le badigeon ou la fresque d’Italie dans le.s appartements , à l’cvclusion du papier français, si favorable aux insectes à raison de sou cncollemcnt, les tapis, les nattes, les divans, les fréquents blanchissages des murs au lait de chaux, les ablutions à la fontaine de l’atrium de la mosquée, à la fontaine domestique, à l’abreuvoir, l’usage du café brûlant, des vêtements de laine, de la eulottc-sac. (serhoual, chanevass), de la ceinture de tlanelle sur le basventre, de la longue pipe, de la chaussure arrondie et découverte, la tète rasée, le régime alimentaire peu animalisé, thmt les pûtes, le poisson, les fruits cuits combinés à la viande, forment les principaux éléments; la privation des buissons alcooliques, l’amour du repos pour éviter la déperdition des forces, tout cela a son admirable raison. — In de mes plus honorables amis, M. Alphonse Marej -Monge, ancien attaché à l’ambassade de Chine, me racontait naguère que , dans l’indoustan et dans le sud du Céleste-Empire, les indigènes se livrent à une inaction absolue pendant les cbaleiirs. Littéralement ils ne bouuent point et ne font aucun mouvement. Eu Asie comme en .Afrique , les habitants sont de grands maîtres en hygiène. — Mais tout cela a été décrit, et je n’ai sur rien de ce qui est à Alger particulièrement la folle prétention de dire du nouveau. Seulement , répétons-le : chaque écrivain a sa couleur propre , son mode de voir et de sentir, et ))eut-ètrc il m’arrivera de relever
parfois , dans les coins du tableau , quelques prollls jusqu'ici échappés à l’observation. En tout cas, je constaterai exactement la situation d’Alger en 1854.
Le visiteur fraîchement débarqué paie donc un large tribut an soleil d’Afrique; il souffre, il se plaint, il regrette les zones plus tempérées, il éprouve des nausées et des vertiges. C’est qu’au fait et au fond , la chaleur algérienne a je ne sais quoi d’énervant et de lourd qu’on ne trouve point dans celle de Naples, de Païenne, et des autres régions australes un peu plus avancées vers l’Orient. Quand le sirocco se promène majestueusement sur l’Italie méridionale et la Grèce, il n’y arrive qu’adouci par la Méditerranée dont il a franchi la surface; mais à Alger, il vient en droite ligne du Sahara, sans avoir presque trouvé la plus petite nappe d’eau pour se désaltérer et se rafraîchir, et il en apporte la brillante atmosphère.
Lorsque l’étranger s’est bien assoupi dans le far nieiUe napolitain, lorsqu’il a bien maudit durant quelques jours l’idée, la marche, le travail, la lumière surtout qui lui dévore la paupière et les yeux , quand le vent du Grand-Désert souffle sur le littoral poudreux d’Alger, peu à peu il s’accoutume à ce milieu et il sent sa nature se relever plus énergique que jamais. A la verve et à l’inspiration retrouvées s’unit bientôt le besoin de voir, d’étudier , de parcourir. I>a double activité du corps et de l’esprit ne peut point faire longtemps défaut à l'Européen. Ici , comme dans les régions les plus tempérées, il vivra dans la plénitude de ses facultés, s’il est sage, s’il est prudent, s’il est sobre, sévère dans ses habitudes hygiéniques, s’il sait se raidir contre la volupté.
A voir aujourd’hui cette cité d’Alger si animée, si brillante par son luxe, par ses reffets de la vie européenne, croirait-on qu'elle n’était, il n’y a pas encore 24 ans, qu'un repaire de pirates abrutis par le plus farouche et le plus sombre despotisme?
Alger est le Paris de l’Afrique, l’Ame de la colonie, et résume toutes les nationalités parmi lesquelles prédomine le germe français. Cette cité, toute européenne par ses mreurs. ses idio-
mes, scs constructions, à scs pieds et ù sa tète, n a conservé que dans son centre, sur les pentes rapides de la montagne qu’elle embrasse, le type mauresque qui lit sa force sous la domination musulmane; encore est-elle menacée et entamée à chaque instant dans les plus sombres sanctuaires de son passé. L'épanouissement des ruelles du vieil Alger forme le dessin le plus bizarre que l’on puisse imaginer. Tous ces réseaux de la circulation musulmane n’avaient, avant la conquête, qu’une seule artère, la rue de la Casbah, où les demeures fran<;aises commencent à pulluler, surtout sur le plateau dont le palais du Dey occupait eu partil la surface. Les Européens, les Français, principalement, sont, à mon avis, partis d’une idée fausse , et ont fort mal compris la rénovation matérielle d’Alger. Pourquoi s’obstiner à bâtir ici de grandes et hautes maisons, sans caractère, ressemblant à celles que l’on voit partout en France, si frêles de structure qu’elles remuent au moindre vent , et dont les tremblements de terre , fréquents en Afrique , ébranlent le.s bases et font craquer les parois? — Celui qui eut lieu le IG octobre 1852, à 5 heures 20 minutes du matin, vint à merveille me fournir ' l’exempie du danger et me montrer cette hache de la destruction toujours prête à chercher des victimes dans les hommes ou dans leurs abris. — Hicn d’incommode comme la maison à la française , avec quatre ou cinq étages et d’interminables escaliers , sous le ciel de l’Algérie. Si encore elle compensait par la solidité de la construction et le choix des matériaux les inconvénients de sa forme et de son plan, elle aurait au moins la force de résistance ; mais tout lui manque : le goût, la cohésion, la consistance , la relation avec le climat. Je comprends le caractère provisoire des premières demeures bâties rapidement sur une terre nouveilement conquise et qui pouvait échapper à scs vainqueurs. Aujourd’hui il n’a pas de prétexte, il est un non-sens, il est coupable. Il fallait ici, ou approprier aux besoins français la demeure mauresque , ou emprunter l'idée de la maison italienne. Cette expérience a été faite avec bonheur par M. de La-Tnur-ilu-Pin dan.s l’iiôlel de
la Itégence. Mais l'esprit d’unifürmité et de nivellement vient s'implanter jusqu’en Afrique.
Quand les Romains s'emparèrent des Gaules , ils commirent il peu près la même faute que nous ; mais ils mettaient du moins la splendeur de leur art à la place des bâtiments indigènes les plus grossiers. Notre art, à nous, c’est la manifestation la plus pauvre, la plus froide, la plus inliarmonique avec le ciel et les lieux. N'eùt-il pas été plus logique, plus rationnel, plus hygiénique, de renchérir sur l’idée mauresque, de plier la maison musulmane aux exigences du goût, de modifler ou embellir le profil en respectant l’ordonnance générale née de l'influence climatérique? I.a police de la petite voirie devra définitivement, en Algérie, réglementer les conditions matérielles de la maison, de telle sorte qu’elle satisfasse aux doubles besoins de la civilisation et de la latitude. On renoncera aux larges fenêtres, aux murs épais de 20 centimètres, aux étages multipliés, aux escaliers sans fin, au barbare usage de forcer les gens à épuiser leur énergie, que tant d’autres causes tendent à déprimer, pour gravir des degrés; on se préoccupera de la densité dans la structure , de la convenance dans le plan et la hauteur, qui seront ofllcielldment fixés; on formulera un style néo-mauresque ou franco-mauresque.
l.a maison maurc.sque, ce n’est, au fond, que la maison antique du vieux Midi et du vieil 'Orient, ne portant que dans l’arc en fer à cheval cintré en tiers-point l'empreinte de sa nationalité. Réalité sans apparence extérieure, elle est exactement le contraire de la demeure française; elle ne peut jamais être trop laide, trop pauvre, trop informe au dehors, et trop délicieuse au dedans; elle est le symbole de la vie musulmane, qui a ses impénétrables mystères. — Quant à ces forêts de porte-à-faux formés de simples perches écorcées de chêne vert ou de cèdre, qui soutiennent les renflements de la vieille maison indigène et ses saillies extérieures, elles furent largement pratiquées en France dans le moyen âge. Nos villes du XIV» et du XV« siècles ressemblaient plus ([u'on ne le croit à celles de l’Algérie avant 1830.
