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j)cudautla miil; le jour, les pa\ sages de la cote, les eiitrcliciis avee les ofUciers de si bonne compagnie et toujours si polis vis-à-vis des personnes bien élevées, les embarcations qui viennent recueillir ou déposer des voyageurs, l’étude des types et des indigènes toujours couchés par masses sur le pont.
Mais voici Mostaganeni , dont les eaux rentrent lualbeurcuscmeiit dans la loi commune des ports de l'Algérie. On s’arrête, comme à Bùnc , à plus d’un mille marin de la ville, dans cette rade sans abri. Mostaganem, occupé par la France en 1833 , est la liône de la province d’Oran. Sa situation délicieuse semble convier les voyageurs. Elle s’arrange entre deux ravins avec une grâce inllnie. Cette ville est chef-lieu d’un arrondissement civil et d’une subdivision militaire.
Mostaganem sert d’entrepôt et de débouché à tout le Bas-Chélif et à la Mina, et po.ssède une église neuve, un peu lourde, consacrée à saint Jean-Baptiste, une place animée, ombragée, charmante comme celles de Itône et de Blidah, un joli théâtre. Elle est en voie de rapides progrès. A son commerce agricole prospère se joignent les éléments de la vieille industrie mauresque. Il s’y vend ou s’y fabrique beaucoup d’objets indigènes, notamment des tapis et des pipes. On parle de l’établissement prochain, à Mostaganem , d’un tribunal de première instance, dont l'existence semble invoquée, et qui serait pour cette intéressante et agréable cité une cause puissante d'imporUmee morale. — On y voit de belles mosquées rappelant la nationalité barbaresque, et les indigènes y sont mêles, dans une large mesure, à la population coloniale. — Mostagixnein. Blidah et Bône sont assurément les trois villes les plus aimables, les plus avenantes, comme cités secondaires, de toute l’Algérie. Mostaganem est la première cité de l’.Vlgérie qui ait éUi mise en relation avec üran par la télégraphie électrique, dont les fils s’étendent, en ce moment même, entre Alger et Blid.-ih et entre l’Iiilippeville et Constantine.
Arie'v ouvre bientôt sur lelittor.il africain son petit port où l’on* peut presque toujours prendre terre. 1,’llot-phare d’Arzew paysage cet horizon. Au-des.<us de ce centrt! de population s’élèvent deux
Diii tized by G oogle
roluiiiei agricole>. Il j a entre Arîcw cl Mcrs-el-Kébir des écueils et des brisaiis que l’on évite avec une admirable sollicitude. •\rzew est chef-lieu d'un ilistrict.
Nous voici dans le snlfc d'Oran.ilont le cap Ferrât forme le baslion oriental, et dont le cap Falcoii occupe l’extrémité opposée. — Décrivons un peu ce magninque bassin.
Nous sommes posés à l'avant du bord, dans la rade de Mers-cl- Kébir. à un mille du (iorps-Mort. jalon du mouillaiic. L’enceinte du golfe est parfaitement des.sinéc. .V gauebe, .sur le rideau, des digues naturelles, du ton le plus chaud, qui protègent la baie contre les vents d’est et de sud-est, se dresse, comme un immense belvédère, la majestueuse MunUigttf des Lions, principal accident de ce mâle paysage. Au fond, dans le lointain, s’élèvent, dans un océan de feu et de couleur, la palpitante cité d’Oran, s’étageant ou debout sur ses capitoles, elles hauteurs torréfiées de .Saint-Grégoire et de .Santa-Cruz. On devine, à ses pieds, le souterrain de la Momie, cl l’on voit rayonner les liains de la Reine sur la route mouvementée qui tend de .Mers-el-Kébir à la capitale. On compte les petits vallons zébrés qui s’ouvrent sur cette roule et les rochers au milieu desquels elle se déroule en pittoresques méandres. Vient ensuite le jeune village de .Saint-André, dont la brise nous apporte les voix joyeuses, cl qui s’épanouit an soleil d’Afrique; puis nos regards distinguent les deux sections de Mers-el-Kébir, derrière lequel et au flanc duquel surgit la Hontayne du Chameau, peuplée de palmiersnains et de chacals. I.e château espagnol, cette vigie monumentale qui plane sur Mers-el-Kébir, semble couronné d’nn nimbe éclatant sous les torrents de lumière qui l’inondent. Le phare concourt à varier ce magnifique tableau du golfe, qui a bien aussi ses beautés, la nuit, qu.and les chacals se font entendre, et quand les feux des lieux habités continuent en bas les étoiles du ciel.
