‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 108 sur 222 · LE RÉGIME COMMUNAL · texte numérisé non relu

LE RÉGIME COMMUNAL

que doivent être dans Tavenir les nouvelles extensions du territoire civil, la superficie du territoire ditdecommafi(/eme/i^ (c*est à dessein que nous préférons cette formule à celle de territoire militaire, elle l'a, d'ailleurs, officiellement remplacée) restera longtemps deux ou trois fois plus vaste ; mais elle se composera pour la grande partie de steppes ou de déserts et elle ne comprendra que 5 à 600,000 habitants. En 1895, les territoires administrés par l'autorité militaire s'étendaient sur 35,024,821 hectares, avec une population officielle de 487,392 âmes, faisant ressortir l'ensemble de la population à 4,107,987 âmes, chiffre inférieur de 250,000 environ à celui qui résulte du recensement de 1896, soit, d'après les renseignements particuliers qui nous sont communiqués par le gouverneur général (mars 1897), 4,394,000, armée comprise, ou vraisemblablement 4,345,000 sans l'armée.

L'administration communale en Algérie ne pouvait et ne pourra de longtemps être homogène ; elle sera plus complètement et plus libéralement constituée là où l'élément européen est assez concentré que là où il est très disséminé. De même que la Grande Union américaine distingue les Etats et les Territoires, ces derniers qui n& jouissent pas de la plénitude de la vie politique, de même et à plus, forte raison encore sommes-nous obligés en Algérie de classer eni divers ordres les circonscriptions territoriales. Les localités où il! n'y a presque que des indigènes, surtout des nomades, ne peuvent être régies par la même méthode que celles où il n'y a presque que des Européens. On a donc trois ordres de communes : les communes de plein exercice, qui sont assimilées aux communes de France et jouissent des mêmes droits municipaux, les communesmixtes, qui n'ont qu'une vie municipale embryonnaire et sont dirigées par un administrateur civil, fonctionnaire gouvernemental; enfin les communes indigènes qui tout en pouvant relever, à titre de contrôle, d'un administrateur français sont régies suivant les coutumes et les traditions de la population et n'ont guère de vie municipale. Le progrès consiste à faire passer des communes de la troisième catégorie dans la seconde ou de la seconde dans la première.

Au 31 décembre 1884, il existait en Algérie dans le territoire civil 210 communes de plein exercice et 79 communes mixtes; dails le territoire autrefois appelé militaire, dénommé aujourd'hui territoire de commandement, il n'y avait pas de communes de plein exercice ; on y trouvait 5 communes mixtes et 16 communes indigènes. On

continue à augmenter le nombre de ces créations. De nombreux projets d'érection ou d'agrandissement de communes sont encore en cours d'exécution. On ne saurait qu'applaudir à ce développement progressif, pourvu qu'on n'y apporte pas de précipitation et qu'on ne trouble pas à la légère, sans un intérêt colonial évident et prochain, les habitudes de la population. Les libertés municipales agréent singulièrement à tous les hommes, encore plus aux colons, qui d'ordinaire ont particulièrement développé le goût de l'indépendance. En 1892, pour 17 arrondissements administratifs, on comptait, en territoire soumis à l'autorité civile, 251 communes de plein exercice, soit 41 de plus qu'en 1884, s'étendant sur une surface de 2,370,358 hectares; il y avait, en outre, 73 communes mixtes, 6 demoinsqu'en 1884, comprenant 10,484,695 hectares. D'autre part, les 34,976,700 hectares relevant de l'autorité militaire renfermaient six communes mixtes, dotées par conséquent, d'un administrateur civil pour un ensemble de 5,596,700 hectares et 1 1 circonscriptions dites communes indigènes, ayant l'énorme superficie de 29,380,000 hectares. En fait, ces dénominations de communes indigènes ne correspondent à aucune organisation municipale. En 1895, le nombre des communes de plein exercice est encore un peu accru, soit 256; celui des communes mixtes est resté slationnaire, à savoir 79, et celui des communes dites indigènes est passé à 12, une de plus qu'en 1892. Il y a des difficultés spéciales dans la vie municipale algérienne. Les communes de plein exercice ne sont pas habitées uniquement par des Français; quelquefois ceux-ci sont en petite minorité. Quatre ou cinq dizaines de nos nationaux peuvent-ils administrer souverainement quatre ou cinq centaines ou quatre ou cinq milliers d'Arabes? La raison proteste contre les injustices et l'oppression qui en pourraient résulter. D'autre part, si l'on donnait aux indigènes les mêmes droits électoraux qu'aux Européens, ils écraseraient ceuxci par leur nombre. Il semble que l'on n'ait donc à choisir qu'entre l'oppression des Européens par les indigènes ou celle des indigènes par les Européens. C'est là une situation qui durera tant que la fusion des races, des intérêts et des coutumes ne se sera pas effectuée, c'est-à-dire sans doute pendant bien des générations, pendant un temps pratiquement incalculable.

On a cherché à associer les indigènes, de même que d'ailleurs au début les étrangers, à l'administration communale. On a admis à l'électorat municipal les indigènes âgés de vingt-cinq ans, domiciliés

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