Alger, comme cité française, ne vaudra jamais une ville neuve
(le la FraïU'c curopccnue; cumme citiV d’Afriiiue elle puiivail , malgré l'introduction de mœurs et de courants d'idées nouvelles , conserver le type le plus intéressant, la physionomie originale prête à lui échapper. — Hàtons-nous de déclarer, toutefois, que l'on commence à bâtir ici avec plus de solidité, de variété et de luxe.
En dépit de ces conditions fùcheuses de régénération matérielle, la capitale des possessions françaises en Afrique plaît singulièrement à ses visiteurs et à ses hôtes par le laisser aller de l’existence coloniale qu’on y mène, par cette vie d’Afrique si pleine de séductions et de charmes , que l’on s’en détache difficilement quand on l’a goûtée; par la beauté du ciel, de la lune et des nuits; par la variété de scs habitants. — Vous trouvères pèlemèle, dans les rues d’Alger, les enfants des lies Baléares, de Minorque surtout (Mahoimais), les Arabes du désert, les Maures, les Koulouglis (nés de Mauresques et de Turcs], les Maltais, les Espagnols, les Nègres, les Italiens, les Kabyles, les Juifs, vivant du même soleil et du même air. Tous les costumes originaux existent encore dans ces races populaires , si vivement nuancées et dans le fond et dans la forme. Ici peut-être on me demandera quelle différence essentielle existe entre les Arabes habitants des campagnes et les Maures citoyens des villes. I.cs .Mauritaniens descendaient des Modes ; ils conquirent l’Espagne et se civilisèrent. Les Numides étaient is.sus des Perses; ils restèrent nomades. Les premiers habitaient l’ouest ; Oran , Tlcmçen , Alger; les seconds, l’est: Bougie, Sétif, Constantine et i’intérieur. Les Maures .sont donc les citadins, les bourgeois, tandis que les Arabes représentent les paysans. — Le Maltais — j’ai déjà eu occasion de l’indiquer — est le type le plus parfait de transition entre ces deux "races. Il n’y a pas jusqu’à sa coiffure qui ne soit le passage du turban au chapeau. Mais cette coiffure à rebords creux, formant gouttière, n’aurait pu s'introduire dans les contrées où la pluie est fréquente, car elle offre un récipient à l'eau.
Tous les [leuplcs du .Midi onl beaucoup d'idées communes
— Ainsi , il cxisli! une ronrormitt: remarquable cnlro l idiiiograpliie génoise et celle de l'Alger indigène. Tout le réseau de ruelles comprises à Gènes entre les rues de’ Lomellini , .San Siro, .San Luca, del Ganneto, parallèles au port, et les rues Nuovissima, Nuova, Carlo-Felice, est au.ssi compliqué et aussi inextricable que le dédale des anciennes voies algériennes. — A Gènes, comme dans l'Alger mauresque, bon marché et usage populaire du café, cafés étroits, obscurs (Je parle du café italien primitif), avec laboratoire placé sous les yeux du consommateur, chaises peintes, maisons inscrites dans des cours rafraîchies par une fontaine, défaut de niveau dans le plan intérieur des habitations , amour des eaux jaillissantes, des terrasses, de la couleur, du blanc de chaux, des placages do faïences vernissées, étroitesse des rues et des boutiques, pentes rapides, hauteur des degrés, femmes à demi-voilées, présence des nattes et des divans, passion marquée pour la fantasia, fardeaux généralement portés par deux hommes, à l’aide d’un bâton posé transversalement sur l’épaule de chacun d'eux, multiplicité des mulets chargés de bèts et envahissant tout l'espace si parcimonieusement ouvert à la circulation. Le clocher génois même, zébré de marbres noirs et blancs, ou vêtu de couleurs vives, tient un peu du minaret, et la coupole de Gènes a de l'analogie avec la kouba du marabout. — l.c Palerniitain , le Napolitain , le Catanien ressemblent par bien des points aux Maures.
L’Arabe, féroce à la guerre, cupide dans la paix, est, après tout, très-soumis à ses maîtres. Si l’on est coudoyé et heurté dans les villes de l’Algérie, c'est par les Espagnols ou les Français, ce n'est jamais par un indigène.
Alger offre peut-être encore plus d'animation et de mouvement que Marseille clle-mèmc. Les anciennes subdivisions de la cité en Quartier de la Marine , Quartier Franc , où se trouvaient le.« consulats et les Européens, Quartier Indigène, n’ont pas complètement cessé d’ètre appréciables. — (’.ettc ville a des zones friinçaises il'un bel aspect, dont la place du Goiivernemenl forme
la couronne et résume le caractère. A ce centre aboutissent toutes les principales rues européennes, comme la rue de la Marine, la première bitie après la conquête, la rue Bab-Azoun, celte Cannebière algérienne , la rue Bab-él-Oued. Elle a pour dépendances la place Mahon, devenue celle de la Pêcherie, la rue qui lui fait suite, la place de l’Évêché, la place et la rue de Chartres, le Bazar. Au nord-est de la place du Gouvernement est une terrasse d’où la vue du spectateur s’étend sur la mer et les collines dont le cap Matifou forme la dernière limite. Près de celte terrasse s’élèvent, et la statue équestre de S. A. B. Mgr le duc d’Orléans, prince éminemment français par le cœur et par l’esprit, si tristement mort sur une grande route, et la mosquée de la Pêcherie (rit Hanéphi), bâtie par une pensée catholique, sur le plan exact et dans les rigoureuses conditions d’orientation liturgique des basiliques chrétiennes. De la plateforme du minaret qui la flanque on peut entendre le mouedzin ( muezzin ) crier dans le rhythme le plus antique les mots sacramentels de l’islamisme : e< Allah. Oxuwd. Allah. Ou. Moh’ammed. lla.<!soul. Allah! »
Il est d’usage , quand on franchit le seuil d’une mosquée , de quitter scs chaussures. L’Européen fera toujours très-bien de se conformer ù cette habitude musulmane , car il ne faut Jamais braver les croyances d'un peuple, expression de sa nationalité.
Le Gouvernement français veut que l’on respecte les indigènes dans leur religion , qu’on ne les trouble jamais dans l’exercice de leur culte , et il pousse très-loin ce sentiment de délicate.s.se et d’impartialité envers les vaincus de l’Afrique septentrionale. C’est par suite de la règle de conduite qu’il s’est tracée à ce point de vue, et dont la haute convenance est appréciée, que le catéchuménat se trouve restreint en d’étroites limites. Ju.squ’ici la propagande et les instructions catholiques en langue arabe n’ont pu être encouragées. Toute lenlativc dans ce genre eût peut-être été impolitique, prématurée, infructueuse. Uois.sons les musulmans se modifier librement par leurs points de contact avec nous, préparons le terrain, et. plus lard, la semence de la vérité germera.
(il)
Je reviens à la statue du duc d'Orléans. Sur le piédestal du monument on lit, à la face antérieure, cette inscription:
l/.\KMÉE
ET . L.\ . P01*VL\T10N DE . L’AI,CÉRIE AV . DVC . D'ORLÉANS PRINCE . ROVAL M . IKiCCXLIl
Pauvre prince !