.Mer.s-el-Kélur est devant nous. Nous voyons sa principale rue escarpée gravir la montagne, cl le charmant édifice neuf, destiné à la direction du port, frappe nos regards sur le quai. La paroisse de i-e bourg, dédiée àNoIre-Damc-de-Bon-Sccours, est à Saint-André, et le i»ays est administré par un adjoint de la mairie d'ftran. Plu-
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sieurs Maltais se mêlent à sa population espagnole. Le eurps-inurt (l'amarrage des navires se trouve à une cneablurc du quai de Mers-el-Kébir. — Jetons-nous dans un canot.
.\ l'arrivée de tous tes courriers, on trouve sur le rivage des voitures pour Oran. Le trajet s’exécute rapidement ; la distance est de 8 kilomètres, à peu près comme celle de Stora à Philippcville. l.a route, la plus belle de l'Algerie, kilométrée avec soin, traverse le village de Saint-André, dont la principale rue est coraplantée de betlombras ; elle passe devant les Bains de la Reine, et après avoir franchi le tunnel percé dans le roc, et dont la porte taillée de Besançon est une faible image, elle passe au fort de la Moune, et arrive enfin à Oran, au quartier de la Marine.
Il est bon de vous dire qu’il existe à Mers-el-Kébir un restaurant assez bon, auquel peuvent recourir avec confiance les promeneurs et les voyageurs venant de la mer.
ORAH.
Nous entrons dans la cité la plus auréolée, la plus idéale, la plus palpitante de l’Algérie, étagée ou trônant sur trois monts Olympe, dans un océan de lumière et de couleur méridionales.
Oran, VVnica Colonia des Romains, le IKaran des Arabes, ^partenait à l'ancienne .Mauritanie. Pour les indigènes c'était la ville du Ravin Blanc. Sa population excède 25,000 âmes , et elle est occupée par les Français depuis 1831.
La province dont elle est la capitale renferme 48.312 Européens, 59 villes, villages et centres de population-, son cours d’eau le plus sérieux est le Chélif.
Oran, c’est, à mon avis, dans l’Afriq'ue française , la reine du pittoresque et de la poésie. Où trouverez-vous, sur cette terre neuve de l'Algérie, plus de variété dans l'ordonnance d’un ma-
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jpstiicu\ hurizuli . uu sile plus Klnuige, un caractère plus vivement accusé , le charme du souvenir aussi intimement mêlé aux accidents du terrain ? — Sans doute ce paysage n'a pas la nature recueillie et sereine, la merveilleuse végétation, l’arboriculture florissante de la campagne bOnoise ; mais il règne par des formes plus milles, par une ossature plus hardie de montagnes, par l’imprévu et le grandiose des masses.
•\ Oran, vous avez , .sous l'arche de la conquête française, deux fleuves coulant dans le même lit, sans confondre leurs eaux, deux vies parallèles, indépendantes dans leur type et libres dans leur essor : la vie espagnole, qui y date de loin par la tradition et les monuments; la vie musulmane, qui y forme rélément indigène. — I-es Espagnols sont comme les Italiens et les Grecs; partout où ils ont passé se retrouvent d’harmonieux vestiges; partout ils ont laissé dans les mœurs, dans les édifices, dans le souvenir des populations, l’idée poétique grelîce sur l’idée politique et militaire, la Jouissance des yeux, les échos alTaiblis du romancero, le sentiment du beau moral et idéal, de solennelles manifestations de leur esprit public. — La trace espagnole est reconnaissable en tous lieux à la pensée de pompe et de fierté qu’elle a laissée empreinte sur le sol.
Oran était, pour les enfants de l’antique Hespéric, une uasis africaine où tout semblait préparé pour les recevoir; ils y vinrent avec Joie aussitôt que la glorieuse, conquête française leur en eut ouvert les portes. — Quoi de plus naturel I — Ils s’y réveillaient au souvenir, aux échos, à l’héroïsme chevaleresque de leurs pères, au vieux germe arabe qui a croisé leurs races; ils pouvaient y vivre dans leurs goûts, y respirer ii l’aise, presque en vue du littoral de leur patrie, sous la protection d’une nation généreuse et forte. Les Espagnols stationnent à Oran sur un territoire mixte, qui leur donne à la fois et le cbarme de la colonie et l’ombre de la nationalité, .\ussi sont-ils chez nous à peu près comme chez eux. Cet élément concourt, dans une grande mesure, ,'i faire de la ville d’Oran un lieu A part, particulièrement cher à l’observateur; c’est le fond et le tissu sur le.squels se brodent les iiutres v,ariétés coloniales.
