IX. Recherches sur le Maroc, par Renou
X à XV. Précis de jurisprudence musulmane seloni le rite de Malek, par Sidi Khelil, traduction Perron. XVI. Description de la régence de Tunis, parPellissier^ Des publications sur les sciences physiques, mathématiques et médicales , sur les beaux-arts et l'archéologie^ complétùrent un ensemble de travaux auxquels on donna lenom d' Exploitation scientifique de l'Algérie.
Les principaux sujets, on le voit, avaient été étudiés, et si ces ouvrages ne sont pas tous depremière valeur, ou ne se trouvent plus à la hauteur des connaissances actuelles, ils rendirent, alors, de très-grands services. C'était la réalité succédant à la fantaisie. Les savants de France, les membres de l'Institut s'occupèrent, à leur tour, de' l'Afrique, et l'on vit paraître les beaux travaux de MM. d'Avezac, Bureau de la Malle, Walcknaër,, Hase, L. Renier etc., qui firent connaître tout ce que l'antiquité et le moyen âge chrétien nous avaient laissé sur le pays. Restaient les auteurs arabes dont nouS' ne possédions que des fragments incomplets, qu'il
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était impossible de relier et de comprendre. On seniait qu'il y avait là une source précieuse d'informa- -^tion, mais, au demeurant, cetie source était comme idivie. Ce fut alors qu'un savant interprète de l'arîiiée, M. le baron de Slane, mort dernièrement, membre de l'Institut, fut chargé d'une mission littéraire en Orient, afin d'y rechercher ce qu'on y pourrait trouver des ouvrages des écrivains musulmans sur l'Afrique. Son voyage fut couronné de succès : il rapporta des manuscrits ou des fragments qui, corrigés et complétés les uns par les autres, lui permirent d'éditer le texte arabe entier de YHistoire des Berbères, fragment important de V Histoire universelle d'Ibn-Khaldoun, de la Géographie d'El Bekri, des Extraits d'En-Nouéïri et d'Ibn-Abd-el Hakem, etc. Quelques années après, paraissait une savante traduction de ces auteurs, par M. de Slane ; et maintenant, l'histoire complète de l'Afrique septentrionale, pendant le moyen âge, peut être reconstituée. L'ethnographie de ce pays a cessé d'être un problème insoluble.
Ces premiers travaux ont été suivis d'un grand nombre de publications sur l'histoire, la géographie, îcs moeurs, la linguistique des indigènes, ouvrages produits sur place par un groupe de travailleurs, que M. Renan, dans ses savants rapports annuels, a appelé : notre école algérienne. L'histoire naturelle et les sciences proprement dites ont
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fait aussi l'objet de travaux justement appréciés. Il y a environ trente ans, M. Léon Rénier, le savant épigraphiste, vint en Afrique, visita nos principales ruines et réunit les éléments de son important ouvrage : Les inscriptions romaines de V Algérie. Mais il ne suffisait pas d'avoir relevé toutes les épigraphes alors connues ; il fallait établir dans ce pays, si riche en souvenirs de l'occupation romaine, une institution qui continuât son œuvre et recueillît, jour par jour, les trouvailles que la colonisation allait faire. Sous son impulsion, la Société archéologique de Constantine fut créée. Composée, dès les premiers jours, des notabilités civiles et militaires de la province, cette société n'a cessé de prospérer. Elle a publié, chaque année, un volume de Notices et Mémoires (le XIX^ sort des presses), renfermant non-seulement le compte-rendu des découvertes archéologiques, mais encore des travaux sur l'histoire, la géographie et la linguistique des peuples de l'Afrique septentrionale. Ses publications lui ont mérité le prix d'archéologie au concours des sociétés savantes de France, en 1875, et une médaille d'or (grand-prix) à l'exposition universelle de 1878. (1) Ses volumes sont signalés et recherchés avec faveur dans toute l'Europe savante et jusqu'en Amérique.
(1) Elle vient encore de remporter le prix d'archéologie (médaille d'or) au concours de 1880.