Les côtés occidental, oriental et une partie du flanc méri<lional sont occupés par des maisons toutes françaises par leur architectonisation riche , ornées de portiques. L’immense demeure bâtie avec un luve solide en IRilî et 1853, sur ce dernier flanc, la nouvelle maison dont la construction vient de s’achever, aussi somptueuse et aussi sage que la précédente, comme hauteur et comme solidité, également ornée d'arcades à son rez-dcchaus.séc; le palais de la Djénina, résidence habituelle du Dey, avant que, pour sa sûreté personnelle, il ne se retirât dans le fort de la Casbah, au faite de la ville, complètent l'appareil monumental de la place du Gouvernement. De ce magnillque milieu, vraiment digne d'une capitale, et dont l’aire est trè.splane , on apercevait naguère l’église cathédrale de Saint-Philippe, défigurée par scs deux clochers en poivrière et sa malheureuse façade, et l'on devine le palais du gouverneur général, horriblement gâté à l’extérieur par la restauration la plus maladroite. — Il n’est pas dans l’esprit de l’art mauresque d’étaler au dehors le luxe des façades; il se borne à le formuler dans la porte. — Les architectes français auraient dû se soumettre à cette loi.
La nouvelle maison destinée à devenir l'IIùtel d’Orient comblant , avec sa voisine , l’espace laissé vide entre la Djénina et le côté opposé, on ne peut plus, maintenant, qu’à peine entrevoir la cathédrale de la place du (ioiivernement. Le Grand-Hôtel
Hl
ilOrieiit, transféré dans ccUn vastn dcmcnrc neuve, sera le pins beau de l’Algérie et offrira les ressources, le coiiifortable, les aisances, l’éclat de l’Ilùtel des licrgucs de Genève. — Les deux imiuen.scs maisons neuves du natte méridiunal de la place du Gouvernement sont traversées par une galerie-bazar ou passage.
il y a sur la place du Gouvernement un des plus ravissants et des plus solcitucis aspects tpii soient au monde. La mer, le port, le plus vaste, le plus sùr de l'Algérie, la Santé, petit bùtimcnt en forme de temple antique , le stationnaire ( brick la Ménagère),! d’où part le coup de canon pour l’ouverture et la clôture de la libre pratique du mouillage, le mouvement commercial maritime, les embarcations qui sillonnent la rade, les bâtiments à l’ancre, tout cela à ses pieds; autour de soi, l’entourage que j’ai esquissé plus haut, le bruit d’une grande ville, la vue de la blanche cité mauresque grimpant sur la montagne, les curieux, les promeneurs, les cafés réunis dans cette enceinte, l’animation et la variété |>artout, voilà ce qui fait de cette place le cœur moral et géographique d’Alger. Nul lieu, peut-être, aussi pleinement favorable au plus large déploiement po.ssible de la fanta.tia, c’est-à-dire au besoin de se faire voir en public. Quelques chefs arabes arrivent-ils à Alger? c’est là qu’ils viennent montrer leurs doigts cousus de diamants, leur étincelante armure, leur souple et moelleux burnous, leur barbe luisante et noire; c’est là que se donnent remlez-vous, le soir, et les hommes sérieux, qui cherchent un in.stant de distraction, et les désreuvrés élégants de la capitale et des provinces , qui veulent parader ; c’est là que débutent les lions fran^'ais , à peine arrivés en Afrique avec la pensée exclusive d’y mener la vie de pacha, si commune dans les colonies; c’est là que les Jeunes fonctionnaires civils viennent étaler leur uniforme. — l.es bellombras ([ui ombrageaient cette place ont <;té remplacés par de Jeunes platanes, excepté du côté de l’Môtel de la Régence.
Le monument maurcs(|ue de lu Itjénina est, dit-on, cou
Hi
clainiié à iiiic procliainc (lestrucliua. — Ce serait, à mon sens, line grande Tante de le démolir, car c'est un important Jalon du passé algérien. De sa façade s'échappe un campanile renfermant la principale horloge publique de la cite, malheureusement très-mauvaise. 11 faudrait la remplacer et éclairer son cadran pendant la nuit. Ne pas le faire , c’est compter un peu trop sur le gaz et les splendides lunes de la place du Gouvernement. — Malgré la confusion de sa structure, la Djénina n’en est pas moins un type local précieux , et les types indigènes deviennent rares. Avec du goût, un peu d’art et peu de dépense, on pourrait mouvemcnter sa façade principale sur la place du Gouvernement, sans ruiner complètement son caractère originel.
Et puis si l'on démolit la Djénina, déjà si affreusement défigurée par les rénovateurs, il faudra de toute nécessité aussi raser le palais épiscopal si complet , si admirable comme édifice mauresque. — Assez de tristes mutilations ont eu lieu, assez de sacriüces historiques ont été faits dans la capitale de l’Algérie. — Que l'on daigne donc respecter le peu de types qui lui restent I
Au centre de la place du Gouvernement , dans l'axe de la statue équestre, s'élève un candélabre à quatre branches, surmonté d'un aigle.
D'immenses travaux d’assainissement ont été exécutés dans la capitale de l'Algérie en 1852 et 18.53 par les soins de M.M. les ingénieurs des ponts et chaussées. — Quand s’étendront-ils à la rampe de la rue des Consuls, qui, avant la conquête, était la plus large' et la plus belle de. la métropole des Deys, dont elle formait le Quartier Franc?
Cæux qui veulent s’inspirer du vieil Alger n'ont pas de temps à perdre, car il s’en va en détail comme un sexagénaire qui perd scs dents. Les hautes maisons européennes viennent coup sur coup faire tache dans l’alhiàtre du delta des quartiers hauts. l,es monuments mauresques publics et privés les plus intéressants sont : la Casbah, la Djénina, le palais du Gouverneur-Général, le palais
t-pisoopal , la grande mosquée du rit Melki, vulgairement appelé Maléki. ( Djaina-el-Kébir ) et la mosquée de laPCclierie du ritHanéplii :üjama-njedid); l’hôpital du Dey, le palais du secrétariat général du (’Kiuveruemeiit, celui de la hihiiotliéque-muséc, les maisons de la recette des domaines, du bazar du Divan, de Mustapha- Pacha, rue de l'État-Major (ei-devant occupée par le Sacré- Cœur, et aujourd'hui par une institution); celles de l'impriinerie du Gouvernement, des contributions diverses, de la direction des domaines ( rue Porte-Neuve ), la nouvelle maison du Sacré-Cœur (rue de la Kévolution), la mosquée de Sidi-Alxlerahman, au-dessus du jardin Marengo; la jôlie petite mosquée livrée au culte catholique sous le nom de Notre-Dame-des-Victoires , à l'angle des rues de la Casbah et Dab-eW)ued ; le palais de l'intendance, celui du tribunal civil, de l'amirauté, la maison du commissariat central de police, rue de la Charte (ancienne maison du consulat général d'Angleterre). A ces demeures mauresques ajoutons celle du consulat de Belgique, celle de la Cour Impériale, rue Bruce; celle de la police, celle des ponts et chaussées, le lycée, malgré ses nombreuses altérations; celle de MM. Cugenheim, banquiers, et celle qu’habite maintenant, depuis ses revers, Mohammed-Ben-lbrahim-Ben-Mustapha-Pacha (Sidi Mustapha). — Ce personnage doit une partie de sa ruine, dit-on , à l’occupation française et aux expropriations qu’il a subies. Il faut savoir gré il Sidi Mustapha de sa résignation et de son dévoùment à la France. Il aurait pu retrouver son rang et les honneurs à Constantinople; il a mieux aimé obéir à l’autorité française que de. poser en Turquie. — Son état mérite intérêt, et déjà la munificence de l’Empereur Napoléon III s’est étendue sur lui.