Nulle ville tic l'Afriiiuc française a'oirrc donc le mélange d'Urun. la mélroimle alf;ériciine est presque toute française, Constantine est presque toute mauresque, Kùne est presque toute italienne. Ici, il y a ensemble ; les Maures, les Maltais, qu’on trouve sur chaque point habité des côtes méditerranéennes, les Espagnols proprement dits et les Malionnais, les Français , gravitant dans le même centre, mariant leur langue, leurs costumes, leur mode particulier de comprendre et de mener la vie, leurs allures et leurs physionomies. A cette marqueterie de races réunies sous un magnifique climat il faut, sans doute, imputer la chaleureuse cordialité qui ili.stingnc les habitants d’Oran, l'inexprimable sensualité qui règne dans l’air qu’on y re.spire, l'entrain, l'élan, la gaîté, le naturel, l’abandon, la verve et renjouement de leurs mmurs, la facilité tout exceptionnelle avec laquelle s’établissent la conflauce et les afTcctneuscs relations d’homme à homme, de. famille à famille, la liberté d’action accordée à tous et dont tous Jouissent avec, bonheur en ce pays. — Sous ces divers rapports, Oran est une ville délicieuse, c’est VEhlnrado de l’Algérie; elle est si attachante qu’on ne peut la ipiitter, et qu’éloigné d’elle, on éprouve l’ardent he.soin d’y revenir.
Comme salubrité, Oran partage avec Comstautine l’honneur de marcher h la tête de l’Algérie.
La population mahonnai.se est, sur la côte occidentale de l’Afrique conquise, l’équivalcnl de la population maltaise sur la côte orientale. Races insulaires l’une et l’autre , également actives, également laborieuses, presque également intelligentes, elles jouent le même rôle, elles apportent, dans une proportion inégale pourtant, le même contingent de travaux cl de colonisation. — Minorque est File de Malte du littoral espagnol.
Le visiteur d’Oran logera, dans cette ville, soit à l’Hôtel de France, soit à l’Hôtel de l’I’nivers. .soit, mieux encore, à l’Hùtel du .Nord . rue de la vieille Casbah. — Les cafés les plus distingués de la ville sont ceux de l’aris, du (’.ommcrcc et le Café de lu promenade de l’Etang.
Je ne puis vraiment me lasser d’admirer la conllguralion d’ttran.
les ilis|iosilioiis matérielles de cette cité divisée eii trois sections distinctes , semée sur des coteaux étincelant au soleil, mélanBée de maisons et d'arbres, mariant la solennité du paysage à la solennité des groupes. D’abord, le (|uarticr de la Marine, eu rapport direct avec la mer , et se rattacliant , par des pcnte.^ enrubannées de blanches demeures, à l'acropole de la vieille C.asbab, dont l’église de Saint-Louis couronne le premier promontoire; ensuite , le quartier du Uavin , qui s'embellit et se peuple tous le.s jours, et forme, à travers un vallon, le lieu entre les deux grandes fractions de la ville ; puis, la seconde acropole de la Jeune Casbah, dominée elle-même par la plateforme de la place Napoléon, et le vaste quartier indigène qui déroule, sur une ligne continue, sa longue Ole de blanches maisons mauresques. — Cbacun des Capitoles qui forment les subdivisions d’Oran a son diadème et ses inonumcnLs propres; ici c’est le Cbàtcau-Nenf, .avec .son kioscpic et la bannière nationale qui flotte sur sa phate-furme, et cette vieille forteresse rcblanchie, immense bloc d’.albàtre baillé sur le patron de l'ancien cli.'Ueau féodal d’Étampes ( Scine-et-Oisc ), et qui forme la .sentinelle avancée du Cbàtc.au-Neuf; un peu plus bas, c’est le délicieux minaret octogone de la Crandc-Mo.squée, surmonté d'une coupole implantée sur une plate-forme ; sur les autres monts, c'est la Cash.ab ruinée, l'hôpital bâti par les Français, Saint- Louis. — Je reviens au minaret cle la Cr.ainle-Mosquée. Je ne connaissais point d'édilice de ce genre d’un meilleur goût, plus ébancé, plus semblable au clocher catholique ou au beffroi de nos maisons communes.
.Ses cinq rangs de délicieuses an;.atures simulées, à .archivoltes, ses frises en placages de faïence vernie, verte, sa corniche hispano-mauresque , sa base lai.ssanl les régions supérieures en retraite, la terrasse qui le couronne et du centre de la(iuelle surgit une Jolie vigie en coupole surmontiie du croissant, les charmantes marqueteries (pu concourent à toute la décoration du monument, en font une des principales beautés d'Oraii. — L’est à la plate-forme de ce minaret ipic le nioued/.in arbore le
drapeau blauc du l’roptiète et Tait retentir sur la ville les paredes sacrées ijue j’ai reproduites à la pai?e 139.