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En 1854, quelques hommes d'étude, ayant à leur tête M. Berbrugger, suivirent l'exemple donné par Constantine et fondèrent à Alger la Société historique algérienne qui, depuis lors, a publié tous les deux mois un fascicule d'environ quatre-vingts pages, intitulé : Revue Africaine. De très-bons mémoires ont été édités par cette revue qui continue à fournir aux travailleurs isolés le moyen de faire connaître le fruit de leurs recherches.
Vers le même temps, une société de ce genre s'est établie à Bône, sous le nom d'Académie d'Hippône. Après différentes vicissitudes, cette compagnie a repris le cours de ses travaux et se trouve maintenant dans une situation prospère, grâce au zèle et à la compétence des personnes qui la dirigent.
Le nombre et l'importance des matériaux pubhés par ces sociétés sont considérables ; les historiens futurs du pays y trouveront des documents d'une valeur inappréciable et qui, sans cela, auraient été perdus pour toujours.
Alger possède une autre société, dite de climatologie, fondée depuis près de vingt ans. Elle publie un bulletin on sont traitées les questions pi as particulièrement du domaine de la science et de l'anthropologie. Ses travaux sont estimés et lui ont conquis une place fort honorable dans sa spécialité.
Deux sociétés de géographie se sont établies der-
nièrement, l'une à Alger, l'autre à Oran. Ces créations sont encore trop récentes pour qu'on puisse faire autre chose que de les signaler.
A toutes ces associations formées dans le but de réunir les hommes qui aiment à s'élever au-dessus des préoccupations vulgaires de la vie, il faut ajouter la Société des Beaux-Arts, Sciences et Lettres d'Alger qui offre, non-seulement, une grande ressource pour l'enseignement et la pratique des arts proprement dits, mais encore sait joindre l'utile à l'agréable en donnant des cours et conférences scientifiques et littéraires, faits par des professeurs. Là, tous les goûts élevés trouvent satisfaction. Cette société est une des plus agréables créations qu'on puisse désirer ; elle est digne de la population intelligente qui a su l'instituer et la conserver en la perfectionnant.
Toutes les villes un peu importantes sont pourvues de bibliothèques publiques plus ou moins riches. De plus, dans beaucoup de localités, la ligue de l'enseignement organise et patronne des cours élémentaires et possède une bibliothèque qu'elle ouvre au public.
Dès les premiers jours de l'occupation, l'étude de l'arabe s'est imposée à nous comme une nécessité impérieuse. La connaissance de cette langue était alors fort peu répandue et il en résultait que tout
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le monde, administrateurs militaires et civils, magistrats, commerçants, colons, étaient forcés d'avoir recours à des intermédiaires dont le moindre défaut était, souvent, l'ignorance ; de là, des erreurs fâcheuses, des abus criants et des retards sans nombre. C'est pour répondre à ce besoin que des chaires d'arabe furent créées et que des primes furent données aux fonctionnaires qui purent justifier de la connaissance de cette langue.
Les livres spéciaux manquaient pour l'étude des idiomes ayant cours en Algérie. Un grand nombre de traités d'une valeur inégale furent publiés. Les professeurs placés à la iète des chaires se trouvèrent, par bonheur, être des hommes éminents et travailleurs. Ils pénétrèrent avec sagacité les dialectes locaux, les analysèrent, et firent paraître des travaux pratiques et judicieux. Actuellement, l'étude de la langue arabe est rendue facile, tant par l'abondance et la qualité des méthodes que par la multiplicité des cours. Et cependant nos jeunes Algériens ne s'y adonnent pas avec empressement, alors que la connaissance de cette langue leur donnerait tant de satisfaction et leur ouvrirait, pour ainsi dire, toutes les carrières. Il est vrai qu'il faut pour obtenir ce résultat beaucoup de travail et de persévérance ; aussi il arrive que la plupart de ceux qui ont tenté l'entreprise s'arrêtent en chemin.