Aucun des palais mauresiiues d'Alger n’oITre l'éclat, la magnillcence de celui de Constantinc , occupé par le général commandant la province de ce nom.
Il existe à Alger d’anciennes mosquées représentant le vieux type barbaresqiie avant qu’il n’eàt été modifié par l'invasion des idées portugaises et espagnoles, telles qu’on en voit à Cous-
lU
tantiiie et à TIemçcn. Je citerai ia maison Roux, rue Doria, et une autre demeure porticuiière , rue des Lotophages, car ces temples sont entrés dans les abris domestiques.
I.a Grande-Mosquée (Djama-el-Kébir) du rit Melki mérite une attention toute particulière. I.a mosquée , c'est l’image du temple de Jérusalem par sa fontaine des ablutions dans l’atrium, le mysticisme, les effets de lumière et de lointains, produits par ses innombrables colonnades, les croisements et ses entre-croisements de nefs, la disposition de scs coupoles, l’arrangement de tous ses espaces , la forme de son sanctuaire , origine de nos apsides byzantines et romano-byzautines. Le courant direct des idées orientales et Israélites est ici évident.
Les rues les plus indigènes d’Alger sont celles des Sarrasins, où est Djama Ben Rkissa, d’Amfrcville , du Palmier, et en général toutes celles du quartier au-dessus du Grand-Café de Sidi-Moliammed , Chérif, qui est au point de rencontre des rues d’Amfreville, Kléber, du Palmier. La partie inférieure de la rue Sidi-Ramdan, dont la mosquée est la plus ancienne d’Alger, a également conservé plus particulièrement le caractère mauresque et la couleur locale. Au reste, dans l’annuaire 1842 M. Berbrugger avait dressé un état exact des vieux jalons arrliitcctoniqucs de la cité. Recommandons comme ca.sernes de janissaires celle de Bab-,\7.oun , et celle de .Makaroun pour sa fontaine.
En général , les portes des maisons mauresques un peu notables étaient toutes remarquables par leur ornementation d’encadrements, de frises, de rinceaux, de colonnes cannelées. Les marbres de Grèce et d’Italie concouraient à leur décoration, souvent pleine de goût, toujours pleine d’art. Quelquefois des débris antiques , d’élégants profils de la Renaissance s’ajustaient dans tout cet appareil. L’arc est ou à plein cintre avec impostes et archivoltes de marbre blanc sculptées , ou en fer à cheval. peuture des ventaux offrait au.ssi une grande richesse; le fer cl le cuivre y étaient coupés, évidés, ouvragés de mille manières pittoresques. A l’intérieur, même luxe de colonnes torses, de pilastres, etc., sur les escaliers, dans les galeries superposées.
les vestibules. Le luxe Je.s carreaux île faïence vernie, empruntes lie la puétique Italie, employés dans la maisun mauresque comme compartiments, comme frises, comme placages de murs, comme paves, ce luxe-là n’était eertainement pas fait pour un peuple à chaussures ferrées, et nos bottes européennes nnirimt par en elTacer jusqu'à la dernière trace.
Iji France a donné mi symbole héraldique à la métropole de l’Algérie : c’est le lion entouré de palmiers enlacés.
Le visiteur d’Alger qui désirera acheter dej5 objets d’art mauresques, ou des costumes indigènes, trouvera beaucoup de choix au bazar, près de la cathédrale, dans la rue liab-.\zoun , et surtout chez Mustapha Ilaito, rue de la Marine, n" 5. En général, il vaut bien inieu.x faire ses emplettes en ce genre chez le»s Maures qu’auprès des Européens, et surtout des Parisiens, qui font fabriquer à Paris ou à Marseille , dit-on , de prétendus produits algériens. Le charlatanisme a fait de grands progrès dans la capitale de l’Algérie.
Kans la même rue est le magasin de M""" I,éonard, où les officiers de tonte arme et de tout grade trouvent tout ce qui est I nécessaire à leur équipement, et qui est presque aussi bien assorti que celui de M. Ilallée (Palais-Koyal , galerie de Valois , à Paris ) en fait de rubans d’ordres et de décorations françaises et étrangères. Parmi ces insigne,s brillent ceux du !\iichan, de Tunis.
A deux pas de la riche exposition de Mustapha Itaito est le magasin de chapellerie de .M. Artaud , rue de la Marine , n" 8, qui a acquis une véritable célébrité. .M. Arhmd était le chapelier du maréchal Bugeaud, qui n’avait jamais un képi de n;change. Quand l'illustre guerrier avait besoin d'une casquette , il envoyait la sienne à son chapelier pour qu’on lui en fit une autre sur le même modèle, et la lai.s.sait. — .A la .suite de la 'glorieuse bataille d’isly , le maréchal fit donc remettre à M. Artaud son vieux képi , témoin de tant d'héroïsme. Cette casquette est restée entre les mains de M. Artaud et attire tous les regards. Elle est rouge et ornée de douze galons il’or ; c’est une espèce de relique que l’ancien chapelier du maréchal conserve avec un
l'fu
religieux respect, et montre il ses visiteurs avec im légitime orgueil. Ix‘ duc d'Isly avait été baptisé du nom de la Casquette, à cause de son képi très-haut, armé d'une immense visière. — Qui n-a entendu le refrain militaire : La casquette au père Hugeaud !
Tout Alger est plein de souvenirs et de gloire militaires. I.cs noms de Bugeaud, Bourmunt, Drouct-d’Erlon, Berthezène, Valée, Dajnrémont, Voirol,du maréchal de Saint-Arnaud , du maréchal Vaillant, des généraux Pélissier, Cavaignac,Laraoriciérc, Bedeau, Changarnier, Uaumas , Marey-Monge, Caurohert , Caniuu, Yusuf, de Bar, Bandon, Bapatel , du duc de Hovigo,des généraux Marie- Edmc-Patrice-Maurice de MacMahon, Busquet, Pâté, de l'Etang, do I.uzy, etc., sont dans tous les échos et dans toutes les bouches. I.cs gouvernements généraux du maréchal Bugeaud et de S. A. B. le duc d'Aumale sont, chaque jour, bénis dans la rapilalc de. l'Algérie , et l'administration équitable et parternelle du général Bandon ne les a point fait oublier d’une population qui a la mémoire des bienfaiks.
Alger est une, des villes du monde les plus abondamment pourvues de fontaines publiques. Son éclairage au gaz est trèsbrillant et aussi complet que possible.
Les plus belles rues européennes de celte, cité sont : les rues Bab-Azoun, Bab-el-Oucd , de Chartres, Mabon, »uve-Jénina, de la Marine; ses places les plus magniliques; celles du Gouvernement, de l'Evèché, de Chartres, ornée i\ son centre d'un château d'eau. Parmi les édilices, fruits de la conquête, il faut ranger la maison de la direction des douanes, immcn.se construction de la rue Bab-.\zoun, la Portc-d’Isly , d’un type admirable, la Manutention des vivres, l'Hôtel de la Préfecture, rHôtet de la Mairie, la Galerie d'Orléans, distincte du Bazar du Divan, la prison civile, monument hors ligne, le temple protestant, rue* de Chartres.