Constantine est un ind d'uiglc majestucuseincnt posé à la cime d’un rocher; Orau est un charmant assemblage d’horizons absolument dilTércnts, d’une physionomie distincte, se rejoignant sans se confondre. — Et puis, sous (luelque point de vue que vous envisagiez ce panorama, il est toujours magnifique d’imprévu et de couleur, soit que, des ruines de l'ancienne Casbah, détruite par un trop fameux tremblement de terre, vous embrassiez Saint-Louis et le ravin, et le môle opposé; soit que, du terre-plein qui conduit il l'ancienne porte de Mers-cl-Kébir, vous regardiez la Marine cl la mer qui murmure sur son rivage, le golfe qui l’enserre; soit que, de la promenade de l’Étang ou des hauteurs du Château-Neuf, vous contempliez les régions situées au couchant. A chaque pas le spectacle dilTère, la couleur varie, le tableau se retourne; c’est une suite de changements à vue de décorations, résultant de la forme exceptionnelle des lieux.
D’en-bas, lancez vos regards sur les sommets; du haut des cimes, abai.ssez-les sur les zones inférieures, vous éprouverez toujours la plus vive émotion. Elle sera plus jirofonde encore si. des pittoresques faites de Sauta-Cruz cl de .Saint-Grégoire, vous embrassez l'ensemble du tableau, vous jilancz sur les routes de Mustaganem et de Messerghin, les moulins à vent, le village arabe, le Kavin Ulanc de Karguentah, les fraîches vallées, les montagnes arides et nues, sur toutes les campagnes environnantes; alors, surtout, vous serez séduit, émerveillé. Ou ne se lasse point de ces horizons , comme on ne s'ennuie jamais dans les rues d’Oran, bien qu’elles ne soient pas des musées, tant les populations qui circulent dans leur sein sont intéressantes, animées, expansives, tant il y a de charme oculaire et de variété répandus partout. — El tout cela sous un incroyable firmament, sous le plus beau ciel de l'Algérie par sa profondeur, sa limpidité, le ton ferme, violet et chaud de .sa robe, d’une magnificence toute .asiatique.
l-:\ mer, qui vient amoiireusoment liaiser de ses ilernièrcs vagues le sol d'Oraii , n'oITre pas ilans la baie un volume d’eau sufllsant pour l’atterrage des navires. A peine (piclqucs légères tartanes, quelques frêles balaneclles, quelques petits eanots osent en eflleurer la siirfaee. Mais l’excellent mouillasc de Mers-el-Kébir est A quelques kilomètres de distance , et des travaux importants d’endiguement, commencés au port d’Oran , conduits avec activité, en lui donnant plus de fond permettront bientét d’y recevoir des bateaux d’un tonnage a.ssez considérable.
Oran est le foyer d’un très-grand romincrce de produits agricoles et d'échanges en grains, huiles, laines, surtout, à cause du voisinage du Maroc et de la sflreté des deux mouillages d’Arj’.cvv et de .Mers-el-Kébir. t'e commerce, dont la situation prospère a déjii motivé l’établis.sement , à Oran, d’une baïupie, succursale de celle d’Alger, se dévebqipera dans une immense mesure parsuite.de la remanpiable fertilité de la province, du progrès toujours croissant des exploitations et colonies agricoles, do l’agriculture dcTIemçen, de l’industrie séricicolc, de raclièvemcut futur des voies de communication. — Oran est un des principaux marchés de l’Algérie.
Parmi les hommes d’avenir qui ont imprimé le plus vif élan à la vie commerciale d’Orau citons M. Uivy , intelligence de cœur et d’e.spritsi choisie, d’un caractère si pleinement honorable. Scs succès , dus à une prodigieuse activité, à une aptitude extraordinaire, fruits légitimes d’une loyauté a toute épreuve, ont armé contre lui des intérêts rivaux, de tristes jalousies, lui ont suscité une déplorable querelle; il n’en est pas moins ferme dans sa voie et persévérant dans ses efforts. M. UWy parle avec une égale facilité pres- <iuc toutes les langues vivantes et mortes; il a tous les instincts nobles; celui des arts, celui des lettres, celui des .sciences, une haute et puissante raison; c’est une des natures les plus sérieuses, les plus cordiales et les plus distinguées que j’aie rencontrées en -Vlgérie. 11 est encore bien jeune, et a déjà profondément creusé son sillon.
