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LE MARÉCHAL DE SAINT-ARNAUD

Si M. le maréchal de Saint-Arnaud a marché vite dans les dignités et les grades, il a marché d’un pas égal dans la gloire, et il est un de nos guerriers d’Afrique dont le nom rayonne du plus vif éclat. — Nature forte, expéditive, résolue, douée d’un vaste esprit de simplification et d’initiative, il a été en Algérie ce qu’il s’est montré à Paris, ce qu’il sera toujours: l’homme des moments décisifs, des grandes mesures, des grands dévoûments, des grands périls, des grandes spontanéités.

Jacques Leroy de Saint- Arnaud est né à Paris, le 20 août 1801, d’une famille honorable et honorée. — A 15 ans, il entra dans les gardes-du- corps du roi (compagnie de Grammont), le 16 décembre 1816. — C’était le début d’un gentilhomme dans la carrière des armes. Mais la vie complète et carrée du soldat allait mieux à sa vocation. Il passa sous-lieutenant successivement dans la légion départementale de la Corse, dans celle des Bouches-du- Rhône et au 49e régiment de ligne.

Nous le trouvons ensuite distrait pendant quelques années du service actif , et le reprenant avec enthousiasme , le 22 février 1831, au 64e régiment de ligne. — Nommé lieutenant dans ce corps, en décembre 1831, il est, par suite d’un choix spécial, attaché, en remplacement du capitaine d’état-major Lombard, comme officier d’ordonnance au général Bugeaud, commandant la citadelle de Blaye. — De ce moment surtout date la fortune du lieutenant de Saint-Arnaud : il était promptement devenu la seconde pensée et le second bras de son général ; c’est dire dans quelle mesure ces deux âmes passionnées pour les grandes réso-

lotions, les grands devoirs, les grandes opportunités, ces deux natures énergiques, parallèles, presque identiques, se comprirent et s’équilibrèrent. — Bugeaud , ce type de la loyauté et de l’esprit militaire, ne résistait pas à ses entraînements, à ses ardentes sympathies. Quand il avait mis la main sur un homme d’élite, il ne l’abandonnait plus, il l’associait à ses propres destinées par les liens d’une étroite solidarité; mais il ne prenait feu ainsi que devant certains caractères qu’il dominait ou voyait conformes au sien, pleins de sève et de nerf. — M. de Saint-Arnaud n’échappa point à ce regard d’aigle. — C’est donc par son incroyable pénétration, par la rapidité et la sûreté de ses appréciations, par les éclairs de son intelligence, que le lieutenant de Saint-Arnaud étonna le général et conquit sa chaleureuse amitié. — Cette amitié fut, sans contredit, le plus heureux baptême, la plus brillante inauguration des destinées de M. de Saint-Arnaud.

En 1836 , le guerrier dont nous esquissons la physionomie entre dans la légion étrangère et y reçoit, le 15 août 1837, les épaulettes de capitaine. — Ici commence son rôle comme officier des armées d’Afrique. Il n’y en eut pas de plus exclusif et de plus complet. M. de Saint -Arnaud a fait toutes les campagnes de l’Algérie depuis 1837 jusqu’à l’année 1851 ; il est arrivé en Afrique avec le grade de capitaine, et en est revenu avec celui de général de division.

Les adversaires les plus ouvertement déclarés de M. de Saint- Arnaud, les hommes qui ont vu avec la plus amère jalousie les phases herculéennes de son avancement en Afrique, sont désarmés devant la valeur personnelle qui l’explique, le justifie et le motiva. — Mais continuons à énumérer les stades de sa carrière, pour n’être plus distrait, dans la suite, par des dates, de l’horizon de gloire où elles se sont inscrites.

Le capitaine de Saint- Arnaud passa, le 25 août 1840, chef de bataillon au 18e régiment d’infanterie légère, et, le 25 mars 1841 , à ce corps des zouaves qu’on peut appeler d’une voix ferme la meilleure troupe du monde. — Dès le 25 mars 1842, il est promu au grade de lieutenant-colonel du 53e de ligne, et à peine 30 mois

après (ordonnance royale du 2 octobre 1844), à celui de colonel du 32e, qu’il quitte, en conformité d’une autre ordonnance du 29 du même mois, pour se mettre à la tête du 63e régiment de ligne.

