GRANDE, MOYENNE ET PETITE PROPRIÉTÉ
pièces, avec un succès d'ailleurs médiocre et lent, en Algérie. Quelques-unes des grandes compagnies foncières, celle de TEnfîda notamment, peuvent établir quelques villages de ce genre; elles s'y sont déjà eiTorcécs ; mais il faudra beaucoup de dépenses, et les résultats obtenus en Algérie par ce procédé, montrent combien il est délicat ; on en cite, cependant, soit sur TEnfida, soit aux portes presque de Tunis, de la part d'Italiens qui, vu Textrême sobriété de ceux-ci et leur ardeur au travail, ont réussi.
Le petit cultivateur français aujourd'hui peut surtout trouver sa place en Tunisie comme salarié ou contremaître, peut-être aussi comme métayer ; il peut se constituer propriétaire, pour la culture potagère ou Tarboriculturo dans la banlieue des villes et des centres industriels qui commencent à se former. Il est vraisemblable que pendant une longue série d'années, peut-être un demisiècle ou davantage, notre possession de l'Est offrira un caractère tout différent de celui de sa grande voisine algérienne. L'avenir prochain qu'elle peut rêver, au point de vue du régime agricole, nous ne disons pas à celui de la main-d'œuvre, se rapproche du brillant passé des Antilles ; il en différera heureusement sous bien des rapports, mais ce sont les grandes et les moyennes exploitations qui seront le lot principal de la Tunisie pendant toute son enfance et son adolescence. La démocratie rurale s'y constituera lentement et graduellement.
Elle pourra faire un apprentissage, soit dans le service des grands domaines, soit aussi dans le métayage ; quelques propriétaires franco-tunisiens assez importants recommandent cette institution et lâchent de racclimater ; nous jugerons ces essais d.ins le chapitre suivant.
Deux types de propriétés semblent convenir surtout aux P]uropéens dans celte contrée actuellement et pendant un certain temps: la première est la moyenne, qui peut se composer de 150 ou 200 hectares jusqu'à 4 ou 500, suivant la fécondité du sol et sa situation. A un prix qui varie entre 80 francs et 120 francs l'hectare, on acquiert un domaine de ce genre, ce qui représente entre 15,000 et 50,000 francs de prix (Fachat. Mais cette terre est en général brute et nue; il la faut défricher en partie, la défoncer, y construire des bâtiments, a( tendre enfin les récoltes. Un capital de 20,000 à 50,000 francs parait indispensable pour faire œuvre qui vaille, alors même que l'on renoncerait à la vigne, ce qui serait raisonnable,
si ce n*csi sur quelques hectares, et que Ton se consacrerait aux céréales et à Télève du bétiil ; nous parlons ici, de la région du Nord; dans celle du Sud, Tolivier doit tenir une grande place, mais c'est à fort longue échéance. Le colon de cette catégorie doit résider sur les lieux, avec sa famille et il est bon que la femme, comme les bonnes ménagères rurales françaises, s^occupe de l'exploitation ; un domaine de cette modeste étendue ne pourrait payer des frais de régie.
Les frais d'établissement peuvent être réduits d'un tiers «4 quelquefois d'un peu plus, se ramener, par conséquent, à une trentaine de mille francs, si au lieu d'acheter la terre, on trouve le moyen d'acquérir un domaine de quelques centaines à un millier d'hectares, moyennant un enzel ou rente perpétuelle qui varie ordinairement de 2 à 8 ou 10 francs par hectare, suivant la situation et la qualité, le défrichement, la présence ou l'absence de l'eau.
Déjeunes Français de vingt-cinq ou trente-cinq ans, entreprenants, durs au travail, qui s'installeraient en Tunisie dans les conditions que nous venons de dire, auraient certaines chances d'y accroître leur avoir en douze ou quinze années : l'espoir de le doubler ou de le tripler, tout en vivant convenablement, ne semble pas exagéré. Nous ne parlons pas ici, bien entendu, d'amateurs et d'oisifs, qui regardent faire leurs ouvriers et encore seulement pendant quelques heures chaque jour, et qui croient que la tûche d'un propriétaire consiste uniquement à donner quelques ordres, à chasser et à recevoir. Il faut des caractères bien trempés et énergiques, qui se considèrent commeles premiersdes travailleurs du domaine. On a des exemples de succès de ce genre de la part de colons appartenant à la classe des paysans aisés de la métropole. On assure, en outre, que quelques jeunes gens, appartenant ù des familles de la riche bourgeoisie parisienne, se sont dù^h établis en Tunisie avec le ferme propos de mener cette vie sérieuse et à la longue lucrative ; mais il s'agit, dans ce dernier cas, d'une propriété moyenne plus relevée. Le second type de propriété tunisienne, c'est la très grande, celle qui s'étend sur au moins 1 millier d'hectares et le plus souvent sur 3, 4, 5, Sou 10,000 hectares, et où l'on fait, en partie, delà culture intensive. Il y faut d'énormes capitaux : 1 million, 1,200,000 ou 1,500,000 francs, quelquefois 2 à 3 millions, si l'on fait une grande part à la vigne, ce qui, il est vrai, sera moins fréquent désormais. Pendant plusieurs années, quatre ou cinq au moins, parfois