Ihi service de diligences unit dès à présent Oran à Mostaganem. la ville des tapis, des pipes de caroubier et de genevrier, et à
Tlcmçfin, la ville aux belles mosquées. Le principal Iransil de l’Algérie s'cITecluera presque exclusivement par (Iran, si le chemin de fer espagnol projeté unit Perpignan et Bordeaux à Larthagcna di Levante. 11 s’établirait aussitôt un service régulier de paquebot.s à vapeur parcourant journellement, en quelques heures, la distance qui sépare cette dernière ville de Mers-el-Kébir. — Peut-être aussi, à force de jetées, parviendra-t-on à faire un mouillage plus rapproché de la cité, dans la haie d’Oran clle-niènic, d’où l’on pourra rallier la terre par les chalands. *
En général, îi Oran, et dans sa province, l’agriculture s’exerce à peu près exclusivement par les bras espagnols, et le commerce par les mains juives. J'ai déjà eu l’occasion de m’exprimer franchement sur le compte des Israélites. C’est, à mon sens, le peuple le, plus intelligent, le plus fin, le plus habile du monde. Fidèle à sa vieille loi religieuse, à sa foi traditionnelle, il est, en matière de religion, d’une tolérance parfaite: il est de tous les pays et de tous les climats; il a pour toutes les langues une idonéité extraordinaire; il ne SC décourage jamais. — C’est la seule race de l'univers qui , éparse , fractionnée comme elle l’est , ait conservé scs liens eominuns, son type, son originalité, le sentiment national, bien qu’il n’ait plus de sanctuaire et de point de ralliement. — Après tout, il y a peut-être moins de flibustiers parmi les juifs que parmi certains chrétiens, et les crimes, dans leur société nomade, sont peutêtre plus rares que dans notre société centralisée, et sédentaire.
Les riches carrières d’onyx, de l’Isser, de M. dcl Monte, sur lesquelles j'ai donné d’assez longs détails au livre 1”, seront pour Oran une nouvelle et féconde branche de commerce, soit à cause des entrepôts, des affaires de commission, .soit à cause du transit qu'elles y amèneront.
Il n’existe à Oran qu'un collège libre, celui des Jésuites, situé dans la rue de Gènes, et que ces l’P. s’efforcent, je crois, de faire ériger en établissement communal. Cette ville ne possède pas de bibliothèque publique, mais elle a deux imprimeries et deux journaux, dont l’un, VEchn ifOran, exerce une grande autorité morale dans la province. Elle est quartier général d’une division militaire.
siét’eirtine préfecliiri-, ifiiii tribunal civil, li'iiiic clmuibrc consultative d’agriculture de la jirovinee, d'une sociclé agricole, d’un tribunal et d’une chambre de commerce, d’une succursale de la banque de l’Algérie , d’uue société pbilbarmonique. — Il serait à désirer qu'il se formât à Oran un dépOt de livres français, espagnols et arabes. Un assez joli théâtre, voi.siu de. la promenade de rùtang, s’élève, à Oran, dans la rue de Turin.
Comme partout en Algérie, on voit à ftran un trop grand nombre de maisons de papier mâché, bâties par les Français ou sous l’influence française. On dirait que leurs constructeurs n’étaient pas sûrs du leudeinain, (pi’ils n’eurent qu’une idée ilc simple campement et pensaient cpie bientôt le sol de la conquête échapperait aux conquérants. — .\os Français, en Afrique, ne savent combattre ni le. froid, ni le chaud; ils se fout des demeures frêles, ils négligent en été l’usage des portières, en hiver les clôtures hermétiques des baies; ils ne se ménagent ni cours intérieures ombragées, ni sanctuaires de la vie domestique. .Aussi ces maisons légères tremblent-elles affreusement au vent d’Afrique. — J'en ai fait l'expérience.
I délicieuse cité d’Oran e.st celle de mon choix, et je partage, à .son égard, toutes les ardentes prédilections de l'illu.stre général Pélissier. — Grâce à la précocité de son climat, je me rappelle y avoir mangé, le 20 avril ISÔ.’J, des fraises et des petits pins, à la table du général, et d’y avoir vu des raisins eu gros grains et des amandes presque mûres, dans des jardins médiocrement exposés. — Et l’année 1853 a été tardive partout, même en Algérie.
Iæ vin que le commerce verse dans l’Afrique française,elpartic.ulièremcnt à Oran, et qui a presque toujours Cette pourpoint de provenance, est très-frelaté quand il arrive au consommateur. Estce dans la métropole ou dans la colonie que la fraude s’exerce? — Je l’ignore. — Mais je constate la falsiOcation. Ces vins ont une saveur résineuse, ils sentent la cire d’E.spagne et l’essence de térébenthine. Des mesures de surveillance bien dirigées Uniront par arrêter le mal, soit qu’il v ienne du dehors, soit qu’il vienne du dedans.
