‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 105 sur 222 · LES INFRACTIONS SPÉCIALES A LMNDIGËNAT · texte numérisé non relu

LES INFRACTIONS SPÉCIALES A LMNDIGËNAT

parlaient nos pères; c'est en appliquant « les Droits de Thomme », ^vant même qu'on les eût définis, qu'ils sont arrivés si facilement à se concilier et les Bretons, et les Flamands et les Alsaciens, et les Corses; leur conduite avec les noirs des Antilles a été encore plus exempte, trop peut-être, de préjugés de race. 11 faut en Algérie reprendre cette noble et utile tradition que nous y avons abandonnée. Si nous voulons vraiment rapprocher de nous, autant que les circonstances le permettent, la race kabyle et la race arabe, si nous ne voulons pas préparer à date prochaine un réveil de la nationalité vaincue, comme le réveil de l'Irlande, le réveil des

de 76,927 jours de prison et 13,438 coudamnatioDS a des ameades dont l'ensemble est inférieur à 97,000 francs.

<i Ces coQiiamDatioDS sont susceptibles d*appel : il D*y eo a eu que 49 dans la période 1894-1893, chiffre plus élevé que dans la période précédente, mais bien moindre que la moyenne générale qui s'élève à 86. Or, sur ces 49 appels, il y a eu 43 confirmations, S réductions de peine et seulement une infirmation.

'< Ce chiffre prouve que, en fin de compte, les pouvoirs judiciaires conférés aux administrateurs des commissions mixtes ne prêtent nullement à Tarbitraire, et le ministre de l'intérieur, M. Barthou, a parfaitement raison de terminer ainsi son rapport :

« Comme par le passé, la loi a surtout servi à assurer le maintien du bon ordre sur les marchés et autres lieux publics et la perception régulière des impôts. Ce sont là, il faut le reconnaître, des résultats qui, à eux seuls, suffiraient à démontrer l'utilité des pouvoirs disciplinaires. Les indigènes, bien loin de les considérer comme abusifs, ne comprendraient pas que nos administrateurs u*en fussent pas investis.

(I La conclusion toute naturelle, c'est que le gouvernement devra demander au Parlement le vote d'une nouvelle loi, celle votée en 1890 cessant d'avoir son effet à partir du 33 juin 1897. »

11 suffit d'analyser cette note du Temps pour voir avec quel manque de mesure les administrateurs civils appliquent leurs pouvoirs discrétionnaires.

Le nombre total des condamnations, dit-on, est de 33.494, soit 10 p. 1,000 de la population indigène des territoires civils, mais, comme il ne faut tenir compte que de la population mâle adulte, qui ne constitue que le quart de la population, la proportion des condamnés représente 40 p. 1,000 de €elle-ci ; comme, en outre, on ne peut estimer à moins d'une trentaine d'années la durée active d'une génération, il faut multiplier par 30 ce chiffre annuel de 40 condamnations, pour avoir la proportion des condamnés à la génération dans le laps d'activité de cette dernière; on arrive alors à 1,300 condamnations pour 1,000 indigènes adultes. En tenant compte des récidives qui, sans doute, sont nombreuses, on arrive à ce résultat que, quand l'application de cette loi discrétionnaire aura duré trente années, le tiers ou la moitié peut-être des indigènes adultes auront été condamnés à des amendes ou même à des jours de prison.

Cest là une singulière méthode éducative et conciliatrice. Tout au moins importerait-il que les administrateurs civils pourvus de si énormes pouvoirs fussent des hommes d'un sang-froid, d'ime impartialité et d'une modération exceptionnels.

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Tchèques, nous n*avons pas une heure à perdre. Élevons les indigènes algériens, concilions-nous-les par une politique humaine^ tirons-les graduellement de la situation de sujets asservis et sans droits ; faisons-leur une place dans l'organisation de notre patrie et de nos services administratifs. Sans prétendre nous les assimiler complètement^ pratiquons à leur égard une politique un peu analogue à celle que suivent les Anglais aux Indes depuis vingt ans (1). N'oublions pas surtout qu'il ne suffit pas d'améliorer l'état matériel et physique de la généralité de la race vaincue. Il faut encore donner des satisfactions, soit réelles, soit d'amour-propre, à la classe moyenne indigène ; on doit lui faire une place dans nos cadres. Un peuple conquérant qui n'a pas su faire un sort et ouvrir des horizons à la classe élevée et surtout à la classe moyenne de la race vaincue se prépare, au bout de deux ou trois générations, des difficultés insurmontables. Il faut que la société indigène soit une société organiquement constituée, comprenant par conséquent tous les élément normaux : classe élevée, classe moyenne et classe populaire.

(1) Nous De prétendons pas que Ton aille sur tous les points aussi loin que les Anglais dans THindoustan ; on sait que, dans ce pays, les Européens sont parfois justiciables de tribunaux indigènes ou à majorité indigène ; il y a là un excès d'un autre genre. D'autre part, des Hindous, élèves des universités britanniques, sont arrivés récemment, notamment aux élections générales de 1895, à être élus au Parlement britannique, l'un d'eux par une circonscription de Londres.

(2) On rencontre bien au budget de l'Algérie quelques situations pour le haut personnel des tribus ; au budget de la guerre, on trouve 29.000 francs pour les chefs et adjoints indigènes chargés de l'administration des tribus, à savoir : onze aghas, dont un à 6,000 francs, un à 4,200 francs, un k 2,400 francs, deux à 1,500 francs et 6 à 1,000 francs; un caïd des caïds à 1,800 francs, grand titre à mince traitement ; douze caKds.deux à 1,000 francs; trois à 500 francs et sept à 300 francs; puis 129,120 francs pour solde des niachzens et khiélas; 3,378 francs pour pertes de chevaux des mêmes; 10,000 francs pour frais d'investiture et présents aux iodigèues. On voit figurer aussi, dans le personnel des affaires indigènes, au budget de 1896,: six khodjas à 1,500 francs, dix à 1,200 francs, neuf à 900 francs, quatorze chaouchs à 900 francs, seize à 600 francs; on relève encore 10,000 francs de* subventions aux communes de plein exercice pour traitements des adjoints indi-< gènes; enfin on a vu plus haut (p. 263-267 et 27(i) la part faite aux indigènes, dans l'instruction publique, les cultes et la justice. Tout cela est fort misérable et insuffisant. Étant donné que des émoluments de 3,000 à 6,000 francs sont tenus pour considérables dans la société arabe et que des traitements de 1,200 à 3.000 francs y font encore assez bonne figure, on eût put, sans grands frais, intéresser beaucoup plus la classe indigène élevée et moyenne au fonctionne-; ment des affaires publiques. De môme faudrait-il tâcher de lui faire une part dans les professions médicales et dans le personnel technique des cultures et des industries. Soixante-sept aut» après la conquête, nous n'avons pas su associer les indigènes à l'administration et à la direction de leur pays et de leur race. Ce n'est pas ainsi que les Russes se conduisent dans l'Asie centrale. «

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