Le 3 novembre 1847, le colonel de Saint- Arnaud devient maréchal de camp (général de brigade); le 15 décembre suivant, il est mis à la disposition du Gouverneur-Général de l’Algérie, commande successivement les subdivisions de Mostaganem et d’Alger, et reçoit le commandement supérieur de la province de Constantine le 21 janvier 1850. — Le 10 juillet 1851 , il est fait, par décret du Président de la République, général de division, rentre en France, et est appelé, le 26 du même mois, au commandement de la 2e division de l’armée de Paris. En novembre même année, il est placé à la tête du département de la guerre, et, le 2 décembre 1852, élevé à la double dignité de maréchal de France et de sénateur.

L’histoire militaire ne présente à peu près nul exemple d’un progrès aussi exceptionnel dans le métier des armes et les positions qui s’y rattachent; mais elle ne cite aucun héros dont la sphère d’activité ait offert un tel feu de file d’éclatants services rendus dans les circonstances les plus décisives.

En Afrique comme en France, la fortune du maréchal de Saint- Arnaud a toujours sa raison dans les faits qu’elle couronne; il ne doit rien à la faveur personnelle. Ses résolutions sont instantanées, irrésistibles, son courage est réfléchi dans ses manifestations les plus hardies, les plus fougueuses; sa volonté est inébranlable; il a la chance, l’art ou le secret de se trouver toujours opportun pour les opportunités mémorables, d’être là toutes les fois qu’on a besoin d’une de ces natures qui agissent comme la foudre.

Le maréchal de Saint-Arnaud a pris part, avec une habileté et une bravoure qui l’ont porté aux cimes de l’armée, à tous les principaux faits d’armes de la longue période de 1837 à 1851, en Algérie. Blessé à l’attaque du col de Mouzaia, il brilla, sous les ordres de Bugeaud , dans les expéditions dont les districts montagneux de la Grande-Kabylie furent le théâtre. — Ce fut alors

qu’il reçut, le 17 août 1841, sur les champs de bataille, la décoration d'officier de la Légion d’honneur, dont il était chevalier depuis le 11 novembre 1835.

En 1842, commandant supérieur à Médéah, il débloqua héroïquement cette place, sans secours extérieurs, et concourut, par le rôle le plus distingué , à la guerre de l’Ouarensenis. Colonel commandant supérieur de la subdivision d’Orléansville en 1844, il fut l’àme des idées et des efforts qui fondèrent cette cité sur un emplacement antique , et livra , pendant trois années consécutives , dans le Dahrah , une foule de combats , parmi lesquels rayonnent ceux de Ljibel-Krenença et de Sidi- Abbés. — Ce fut entre ses valeureuses mains que le fameux chef Bou- Maza ( l’homme à la chèvre ) , après une lutte à outrance , se constitua prisonnier. A cette date se rapporte la promotion de M. de Saint- Arnaud au grade de commandeur de la Légion d’honneur (25 janvier 1846).

Lorsqu’après avoir commandé les subdivisions de Mostaganem et d’Alger il reçut le commandement supérieur de la province de Constantin^ ( 1850 ) , M. de Saint-Arnaud parut avec un éclat proportionné à la hauteur de son nouvel horizon. Il réorganisa le pays arabe ébranlé par le long siège de Zouatcha, châtia vigoureusement, dans une expédition pénible, opiniâtre, persistante, la tribu des Nemenchas et les révoltés des monts Aurès, et commanda en chef le corps expéditionnaire de 9,500 hommes de la Petite-Kabylie dans les montagnes s’étendant entre Bougie, Sétif, Collo, Djigelli (mai 1851 ), ayant sous ses ordres les deux brigades des généraux Bosquet et de Luzy. Il dirigea les opérations de l’armée avec une admirable habileté , paya plusieurs fois de sa personne , se mit hors ligne comme général et comme soldat. — Après la pacification de ces austères contrées il fut nommé général de division par le prince Louis-Napoléon , auguste appréciateur de ses talents, et qui l’avait distingué comme homme de cœur, d’à-propos et d’action.

C’est à la suite de sa glorieuse expédition dans la Petite-Kabylie que M. le général de Saint- Arnaud fut, pour ainsi dire,

porté en triomphe par sa renommée au commandement de la 2e division de l’armée de Paris, sous les yeux immédiats du chef de l’État, dans un moment où il fallait, non pas de la diplomatie et des phraseurs pour conjurer les périls , mais des hommes toujours armés devant les événements, et prêts pour toutes les mesures que commanderait la nécessité.