Il Tul un temps où la ville d’Oraji passait pour avoir plus iiolableineiU reçu dans son sein, comme Uvourne, à son origine, la lie de tous les peuples circouvoisins. — Cette opinion n'était point justifiée dans les faits. L’origine de cette cité a été la même que celle des autres centres algériques. Il peut se faire que, dans le principe, Oran ait servi de refuge à quelques aventuriers chassés de leur patrie parla déconsidération et la misère, mais ces éléments primitifs ont disparu, et aujourd'hui la population d’Oran est aussi honorable, en masse, que nos populations européennes; elle a les mêmes vertus et les mêmes défauts ; elle a de plus qu’elles une santé publique admirable, une elTiision parfaite, une grande foi dans son avenir, une ainénibi charmante, celte affabilité sans contrainte qu’on ne trouve guère que dans notre colonie d'Afrique. — Point ici de ces collfts imntés, de ces hiérarchies toutes de vanité , de ces prétentions à la supériorité, de ces jactances, qui ont si profondément altéré le naturel français, si poli, si plein d'élans sous Louis XIV.
Le type ihi Ya-Oulfd { pour employer ici abii.sivement une expression bien connue, qui, litti-ralement, est une interpellation composée de deux mots), le type du Ya-Oiiled a une physionomie toute locale; nulle part, il n'est aussi tranché. U'sJ'«-f>M/crf, nègres ou blancs, mais toujours indigènes, fourmillent. Ils vous suivent partout, vous offrant leurs services, qu’ils ne font pas payer bien cher. — Il faut vous dire qu’à Oran, pour peu qu’on ait une ombre de position, on ne marche qu'à cheval dans les rues, presque toutes irès-montueuses. Le Ko-Ou/ed est là, toujours prêt à tenir la bride de votre coursier pendant que vous vaquez à vos occupations. Il se cramponne à la queue de la bête, il faut qu’il en soit le gardien. Quelque commission que vous ayiez à faire, le Ya-Oitled est à vos ordres. Il a la souplesse et les expressions ampoulées du facchitto italien ; il ne vous traite pas iVEccelenza et de SignorUx, mais il vous appelle Commandant. — C’est là sa qualification favorite. — l,e Ya-Ouled n’a rien de commun avec le commissionnaire et le gamin de Paris, avec le Savoyard de Lyon; c’est un être à part ; gardien de chevaux, cireur de bottes, fai.seur de commis-
Mon», porteur de liaaat’es, tire dont la eonqmMe et la colonisation ont développé l’existence en Alcérie. Les Ya-Oiiled sont plus soumis, plus nombreux, plus excentriques à Oran qu’ailleiirs ; ils ne vous répondent jamais tmika.tli snftirfje ne sais pas .
Que j’aime cette rue Philippe avec ses huit pros peupliers séculaires, largement ouverte, serpentant de la manière la plus pittoresque sur la montagne qu’elle envahit, et conduisant au Chitcan- \eiir, Capitole actuel de la cité, d’où la vue s’étend, si occupée et si séduite, et sur la ville et .sur la campagne! Magnifique, le jour, quand les montagnes sont nimbées de soleil, quand toutes les régions de la ville rayonnent de couleur et de lumière, le panorama d’Oran est encore plus délicieux, la nuit, au clair de la lune. J’ai joui de ce tableau du haut de la plate-forme, à l'exlrémité de laquelle flotte le drapeau national, dans ces aimables soirées que m’accorda la généreuse hospitalité du général Pélissier.
I,e Cliàteau-Neuf, c'e.st une demeure princière, souveraine, dans une citadelle et dans un arsenal. Toutes ses avenues, sont gardées par des factionnaires ; autour d’elle on entend un bruit constant d’armes, d’instruments et de voix militaires; c’est un mouvement perpétuel de soldats à cheval allant et venant, courant à toute bride, portant des ordres, d'aides de camp, d’officiers d’ordonnance, etc. Dans les cours sont toujours à rattache des chevaux sellés. — A l’exception du pouvoir souverain, je ne connais pas de pouvoir au monde qui ait une signification extérieure aussi puissante que celle du commandant supérieur de la province d’Oran. LeCihAteau- Neuf d’Oran est le .symbole de la domination.
Quant au monument , c’est un a.ssembla2e de, constructions, diverses d’âge, de forme et de style, où l’élément mauresque n’occupe pas une bien grande place. Toute la région dite de la Marine, dans cet édifice , est de structure espagnole , et a sa principale manifestation dans la porte d’enirée. On lit sur sa frise cette inscription :
RKINANIK) . EN . I.AS . ESPANA.S LA . MAGE.STAD . DEL . SENOK . CARLOS . ÏTl
d'oii il riisiiUp (|ui> ce. prince iv réc<lilic le ('■hàlciUi-Nciir, iliiiis la partie (Ida Marine, en 1709.
