‹ L'Algérie en 1854Chapitre 10 sur 31 · DE BONE A STORA · texte numérisé non relu

DE BONE A STORA

Quand nous prendrons la mer dans la baie de Bône, demandons à Dieu de nous épargner le vent d’ouest, car la route est précisément dans la direction du couchant, et le vent debout n’est pas aimable sur les côtes.

De Marseille à Tunis nous avons effectué notre traversée à bord des paquebots du commerce, dont les exploitations libres ou privilégiées sont si utiles à la colonisation de l’Algérie. Bien qu’à partir de Bône, où il commence, on trouve encore, concurremment avec le service des bâtiments de l’État, jusqu’à Stora seulement, les bateaux de l’industrie privée, n’hésitons pas à monter de suite dans le navire faisant courrier de l’est. Nous nous rappellerons seulement que , sur ces bâtiments de la marine impériale , l’échelle privilégiée de tribord est uniquement destinée aux officiers et personnes de marque, et nous accosterons à l’échelle de bâbord , à moins d’une permission spéciale du commandant, qui nous autorise à entrer par l’entrée interdite au vulgaire. — Le commerce a souvent manifesté le vœu que le service des courriers de l’Algérie fût livré à l’industrie privée. Il faut bien que le Gouvernement, dans sa prudence, ait vu de graves inconvénients à cette concession — comme j’ai eu occasion de le dire au deuxième livre de cet ouvrage — puisqu’il l’a jusqu’ici refusée. Les bâtiments de guerre, d’ailleurs, commandés par des officiers distingués de la marine impériale , offrent d’immenses conditions de sécurité. Le Gouvernement — je le rappelle — y dispose de toutes les places , très-peu nombreuses , de première classe. Malgré leur

appareil militaire (le canons et de cabines garnies de pistolets, comme de petits arsenaux , malgré la sévérité . de la discipline et des consignes, ces navires, à mon sens, sont toujours ceux où l’on a le moins de risques à courir. Tout y est plus méthodique, plus régulier, plus sérieux que sur les paquebots du commerce.

La côte entre Bône et le cap de Fer, borne orientale du golfe de Stora, est moins accidentée qu’ailleurs. — Le premier port que l’on aperçoit est celui du Fort-Génois. Ce mouillage est un refuge dans la tempête, et les passagers peuvent presque toujours y faire échelle.

On double le cap de Fer , et l’on entre à pleine vapeur dans le vaste golfe de Stora. Les effets de la côte sont solennels : le paysage est harmonieux et coloré. — Apprêtons-nous à attérir au pied de ces forêts de chêne-liége , qui couvrent les montagnes, et à respirer les brises qui s’échappent de toutes ces charmantes petites vallées s’ouvrant à l’horizon. — Déjà les bateliers génois s’élancent à toutes rames vers notre bord, et le canot du directeur du port de Stora accoste l’échelle de tribord.

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