On sait avec quelle fermeté le général de Saint-Arnaud accomplit les imposants devoirs qui lui furent confiés. Le chef du pouvoir exécutif avait pu voir de plus près encore l’épée qu’il avait rappelée d’Afrique au secours de la patrie menacée, et l’âme énergique dont elle était l’emblème. — Il compta sur ce cœur et sur ce glaive; l’un et l’autre ne lui ont point failli. — Les hommes de la trempe de Napoléon III se trompent rarement sur le choix de leurs auxiliaires.

Quand le Président de la République voulut, enfin, par une mesure hardie et inattendue, centraliser dans le pouvoir exécutif tous les moyens qui restaient à la France acculée, agonisante, désorganisée, pour se sauver de l’abîme entr’ouvert sous ses pas, il trouva dans le général de Saint-Arnaud la seconde personnification de ses idées; le coup d’État fut résolu... — Il réussit et devait réussir sous l’empire de telles volontés.

L’événement du 2 décembre 1851 se traduit surtout par deux expressions presque parallèles : la pensée suprême de Louis-Napoléon qui le conçut, le général de Saint-Arnaud qui l’exécuta. — Mais le moment de juger cette grande phase de notre histoire nationale n’est pas venu ; elle est encore trop près de nous. Un jour on la placera au niveau de ces mesures immenses qui décident du sort des nationalités, et refont, dans un jour, tout ce que le désordre des idées et l'anarchie des doctrines s’étaient plu à détruire dans le cœur et le corps de la société, pendant une longue période d’années.

A la suite des décrets du 2 décembre 1851, M. le général de Saint-Arnaud fit partie de la commission consultative qui remplaça l’assemblée nationale dissoute, jusqu’à l’organisation des grands pouvoirs politiques. — Il fut nommé, le 2 décembre 1852,

anniversaire d’un acte décisif, maréchal de France et sénateur. Lorsque le scrutin eut solennellement proclamé la restauration de l’empire français, la charge de grand écuyer de la couronne fut conférée à M. le maréchal de Saint-Arnaud. C’est le 10 mai 1852 qu’il fut élevé au grade de grand officier de la Légion d’honneur, et, dans la même année, qu’il se vit décoré de la médaille militaire de France. En 1851, il avait reçu de sa Sainteté les insignes de grand-croix de l’ordre pontifical de Pie IX, et, en 1852 , celles de commandeur de l’ordre papal de Saint-Grégoire-le-Grand.

Naguère, M. de Saint-Arnaud était le seul maréchal de France qui n’eut pas, dans la Légion d’honneur, le grade de grand cordon; mais, S. M. I., par décret du 23 décembre 1853, l’a promu à cette dignité.

M. de Saint-Arnaud a puissamment concouru à rétablir l’ordre moral à Rome par les hommes d’élite qu’il y a envoyés, et l’Afrique lui doit une étemelle reconnaissance. Sous aucun imnistère on ne s’est occupé des intérêts et des besoins de notre colonie avec plus de sollicitude, plus d’intelligence, et en plus parfaite connaissance de cause que durant l’époque où M. de Saint-Arnaud , homme pratique de l’Algérie , héritier des affections algériennes de Bugeaud, tint les rênes de l’administration militaire. L’Algérie n’oubliera jamais de tels services, les récents encouragements accordés avec tant de munificence à ses essais, à ses cultures , à ses acclimatations.

Il n’y avait que quatre ou cinq hommes en France qui pussent servir d’auxiliaires utiles au ministre de la guerre pour tout ce qui concerne les affaires des possessions françaises en Afrique, et M. de Saint-Arnaud avait deviné et presque inauguré l’un de ces hommes comme directeur de l’Algérie.

A l’heure qu’il est, l’intrépide maréchal est à la tête de l’armée d’Orient, dont un décret impérial du 11 mars 1854 lui a conféré le commandement, et le maréchal Vaillant lui a succédé au ministère de la guerre.

Un décret impérial du 13 juin 1854 autorise M. le maréchal de Saint-Arnaud à accepter et à porter les insignes de l’ordre turc du Nichan-Medjidié, de la première classe.

Si la seule présence en Orient de nos officiers généraux et de nos soldats a suffi pour relever l’énergie un peu chancelante des Turcs, et les faire se couvrir de gloire, c’est à l’Algérie surtout que l’armée expéditionnaire doit le prestige qui l’entoure et l’influence qu’elle exerce ; car c’est l’Algérie qui r depuis vingt-quatre ans , forme essentiellement la grande école militaire active de la France, et lui a donné ses troupes spéciales aguerries aux mœurs, au climat, aux manœuvres belligérantes de l’Orient, à cette tactique et à ce courage héroïque qu’elle est prête à y déployer devant les Russes.

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