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DE LA REPRÉSENTATION DBS INDIGÈNES

doivent avoir des droits politiques ;.il convient de les leur octroyer, Avec mesure sans doute, pour que la colonisation ne soit pas étouffée et puisse, au contraire, largement se développer; mais on doit les leur concéder, pour que leur voix puisse être entendue, pour qu*ils soient en état de prévenir les abus criants comme ceux qui ont pu se produire dans les expropriations de terres, dans les concessions de terrains à alfa sans indemnité pour les tribus, dans l'application du principe de la responsabilité collective des tribus ou des douars, dans les mesures de police constituant le prétendu « code de Tindigénat », dans le remaniement de l'impôt de capitation en Kabylie. Si Ton veut mettre fin aux insurrections et préparer un avenir paisible à l'Algérie, il importe que les indigènes aient une représentation dans toutes les assemblées qui auront h prononcer sur leurs intérêts.

Ce principe s'applique non seulement aux conseils généraux, aux conseils municipaux, mais encore au Conseil supérieur de gouvernement et même au Parlement français. Le Conseil supérieur de gouvernement, dont la principale attribution est la préparation du budget de l'Algérie et l'examen des projets de loi que le gouvernement se propose de présenter aux Chambres, est composé de hauts fonctionnaires de la colonie et de dix-huit conseillers généraux élus par leurs collègues d'Alger, d'Oran et de Constantine. Pourquoi n'y ferait-on pas entrer six indigènes élus à raison de deux dans chaque département par leurs coreligionnaires ? Y aurait-il aussi un grand mal à ce que la (Chambre des députés et le Sénat de France fissent une part à la représentation des indigènes d'Algérie ? Les noirs de la Martinique et de la Guadeloupe sont bien représentés dans nos deux Chambres, pourquoi les Arabes et les Kabyles d'Algérie ne le seraient- ils pas?

Il est d'autant plus indispensable d'assurer aux Arabes une représentation dans notre parlement métropolitain, que l'entrée dans ce grand corps, depuis 1871, des députés des colons a singulièrement nui à la situation de la population indigène d'Afrique. Depuis que les Algériens français ont des députés, l'administration française «st devenue et devient chaque jour pour nos sujets musulmans moins tutélaire et moins impartiale. Il est incontestable que les dispositions gouvernementales sont aujourd'hui, par cette seule cause, beaucoup plus contraires aux indigènes qu'avant 1870. C'est là un véritable danger national.

Tût ou tard, et dans un avenir beaucoup plus prochain qu'on ne

le croit, dans cette question de la représentation des Arabes au parlement, la métropole et les colons, s*ils n'agissent pas de bonne grâce, auront la main forcée. Ce qu*ont obtenu les Irlandais dans Tempire britannique, les Hongrois dans la monarchie autrichienne, les Tchèques dans le même pays, il est inévitable que les indigènes* d'Algérie Tobtiennent un jour. Chaque année qui nous éloigne de la conquête, chaque progrès que fait la population indigène en éducation et en aisance, nous rapprochent de la date où il faudra attribuer aux indigènes Texercice de droits analogues à ceux que possèdent les colons.

Déjà presque tous les musulmans d'Algérie ont vu le jour sous le régime français. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux parlent la langue française; si parcimonieusement qu'on ait distribué Tinstruclion parmi eux, plusieurs milliers d'Arabes sont déjà sortis de nos lycées, de nos collèges ou de nos écoles primaires supérieures ; dans, dix ans ce nombre aura triplé, et dans trente ans vingtuplé peutêtre. A ce dernier moment, c'est-à-dire une centaine d'années après la conquête, on comptera sans doute 20000 ou 30000 indigènes, ayant reçu une instruction européenne assez développée, et 400000 ou 500000, presque autant que de colons français alors^ parlant à peu près notre langue. Le nombre des Arabes et Kabyles, ayant servi sous notre drapeau se sera, en outre, considérablement accru. Nous faisons de plus en plus appel, notamment pour la constitution de nos troupes coloniales, à leur courage et à leur dévouement.

Est-il un esprit assez étroit pour, en réfléchissant à la marche des événements, s'imaginer qu'il soit possible à la France de refuser aux Arabes instruits, parlant notre langue, défendant notre patrie» des droits qu'elle accorde au plus ignorant, au plus infime des colons français? Est-ce la nation d'où est sortie la théorie des droit* de l'homme qui pourrait vouloirmaintenir une aussi absurde contradiction ? Quels seraient, d'ailleurs, les moyens de le faire ?

La conquête n'a qu'un temps, et cent ans après le débarquement de nos troui>es à Sidi-Ferruch, il est clair qu'Arabes et Français, devront être, sous le rapport des droits, sinon complètement assimilés, du moins rapprochés. Vouloir s'y opposer, ce serait s'exposer à perdre l'Afrique. Est-il dans la puissance des Etats modernes de refuser un droit électoral à un homme, qui n'est pas un sauvage, sous le simple prétexte de sa religion, de sa race, ou d'une

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