Nous sommes donc forcé de constater ce fait que
les candidats qui se présentaient il y a une vingtaine d'années aux examens pour l'interprétariat étaient au moins aussi forts que ceux d'aujourd'hui, et que, si le niveau n'a pas baissé, il est à peine resté stationnaire. De plus, ces candidats sont presque tous des indigènes, Israélites ou musulmans. Nos jeunes gens devraient en rougir. Ils sont bien doués et ont, pour cette étude, toutes les facilités théoriques et pratiques. Si donc ils ne réussissent pas, c'est peut-être qu'ils sont un peu paresseux. Les gens qui apprennent sans peine se reposent volontiers sur leur facilité et se découragent vite ; cette qualité devient ainsi un désavantage. C'est là leur cas ; de plus, on les flatte trop, de sorte qu'ils en arrivent à ne douter de rien et à croire qu'on peut savoir les choses sans les avoir apprises et que l'assurance peut remplacer la science. Nous leur signalons, en passant, ce travers qui suffit, à lui seul, pour ternir toutes leurs qualités.
La langue berbère a fait aussi l'objet de patientes recherches. En outre du dictionnaire kabile et chaouïa, publié par M. Brosselard, il y a une trentaine d'années, les travaux de M. Hanoteau sur le dialecte de la Grande Kabilie (1) et sur celui des Touareg (2), ont fait connaître le mécanisme de cet idiome qui ne s'écrit pas et dont les caractères, ou-
(1) Essai de grammaire Kabyle.
(2) Grammaire tamachek't.
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bliés depuis longtemps, ne paraissent avoir jamais servi que pour des inscriptions. Ce n'est donc pas sans une grande surprise qu'on a pu entendre un honorable député demander, à la tribune, l'adjonction d'une chaire de littérature berbère à la faculté d'Alger. Malgré la publication des ouvrages dont nous avons parlé et de plusieurs autres manuels, la connaissance de la langue berbère est encore peu répandue chez les Européens qui ont déjà tant de peine à apprendre l'arabe ; et puis, les dialectes kabiles ne sont pas parlés partout, tandis qu'avec l'arabe, il est peu de localités où l'on ne puisse se faire comprendre.
Il n'est pas hors de propos, puisque nous sommes sur ce sujet, de parler d'une théorie née on ne sait où, et qui commence à trouver de l'écho dans des sphères diverses , puisqu'un conseiller général d'Oran a jugé opportun de l'exposer dernièrement aux voyageurs parlementaires. Pourquoi, disent les partisans de cette idée, faire apprendre l'arabe aux Français ? Pourquoi, plutôt ne pas forcer les Arabes à apprendre le français ? « Supprimons l'arabe », a-t-on dit en substance, « et que les indigènes s'arragent comme ils le pourront». Voilà ce qu'on peut appeler pousser la logique jusqu'à l'absurde. Ceux qui jugent ainsi doivent vivre dans un monde idéal pour oublier, à ce point, les conditions réelles du pays dans lequel il se trouvent. Qu'on
fasse son possible pour apprendre notre langue aux indigènes, rien de mieux ; mais, en attendant qu'ils la sachent, nous nous trouvons en présence d'un état qu'on ne peut s'empêcher de constater : c'est que nous avons 2.500.000 indigènes à administrer et que les dix-neuf vingtièmes de ces gens ne comprennent pas le français. On peut donc décrétera cet égard ce que l'on voudra, cela n'y changera rien. Amener une nation conquise à oublier sa langue pour prendre celle du vainqueur ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut pour cela l'œuvre du temps. Bien que les Arabes aient conquis l'Afrique septentrionale depuis 1.300 ans, leur langue n'est pas parlée par tous les Berbères, malgré cet auxiliaire puissant qui s'appelle le Koran. Nous nous en tenons à cet exemple.
Au demeurant, parler français aux indigènes algériens, dans les rapports officiels, en leur disant : « Comprenez si vous pouvez ! » serait joindre le ridicule à l'iniquité, n'en déplaise aux logiciens autoritaires. Ces moyens peuvent plaire à des Russes ou à des Prussiens ; ils sont en contradiction avec le génie de notre nation. Du reste, l'application de cette théorie, comme de tant d'autres, serait d'une impossibilité absolue.
Les gens qui puisent leur érudition à des sources de rencontre ne manqueront pas d'objecter : « Et cependant, les Romains n'imposaient-ils pas leur