Alger n'avait naguère ipi’un assez pauvre théiUre , situé dans la rue de l'Etat-Major. Le nouveau monument du genre, sur la place Bab-Azoun . est arrivé au terme de sa construction. C'est
un «dincfi ailmirablo, à tous les points de vue, comme ordonnance générale, comme mise en rapport extérieur avec sa destination , comme ornementation et comme profils. On a su mai'ier avec bonheur, dans cet édifice, la couleur locale , la réminiscence mauresque au style européen. 11 y a beaucoup d’inspiration et de verve dans les motifs architectoniques de ce théâtre. Je ne crois pas qu’il cxi.ste en France (même la fameuse salle de spectacle de Bordeaux comprise) un édifice de l’espèce, aussi pur, aussi brillant. Je ne vois guère que le théâtre d’Avignon qui s’élève, pre.sque, toutes proportions gardées, à ce niveau de splendeur. J’aime à rendre pleine justice aux architectes civils en Alaérie quand ils en sont dignes. Il est vrai que ce sont les architectes libres qui font les belles constructions dans la ridonic , tandis que les architectes officiels, faisant partie du service des bètiments civils, ont, presque toujours, dans les leurs, heurté les convenances ou le goût. Malheureusement, le théâtre d'Alger expie, par les vices de ses dispositions intérieures, les mérites de .son appareil extérieur. — .Mais deux mots sur des édifices plus graves par leur destination.
C’est un grand et irréparable malheur que la destruction de la somptueuse mosquée, remplacée par l’église cathédrale actuello de St-Philippe, monument si médiocre comme pensée d’art, comme exécution et comme effet. Toutefois, Mgr Pavy a conçu, pour .sa cathédrale , un plan d’achèvement et d’embellissement qui fait beaucoup d’honneur à .son goilt, et qui, exécuté, voilera en partie les vices de l’muvrc première. Quant à la façade, elle est, à mon avis, à renouveler des bases aux cimes. — C’est dans ce temple qu’ont été transférés, le 28 mai 1854, les re.stes du martyr r.eronimo.
Alger compte dans son sein, indépendamment de l’église cathédrale, (juatre paroi.sses de première classe : Nolre-Dame-des-Victoires (Bab-el-Oued), Saint-Augustin (Bab-Azoun),Sainte-<;roix- -4 r«-C(e/( (Casbah ;, et une paroisse de deuxième; Saint-Joseph C cité Bugeaud-d’Isly ).
1,’étrauger remarquera la magnificence du quartier d’Isly. C’est
ime \illf français»' nlTraiil l’iiclal île Lyon cl île Paris, (ilacée sous la eonsécratioii île la plus uranJe illustraliim mililairc afrieaiiic des temps inmlernes. Au eontre de la place d’Isly s’élève la statue du maréchal. La maison liaudraiid, liAlic sur le nane méridional de cette place par riiabile architecte lyonnais, M. Raphaël Klachenm. est, .sans contredit, la reine des demeures européennes d’Alger. A ect ordre de constructions curoiiéennes, sérieuses comme art et comme solidité , se rattachent l’immense demeure du flanc méridional de. la place du Gouvernement, rilotel de la Préfecture, l’tlfttcl do la Régence, comme je l’ai déjà dit.
Le pèlerin d’Afrique , stationnant à Alger, ira visiter, dans la paisible rue des l.otophages, la bibliothèque et le musée, dont la conservation est confiée au savant le plus modeste et le plus consciencieux, à l’honorable. M. Berbrugger, cqrrespondant de l'Institut. — Il remarquera les belles mosaïques romaines déposées dans ce conservatoire artistique et historique de l’Algérie.
Alger étant la seule ville <le l’Afrique française, qni possède un établissement de ce genre, on comprend que toutes les ressources bibliograpbi(|ucs cl toutes les largesses du Gouvernement ont dû SC concentrer sur lui. Le musée qui y est annexé prend une grande importance. L’honorable M. Berbrugger wt l’àmc et presque le créateur de ces établissements, comme il est l’âme scientifique et littéraire de l’Algérie. — Heureuse la cite d’Alger d’avoir un liisloriograpbe aussi laborieux, aussi séniciisemenl instruit, aussi profondément versé dans la connaissance de la langue cl des nneurs indigènes! — Il y a en Trancc bien peu de bibliothécaires de cette trempe.
La bibliothèque et le musée visités, on n’oubliera pas les courses à la campagne; à l’Agha, à Mustapba-Pacba, où M. le Gouverneur-Général occupe un délicieux palais mauresque, à Hussein-Oey, Kouba, au Jardin il’Rs.sai (pépinière centrale), à Saint-Eugène, etc., et, i>lus près de la ville, au Jardin Marengo , porte Bah-oM)ued), â l'hôpital du Ocy , aux forts l’Empereur, Bali-Azoun, des Vingl-cpiatre Heures, au va.ste aqueduc qui relie
Al(<er ;i Muslapliii-Supiiricur. — F,ii 1831, le sous-lifutenant (l’Ajmc (lue à la première afTaire du 2 >"c (•liasscurs d'Afrique, st)us les ordres du général Ttlang, à Oran, a parcouru, au galop de charge, dans toute sa longueur, cet aqueduc «le 70 centimètres d’épaisseur et dont la hauteur est considérable. — Et cela pour arriver plus tôt, car un sonnait à cheval, et il était encore il tahie à Mustapha.
La campagne qui avoisine Alger est parsemée de ces petites constructions en forme de dé à jouer ou de cube, couronnées d’ime coupole, connues sous le nom de marabouts. — Nous en avons à peu près la ligure dans nos fours à chaux et à briques.
N’oubliez pas non plus l’hôpital civil, rue Bab-Azoun, si bien tenu. — Quant à l’hôpital du Dey, je vous souhaite d’y faire une course aussi agréable que la mienne du samedi 6 novembre 1852, en compagnie de l’honorable docteur Marmy (de l’Ain), chirurgien-major de l’hospice. Cet hôpital militaire était une villa du Dey d’Alger, dont il a conservé le nom.
En général, ce n’est plus guère à Alger que l’on s’initiera aux détails de la vie mauresque; toutefois, on pourra encore trouver ici la mosquée dans tout son éclat, image et tradition du temple de Jérusalem , offrant toujours, comme lui, l’atrium, la fontaine des ablutions; on pourra partager le eousscouss de quelque vieille hospitalité indigène, pénétrer dans le bain maure, dans le café maure, admirer les selles et les chevaux de riches Arabes, étudier le type du chmurh . qui, nulle part en Afrique, n’est mieux accentué qu’à Alger. — Le chaouch est un domestique intelligent qui sert de drogman, qui fait les commissions; il est gardien, garçon de bureau, clerc de notaire, commis aux écritures, expéditionnaire, portier ou concierge. 11 diiïèrc essentiellement du (jroom anglais. Son expression .suprême est dans r.'idroit Ismaêl, chaouch de la hibliothèque publique et du musée d’Alger. \.f, chaouch c.st toujours indigène, musulman ou juif.
l.e marché maure, la fête des Fèves (2G avril), à laquelle prennent part toutes les négresses de la contrée, et qui a lieu sur li’s bonis «le la mer. assez prf's «le la pépinière centrale
(l'expérimeiitation, les grandes et mapninques courses annuelles de chevaux (fin de septembre), le retour du Uhaniadan, cette espèce de carême des musulmans, tout cela fouridt encore à l’Européen les moyens éventuels d’éludier les mœurs indigènes des grands et des petits.
la forme de la plupart des vases servant aux usages vulgaires et domestiques a conservé invariablement son type oriental. Ainsi, vous retrouvez encore la cruche de Kébecca dans le vase de ro.setlc , ,avcc lequel les Arabes vont puiser l’eau à la fontaine. La gargoulette existe dans sa forme primitive asiatique, soit élancée et svelte, soit trapue. — Quand vous voyez cette campagne algérienne jonchée d’abreuvoirs , où sc désaltèrent les chameaux des caravanes, votre pensée .se reporte tout naturellement aux tableaux inspirés de l’Ancien Tcslanient.
