‹ L'Algerie en 1854 itinéraire general de Tunis a TangerChapitre 16 sur 20 · IU · texte numérisé non relu

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africaine. M. Berbruggcr. a parlé de ee dernier lieu dans r.4A/iAar. Areligoun s’élève en face de l’emboueliure de la Tafna (rivière de TIemçen}, que signalent à l’attention les restes du fameux camp de ce nom. Touu. forteresse et ancienne ville arabe, apparaît plus tard.

Ix rivage, en approchant de Nemours, offre un véritable rempart de rochers coupé.s à pic, d’un imposant aspect, de la plus belle et de la pliis chaude couleur d'or. On serait perdu, si l’on venait à faire côte contre ces escarpements et ces haïmes par des vents impétueux de nord et de nord-est.

I.es deux pôles des possessions françaises en Afrique, I.a ('aile, <1 l’est, aux frontières de la Tunisie, Nemours, au couchant, aux limites du Maroc, sont les plus détestables atterrages du littoral. I.’an.se dont Nemours occupe le fond, peut tout au plus être considérée comme un débouché de la nature la plus précaire. — Je plains amèrement les fonctionnaires et les négociants confinés sur ce point extrême de l’Algérie ; ils sont là bloqués la moitié de l’année, sans nouvelles, sans relations, entourés de tribus fort peu soumises. — Aussi l'arrivée au mouillage d’un courrier qui peut communiquer, est-il un événement considérable dans le pays, et, dès qu’il est signalé, toute la ville est en émoi. — Quelle différence entre le Nemours du département de .Seine-et-Marne , couché dans ses souvenirs royaux, à l’ombre de ses vertes promenades et au pied de son château historique, flanipiéde tours, et le Nemours de l’Algérie! — f.e dernier est pourtant dominé, lui aussi, par des ruines d’habitations et <les débris de forteresses mauresques couronnant la montagne au nord-est de la ville.

Nemours, ou Djemmah-Gha/aouat, n’est qu’un camp, qu’une esquisse de ville provisoire, qu’un assemblage de cases de bois et de baraques. C’est le foyer de population le plus méridional de la côte d'Algérie. Le régime militaire y règne exclusivement; toute l’autorité y est centralisée dans les mains dn commandant supérieur, et les habitants du lieu se trouvent à merveille de cet état de choses dont ils inv(xiuent le maintien. Rien de protecteur, d’énergique et d’expéiiitif comme l’adininistration de la guerre. Avec elle, tout

marche vite et tout marche bien. — J’ai eii occasion de voir des négociants de Nemours qui se félicitaient hautement d'avoir déployé leur tente sur ce territoire militaire. — Et puis, si les colons de ce pays vivent pour ainsi dire séquestrés du reste de l’humanité civilisée, ils savent tempérer les rigueurs de l’exil par la vie la plus fraternelle, la plus cordiale, la plus libre de toute contrainte. — Nemours a une église dédiée à saint Jean-dc-Matha. — L’extrême proximité du Maroc fait de Nemours un marché important des laines et une place de commerce où les affaires sont nombreuses, très-productiveü. Par Nemours on peut se faire une idée de ,San- Krancisco (Californie'.

Quand le courrier touche à Nemours, ce qui est rare, vu l'état presque habituel de la plane, il mouille à près d'un mille (1 kil. 8,32 m.) de la bourgade de bois. Il repart ordinairement vers 4 heures de l’aprè.s-midi. Le lendemain, dès le lever du jour, on navigue entre les côtes d’Afrique et d’Espagne, parfaitement appréciables, et. d’assez bonne heure, on voit le détroit de Gibraltar se dessiner à l’horizon. Entre Nemours etCeuta,on a pu saluer, sur la côte de Barbarie, le cap Las très forças.

Le courant des Ilots de l’Océan Atlantique venant agir en sens inverse sur les eaux méditerranéennes devient de plus en plus marqué. La lutte entre ces deux forces contraires, quelquefois merveilleusement paciflques. se montre souvent terrible pour les navires.

