‹ L'Algérie en 1854Chapitre 14 sur 31 · COMBAT . DV . XI . AVRIL . M . DCCCXL1I · texte numérisé non relu

COMBAT . DV . XI . AVRIL . M . DCCCXL1I

Cette inscription a été naguère reproduite en arabe sur le monument.

Beni-Mered est le premier essai tenté maisabandonné d’une colonie militaire inspirée par l’idée romaine. Peut-être y reviendra-t-on.

La campagne a repris , au delà du vert et ombragé périmètre de Bouffarick, son air de délaissement; mais il en est de Blidah comme de Rome : cette ville est assise au milieu d’une corbeille, et bientôt son rayonnement va commencer par la plus riante végétation.

Blidah est l’expression, le symbole, le phare, la capitale de la Mitidjah. Cette cité, posée presque à l’extrémité de la plaine, au pied du Petit-Atlas ou Mouzaïa, sur l’Oued- Kébir , partage avec Bône l’avantage de régner sur les plus délicieux paysages de l’Algérie. Elle est littéralement enfermée dans une orangerie, et elle respire l’air le plus parfumé de l’Afrique. Derrière elle, le Petit-Atlas se décomposant en une foule de monticules, de mamelons, de petits ravins, de petites vallées pleines de pittoresque , de poésie, de charme oculaire , festonnées de bocages, émaillées de maisons de plaisance, du vert le plus riant et le plus doux à l’œil. Devant elle, la plaine de la Mitidjah, limitée, à l’opposite du Petit-Atlas , par la chaîne du Sahël , dont le revers, vu de Blidah, présente une ligne continue d’une ineffable harmonie , sans la moindre dureté de profils, et très-analogue aux collines de la Côte-d’Or.

On connaît le proverbe africain:

Alger la bien gardée,

Koléah la sainte,

Blidah la prostituée.

Il ne faut plus le prendre à la lettre; mais Blidah peut, à juste titre , être considérée comme la Capoue de nos possessions d’Afrique, par la vie facile et sensuelle qu’on y mène, parles émanations odoriférantes qui l’embaument, par ses horizons qui prédisposent à de voluptueuses émotions.

Cette ville , quartier général éventuel de la division militaire d’Alger , chef-lieu de sous-préfecture , avait été presque entièrement détruite par le trop mémorable tremblement de terre de 1825 , lorsque les Français s’en emparèrent. Elle doit

sa régénération à la conquête. Tous les quartiers indigènes furent réduits à des rez-de-chaussée ou à des ruines, ce qui leur donne une grande conformité avec les rues de Tunis et de Tanger. Comme dans la métropole de la Régence , le figuier pousse avec vigueur parmi ces restes d’habitations mauresques.

Les Européens ont bâti leurs maisons autour, au milieu de ces ruines, de telle sorte que la région indigène est pour ainsi dire inscrite dans les quartiers neufs. Toutefois, Blidah a conservé quelques rues où le caractère local n’a fléchi que sous la pression brutale du tremblement de terre.

Blidah ressemble beaucoup à Bône. Son ichnographie est régulière; elle est percée de grandes places carrées, ombragées d’arbres. On distingue parmi elles : la place d’Armes, la place de l’Orangerie, toute complantée d’orangers, comme la place de Massa (états de Modène), la place du Marché-Européen , la place du Marché-Indigène. Ses principales rues transversales ou longitudinales sont celles d’Alger, du Bey, Bab-el-Rabah, Bab-el-Sebt, Abdallah.

La région militaire occupe une place importante dans l’assiette de cette jolie et calme cité. Il y a à Blidah plusieurs petites mosquées et une église catholique installée dans un temple musulman, et consacrée à saint Charles. Ce temple est un peu enterré et humide.

Cette ville était, avant la conquête, noyée dans une immense forêt d’orangers et de citronniers, que les tristes nécessités de la guerre ont en majeure partie abattue, mais qui tend à se relever sous l’empire d’une paix profonde. Occupée par les Français depuis 1838, elle est l’intermédiaire obligé du commerce d’Alger avec les villes du sud de la province.

