‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 125 sur 222 · CONDITIONS PHYSIQUES DU PAYS · texte numérisé non relu

CONDITIONS PHYSIQUES DU PAYS

par sa pointe la plus avancée, Has Kapoudiah, le 9^ degré, tandis qu*une partie de sa côte orientale ne dépasse guère le 8° ou même, comme à la hauteur de Gabès, ne l'atteint pas. La Tunisie méridionale, il est vrai, fait dans la région des Chotts une légère échàncrure à TAIgérie, repoussant la frontière de celle-ci jusque vers le 5' degré ; mais comme cette partie du territoire est occupée principalement par des lacs salés ou des déserts, cette avance vers Toùest dans cette partie méridionale n'enrichit guère l'ancienne régence tunisienne. Il en est de même pour la pointe vers Test que dessine au delà du 9^ degré la partie tout à fait méridionale de l'ancienne régence pour rejoindre la frontière tripolitaine.

Cette étroitesse de son territoire, la Tunisie la rachète par des avantages naturels considérables. La Tunisie est une continuation très adoucie de l'Algérie. Les zones longitudinales de terrains que nous avons constatées dans notre possession algérienne et qui la divisent en trois contrées si différentes, le Tell, les hauts plateaux et le Sahara, se retrouvent dans notre nouvelle conquête, mais d'une façon moins accentuée et en présentant des contrastes moins aigus. La région du Tell est beaucoup plus profonde, les hauts plateaux ont bien moins d'élévation, enfin le désert du Sahara commence bien plus bas et le voisinage de la mer en modifie le caractère dans une certaine mesure.

u La large ouverture du golfe de Tunis, dit M. Elisée Reclus, permet de tourner la zone montucusc du littoral et de pénétrer au loin dans celle des plateaux par les vallées de la Medjerda et de Toued Melleg. De même, la côte orientale, au sud du golfe de Hammamet, ouvre toutes lar^^es les issues de la région centrale en Algérie, et la grande route du désert commence au golfe de Gabès. Ost par ces brèches que s'est maintes fois constituée l'unité politique de l'Afrique du nord, qui semblait destinée à n'être habitée que par des tribus hostiles ou du moins étrangères les unes aux autres. Les j;oIfcs, les plaines de l'est ont livré passage aux Phéniciens, aux Romains, aux Byzantins, aux Arabes ; Tinflaencede l'Asie, celle de l'Kurope, ont pénétré par ces portes orientales de la Maurétanie (1). »

Plus accessible dans toutes ses parties, l'ancienne régence de Tunis oflTre une altitude moyenne bien moindre que sa voisine de

(I) ÉIis<^e RccIuSf Géographie univertelU^ tome XI, page 146.

l'ouest; les massifs les plus élevés n*y atteignent que 1,200 ou 1,500 mètres; encore d'ordinaire sont- ils épars, ne constituant pasr de chaînes ininterrompues. Sauf la région tourmentée qui touche à TAlgérie du nord et qui est connue sous le nom de pays des Khroumirs, mais dont l'élévation est modérée, le pic le plus élevé, le Djebel Bir, qui domine Aïn-Draham, n'y atteignant que 1,014 mètres, les montagnes tunisiennes sont pour la plupart de longues rampes à pentes douces ou des pyramides isolées qui se détachent dans la plaine comme le Zaghouan, lequel dresse son sommet de 1,280 mètres au milieu de terres planes et fertiles. Les cimes extrêmes de la Tunisie sont dans la prolongation de l'atlas saharien de l'Algérie, le Si- Ali bou-Moussin à 1,520 mètres, le Djebel-Berberou à 1,480 mètres, le Djcbel-Halouk à 1,400 mètres. La région des hauts plateaux occupe ainsi sur le territoire tunisien une place infmiment moindre que celle qu'elle détient en Algérie. Les vallées sont partout plus larges (1) que dans la colonie voisine. Etant des deux côtés baignée par la mer, la Tunisie offre une région de « Sahel » ou littoral, qui est beaucoup plus étendue, et qu'on peut utiliser pour la culture jusqu'au delà de Sfax. Tandis que le quart seulement de la superficie de l'Algérie ou tout au plus le tiers peut être exploité par une agriculture se rapprochant de celle de l'Europe, la moitié de la Tunisie, sinon même les trois cinquièmes, se prêtent à une exploitation régulière et intensive du sol (2) : il n'y a guère qui y soit impropre que la dépression méridionale formée par

(1) C'est 9ur cette ouverture des vallées que se fonde le déKgué ministériel, M. Gastine, dans son rapport sur la viticulture tunisienne eu l?s8r>, pour croire que les vignes en Tunisie pourront offrir une certaine résistance aux maladies cryptogamiques, notamment au mildew ou pérojiospora. L'expérience jusqu'ici n'a pas démenti cette prévision et, quoique la Tunisie ue joui-tse pas d'une immunité absolue sous ce rapport, elle parait grâce aux courants d'air actifs qui y régnent, avoir moins à souffrir de ce fléau que la plupart des contrées viticoles.

D'autre part, il faut reconnaître que, moins défendue par les montaj;nes contre le vent d i désert, la Tunisie est plus exposée au sirocco que TAi^'ërie.

(2) La publication officieuse La Tunisie ({Soà) répartit ainsi les terres de l'Ancienne Régence:

Hectares.

Roches 4.000.100

Terres légères 3.000.000

Terres franches 2.000 000

Terres comp<ictes I .OOO.OOn

Dunes, sebkas, rivières, routes 3.000.(00

M 000 OK) Les 3 millions d'hectares de terres légères, les 2 millions de terres franches.