Ix)rsque l’on regarde, le détroit à la distance d’environ soixante milles, on croirait prc.sque le passage hermétiquement fermé, les collines qui le limitent dans le sens longitudinal , sur le littoral espagnol , semblant, par suite d’une erreur de perspective, continuer la clôture transversale. — Nous nous primes à relever assez exactement les profils du détroit, M. Maire, chirurgienmajor du Grégeois, et moi , à un éloignement d’à peu près quarante-cinq milles, par un ciel parfaitement serein et un mirage très-prononcé.

Vers le soir, on approche de ces célèbres Colonnes d’Hercule. si souvent franchies depuis le demi-dieu.

Les Colonnes d'Ilcrcnlc nalnrcllns sont les ilenx houlevarils posés à l’entrée iln détroit ; te M iml-niuf -Singes , sur la eôle bnrliares(iiie , la Pointe-d’ Europe , sur le littoral espa^niol. l/lle de (".enta, qui appartient à l’EspaKne, et o(i elle a un*; citadelle, sursit presque eu face de Gibraltar, sur la côte marocaine. — Ainsi, la barbarie est à deux pas de la civilisation, et la plus faible escadre ransée en ligne entre les deux rivages formerait un trait d'union entre l’Afrique et l’Europe ; on pourrait presque jeter un pont de l’une à l’autre.

Je ne sais si les anciens ont jamais érigé véritablement deux colonnes momnnentales à l'entrée du détroit, l'une sur le faite d’/l6y/n, nom mythologique du Vont-aux-Singes , l’autre à la cime de Calpé, que nous appelons aujourd'hui la PoMe-iV Europe, pour consacrer le souvenir héroïque d’Herculc, qui, trouvant. selon la Kable, ces deux montagnes unies, les sépara, cl lit, par cette disjonction, communiquer les eaux de l'Océan .Atlantique avec celles de la Méditerranée.

I.e vaste roc de Gibraltar est absolument détaché de la péninsule ibérique. Coupé à pic du côté de l'Espagne, ce môle naturel offre une pente assez douce, en regard de la Barbarie. J'incline à croire qu'il a dù être primitivement sans adhérence au continent, avec lequel il aura été mis en communication accidentellement ou d'une manière artilicielle. De loin, ce bloc montagneux ressemble un peu à un immense lion accroupi, dont la tète regarde l'Europe. C’est le symbole de l'Afrique. — Quand on observe la masse abrupte, beurtée et sauvage du rocher de Gibraltar, à droite, cl les profils arrondis, marnclonés du Itlont-aux-Singcs, on est tout surpris de trouver une nature si aimable et si douce dans les parages barbaresques , et des formes si dures sur le littoral européen. — 11 y a ici une contradiction fiagrantc entre les manifestations physiques et l’état social des deux pays. — Ce rocher de Gibraltar tient à l’Espagne par une langue de terre sablonneuse, as-sez étroite, formant isthme.

Je ne dirai rien de Gibraltar, qui, à mon sens, ne représente que deux idées ; la guerre et le trafic. — Ce livre n’est point

consacré auv villes (>uro|iéenncs , cl si j'ai parlé du rocher de Gibraltar, c’est qu’il se Irouvait sur noire route. La cité an- (tlaisc^ se développe, sur le versant occidental de la montagne, en regard d’Algésiras.

Le passager jouira de la vue de Gibraltar et de son golfe. Ce port, médiocrement sftr et où l'on mouille à quatre on cinq encablures de terre, n'est sérieusement abrité que contre les vents d’est. Le paysage qui encadre la baie est agréable et frais. Au fond de la rade on aper<;oit le joli village de Sainl-Uocli, s’épandant sur un coteau. Les collines environnantes sont émaillées de maisons de campagne et de jardins. Algésiras, au (piai blanchissant, et Gibraltar, posé en amplntlu!àlre sur son rocher, se regardent comme deux sentinelles, aux limites du golfe, à une distance de moins de deux milles. — C’est ici le cas de répéter qu’eu ces parages on peut aller dans un instant en Barbarie, en Espagne et en Angleterre. — L’Espagne ne se ruine pas en phares pour ses mouillages ; Algésira.s et une foule d’autres ports espagnols n’eu ont point.

