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LA CULTURE DE LA VIGNE

l'Asie Mineure et aux îles de la mer Egée. La pratique de Técole de Montpellier nous reproduit presque exactement la vraie tradition de la vigne sous les Romains dans le nord de l'Afrique.

L'expérience aujourd'hui acquise après une quinzaine d'années de culture de la vigne en Tunisie permet de se prononcer maintenant sur cette culture. Les rendements sont abondants, du moins dans les plaines des environs de Tunis et dans les vallées et sur les coteaux de la Medjerda et de ses affluents. Dans cette région les vignes bien cultivées donnent facilement, môme dans les plus grands vignobles, 60 à 70 hectolitres à l'hectare; parfois même on arrive à 80 ou 100 hectolitres; mais ce dernier chiffre ne peut être considéré comme une moyenne pour un grand domaine. Avec de petits rendements, de 30 à 50 hectolitres à l'hectare, le vin pèse 12 à 13 degrés ; avec les grands rendements 10 à 11, le vin muscat est excellent, les vins blancs très bons et les vins rouges ne sont pas inférieurs aux vins communs de France; ils lès dépasseraient plutôt.

Ona éprouvé de très grandes difficultés au débutpour la vinification ; on peut dire qu'aujourd'hui on les a surmontées; les principaux domaines tunisiens arrivent depuis plusieurs années à faire des vins de bonne conservation. Tous les progrès de la science serviront à la viticulture tunisienne; avec le temps, il se dégagera sans doute aussi des crus renommés (1).

Malheureusement les prix du vin sont tellement tombés, jusqu'à une dizaine de francs l'hectolitre en 1893 (depuis lors, ils se sont relevés à 15 ou 16), que la viticulture dans ces conditions ne peut être que médiocrement rémunératrice; aussi, sans qu'il faille désespérer de la voir s'étendre en Tunisie, on a renoncé depuis une demi-douzaine d'années à constituer de nouveaux grands vignobles de plusieurs centaines d'hectares ; il ne se crée plus que de petits vignobles de quelques hectares ou de quelques dizaines.

11 n'en est pas moins vrai que ce sont les grands vignobles créés

(1) On a préconisé divers moyens pour faciliter la \inification : les levures ou ferments artificiels, les réfrigérants, les cuves métalliques, dites Toutée, du nom du commandant Toutée, colon tiinisiiien, qui les a inventées. Nous avons usé de ces différents systèmes; on peut dire qu'aucun ne donne des résultats complets et certains; dans une bonne cave, bien installée, avec une canalisation pour les décuvnges, des cuves soit en ciment, soit en bois, les premières de préférence, ne dépassant pas 200 à 2S0 hectolitres, des cuvalsons courtes n'excédant pas trois ou quatre jours, la méthode nouvelle de faire remonter le moût du bas au haut du la cuve et divers autres soins, on obtient d^excellents résultats.

dans la période 1881-1888, qui, ayantallir;» une trentaine déraillions de francs de capitaux français dans la Régence et un personnel ouvrier d*clite, ont donné toute Timpulsion à la colonisation.

Après beaucoup d'écoles et de souffrances, ces grands vignobles eux-mêmes ont commencé c^i devenir rémunérateurs depuis 1894.

Le phylloxéra, quand il surviendrait, ne serait pas un obstacle insurmontable, ni surtout définitif, à ce que la Tunisie reprît, après une quinzaine de siècles, son rang de contrée viticole ; il y a, en effet, des accommodements avec le phylloxéra : les insecticides, et, au pis aller, les vignes américaines (1).

La Tunisie, pendant un certain temps, doit être surtout une colonie de capitaux ; elle ne peut servir, dans les circonstances présentes, qu'accessoirement à Tinstallation directe de petits propriétaires français. Un jour viendra sans doute, par le morcellement des grands domaines, où, quand la culture sera plus développée, mieux assurée, il sera possible de faire une large part aux petits propriétaires ruraux français. Aujourd'hui ceux qui y viendraient en pleine campagne, à moins d'un caractère très bien trempé, risqueraient de se trouver désorientés, perdus au milieu d'indigènes, sans voisins, sans débouchés, et de languir ainsi ou s'étioler. Les natures très vigoureuses et exceptionnelles peuvent seules surmonter ces causes de découragement. Les Italiens ne sont pas dans le même cas, étant moins exigeants; mais la petite propriété italienne qui, d'ailleurs, commence à se répandre, n'est pas pour nous, au point de vue patriotique, à encourager. Nous reviendrons plus loin sur cette petite colonisation. Nous dirons aussi dans quelles conditions la petite propriété peut dès à présent se constituer aux environs des villes ou près des marchés de la part de Français, ayant acquis la connaissance du pays et mis en réserve quelques capitaux comme ouvriers ou chefs de culture pendant quelques années dans des domaines d'une certaine importance. C'est cette classe qui doit être, actuellement, du moins, la pépinière de la petite propriété française.

Il n'existe pas dans l'ancienne Régence de l'Est de ces centres artificiels, comme ceux que la colonisation officielle a créés de toutes

(1) Oa a beaucoup discuté eu Tunisie la question de savoir s'il faut autoriser rintroduction de plaots américaius. A notre avis, ou doit, dans Tétat actuel, absolument l'interdire ; c'est seulement trois ou quatre ans après larrivée du pbylloxera, s'il est démontré que les insecticides ne suffisent pas à arrêter ou à entraver l'insecte, qu*on pourra recourir à ce pis aller.

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