Les habitants et les étrangers visitent avec plaisir le Tapis-Vert, jardin public près de Blidah, et l’on ne peut séjourner dans cette ville sans faire une excursion indispensable aux gorges de la Chiffa.

Il est question de bâtir, dans un but direct, une église catholique à Blidah, et un nouveau théâtre. Pour ce dernier monument, on avait pensé à la place de l’Orangerie ; ce choix serait peut-être fâcheux. Outre que le théâtre projeté serait, sur cet emplacement,

situé à une extrémité de la ville, il deviendrait la cause de la destruction presque totale de l’orangerie.

L’hôtel de la sous-préfecture de Blidah est un charmant petit édifice. — La population de cette ville n’excède pas 7,000 habitants.

Le visiteur de Blidah pourra loger à l’Hôtel de la Régence, rue d’Alger, ou au Grand-Hôtel du Périgord, place d’Armes. Les principaux cafés de cette ville sont le Café Biron, le Café du Commerce, le Café de France.

Les rues de Blidah sont, comme celles de la plupart de nos cités algériques , munies d’un simple empierrement, macadam grossier et rudimentaire.

Une excursion à Koléah est aussi indispensable que la course aux gorges de la Chiffa et à Médéah. Koléah est presque aussi célèbre que La Mecque et Médine parmi les musulmans, parce que cette ville fut construite autour du tombeau ou marabout de Sidi- Embarreck , saint personnage de l’Islam. Ce marabout , qui existe encore, était et est toujours un but de pèlerinage pour les musulmans. Les environs de Koléah sont riches en oranges , en bergamotes, en cédrats, limons et citrons. Peut-être pourrait-on aussi y essayer la culture du laurus camphora / du laurus cinamomum ( cannelle ), du piper nigrum de Java, quelques variétés du cinchonci ( fournissant le quinquina).

Si l’on veut voir une route tourmentée, déchirée, ravinée, mais majestueuse dans tous ses horizons , il faut parcourir celle de Blidah à Médéah, place extrêmement curieuse comme caractère , comme histoire , comme paysages. — Mais cette route est souvent interceptée, ses ponts sont quelquefois coupés et entraînés par les torrents et les rochers.

Médéah , Koléah , devront absolument être visités par le voyageur, homme d’études. Sans doute, s’il trouvait des moyens de transport , une route , un parcours sûr , il aurait à saluer un lieu bien autrement marqué du sceau barharesque que ces deux cités : une vieille arche musulmane à étudier, à l’état vierge, dans la ville de Laghouat, deux fois assiégée par les armes françaises ; mais jus-

qu’ici nos relations avec ce centre et avec les territoires si récemment organisés dans le sud ont été toutes politiques, et il faut aux généraux eux-mêmes, qui s’y rendent avec escorte , guides , provisions de bouche, tentes et appareil de campement, un temps considérable.

Quant à Milianah , le voyage est facile. Je n’engage point mes visiteurs de l’Algérie à se diriger sur Douéra , ville neuve, sans aucune signification, mais d’où l’on jouit d’une vue magnifique, due à sa situation sur le versant du Sahel. — Mais revenons à Blidah.

Le torrent de l’Oued-Kébir roule avec fracas , à deux pas d’une des portes de la ville , ses eaux et ses sables. De ses bords vivement échancrés on a sous les yeux le rideau de collines et de montagnes qui l’ombrage, offrant par ses oppositions de verdure, de sites, d’accidents, de lumière, de couleur, par ses variétés de villas et de fermes, le plus ravissant tableau. C’est un paysage de Sicile, de Toscane ou des environs de Naples.

J’ai assisté, le 14 novembre 1853, à la cueillette des oranges de Blidah. — 11 faut convenir que les hommes du Nord ne peuvent guère se faire une idée exacte du beau fruit des Hespérides. Elles étaient encore parfaitement vertes. — Mais pour qu’elles puissent arriver saines à Paris, on doit les détacher prématurément de l’arbre. — Pauvres septentrionaux!... Et vous croyez avoir l’orange dans les conditions où Dieu a voulu qu’elle soit mangeable!

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