Gibraltar et Algésiras dépassés, le détroit s'ouvre bru.squement comme un entonnoir. Malgré cet élargis-sement, on est, à Gibraltar, très-près de Tanger. Cet espace n'est pas toujours sans dangers, à cause des courants ((ui forment une sorte de chenal, et 011 peut craindre, dans celte passe, ou de faire côte, ou les abordages , par certaines nuits obscures et orageuses.

Le rucher ou bri.san de la Perle soigneusement évité , près de la pointe d'Algésiras, on longe presque couslaiiuncnt la côte d'Espagne, qui offre, de temps en temps, des collines et de petits vallons bien cultivés, des sites pittoresques, jusqu'à Tarifa, ancienne colonie phénicienne, qui a l’air de se mourir sur son rivage. A partir de ce point, le bâtiment tourne la poupe au littoral espagnol et cingle, au .sud-sud-ouest, sur Tanger, derrière lequel était le jardin des Hespérides . dont les fabuleux orangers de Tétouan continuent la tradition. — Dt\jù nous apercevons la cité marocaine. Quel étrange et curieux aspect que celui de celte ville aux minarets teints de couleurs heurtées et

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vives oomme îles in(iicnncs et eomme les vases de Fe/., ulTrant l’apparence d’un véritatde tatouage mumimental ! Quel beau pays, malgré la proslration de scs idées sociales et 1a stagnation de ses mœurs !

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Nous voici «lone dans les eaux de Tanger et devant l'ancienne Mauritanie tingilanc.

Ua ville de Tanger {Tiiu/is), le Tangieri des Italiens, régne doucement exposée au levant, sur un littoral jdein de charme, de variété et de couleur. Les collines qui l’ombragent, et sur le flanc desquelles elle se dresse en double ampliitliéétrc, oITrent en général celte courbe barmonicuse déjà esquissée, propre à la côte d'Afrique. — Point d’escarpements sauvages , point de grands soulèvements. — Les deux sections de la cité, qui se confondent, à la base, dans le mémo horizon, sans (|u’un ravin les sépare . ont la forme classique du delta grec, et pré.senlcnl de loin et d'en bas l’image de deux bancs exploités de marbre de Paros. Son front est couronné de verdure, et parmi les arbres qui composent ce diadème on remarque le peuplier d’Europe.

Le point le plus favorable pour embrasser cette capitale maritime du Maroc , c’est le mouillage. Quelques zones ensablées au pied et sur la pente des coteaux de Tanger, contrastant par leur teinte jaunâtre avec la verdure toute brésilienne qui les enciidrc, concourent à former une mosaïque paysagée cl séduisante pour les yeux. Derrière ces élégants contre-forts s’élève une montagne plus ferme dans ses contours, posée en arrière-plan du tableau. De charmants minarets polychromiques jaillissent de cet a.ssemblagc de cubes d'albàlrc , partagé en deux zones par le pli des collines, et qui con.stitue la ville de Tanger envisagée de la baie.

On inmiillt! ù un mille <ie la rive, dans cette rade sans défense contre les vents de nord-ouest , et où ratterrissement , même pour les canots, est très-dilllcile , à raison des ensablements de la plage. Le plus souvent, pour sortir des embarcations et mettre pied sur le rivage, on est forcé de recourir aux robustes épaules des juifs ( le musulman croirait souiller ses épaules si elles soutenaient un chrétien), qui vous portent à terre en entrant dans l’eau Jusqu'au genou. — Cet exercice manque complètement de poésie.

