LE DÉNOMBREMENT DE
Inconvénients des changements de méthode de dénombrements en Algérie^ qui tantôt comprennent, tantôt excluent l'armée. — Tableau des divers éléments de la population de 1833 à 1896. — Forte augmentation de la population française, en partie par les naturalisations. — Diminution de l'élément italien et de l'élément anglo-maltais. — Ralentissement de raccroissement de l'élément espagnol depuis 1886. — Forte augmentation des indigènes musulmans, quoique proportionnellement moindre de 1891 à 1896 que dans les recensements antérieurs.
Au moment où nous allions clore l'impression de la partie de cet ouvrage consacrée à TAlgérie, M. le gouverneur général Cambon a bien voulu nous faire parvenir, à titre officieux, les résultats généraux, non encore publiés ni officiels, du dénombrement de 1896, ainsi que les états de comparaison avec les dénombrements antérieurs.
Ces chiffres sont satisfaisants et donnent de l'espoir pour l'avenir.
Il est regrettable, toutefois, que le dénombrement de 1896 ait compris l'armée, d'où il résulte que la comparaison avec les dénombrements antérieurs peut prêter à des confusions. L'armée comprend 52,000 hommes, dont 39,000 Français, 3,000 Européens étrangers environ, constituant la légion étrangère, et une dizaine de mille indigènes. Kabyles ou Arabes (1).
(1) Cet effectif de 39,000 Français pour l'armée en Algérie, pourrait certainement être réduit, dans cette période de voies de communication assez développées et (le paix. On pourrait se contenter de 30,000 soldats français, sinon même de 25,000, en augmentant le nombre des soldats indigènes recrutés volontairement et l'élevant à 15,000 environ, ce qui serait facile et en ne changeant rien à la légion étrangère. L'entretien d'un effectif français aussi exagéré peut être considéré comme une subvention indirecte À notre colonie.
LE OâiNOMBREMENT DE 1896. 323
Chacun des éléments des tableaux ci-dessous doit donc être diminué des chiffres qui précèdent pour s*en tenir à la population civile.
Comparaison, par nationalités, des résultats des dénombrements
de 1891 et de 1896.
(Population présente en Algérie le jour du recensement.)
Nationalités. 1891. 1890.
Français 271 . 101 345.337 (1)
Israélites indigènes 47.5G4 53.116
Musulmans sujets français 3.5')4.067 3.757.917
Tunisiens et Marocains. 18.617 17.833
Espagnols 151.859 158.071
IteUens 39.161 35.539
Anglo-Maltais 14.677 12.815
Allemands 3.189 3.319
Autres étrangers 9.415 10.183
Totaux 4.109.650 4.394.129
(1) Une partie de l'angnaentation qni ressort, en faveur de 1896, delà comparaison des chiflTres ci-dessus provient de ce que l'armée n*ost pas comprise dans le dénombrement de 1891 tandis qu'elle figure dans le recensement de 1896. — D'après des renseignements postérieurs à ce tableau, reiïectif de l'armée d'Algérie en 1896 comprenait 52,861 hommes, dont 39,394 Françain, 87 Israélites iodigènes, 10,467 musulmans sujets français, 162 Tunisiens et Marocains, 283 Bipaguols, i7l Italiens, 6 Anglo-Maltais, 1,341 Allemands et 830 autres étrangers.
La population totale civile est donc de 4,313,000 âmes environ en 1896 contre 1,109,000 en 1891 ; c'est une augmentation de 234,000; l'élément musulman indigène compte dans cette augmentation pour 200,000 à lui seul ; l'élément italien fléchit de près de 4,000 et Tanglo-maltais de près de 2,000; l'élément espagnol, celui dont la prépondérance dans la province d'Oran devenait inquiétante, ne s'accroît que de 0,212, chiffre beaucoup plus faible que l'accroissement des recensements antérieurs; enfin, l'élément français qui est, avec l'armée, de 345,000 et de 306,000 armée déduite, est en augmentation de 35,000 âmes, soit 7,000 âmes environ par an, ce qui est assez satisfaisant. Il est probable, toutefois, qu'une grande partie, peut-être un tiers, de cet accroissement vient des naturalisations publiques ou occultes, octroyées ou de droit (voir plus haut pages 35 à 37). Cela est d'autant plus probable que les autres éléments étrangers ou ont diminué, comme les Italiens et les Maltais, ou se sont médiocrement accrus, comme les Allemands et les nationalités diverses. Le nombre des Français de nationalité (isra élites indigènes non compris) est maintenant à peu près double de celui des Espagnols et excède de près de 50 p. 100 l'ensemble des étrangers
européens, à savoir 306,000 Français civils contre 215,000 Européens civils environ. Cette situation est beaucoup plus satisfaisante que celle des recensements antérieurs, mais il ne faut pas oublier qu'une bonne partie de l'élément français, 15 à 20 p. 100 probablement, a une origine exotique.
Voici, d'autre part, un tableau qui résume la situation des diverses parties de la population algérienne à tous les recensements depuis 1833.
Résultats des dénombrements de la population de TAlgérie
depuis 1833.
(Population présente au jour du receasement.)
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(i) Jusqa*ea 1856, les indigènes, y compris les Israélites, étaient recensés par unité administrative militaire. Les chiffres ne présentaient aucune garantie d'eiactitude; ils donnaient seulement une idée approximative de l'importance de la population indigène. La très grande augmentation de l'élément Israélite indigène depuis 1881 ne vient pas seulement du très fort excédent des naissances sur les décès dans cette partie de la population (voir plus haut page 40), mais aussi de l'afflux des juifs marocains et tunisiens que les avantages faits aux Israélites indigènes en Algérie ont attirés et qui se sont confondus en général arec les Israélites algériens, notamment pour jouir des droits électoraux, que l'absurde décret Crémieux leur avait conférés. Avec beaucoup de raison, i partir de 1895, les tribunaux et notamment la Coui de. cassation ont fait rayer des listes électorales les juifs algériens et tunisiens, ce qui a diminué dans les élections rimportance excessive qu'avait prise l'élément Israélite. Comme nous l'avons fait remarquer (page 38, note), il y a, en outre, maintenant beaucoup d'israélites d'origine indigène qui sont confondus avec l'élément français proprement dit.
(2) Ces nombres comprennent la population comptée à part qui n*avait pas été dénombrée par nationalité comme cela a été fait depuis 1881.
(3) Le dénombrement de 1891 ne comprend pas l'armée. En 1886 on comptait 47.960 hommes sons les armes; en 1896, il s'y en trouvait 52,000 dont plus de 39,000 Français.
Quoique l'accroissement de la population totale ait été moins forte dans la dernière période quinquennale, 1891-1896, que dans les quatre périodes antérieures, ne s'étant élevé (armée déduite) qu'à