L'HYDROGRAPHIB TUNISIENNE. 3«

la région des Chotts et le désert qui Tentoure. Aussi le territoire tunisien pourra-l-il offrir à nos capitalistes ou h nos cultivateur» une étendue utilisable qui égale la moitié de celle qu'ils peuvent féconder en Algérie; et, comme les conditions de fertilité naturelle et celles des transports sont supérieures dans Tancienne régence de Test, il s'en faut de moins qu'on ne le penserait d'après la très grande infériorité de sa superficie que la Tunisie puisse être pour une métropole européenne ou des commanditaires européens aussi, productive que la vaste Algérie.

L'hydrographie tunisienne présente l'un des plus grands cours d'eau du bassin de la Méditerranée, la Medjerda, l'ancien Bagrada des Romains, qui, avec des sinuosités nombreuses, traverse la Tunisie à parlir de la frontière algérienne jusqu'au nord de Tunis où elle a son embouchure près de l'ancienne Utique. Son cours est de .%5 kilomètres dont 265 en Tunisie, et son débit moyen, qui varie, il est vrai, considérablement selon les saisons, atteint 1 1 1 mètres cubes. Dans le même bassin d'écoulement, formé par le, quadrilatère qu'enserrent la France, l'Algérie, l'Espagne et l'Italie, <leux fleuves seulement dépassent la Medjerda en longueur de cours, à savoir l'Ébre et le Rhône. Elle reçoit divers affluents, dont le principal, Toued Melleg, venant du sud, a une longueur qui n'est guère inférieure à la sienne. Tous les deux réunis arrosent la plaine de la Dakhla, vaste bassin d'alluvion de 750 kilomètres carrés de stuperficie ; ayant toujours des eaux en quantité suffisante et grossissant rapidement à l'automne, l'oued Melleg et la Medjerda se prêteraient à des irrigations fertilisantes. C'est à cet effet que des ingénieurs hollandais avaient construit en 1022 le barrage de Tébourba que depuis lors on a laissé tomber en ruine. L'estuaire de la Medjerda s'est rétréci par les alluvions successives qui, d'après Tissot, ont fait gagner, depuis vingt et un siècles, environ 250 kilomètres carrés de terrains sur la mer. Qu'une bonne culture survienne, qu'on triomphe de la fièvre en remédiant aux inondations, en assurant l'écoulement dos eaux, et ces espaces arrachés à la Méditerranée pourraient avoir la productivité des polders de Hollande et de Belgique, avec la supériorité en plus de leur soleil.

Hoit'ensembic Ti miliions d'hectarns, forment le sol particiiliërement propre k la culture; la moitié également deè terres compactes ne lui bodI pa^ rebelles; quant aux roches, elles peuvent souvent convenir aux forôtd et les dunes aux pâturages.

En dehors de la Medjerda et de Toued Melleg, on ne trouve dan8 la région du nord, où la montagne serre de près la mer, qtic quelques cours d'eau de peu d'étendue, ayant tous, sauf TOued' Amohr ou Oued el Kebir, moins de 100 kilomètres; quelques-uns, cependant, comme TOued-el-Tin, qui se jette dans un lac, dépendant de celui de Bizerte, ont des eaux assez abondantes. On peut encore citer TOued Miliane, qui naît dans les eaux du Zaghouàn, se jette dans la mer à Rades, après avoir arrosé une large vallée. Dans la partie méridionale les cours d'eau, de peu de longueur, n'ont pas toujours de permanence, mais ils sont nombreux et se déversent en général dans les lacs salés ou sebkhas. On trouve aussi beaucoup de nappes souterraines qu'atteignent aisément des forages peu profonds. L'ensemble de ces conditions hydrographiques est favorable pour une terre africaine, et le bienfait s'en fera sentir quand on se sera appliqué à régulariser le régime des eaux, ce qui sera, doit-on dire, une œuvre longue, non seulement de quelques années, mais de nombreuses décades d'années.

Les conditions climatériques ne sont pas moins propices. Baigné** par deux mers, qui s'enfoncent dans les terres par plusieurs golfes ou lacs, offrant un système orographique dont le relief est bien moins accentué que celui de l'Algérie, ouvrant largement ses vallées aux brises marines, la Tunisie jouit d'une température plus régulière, plus douce et moins sèche. Les pluies y sont plus abondantes : elles se font sentir chaque année pendant 90 jours environ et quoique les mois d'octobre à mars soient ceux où elles prédominent, les autres saisons, même l'été, en sont rarement complètement privées. Les vents de la mer, qui sont chargés de vapeur d'eau et rafraîchissants, y ont la prédominance. Le climat de la Tunisie est en grande partie un climat maritime.

Sous le rapport des pluies, on a divisé la Tunisie en quatre régions : 1° la région dite du Sahel, qui comprend tout le lilloral depuis le Cap Bon jusqu'un peu au delà de Sfax ; 2° la région des hauts plateaux qui renferme la plus grande partie de la Tunisie du nord; cette épithèle de hauts plateaux est, d'ailleurs relative, car le massif de la Kroumirie n'a que d^ 700 à 1,014 mètres d'altitude, point culminant, et le district montagneux des Mogods s'élève seulement entre 300 et 600 mètres ; 3^ la rv'gion des bas plateaux ; 4° celle des oasis. La moyenne d'eau tombée atteint 985 millimètrejs. en 99 jours dans la région des hauts plateaux qui occupe la moiti/^;

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