Si les Maures commencent un peu à se déteindre, les Européens installés au milieu d’eux ont, par compensation, fait plusieurs emprunts aux indigènes. Ils ont adopté le haick blanc, la gargoulette^ le burnous, le srroual, pour les spahis, et un peu la .sandale (sebbat). C’est chose curieuse que de voir les gargoulettes suspendues à toutes les fenêtres, et témoignant du plaisir que l’on éprouve à boire de l’eau fraîche sous un ciel embrasé. L’usage du cou/fin s’est aussi singulièrement généralisé, et le cabas, le panier, sont complètement oubliés en .Algérie. Les nattes, les lapis, les portières, les divans, les étoffes à couleurs vives sont devenus les éléments nécessaires du mobilier européen.
l'nc circonstance frappera l’étranger dans la capitale comme dans les provinces de l’Algérie : c’est la difficulté que l’on éprouve pour avoir de la menue mouuaic et pour changer une pièce d'argent. Souvent le marchand aime mieux vendre à crédit à ceux même qu’il ne connaît pas , que de leur rendre des sous. Cependant, cette pénurie est moins sensible à Alger qu'à Bonc et Oran. Il m’est arrivé d’entrer, nu Jour, dans un cale, sans arrière-pensée, et d’y demander un mince objet de consommation: « si c'est pour avoir de la muuuaie, vous ne serez pas
servi, » — telle est, en substance, robjecüon assez brusque quj me lut faite. Il parait que les Arabes iie sont pas étrangers à cette disette de inutinaie, qu'ils l'accaparent et ne la font plus jamais rentrer dans- le torrent de la circulation. — Autres inconvénients: le parti pris de ne point placer de plinthes dans les appartements et de les rendre, par conséquent, extrêmement sujets aux rats et souris, et l'impossibilité presque absolue où l'on est de trouver des domestiques couchant chez leurs maîtres.
La quantité de tabac à fumer qui se vend à Alger, à si bon marché, est énorme. On ne voit que tabacs, et tout le monde peut se livrer à l'imlustric de ce genre de débit. On voit les tabacs à fumer, par ina.sscs énormes dans les boutiques, disposées en véritables gerbes, panaches et ca.scades. Le tabac maure, à fumer ou à priser, est très-agréable et fort recherché. Quant à celui de nos manufactures de France, quoique livré, en Algérie, à meilleur prix que dans la métropole, il n'est pas trés-vivement recherché , car il ne convient pas au climat d’Afrique.
Il .«e fait aussi, dans notre capitale algérienne, un grand commerce de cannes fort aimées des Européens. Celles qui ont le myrte pour matière y sont les plus communes. Toutefois, on y trouve aussi des cannes de palmier, de philirea, de caroubier, etc., et il e.st rare de stationner un peu sur lu place du Oouvernement sans recevoir les offres des marchands ambulants en ce genre.
Alger, avant la domination française même, initiait moins complètement l'Européen aux choses orientales que Tunis. — L’invasion des idées étrangères y est aujourd’hui poussée à rexlrèmc. Qu’y a-t-il de plus ridicule, par exemple, cl de plus contraire au climat que l'introduction de la bière, en Algérie? — Vous ne faites point un pas sans trouver des débits de bière f/e Slrtutlmurg , de l.ijun, de Flandre. Il n’y a pas jusqu'au chilfonnicr de Paris qui n'ait sa pâle copie à Alger, et jus()u’au vin (|ui ne s’y vende, dans certains calKirels, au canon sur le
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cmnpluir. — Tout cela, à mou sens, fait pitié. C'est te parisianisme dans les petites clioscs. Vous aurez bientôt, dans la capitale de l’Algérie, le gamin de Paris et les guinguettes des barrières. — Ces puérilités n’cmpèchcnt pas qu’Alger ne suit, d’ailleurs, une des cités les plus agréables du monde. Son climat, surtout, plaît aux hommes du Nurd.
Il n’existe, en Algérie, aucun collège communal: les institutions libres d’enseignement, placées sous la surveillance du Gouvernement, y .sont nombreuses; mais l’Université de France n’y est représentée que par un seul lycée impérial ; c'est ii Alger qu’il a son siège. Cet établissement d'instruction secondaire est dans la situation la plus llurissante, suit à raison de l’excellente administration qui le dirige et de sa tenue exemplaire, .soit à cause des régents distingués qu’il renferme.
Les établisscmcnt.s de charité et d’instruction élémentaire, toutes les institutions lllles du catholicisme, ont acquis, depuis quelque temps, à Alger, un développement considérable, et la sollicitude de Mgr Pavy et de scs dignes coopératcurs entre pour beaucoup dans cette heureuse situation. L’instructiuu primaire, la maladie , l’indigence , trouvent à Alger tous les secours dont elles ont besoin. — Cependant, il y a encore quelque chose à faire dans celte capitale pour la mettre au niveau de nos villes de la France européenne.
Parlons un peu d’une émotion toute locale. — L’arrivée du courrier maritime est le plus grand événement des villes de l’Algérie, surtout de celles où il atterrit rarement, par suite des dangers du parage, comme .Nemours, Dellys, etc. Le plus impatiemment attendu est celui de Frimce. — On aura des nouvelles de la métropole, on vci'ra déhar(|uer de nouveaux frères, de nouveaux colons, peut- être des parents, des amis, d’anciens voisins. On .se précipite dans les canots pour venir au-devaiit du vapeur i|ui porte les passagers et les dépêches, et le port est sillonné d’embarcations qui viennent sourire aux arrivants. C’est une véritable fêle. Que de fois j’.ai vu, avant l’organisation mduellc ilu service, la vieille I iUc de Horrlc/mj- (de Cette), la frégate , de
Toulon,, les (laquelioLs Bazin (de Marseille;, ainsi entourés d'une vérilahle Hotte de barques amenant les colons d’aiieicnne date à la rencontre des futurs colons , et les échanges de poignées de mains et d’étreintes entre les uns et les autres 1 — C’était à qui ferait aux arrivants les honneurs du pays ; ils étaient tous les bien venus. — A Alger, toutefois , qui avait depuis trèslongtemps courrier tous les cinq jours, et qui est plus rapproché que Jamais de la France par la multiplicité actuelle des arrivages privilégiés ou libres, l’émotion du courrier est moins vive, les prévenances envers les arrivants sont moins empressées qu’.\ Bône, Oran , Philippcvillc.
Le jour de départ des courriers de France ou de côte a encore son caractère. Personne ne reçoit : fonctionnaires, amis, négociants, tous sont occupés ù faire leur correspondance , et les visiteurs seraient mal venus.
Ajoutons que dans les villes de l’Algérie , connu ou pas connu, simple colon, obscur et pauvre, ou personnage, tout le monde est accneilli au débaniuemeut avec une véritable effusion. — C’est à qui vous recevra dans son canot , vous donnera tous les renscignemciiLs qui peuvent vous être utiles , vous procurera un ouM et traitera avec lui.