Tanger n’a de commun avec les villes du Petit Orient (l’Algérie, la Tunisie, Tripoli, l’Ivgypte, la Syrie, la Perse elle-même, la Turipiie, la Grèce) que son aspect, scs mœurs, le désordre de scs aménagements et de sa voirie; mais il n’en présente point les subdivisions connues de région de la Marine, Quartier Franc, /.une indigène. La marine seule est une portion distincte de la ville; quant au Quartier Franc, il n’existe pas. Les consulats s'élèvent un peu partout, dans la grande portion méridionale de la cité. L’indigène est presque exclusivement maître de la position ; on n’y trouve que dans des conditions purement accidentelles quelques Espagnols superposés sur les couches musulmanes et Israélites. C’est donc un centre d’habitation et de population barbaresque dans toute l’étendue du mot, où la race juive, toutefois, occupe une place importante et a accaparé à peu près toutes les branches du trafic.

On est vraiment surpris de voir Tanger accroupi, dans les conditions les plus primitives de l’existence mauresque, sur un délicieux coteau si voisin de l’Europe, ù moins de quatre lieues marines (5 kilom, 8.')2 m.) des côtes d’Espagne, quand, du haut de ses jardins embaumés, on aperçoit si nettement le cap de Trafalgar, Tarifa et le rocher de Gibraltar. — Mais l’Arabe a beau passer et repasser devant la civilisation , il ne la comprend pas et ne veut point la comprendre; il ne s’en soucie pas. Enfermé dans ses guenilles, il ne déroge pas devant elle; elle ne va ni à sa religion, ni à sa patrie, ni à ses habitudes traditionnelles, ni à son horreur pour le double travail de la pensée et du corps, ni à scs besoin.bornés, ni à ses goûts, ni ;) ses vêtements.

ville est ceinte d’une innraine entamée plusieurs fois par les <;onquérants étrangers, et dont les plus récentes brèches, faites par les mains françaises, se réparent lentement. Elle est défendue par quelques ouvrages militaires dominant la rade , et encore mal et méchamment armés en guerre.

Après avoir franchi la rampe assez, raide de la Marine on arrive à la place du Sauk (marché), dans laquelle s'ouvre une rue assez large portant le même nom. Ees consulats sont les seules demeures européennes qui varient ici un horizon complet d’habitations ou plutôt de bo'uge.s africains. On remarque surtout celui d’Espagne, bailigeonné en jaune, ceux des Pay.s-Bas,dc Suède et de France. Autour de la rue du Sauk se ramifient les horribles défilés , faux-fujants ou ruelles, dont l’en.semble forme la partie compacte de la cité.

Comme à Tunis, ce pôle oriental de la côte septentrionale d’Afrique, dont Tanger forme le pôle occidental, point d’éclairage public, point d’administration po.stale dans la ville marocaine; mais une douane à l'entrée , des immondices et des ruines partout. Tanger a cependant sur Tunis l’avantage d’offrir un affreux pavé dans quelques rues seulement et un germe fort rudimentaire de police, qui se manifeste par une ombre de gardes de unit. Un grand progrès va s’accomplir à Tanger. MM. les consuls, seuls courants de civilisation dans le pays, sont parvenus à faire comprendre au pacha, gouverneur de Tanger pour l’empereur du Maroc , le mérite de la propreté. Ees rues tangériennes, dit-on, seront bientôt régulièrement pavées et le service des balayeurs publics y sera ince.«,samment inauguré. Tanger verra disparaître de son sein ces incroyables monceaux d'immenses rats morts et d’ordures, accumulés partout ; mais aussi il dépouillera une partie de son type. — Sous ce rapport, il n’y avait pas de temps à perdre, en 1854, pour étudier celte ville, car une partie de sa physionomie originale va lui échapper. — Au reste, ici, la propreté intérieure des habitations juives, surtout, eontra.stc singulièrement avec les conditions immondes de la voirie. — Ee soir, toute circulation est impossible dans les rues pour celui (pii ne marchc-

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