‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 13 sur 222 · LB PAYS ET LES ITABITANTS · texte numérisé non relu

LB PAYS ET LES ITABITANTS

Dans les montagnes et sur les plateaux, la température moyenne du mois d*août est donc de 1 à 2 degrés plus élevée que celle d'Alger. Par contre, la température moyenne du mois de décembre se trouve de 2, 3 et jusqu'à 5 degrés inférieure, et la moyenne annuelle reste aussi de 2, 3 à 4 degrés plus faible que dans la capitale de notre colonie. Or on sait que l'organisme humain peut plus facilement supporter une forte chaleur estivale, à laquelle succède un certain froid hivernal, qu'il ne lui est possible de résister à une température moyenne d'une certaine élévation. On repuise des forces dans rhiver, c*est ce qui fait que le séjour des hauts plateaux, malgré l'accablante température des quelques mois d'été, se montre en définitive plus propice aux Européens que celui du littoral. La sécheresse générale de l'atmosphère aide à supporter les grandes chaleurs. Avec un régime régulier, sobre et qui se conforme aux nécessités du climat, l'Algérie n'est pas inhospitalière au Français, même a celui du centre ou du Nord, quoique le Provençal, le Languedocien et le Catalan soient, parmi nos nationaux, ses colons d*élection. Les chiffres de la mortalité que l'on trouvera dans le chapitre suivant détruiront les préjugés qui ont eu si longtemps cours à ce sujet.

On a dit de la terre algérienne, au point de vue des facultés agricoles, successivement trop de bien et trop de mal. Elle est ici féconde et là infertile. Elle demande toujours beaucoup de travail, il y faut lutter contre un redoutable ennemi, la sécheresse. Ce fut longtemps une erreur de croire qu'on la pouvait cultiver sans engrais. Elle n'offre, prise dans la masse du Tell, rien d'exceptionnel ni en bien ni en mal. Pour ceux qui s'adonneront avec effort à la culture, elle sera Valma tellus^ virant mater; pour les autres, elle n'aura que des déboires. Il ne convient pas de la considérer comme une terre neuve, ainsi que les espaces australiens, la pampa argentine ou le Far West canadien; c'est un sol, au contraire, que l'on a toujours cultivé, qui n'est pas vierge, qui est maltraité et qui demande des soins pour revenir d'une culture superficielle et stérilisante. Ce fut aussi une autre erreur de la regarder comme une contrée tropicale à laquelle on demandait le coton, le sucre et le café. L'Algérie doit être exploitée comme la Provence ou l'Andalousie.

Quelques mots maintenant sur les habitants : ils sont fort bigarrés d'origine et parfois encore d'aspect. Toutes les races se sont croisées

sur ce sol ; mais Tuniformité du joug, des coutumes et d'une religion qui constitue sur un type unique toutes les sociétés, ont depuis douze siècles fait disparaître la conscience des différences primitives. Ce qui reste des Gaulois, des Phéniciens, des Vandales^ dans cette terre si souvent conquise et reconquise, échappe à l'analyse et à Tceil. On retrouverait plus de traces des Romains. Telle tribu montagneuse semble encore conserver le souvenir confus d'une origine ou d'une empreinte latine. Le type romain, assure-t-on, est très bien conservé chez les Oulad-el-Asker ou « fils de fantassins » de la Kabylie orientale. Les habitants de Tébessa, tout dévoués qu'ils soient à rislamismC; se disent fils de Romains; ils se servaient encore en 1842 de monnaies romaines, lors de l'entrée de nos soldats dans leur ville. Dans les montagnes de TAurès on trouve aussi des tribus qui passent pour descendre des Romains. L'observation scientifique récente a démenti l'étrange affirmation de feu le docteur Bertillon que les Romains aient été consumés jusqu'au dernier par le brûlant soleil d'Afrique.

Le mahométisme ayant été d'abord imposé par la violence, puis subi avec résignation, enfin dans le courant des siècles accepté avec une ferveur croissante, une couche presque uniforme de fanatisme a voilé longtemps la distinction originelle des races parmi les habitants de l'Algérie. Les caractères ethniques se sont effacés au point de n'être plus sensibles qu'aux investigateurs habiles et patients. Le vieux fond de la population primitive, les Berbères, avec le goût de la culture, l'esprit démocratique, le sens relativement réaliste, forme sans conteste la plus forte part de l'ensemble des habitants dits indigènes.

Ce n'est pas, d'ailleurs, qu'il y ait une aussi profonde dissemblance qu'on le croit entre les mœurs des anciens habitants de l'Afrique du temps des Romains et ceux des Arabes actuels. Nomades aussi, dans une certaine latitude du mot, paraissent avoir été les Berbères du temps de la conquête par Rome. Les écrivains latins, notamment Pline, les représentent comme changeant souvent de pâturages, changeant de place avec leurs troupeaux, emportant les pieux de leur demeure qui semblent fort analogues aux gourbis contemporains.

Il serait inutile d'entrer à ce sujet dans des dissertations de quelque étendue. Nous y reviendrons plus loin. Le vrai Arabe, le Sémite, l'homme aux goûts errants, à l'imagination ardente, au

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