Le Français qui arrive en Afrique est tout d’abord un peu déconcerté en voyant les Arabes bateliers et portefaix qui lui offriront leurs services; mais il ne tardera pas à s’apercevoir que, malgré leur peau de bronze cl leur vêtement africain, les Bédouins sont beaucoup moins insolents et beaucoup moins cupides que les crocheteurs français et les facchini italiens.
J’ai , dans les Cnnsidcralions tjrnénUcs qui forment le livre P' de cet ouvrage, fait valoir les raisons puissantes qui militent en faveur de la création, à Alger, d’une faculté de médecine, d’une chaire d’hygiène et d’agriculture coloniales, d’une chaire de législation musulmane comparée. La fondation d’une école de droit, qui comprendrait ce dernier enseignement, et d'une école algérienne des bcaux-arls me paraîtrait également riche en bons résultats. Tons ces éléments d’instruction et de ci-
vilisation seraient centralisés à Alger. — J'y désirerais encore nn enseignement publie pour l’arabe.
Tont cela sera réalisable peut-être quand les revenus propres <le l’Algérie olîriront un excédant notable sur les dépenses qu’elle exige.
L'alimentation animale est moins bonne à Alger qu'à Constanlinc : la viande qui s’y consomme est pauvre en sucs; mais le poisson, les légumes, les fruits, y sont abondants et d’excellente qualité.
L’étranger trouvera à s'y très-bien loger au Grand-Hôtel d’Orient, transféré dans sa nouvelle demeure; à l'Ilôtel de la Régence, place du Gouvernement; au Grand-Hôtel de l’aris, rue Bab-el- Oued ; à l'Hôtel de Rouen, rue des Trids-Couleurs. Je lui recommanderai spécialement l’Iiôtellerie de la Porle-dc-France, à l'angle de la rue de la Marine et de celle <les Gonsuls, à cause de sa proximité du port et de la manière toute patriarcale avec laquelle elle est tenue. — Il trouvera à Alger de nombreuses librairies , au premier rang desquelles il faut placer celle de M. Bastide, rue Bab-A/oun, trois cercles toujours ouverts aux personnes présentées, plusieurs cabinets de lecture.
Naguère, encore, Livourne exerçait le monopole de l’impression des livres en caractères et en langue hébraïques, et en approvisionnait tous les centres où ils font besoin. Une imprimerie pour les ouvrages Israélites s’est fondée récemment à Alger, où elle ne peut manquer de réussir.
C’est de cette capitale ipic partira la caravane projetée d’exploration pour TomhouKtou, qui sera compostie de Mozabites, <le Chambas et de Français , et dont l'initiative appartient tout entière à M. le Gouverneur-Général Ramiou.
Les plus notables cafés de la capitale de l'Algérie sont ; le Café Valentin,, rue Bal)-.\?.üun , le Café de l'aris, rue Bab-cl- Oued, le Café de la Régence, le Café de la Bourse et le Café rl'Apollon , place du Gouvernement.
I/PS moyens de transport sont fniqueuts à Alger, <iui c.sl sillonné d’omnibus. Ou y a établi un service régulier de diligences
sur Blidah , Milianali cl Mùiléah. A prupos «le messageries, disons que, dans un pays chaud cuniine l’Algérie, et dans le parcours d'une plaine poudreuse comme celle de la Milidja, on devrait adopter des voitures publiques fermées partout avec des glaces fixes ou des toiles métalliques pareilles à celles employées dans les voitures du chemin de fer de Paris à Lyon , et ouvertes en haut par des persiennes.
l'n excellent et pieux usage a survécu en Algérie à toutes nos révolutions ; c'est celui des messes militaires, chaque dimanche.
Les uniformes ici sont extrêmement nombreux parmi les fonctionnaires civils. Peut-être en abusc-t-on un peu comme du tricorne à Home. C’est chose curieuse de les voir mêlés aux uniformes militaires, aux costumes indigènes, sur la place du (^uvernemeut, à l’heure où le coup de canon, tiré à bord du Stntinnnairc pour la clôture de la libre pratique du port , donne le signal de la retraite miliUire.
En général, les mirurs algériennes n’ont point l’elTusion, le laisser-aller, le naturel de celles de Bôuc cl d'Oran. — C’est là l’bistoire de toutes les capitales. — Toutefois, les mu’urs algériennes sont loin d'offrir la froide réserve, l’apprêt et les préventions do celles de la société française. Il y a à Alger un peuple européen a-sscr. grossier. Ce peuple européen abuse étrangement de la liqueur la plus dangereuse, de l’absintlie, et il serait presque à désirer qu’un droit onéreux sur la consommation de ce liquide en réduisit l'usage ; c'est ce que j’ai donné à entendre au livre !"■.
Alger est le siège de toutes les grandes institutions gouvernementales, financières, de tous les grands pouvoirs, de tous les chefs de service de l’Algérie; seulement, quartier général d’une division militaire, il n'en possède pas le chef, qid, par des raisons de haute convenance stratégique, demeure à Blidah. Cette cité renferme le conseil de gouverneineul. l’évêché, le rectorat universitaire, la préfecture, le comniiuidanl supérieur de la marine de l’.Algérie, poste occupé par un contre-amiral, la cour impériale, la banque «le l’Algérie, l’état-major de la
siibtiivi.sioii militaire, un tribunal civil. Elle a de vastes cbautiers de construction navale, à l'amirauté, et un observatoire. — Sa population totale se répartit ainsi :
I Européens 29,872
Maures 17,391
Juifs 5,758
Annexes 6.202
La province d’Alger contient 57,-158 Européens, 85 villes, villages et centres de population.
Prcs<iue toutes les nationalités sont représentées à Alger par des consuls généraux, des consuls ou des vice-consuls. — Cette cité est le centre de tout le mouvement^ littéraire et scientifique de r.VIgérie. Il se publie et lise vend beaucoup de livres dans cette capitale. Son imprimerie est très-active et sa presse périodique honorée. De son .sein partent tous les genres d’impulsion. M. Bourget, fondateur de YAkhbar et du journalisme en Algérie, n’a cessé d’clcver la voix eu faveur de notre colonie d'Afrique et d’y semer le germe d’une foule d’améliorations. Économiste sérieux, littérateur distingué, il a rendu et rend, par son honorable publicité, d’éminents services au pays. — C'est là la véritable et noble magistrature littéraire de la pensée. Les noms de M.M. Berbrugger et Bourget résument toute la littérature algérienne. Ou s’étonne parfois que la décoration do la Légion-d’llunncur ne soit jias encore venue récompenser ce dernier écrivain, qui a fait tant de sacriliccs pour l’Algérie, qui est l’organe le plus ancien de ses intérêts. — .M. Bourget vient de produire uuc revue allemande périoilique de l’agriculture et de l’industrie en Algérie, sous le titre de ®cut8cl)c 3cUung fut 3thctbau unît 3nî>ustric tn ^Igrricn. C'est encore là une innovation féconde.
I.e service des facteurs rnr.-iux est établi à .Mgcr comme dans la mère patrie. Celle ville est le siège d’une soeiélé d’aari-
culture, d imc switdc des licaux-iirls, d’une sociclé (ddlaii- (hro|)K|uc, iriinc SDciélé philliarinonique, d'un tribunal et d'um; idi.nTibre de commerce, d’une cli, ambre eonsiillalivc d’agrie.iilture. l'ne académie des sciences, belles-lettres et arts, avait essayé de s’y former et n’a pas eu vie. l’eul-ètre le moment est-il venu d’imprimer il cette c,apitalc un mouvement académi(iuc plus prononcé. On centrali.serait les savants, les littérateurs, les artistes les plus recommandables dans une académie impériale des sciences, belles-lettres et arts , les médecins les plus renommés dans une société impériale de médecine.