L’architecUmirpic des Kspafimds est, comme leur carat^lcre national, pleine de solidité cl d'énergie, réglée par les lois clas,sique.s dn goût; mais il n’v a pas dans leur art rinspiration, la suavité, la verve italiennes. Tout calculé, le peuple espagnol, majestueux et clievaleresquc, n’esl pas complètement artistique ; il aime la magnificence, las(dennité;il n’a pas l’instinct de la grâce, les harmonies. le goût délicat de l'Italie. Il ne comprend qu'imparfaitemcnl la musique des veux et la musique des oreilles ; aussi n'a-t-il point d'école musicale, et son école de peinture est-elle as,sez bornée et se résume-t-elle surtout dans les chers-d’œuvre de Mnrillo, son Raphaël. C'est une race intermédiaire entre les Maures et les Italiens, ayant l’impuissance musicale , l’amour de la fantasia, l’allure m.'ile des premiers, un peu de la poésie, des idées voluptueuses, sensuelles, ardentes, du goût, des seconds. — Le chapeau espagnol populaire , h larges rebords , image dn turban modifié, n’est-il pas le symbole de ce type de transition? — La langue espagnole ello-mèmc rentre dans ces conditions mixtes : elle tient de l'arabe par ses rudesses, du latin par sa plénitude et .sa solennité, de l'italien par ses euphonies et sa phonétique.
Il y a en Fr.ance et sur la terre suis.se deux villes qui offrent une image affaiblie des fractionnements d'Oran: ce sont celles dn Puy-en-Velay (Haute-Loire, et de Sion (Vallaisj; mais leur .iccidentation est moins vivement sentie, elles n'ont point le luxe d’insolation et de teintes, qui, ici, surexcite tous les regards et enchaîne toutes les pensées. — Leur soleil est blanc Isole bianco), comme disent les Italiens à l’occasion de celui de Paris.
l,e quartier indigène d’Oran, (|ui se développe sur une grande longueur, de la place Napoléon au fort Saint-André, entre la rue Napoléon et les pentes rapides de la montagne, au-dessus d’un ha.s-rond paysagé. arrosé par des eaux (|ui font mouvoir plusieurs moulins, est moins significatif que celui de. Constantine pcnd.ant sur le Rhummel. Néanmoins, il est plein d’intérêt, cl il faut le parcourir dans tous ses défilés, dans tontes ses impa.sses. dans toutes scs cours
l'iiiimiuiies. à travers ions scs escaliers et scs raiiiincutkiiis. Les Juifs, nés pour le Iralic, y pullulent cl se font distinguer par leur ralotte noire. — Les uiaiiis rouge.set vertes peintes sur la plupart des maisons de cette zone sont les cniklèmcs de leur consécration par les prêtres i.sraélilcs. Du reste, à ttran, comme à Alger, les Juifs se félicitent de la domination française, qui leur a donné la proleclioii légale, l’égalité des droits, la .sécurité, cpii leur étaient refusées sous les gouvernements musulmans.
Dans la région indigène le vieux type local lutte encore contre l’invasion des idées européennes-, mais il s’entame: quelques rues neuves y sont percées, de hautes maisons bien monotones s’élèvent sur les ruines du pa,ssé mauresque, la situation matérielle se modilie et la situation morale suivra le branle. — J’ai bien peur que les Maures ne gagnent à notre civilisation autre chose que des demeures (ie vingt centimètres d’épaisseur, incommodes, eu égard au climat, et les vices de notre société ajoutés à icurs anciens vices.
Karguentah, ou Kerguenlah, c.st une zone suburbaine d’Orau, située à peu de distance, mais au delà du mur d'enceinte de la ville. Otle région est née de la concession Itamogcr. La demeure de ce colon, dont je n’ai pas mission d’apprécier la triste célébrité, est une des plus agréables de ce quartier d’Oran. Les constructions Itamogcr, qui formèrent le noyau de Karguentah. vinrent s’épanouir sur cet emplacement très-salubre, plane, préci.sémcnt entre le éfnvin W/fl«e et le ravin d’Oran, dans le voisinage d’une petite mosquée dépendant d’une maison de plai.sance du lley. — C’est pourquoi ou «lésigne le bourg indifTéremmenl sous les deux noms de la Mnsquff.. ou de Karguentah. I.a maison de campagne du lley’ et sa mosquée sont aujourd’hui noyées dans un vaste entourage de bâtiments militaires, constndts par les Français sur un plan grandiose. J’ai visité avec intérêt cette petite mosquée, simple marabout, et les restes mauresques qui l'entourent. Une bibliothèque fort bien tenue, à l’usage de MM. les ofllciers, a été établie par l’administration militaire dans ses dépendances. La salle qui la contient est décorée avec un véritable sentiment de couleur locale. Le brave commandant Tricot des chu.sseurs d’Afrique . né dans la patrie des guer-
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riersija Bourgogne , a bien voulu nous faire les lioimeurs du lieu el nous permettre de voir toutes les curiosités liistoriiiues, et le délicieux jardin de la caserne.
l/cglise de Kargucntali, placée sous le vocable du Saint-F.sprit, paroisse de 2' classe, est simple, mais convenable.
