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LA RESPONSABILITÉ COLLECTIVE DES TRIBUS

et dans de criants abus administratifs. On a vu plus haut (pages 104 à 107) tous les maux qu'a entraînés pour la population indigène l'application à outrance, et suivant les règles compliquées de la procédure française, de la loi de 1873 sur la constitution delà propriété individuelle parmi les indigènes. D'autre part, des affaires retentissantes, comme celle de Sapor, maire d'Aumale, et celle des poursuites contre le caïd de Milianah et de sa condamnation, ont prouvé que, avec le honteux appui des députés et des sénateurs des colons, une effroyable tyrannie, accompagnée de concussions de toutes sortes, peut être exercée par des colons investis de fonctions municipales. Quoique se produisant pendant des années et quasi au grand jour, ces crimes administratifs restent souvent impunis, les magistrats n'osant s'attaquer à des gredins que protège parfois énergiquement un plus grand gredin siégeant dans une Chambre française. Si des incidents fortuits ont fait éclater au grand jour les scandales d'Aumale et de Milianah, il n'est que trop certain qu'ils ne sont que la révélation soudaine d'un genre d'abus qui doit malheureusement être fréquent sur notre terre d'Afrique. Comment s'étonner alors que la population indigène, victime d'expérimentations légales inconsidérées, puis des vexations des politiciens et des usuriers juifs, pour lesquels les droits politiques ne sont qu'un moyen de couvrir leur âpreté et leur peu de scrupule en affaires, fournisse de nombreuses recrues à la criminalité ? Le Procureur général à la Cour d'Alger, dans son rapport sur la justice criminelle, que publie le document soumis au conseil supérieur en 1893, après avoir constaté que dans l'année 1891-1892 (1" juillet au 30 juin] le nombre des attentats contre les personnes en Algérie (territoire civil) s'est élevé à 8,815, ceux contre les propriétés à 12,997 et ceux contre la chose publique à 8,032, fait les observations suivantes :

« Les résultats accusés par ces trois tableaux sont loin d'être satis- « faisants. Pendant le dernier semestre de 1891 et le premier de 1892, « il a été commis 1,013 attentats contre les personnes, 2,273 atten- « tats contre la propriété, 387 attentats contre la chose publique de « plus que pendant les deux semestres précédents. On ne constate i< une diminution que dans le nombre des crimes, délits on contra- « ventions commis, dans le département de Constantine, contre la « chose publique. Le nombre des attentats commis par des indigènes « contre des Européens, est supérieur de 1,281 au chiffre delà période « précédente. Il a, d'ailleurs, été opéré 1,565 arrestations de plus.

« Du I" juillet 1890 au 30 juin 1891, il avait été commis « -25,674 attentats. Du 1" juillet 1891 au 30juin 1892, ce nombre s'est n élevé à 29,147. Il avait été opéré 9,755 arrestations, il en a été opéré « dans ces deux derniers semestres 11,320. Il y avait eu 5,327 atten- « tats commis par des indigènes sur des Européens, il y en a eu « 6,555 du 1" juillet 1891 au 30 juin 1892.

« Cette augmentation constatée dans le nombre des crimes et « délits paraît avoir pour principale cause la misère et les soulîran- « ces résultant de mauvaises récoltes. Le cbilîre des arrestations « démontre que le zèle des officiers de police judiciaire ne s'est pas « ralenti et qu'ils ont fait tout ce qui dépendait d'eux pour qu'au- <* cun crime ou délit ne demeurât impuni. »

« Il convient d'ajouter, dit le document administratif, qu'au cours de la présente année, de nouvelles mesures ont été prises en vue de la sécurité. >> Conformément à la délibération du Conseil supérieur, en date du 1" décembre 181K), et grâce aux crédits spéciaux alloués par la loi des Finances du 26 janvier 1892, des brigades de sûreté et des postes de cavaliers indigènes auxiliaires de police ont été créés sur les points les plus menacés.

« Ces créations ont été complétées par l'augmentation du nombre des juges de paix suppléants, chargés des informations judiciaires, et par l'installation de six nouvelles brigades de gendarmerie. Enfin, une somme de 30,000 francs a été mise à la disposition des Préfets pour paiement d'indicateurs et de capteurs (1). »

Ces nouvelles brigades, ces indicateurs auront, sans doute, quelque effet; mais le mal est trop profond pour qu'ils suffisent à l'extirperet l'impitoyable férocité des jurys français, notamment de ccluidc Constantine, à l'endroit des indigènes n'a fait jusqu'ici que l'exaspérer.

Un point curieux à relever, c'est que les attentats contre les personnes commis par les indigènes sont, malgré l'aggravation de ces derniers temps, beaucoup moindres proportionnellement à la population que ceux commis par les Français et surtout par les étrangers. En effet, sur 8,815 attentats de cette nature dans l'année 1891-1892, il s'en trouve 1,103 provenant de Français, l,r)(>4 d'étrangers européens, 6,10( d'indigènes et 44 d'auteurs inconnus. Les indigènes, étant, dans le territoire civil, au moins six fois plus nombreux que les Européens français ou non, ne se trouvent avoir commis que deux

(1) Extrait des document» présentés qu Coopcil siipéricur de gouvernement dans sa session de 1803, pages 20 à 2:2.

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