‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 124 sur 222 · CONDITIONS PHYSIQUES DU PAYS · texte numérisé non relu

CONDITIONS PHYSIQUES DU PAYS

|iroposa au gouvernemenl cette extension de Toccupation française , il semble que de vieilles et tenaces rancunes d*un ministre de. la guerre, le général Boulanger, qui par des démêlés avec notre résident tunisien préludait h sa bruyante carrière d'aventurier politique, aient fait seules obstacle quelque temps à Texécution d*un plan aussi judicieux. On s*est vu obligé, toutefois, six à sept ans après notre occupation de la Tunisie, d*établir un poste militaire près de la frontière réelle, et de même que, en Algérie, nous tenons garnison à Aïn-Séfra, tout près de Toasis marocaine de Figuig, nous avons dû porter nos avant-postes tunisiens à Zarzis, qui se trouve, par rapport à la Tripolitaine, dans des conditions analogues, avec le double avantage d'une situation maritime et d'une grande supériorité de climat.

Cette lenteur à mettre une garnison dans le Sud Tunisien est une nouvelle preuve de la déplorable pusillanimité qui a caractérisé et caractérise encore notre politique dans Tancienne Régence.

L*évalualion de Tétendue du sol de la Tunisie a beaucoup varié suivant les auteurs. Les uns allaient jusqu'à lui attribuer 15 ou l7millions d'hectares, c'est-à-dire 150,000à 170,000 kilomètres carrés et près de 2 millions d'habitants. Il semble que ces chiffres soient fort exagérés, que la superficie ne dépasse pas 116,000 à 120,000 kilomètres carrés ou un peu moins de 12 millions d'hectares et que le nombre des habitants soit tout au plus de 1,500,000. Cela équivaudrait à moins du quart de la surface de l'Algérie et à 32 ou 33 p. 100 de sa population. Or, comme il y a une supériorité de genre de vie des indigènes tunisiens relativement aux indigènes algériens, on voit par ce simple rapprochement combien les conditions de notre nouvelle possession africaine l'emportent sur celles de notre plus ancienne. Le nombre des habitants serait de près de 13 par kilomètre carré; en France, où l'on n'a guère à compter avec les lagunes et sebkhas qui couvrent une partie de la Tunisie du centre et du midi, on compte 72 habitants par kilomètre carré et, en mettant de côté les grandes villes, 43 à 50.

Une publication officieuse récente, rédigée sous les auspices du gouvernement tunisien, à l'occasion delà session à Carthage du Congrès pour l'avancement des sciences en 1896, La Tunisie (l),s'abs-

(1) Nous aurons de temps en temps des emprunts à faire à cet ouvrage officieux, La Tunisie, 4 volumes in-S^, 1896, Berger- Le vrault édileiir. C'est une réunion de monographies intéressantes, mais d'une valeur très inégale*

^ent de toute indication sur la superficie de ce pays, mais en évaluée la population à 1,900,000 ou deux millions d'habitants, ajoutant que dans l'antiquité elle comptait 12 millions d'âmes. Ce sont là dea estimations faites sans aucun esprit critique et qui paraissent, dans l'un ci l'autre cas, tout à fait excessives. En fixant à 1,500,000 habitants dans le temps actuel et à 5 ou 0 millions dans Tantiquitc'*, tout au plus à 7 millions^ la population de la Tunisie, on est beaucoup plus dans la vraisemblance. Le chiffre de 1,500,000 habitants donnerait déduction faite des villes, environ 20 habitants par kilomètre carré pour les 55,000 kilomètres carrés où il se trouve delà culture, 3 ou 4 habitants par kilomètre carré pour la région des pâturages et des Chotts.

Sans entrer dans de trop nombreux détails, qui pour notre sujet seraient superflus, sur la géographie et l'ethnographie tunisiennes, rassemblons ici les traits principaux qui peuvent servir à donner une idée suffisante du pays. La Tunisie commence un peu au-dessous du 32' degré de latitude nord et s'étend ù 30 minutes au delà du 37* degré nord. Elle a donc cent quarante lieues environ de longueur. Sa largeur est bien moindre. Elle n'occupe guère, en elFet, du moins dans la partie septentrionale et centrale, que le territoire entre le 6* et le 9* degré de longitude est : encore ne touche-t-elle pas tout à fait,

comme tout ce qui émaue de 20 ou 30 écrivains ditréreuts, dout on a négligé à tortde donner les noms.EIleoffre aussi des lacunes, par exemple l'absence d'indication sur la supci-flcie du territoire; elle présente aussi de nombreuses contradictions; ainsi au neuil de l'ouvrage, on nous parle (page 19) de 12 millions d'habitants pour la Tunisie ancienne, et de 1,900,000 à 2.000,000 pour la Tunisie contemporaine, quoique le détail que l'on donne pour cette dernière n'arrive qu'à 1,17 7, 750 âmes, chiffre assez éloigné de !,9<)0,0C0 et très distant de 2 millious. D'autre part, Tauteur du chapitre consacré à L'Archéologie, qui est un des plus étendus et l'un des meilleurs du livre, pense que l'on a, en général, exagéré la population de la Tunisie dans l'antiquité et qu'elle était seulement double, peut-ôtre triple de ce qu'elle est aujourd'hui (tome l^^*. page 327) ; cela ne la porterait qu'à 4 ou 5 millions. Mettons en 6, ou au plus 7. Le même auteur estime que les Romains n'ont guère fourni à la Tuuisie que des fonctionnaire^, des capitalistes, de grands propriétaires, des chefs d'exploitation, des contremaîtres ou des ouvriers d'art, mais peu de colons à proprement parler ; ils auraient à peine formé le vingtième de la population (tome l**^. pages 350 â 3.'i2>. Ces observations nous paraissent très judicieuses; elles le sont beaucoup plus que la remarque faite par Tauteur d'une autre monographie du môme ouvrage concernant les tribus, où il est dit, sans aucun commencement de preuve, que l'occupation latine avait appliqué aux populations berbères la pn/itique c/e refoulement (tome I»'', pages 388 et aoo) On voit, par ces quelques citations, combien de contradilions contient cet ouvrage aux 20 ou 30 auteurs diilérents. Quoique Tesprit critique en soit trop souvent absent, -on j puise, néanmoins, des renseignements qui ont de l'iulérêt.

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