I.’exposition générale afiricolc et imUistriclIe qui a eu lieu dans cette ville, en septembre t8.'î3, à l’époque des fêtes de rilippodroine , a été extrêmement remarquable et a bautemeut témnif.mé des rc-ssourccs actuelles de la’ colonie, de la prospérité qu’elle se prépare.
Il y a à Paris une rue d’AIscr et à Lyon une rue d’Algérie (à l’ancienne Boucherie des Terreaux ); plus, une rue d’Alger dans le quartier de l'erradie, qui seinblcnl comme les liens de la France, eontinentalc avec la Fr.ance africaine.
Cette métropole réunit tous les cléments de vie, toutes les chances de la prospérité la plus complète , une existence variée, luxueuse et brillante. Klle présente les meilleures eonditions hygiéniques et est appelée à un magnifique avenir. — Que l’art, cette expression des civilisations, cette plante amie dos beaux ciels de l’Orient et du Midi, ait aussi à Alger sa plus floriss;mte colonie, inaugurée déjà par la présence d'Horace Vernet; que la France, enOn, ait sa Grèce et son Italie en Afrique!
Les Européens, et particulièrement les Français, commettent, h Alger plus (pi’en aucune .autre ville d’Afriiiue, une gr.ai\de faute, c’est de vouloir y conserver leur activité de mouvement et d’affaires. Il résulte de, cette circonstance qu’ils s’usent vite dans ce milieu. Il importe que les idées théoriques et prati- (|ues sur le travail sc miHlificnt en Algérie. — Les lils, probablement, n’imiteront pas les iièrcs.
Ne terminons point ce tableau d’Alger en 1854 sans rendre une éelatante justice à M. I.antour-Mézeray, préfet de ce département. Il a été un des plus actifs et des plus dévoués propulseurs du inou\enicnt des cotons.
Il manque aux délicieux horizons d’Alger ce qui manque à tous les horizons civilisés de l’Afrique; im au delà, cet éternel besoin de l’homme, ce pressentiment, cet instinct inné en lui d’une vie future.
Quand on pense qu’à une distance souvcnttrés-faible des centres les plus vivifiés par l’idée européenne il n’y a plus rien que des tribus ignorantes, nomades, barbares, plus de sécurité, plus de routes, plus d’agglomérations rurales régulières d’individus, on ne peut se défendre d’une certaine tristesse, et d’nne. sorte d’oppression. — Mais, chaque, jour, l'horizon européen et la zone de l’agriculture et de la civilisation s’élargissent. Encore ilix années, et les cités algériques auront un au delà qui ne (luira qu’au Grand-Désert, au Sahara, là où Dieu a interrompu son oeuvre.
BOOFFABICK. — BUOAH.
On trouve à Alger, sur la place du Gouvernement, deux .services réguliers et rapides de messageries sur Blidah. Deux routes principales, et en état satisfai.«ant de viabilité, conduisent de. la métropole algérienne à la sultane de la Mitidja ; l’nne pas.se par Douéra, l’autre par Birkadem. — G’est cette dernière que nous suivrons.
On traverse la partie la plus .pittoresque de Mustapha-Pacha et l'on peut, de la voiture, embrasser du regard les jardins embaumés et la belle villa du Gouverneur-Général de l'Algérie. I.e pay.sage. est d’une beauté idéale sur tous ces coteaux du Sahfd, si écla-
tanls (le liiniièrp, dfi couleur, si ric liemenl constellés île maisons lie plaisance et île t)osi|iiets. On atteint bientôt Birniunilra'is, ensuite Uirkaileni, du plus délicieux asiiecl par scs entnuraecs, par ses eaux et par lui-mOnie. Nous approchons des 'derniers plis du revers du Sahel; la canipasrne est moins animée , et nous voici dans un petit centre de population nommé le (Jtialrième- Bhekaus. Vient, après, le hameau des Qmilrc-i^hniiins , et nous sommes en pleine Mitidjah, dans ce bassin préparé par Dieu pour recevoir les plus inagniliqiics cultures de l’Algérie, entre les deux versants du Petit-Atlas et du Sahel. Aux Qualrc-Chemiiis nous laissons les routes de Koléah et de Douéra, cl nous nous dirigeons vers Boulîarick.
I.cs fléaux épidémiques, qui ont trois fois décimé la population de Boulîarick, s'expliquent à la vue de la plage paludéenne et vaseuse qui l'avoisine, mais dont plusieurs intelligents travaux d’as.sainissement ont, en grande partie, conjuré les graves périls pour la santé publique. — L'aspect général de la Mitidjab est encore triste; elle tient de l'.lÿro Iloitmno |iar son silence, de la Domhes par ses steppes et scs flaques aqueuses , de la Cbampagne par son aire plane comme une glace. Quelques fermes neuves et blanches étoilcnt seules, à intervalles, cetlc grande surface d’une teinte grise ou blonde. 11 suflit d’observer combien la terre végétale y est abondante cl noire pour comprendre à quelle prospérité agricole cette plaine est appelée. Dans les zones les plus essentiellement marécageuses on pourra, peutêtre, à une distance convenable des centres de population, établir d’excellentes rizières, aussi productives que celles de la Lombardie et du l’iémout. J'ai effleuré ailleurs celte iilée.
Autour de Boulîarick, luxe prodigieux de végétation et d’humus, sol consistant et perméable, parfaitement as.saini, culture ilu tabac sur une vaste échelle, qui , en 18ô3, a versé des sommes considérables de numéraire parmi les colons; plantations de peupliers bien aménagées.
Boulîarick est une grande ville à l’état d’esquisse, dont le plan est celui des cités américaines. Comme à Versoix ( canton
lie (leiièvc ), son iclmoarapltie esl (racée par ilc vastes ali(iuemciits réguliers, où les maisons maniiuent, aboutissant à une jolie place. C’est sur cette place même que s’élève le restaurant «le M"“’ Ciraril, illustré par Horace Vernet.
Ou remarque l’église «le BoulTarick, consacrée à Saint-Ferilinanil , la plus élégante «le toute l’Algérie , ornée d’un pronaos à colonnade, d’un charmant motif, imité de ceux des basilii]ucs latines de Home. Cet édifice aurait plus de grùce si son clocher montait d’un étage de plus à l’horizon. — I.e caravansérail est un monument important, très-analogue à celui que nos Français ont élevé ù Oran. Il se tieut ici un des marchés les plus fréquentés de l’Algérie, et où affluent les Européens et les indigènes.
L’orphelinat de llouffarick, à 1a tète duquel est placé le K. P. nrumault, est une des fondations les plus sérieuses, les plus utiles, les plus admirables ()ue le souflle vivifiant de l’apostolat et de la religion ait fait éclore dans l’Afrique française.
De lloulTarick nous nous dirigeons, par une roule tracée en li'gne droite, sur Beni-Mered, dont le blanc obélisque en granit sert de point de mire ù cette route. Ce monument triomphal a été érigé à la gloire du sergent Blandan ( de la Guillotière ) et des vingt-un héros qui l’accompagnaient. Vingt-ileux hommes ( chef compris ), porteurs de la correspondance, et commandés par le sous-olTicier Blandan , furent attaqués en ce lieu par 300 cavaliers de Ben-.Salcm, et périrent presque tous. Blandan, qui succomba le premier, s’écria en tombant: «< Amis, défendezv«ms jusqu’à la inortl » On lit sur le piiidcstal de l’obélisque l’inscription;