Le cuite catholique s’exerce, en outre, à Oran, aux deux paroi.s.ses de 1" classe, Saint-Louis et Saint-André, à la chapelle des Jésuites, d'une manière régulière, et, éventuellement, dans les tiospices, etc.
Les vents sont presque aussi impétueux ici qu’à Tunis, quand ils viennent à se déchainer et à tourbiilonner dans les ravins et les vallées qui entourent la cité du liarin Blanc. — Je me rappellerai longtemps , avec une sorte d’eliroi, celui qui souffla dans la nuit du 22 au 23 avril 18.’r3. Toute la mai.son où J’étais couché remuait , craquait, violemment secouée comme un navire battu par la tempête on n'entendait que les mugissements de l’oriige et la chute des vitres, des contrevents. — Le 23, vers midi, cet affreux vent de terre mollit cl, le soir, tomba toul-à-fait comme par enchantement. — L'Afrique est la terre de l'imprévu dans ce genre el dans bien d’autres.
line des conditions les plus extraordinaires d’Or.an, c'est d'ètrc la ville de. l’Algérie la plus sujette aux brouillards, malgré la chaleur de son climat.
J’ai signalé, à propos d’.AIger, un des fléaux de l’.AIgérie: la disette de la monnaie. Nulle part celte plaie n'est plus douloureuse et plus flagrante qu’à Oran. Il y est réellement impossible de s’y procurer les fractions du franc.
Toujours et partout, à Oran, quelque vestige de goût espagnol: au Ohàteau-Ncuf , à la belle fontaine de la place d’Orléans, à la vieille Kasbah, sur le quai de la Douane, à l’église de Saintlx)uis, à l’une des voûtes qui mène de la place Kléber à la poste aux lettres.
Quant aux maisons mauresques d’un certain caractère , elles ne sont pas nombreuses à Oran. Je n’y vois guère que la maisou Hohl, place d’Orléans, n" 17, et celle de la rue Montebello, de M. Cheronnet, occupée par M. Aucourt, chef du service des
|)ui>b el chausâùes de la pruvince, qui méritent un peu d'étre mentionnées. Comme monument local , il faut citer aus.si la Petite- Mosquée ou Marabout , à l’angle des rues du Vieux-Cbateau et de la vieille Kasbab.
Un boulevard cumplanté d’arbres, d’un agréable aspect, circule autour de l’ancien ravin, en partie comblé dans scs pittoresques profondeurs. Si cette opération de remblai enlève du pittoresque à la ville, elle augmente sa salubrité, car les basfonds du ravin servaient de ré.scrvoir à des eaux vaseuses, d'où s'exhalaient de funestes émanations. Peut-être, si ce travail eût été fait plus tût, la cité d’Oran n’aurait-elle point payé à la meurtrière épidémie cholérique l’affreux tribut prélevé sur ses habitants. Du reste, un a eu soin de ne combler le ravin que dans l'espace où , par défaut de pente , les eaux n'avaient pas toujours un écoulement régulier. La forme du lieu demeurera vierge à une certaine distance en aval de la place Kléber , sur les points où le versant est rapide et où les vidanges se vident rapidement dans la mer, dans ce charmant bas-fond si richement vêtu de cactus et d’agaves, seulement en partie remblayé.
En amont de la place Kléber, le ravin comblé va devenir un cours complanté d'arbres, bordé de maisons, parallèle au boulevard Oudinot. Ce sera la rue la plus large, la plus droite, la plus belle d’Oran, n’offrant guère, dans son plan légèrement incliné du midi au nord , qu’une pente de trois centimètres par mètre. Les remblais et murs de soutènement sont trèsavancés au moment où je trace ces lignes. — Le nouvel aménagement des régions basses d’Oran donnera à la cité un cœur et un centre magnifiques.
Les plus remarquables édifices européens li’Oran sont; l’hôpital militaire, le plus vaste, le plus hygiénique, le mieux distribué de toute l’Algérie; l'église de .Saint-lAïuis, la douane, le délicieux caravansérail bùti par les Français, devenu l’hôpital civil, l’hôtel de ville, la préfecture. Sur la façade de ce dernier monument, situé sur le boulevard Oudinot, on a inscrit en lettres de hron7.c la distance kilométrique de la capitale aux
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divers foyers de pupuhitiun de la province, exemple qui mériterait d'être suivi dans les deux autres capitales de l’Algérie et dans tous nos chefs-lieux de départements frani;ais. — Voici ce tableau :